

Notre séducteur à la manque s'y refuse d'abord, son éthique lui dictant de ne briser que les couples malheureux afin de libérer les femmes de leur carcan conjugal et de maris minables. Apparemment seules les femmes souffrent de mauvais mariages, c'est bon à savoir. Or il se trouve que Vanessa Paradis a la chance hors-du-commun de vivre le grand amour avec un bellâtre bourré aux as, très appréciable puisque rasé de près et souvent absent, qui l'aime profondément. Duris finit néanmoins par accepter le gros chèque signé du père de Vanessa Paradis pour briser ce couple idyllique car il a besoin d'argent rapport à une ridicule histoire parallèle de malfrats, qui sert de macguffin ultra dispensable à cette triste comédie. Donc tout le scénario va consister à nous faire suivre les péripéties de Romain Duris, enfoncé jusqu'au cou dans sa mission visant à foutre la merde dans un couple de rêve qui n'a rien demandé. Ceci dit on sent bien, assez rapidement, que Paradis n'est pas complètement heureuse dans ce ménage. Pas d'exception à la règle, la femme est triste en couple si elle ne vit pas avec Romain Duris, c'est la leçon du film et du cinéma français depuis 10 ans. Pendant tout le "métrage" on croit deviner que le futur époux de Paradis est en réalité un bel enfoiré, un type louche, une plaie qui cache son jeu sous le fric, un sourire bright et des costars. Eh bien en fait non, c'est simplement qu'il est trop parfait, trop lisse, trop amoureux, que sais-je... Et Paradis finira par tout plaquer pour s'en aller coincer les chicots désordonnés de Duris entre ses propres dents du bonheur, même si ce dernier lui a menti à chaque instant, même s'il arbore d'un bout à l'autre du film des cheveux huileux ou dégoulinants, y compris par temps sec, et même si son personnage a tout l'air d'un vrai débile, histoire de s'éclater dans la vie avec un marsupial hystérique. Encore un film, donc, qui donne de la figure du mari une image obligatoirement désastreuse.
N'empêche que c'est Noguerra qui donne lieu à la seule scène à peu près marrante du film. Duris engrange toutes les infos qu'il trouve sur Paradis pour tâcher de les mettre à profit histoire de la séduire : elle aime honteusement Georges Michael, elle kiffe Dirty Dancing (LE film préféré de toute femme), et elle n'a plus de sensibilité dans l'épaule gauche depuis un accident de skate (!). Du coup lors d'un repas au restaurant où il hésite sur le menu entre l'âne (Paradis) et le cochon (Noguerra), Duris fait exprès de se renverser de la soupe brûlante sur une guibole qu'il a préalablement protégée pour ensuite déblatérer qu'il n'a rien ressenti car il n'a plus de sensibilité dans cette jambe depuis une chute en rollers (?), ce à quoi Paradis s'empresse de répondre : "Ça alors coïncidence ! Il se trouve que justement j'ai moi-même l'épaule à blanc depuis que je me suis galtée avec mon skateboard". Trivias, correspondances, rapprochement, coup de foudre à Nothing Hill. Mais Noguerra, qui a décidé d'intervenir dans ce dialogue, demande alors à Duris : "Si je te plante un coutelas dans le muscle tu ne sentiras rien ?" Duris acquiesce et l'autre lui plante alors de toutes ses forces 5cm de fourchette dans la mauvaise cuisse. Duris hurle de douleur en la traitant de connasse, et c'est bien la seule fois qu'il prononce une parole à laquelle on adhère. Aussitôt Noguerra réitère l'expérience dans la bonne jambe. Normal. Quoi de plus logique que d'embrocher la première personne rencontrée qui se trouve être paraplégique et donc insensible, ou de déboîter le caisson à quelqu'un qui affirme avoir perdu sa sensibilité dans la joue à cause d'une sieste prolongée avec la tête calée contre l'angle d'une table. Forcément si quelqu'un me dit avoir perdu sa sensibilité dans le bras je vais m'empresser de le lui coincer dans un broyeur à ordures avant de lui trancher carrément la patte, pour voir si c'est vrai. Chouette scène donc. Mais le reste...
Pour le reste on ne se marre jamais devant cette comédie d'outre-tombe. Le plus tragique c'est qu'ils ont réuni François Damiens et Julie Ferrier, un duo "comique", pour ça... duo qui tombe à l'eau comme c'est pas permis et qui, acteurs comme personnages, se contente de servir la soupe au duo de stars en faisant un peu peine à voir. Quant à l'aspect romance du bordel... Comment ne pas avoir envie de gerber devant les facéties de Romain "Jigsaw Puzzle" Duris pour séduire cette duchesse interprétée par Vanessa "Far from heaven" Paradis ? Il faut voir Duris interpréter le type fan de musique classique qui va au concert dans un costume blanc trouvé à la Foir'Fouille du coin et qui passe une heure et demi à écouter un morceau de Chopin en mimant très sérieusement (bien que très mal) tous les gestes du pianiste dans le vide, giflant quasiment ses voisins de fauteuils quand les notes partent dans les graves ou dans les aigus. Il faut voir ça. Mais pour assister à ça, à ce génie dramatique, à cette saloperie, il faut aussi endurer le pire couple du cinéma français s'efforçant d'imiter - et ô combien mochement - la scène de danse finale de Dirty Dancing dans une comédie romantique qui s'inspire en tous points des pires films américains actuels et qui pour ce faire cite et pompe douloureusement et directement de drôles de classiques d'outre-atlantique pour un résultat purement macabre. Quel spectacle... Et les critiques et journalistes de tous horizons qui se félicitent qu'une comédie romantique française contemporaine parvienne enfin à ressembler à une comédie romantique américaine contemporaine... comme si on n'en voyait pas déjà assez, et comme si c'était un modèle à suivre.
L'Arnacoeur de Pascal Chaumeil avec Romain Duris, Vanessa Paradis, François Damiens, Helena Noguerra et Julie Ferrier (2010)