18 avril 2008

Mariages !

Valérie Guignabodet a voulu adapter "Le pull-over rouge" par Gilles Perrault, et du bouquin qui retraçait brillamment la carrière de l'arrière-droit Christian Panucci, il ne reste que le pull-over rouge, interprété par Antoine Duléry. Ce brillant acteur, qui a connu son heure de gloire avec Camping et qui depuis s'est fait voler la vedette par Gilles Lellouche dans les seconds rôles ingrats de la petite lucarne, incarne littéralement à l'écran ledit pull-over. On avait déjà vu des acteurs interpréter des femmes, des comédiens jouer des animaux, le Mime Marceau mimer l'impossible, l'immimable, de la descente d'escalier à la vitre invisible, mais on n'avait encore jamais vu Antoine Duléry interpréter un pull-over. C'est chose faite. Vers la moitié du film, quelques heures avant le mariage, Antoine Duléry retire son pull-over rouge au profit d'un costume noir, et c'est alors que le spectateur lui-même fait des pieds et des mains pour retrouver l'acteur, pourtant sous les projecteurs, face caméra, un spot dans la gueule.



À la fin du long métrage, comme pour clôturer l'œuvre, la caméra fait un long travelling autour d'Antoine Duléry, pendu à une corde à linge, dans son pull-over rouge, se balançant au rythme du vent. Tandis que Oil (fameuse chanteuse des années 80, jury de la Nouvelle Star et comédienne ratée à ses heures), une corbeille à linge sous le bras, s'avance vers l'objectif pour ramasser l'acteur lessivé.


Mariages ! de Valérie Guignabodet avec Antoine Duléry, Jean Dujardin et Lio (2003)

Un Secret

Le secret de ce film, c'est la véritable identité de son réalisateur. Un jeune inconnu tout droit sorti de l'HIDEC s'est vu proposer de mettre en scène ce script adapté d'un roman à succès. Craignant de flinguer sa carrière avant de l'avoir lancée avec ce projet particulièrement glissant, notre quidam a pensé prendre un nom d'artiste pour couvrir ses arrières. Il a choisi pour sobriquet un nom français banal et sans prétention. Notre novice toujours anonyme a donc choisi le prénom Claude en référence à son film de chevet Madame Claude, et le patronyme Miller en guise de clin d'œil à Miller's Crossing des frères Coen, palmé d'or à Saint-Tropez. Et voilà que l'illustre réalisateur français Claude Miller, le vrai, celui de L'Effrontée et de La Petite Lili, a vu en traînant un soir sur IMDb s'ajouter à sa filmographie cette nouvelle œuvre obscure.



Les procès étaient déjà en cours quand Claude Miller, le vrai, est allé louer le film dans son vidéo-club fétiche et il s'est avéré que ce long métrage lui convenait plutôt pas mal, lui qui n'avait encore jamais traité la France de Vichy, lui qui n'avait encore jamais serré la main de Patrick Bruel et qui n'avait encore jamais eu recours à des effets minables très spéciaux pour raconter une histoire sans queue ni tête. Certaines mauvaises langues ajoutent que Claude Milos Forman aurait renvoyé son avocat en apprenant devant le journal de 13h que ce film était nominé aux Césars pour la récompense ultime du meilleur maquillage, bien décidé à enfin poser son cul au beau milieu de la grande famille du cinéma français.



Le film se déroulant sur plusieurs décennies, le vieillissement des personnages est une des clés de voûte scénaristiques de l'intrigue. Pour ce faire, le réalisateur a par exemple filmé Patrick Brucknel dans les coulisses de l'Olympia avant son set, pour incarner son personnage en 1955, âgé de 30 ans, puis post-gig et post groopie-gang-bang, pour interpréter ce même personnage en 1985, soit près de 30 ans plus tard. On n'y voit que du feu. Autre personnage, autre technique, c'est là qu'entre en scène la dynastie Depardieu. 1955, Julie Depardieu incarne la bonne amie de Pathos Bruel ; 1962, Guillaume Depardeüs prête son corps unijambiste affublé d'un tablier de bonne ainsi que son visage marqué par la vie recouvert d'un couvre-chef plus que féminin au même personnage un peu plus âgé(e) ; 1985, Gérard Depardieu et ses 200 kilos de viande interprètent sans faillir et grimés d'une queue de cheval directement chipée à un canasson (ce même cheval à qui il manque une crinière à l'affiche de Danse avec lui, aux côtés de Mathilde Seigner, l'unique cheval chauve de l'histoire du 7ème art), Depardieu Gérard donc, joue la même amie de Platoche Brunel avec l'aisance d'un Robin Williams dans Madame Doubtfire. Une fois de plus, l'effet nous prend à la gorge, et l'on se surprend à y croire à mort, en tout cas jusqu'au générique de fin où apparaît en face du nom du personnage de la bonne : Depardieu/Depardieu/Depardieu.


Un Secret de Claude Miller avec Patrick Bruel et Cécile de France (2007)

17 avril 2008

Je préfère qu'on reste amis...

On se pointe au vidéo-club, 00h30, distributeur automatique, envoi, liste de tous les films. S'offre à nous un choix délicat. Un choix qui peut décider de la gueule qu'aura notre soirée, un choix crucial entre deux ou trois films de merde. Quid des comédies triangulaires de Dany Boon en plein déménagement, quid du film choral avec un festoche de personnages tous plus cons les uns que les autres ou quid du bon vieux buddy movie avec tandem équilibré entre un vieux monstre sacré du cinoche français et un novice du grand écran, blagues à tiroir, grandes tapes dans le dos et réflexion sur la supériorité des liens amicaux ? Notre choix s'est porté sur le troisième de ces films de merde. Faut dire que l'affiche est vendeuse, Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve qui se marrent à gorge fracassée en se tenant par le colbard, ça évoque tout de suite une franche rigolade. Mais il faut se méfier des affiches trop vendeuses. D'ailleurs au dos de la jaquette on pouvait lire "Une comédie goodfeeling dont on sort avec la banane". On aurait dû se méfier. Et puis comment a-t-on pu passer à côté de la mention de bas d'affiche, écrite en taille 3 sur Wordpad : "Réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache". Autant de pistes menant droit à la catastrophe. Cette jaquette c'était une carte au trésor, le X marque l'emplacement, chez moi la cuvette des chiottes est marquée d'un grand X noir sur fond blanc, et c'est là que j'ai terminé le film.



En fait de comédie les deux clowns tristes qui se sont réunis pour faire ce film n'ont aucune sorte de base d'idée de gag. En une heure et quarante minutes, il n'y a pas l'ombre d'une amorce de vanne dans cet odieux long métrage. C'est même plutôt tragique. Le drame commence dès l'ouverture du film avec une très longue scène dans laquelle la chère Annie Girardot, atteinte d'Alzheimer, fait chier son fils (Rouve Jean-Paul) en lui répétant mille fois les mêmes questions insipides. Et la dame fait au moins autant chier le spectateur que le héros de notre film. Un peu à l'image de Suzanne Flon dans Fauteuils d'orchestre, qui jouait la vieille grand-mère radoteuse de Cécile de France (quel rôle ingrat pour nous dire adieu, merci Mitraillette Thompson, au revoir à jamais), dont, il faut bien le dire, on se surprenait à lui souhaiter une mort rapide et sans douleur. Étrange manie que placer des personnages extrêmement chiants dans les comédies, qui nous valent d'interminables scènes épuisantes, qui brisent le rythme, si rythme il y a. Et ici pas de danger, aucun rythme, aucune vanne, aucun rire, aucune idée, aucun bon dialogue, niet, que dalle, le rien. Tout le long du film les personnages sont odieux les uns avec les autres, s'envoyant des gifles verbales dont personnellement la moitié aurait suffit à me faire finir au poste, le tout sur fond permanent d'un solo de batterie sans fin ni but signé Manu Katché.



C'est tout bonnement incroyable qu'à aucun moment de la production de ce film, personne n'ait fait remarquer que rien n'était un tant soit peu drôle dans la globalité du métrage. Ni les 123 personnes qui ont co-écrit ce script honteux, ni les 1536 machinistes, éclairagistes et autres ouvriers du bâtiment présents sur le plateau, ni les DEUX réalisateurs qu'on appelait sur le tournage "partners in crime" quand on les aimait bien ou "Les deux connards" quand on les aimait moins, personne n'a levé le doigt pour crier au naufrage, pour hurler au flop. Ni Jean-Paul Rouve qui a quand même commencé sa carrière en faisant de l'humour pendant 15 ans, ni Gérard Depardeüs qui se veut quand même un type drôle habituellement. D'ailleurs la seule scène un brin amusante n'est-elle pas une improvisation savoureuse de notre vieil éléphant de mer de la comédie Française, au départ de laquelle J-P Rouve est écroulé de rire, scène de fait ratée qui aurait normalement et légitimement terminé dans une poubelle avec les autres rushs, ou au mieux dans le bêtisier du dvd, et qu'au final les deux gangsters du grand écran que sont Eric Toledano et Olivier Nakache, labellisés "metteurs en scène" de ce gouffre boueux de film, ont gardée au montage pour avoir à l'image au moins une séquence qui ne soit pas une insulte au genre même de la comédie, un crachat dans la gueule des Gérard Oury et autres Pierre Mondy chers à nos cœurs.


Je préfère qu'on reste amis... de Eric Toledano et Olivier Nakache avec Annie Girardot et Gérard Depardieu (2005)

10 avril 2008

Deux jours à tuer

Le nouveau cru de Jean Becker est un Jean Becker pur jus. Au début du film Antoine (Albert Dupontel), publicitaire pour yaourts, envoie copieusement se faire foutre son patron et ses collègues lors d'une réunion marketing, quittant par la même occasion son job et revendant ses parts à un de ses collaborateurs, qu'il traite de connard. Sur le chemin du retour il envoie chier tout le monde, dit ses quatre vérités à qui ne veut surtout pas les entendre. Arrivé chez lui, sa femme (Marie-Josée Croze) lui fait une scène : sa meilleure amie l'a vu en compagnie galante. Il admet l'évidence et, après l'avoir envoyée caguer, explique à sa femme qu'il n'en peut plus de cette vie bourgeoise bien rangée, impeccable, pleine de fric et d'ennui. Le climax de ce ras-le-bol arrive avec une grande scène de repas d'anniversaire (celui d'Antoine), où notre Dupontel de rêve crame tous les amis de la famille les uns après les autres, survolté, à tel point que le repas se finit dans le sang. Enfin, on n'est pas non plus dans Bernie, mais disons que les convives en viennent largement aux mains. Après ça Antoine décide de quitter les siens, qui le font chier, pour toujours. Il part en Irlande, retrouver son père qui l'a abandonné quand il avait 13 ans et qu'il n'a pour ainsi dire jamais revu depuis, sans doute pour aller lui dire qu'il l'emmerde et qu'il peut aller chier.




Alors je vais vous raconter la fin, donc ceux qui n'aiment pas ça peuvent cesser de lire ces lignes. Rien de bien surprenant non plus. À la fin du film on découvre (pour les plus naïfs, parce que des indices flagrants jalonnent quand même le film, personnellement je me suis fait cueillir comme une fleur), qu'Antoine est mourant, il est atteint d'un cancer en phase terminale, il ne lui reste que quelques jours à vivre (et à tuer). Il a fait tout ça certes un peu pour vider son sac (à ses collègues et faux amis pleins de pognon), avant de crever, mais surtout pour préserver ceux qu'il aime (sa femme et ses enfants) en le dégoûtant de lui, pour ne pas qu'ils le pleurent et pour éviter qu'ils le voient dépérir (à ce titre, sa supposée maîtresse n'était que son docteur et une bonne amie, interprétée par Alessandra Martines).




On perd énormément avec cette fin. On perd l'idée que ce personnage ouvre soudain les yeux sur la connerie générale qui caractérise ses amis et décide de les envoyer paître et de vivre vraiment. Il ne fait tout ça que parce qu'il va mourir, sans quoi il aurait donc continué à subir des dîners minables entouré de raclures finies. Et puis on parle du grand courage du personnage principal, mais ça se discute. Et si j'étais sa femme je ne le détesterais que davantage de ne pas avoir passé ses derniers jours avec ses enfants et de ne pas avoir laissé la femme qui l'aimait lutter avec lui jusqu'au bout. D'ailleurs à un moment Antoine traite ses gosses comme deux merdes afin de passer pour un salop auprès de sa femme, et s'il va s'excuser auprès de sa grande fille avant de partir, le pauvre gamin quant à lui aura toujours le dernier souvenir de son papa se foutant de sa gueule en mémoire. Sans compter que c'est complètement surréaliste comme réaction : le type se sait au bord de la mort et au lieu de profiter des siens et de leur dire combien il les aime, il se fait passer pour le dernier des enculés. Becker donne dans la science-fiction pure et dure, mais pourquoi pas. Le dvd de ce film est à ranger entre Rencontre du 3ème type et Zardoz dans votre dvdéothèque.




Jean Becker a ce travers qu'il se sent forcé de conclure tous ses films par un coup sec et rapide de faux dans la gueule du spectateur, signant le triomphe de la mort. Dans Les Enfants du marais Michel Serrault passe l'arme à gauche avant le générique de fin. Et si c'était un peu plus légitime dans Effroyables jardins, on avait à nouveau droit à une mort soudaine et rageante dans Dialogue avec mon jardinier. Les deux films sont particulièrement à rapprocher de ce point de vue. Tout du long, on se marre sans arrêt, le ton est gai et les acteurs en roues libres (Auteuil et Darroussin dans le premier, un Dupontel les doigts dans la prise ici), et puis à la fin, comme si on avait trop ri, le personnage principal se trouve frappé d'un cancer incurable et clamse en deux jours. Voilà qui devient plus que lassant. Becker dit mettre tout ce qu'il aime dans ses films : la nature, la pêche à la mouche (on y aura toujours droit), les bons amis, le bon vin, la bonne chaire, les clebs (y'a un nombre pas croyable de clébards à l'image), la rigolade, mais il oublie de dire qu'apparemment il adore aussi les macchabées.




J'imagine le vieux Becker quand il passe des soirées entre amis : tout se déroule dans la bonne ambiance, on se marre comme des baleines, on boit du vin rouge à flots, on bouffe comme des chiens, on se tape dans le dos en se racontant des histoires de cul dégueulasses, et à la fin de chaque repas, dès après le digestif, le vieux Jean se lève et dit "Au fait, vous vous souvenez d'un tel ? Eh ben il est mort", avant de se tirer comme un prince, d'aller se coucher. Ma grand-mère fait ça aussi. Elle adore ruiner l'ambiance en annonçant soudain une ou plusieurs morts récentes parmi les gens du quartier, sans raison. Pas un repas familial qui ne se conclue pas sur un coup de tocsin. C'est leur came, à ma mémé comme au Jeannot Becker. Tout est beau, tout est ensoleillé, et rask ! À la fin le héros meurt en dix minutes. C'est pas marrant marrant pour les potes à Becker qui n'ont jamais fini un repas en paix. Ceci dit, à part cette fin à tiroir couperet habituelle et épuisante, et hormis un scénario de SF donc, le film se laisse apprécier. Très principalement grâce à Albert Dupontel, que je rapprocherais volontiers d'un Yvan Attal ou d'un Clovis Cornillac, ces acteurs surdoués ou sous-doués, on l'ignore, toujours un peu à côté du ton, toujours en pentes raides, toujours délicieusement drôles quand il ne faut pas. Dupontel est de tous les plans et ce film offre un florilège de son grand (manque de ?) talent.




Nous sommes allés le voir à une avant-première, en présence de Jean Becker, Albert Dupontel et Marie-Josée Croze. Je n'ai pas posé de questions pendant le débat, mais si j'avais dû m'exprimer, j'aurais demandé à Jean Becker d'arrêter de faire crever ses héros à la fin de chacun de ses films, et de continuer à faire des séquences entières dédiées aux chiens. J'aurais dit à Albert Dupontel (qui a été drôle plus d'une fois durant le débat, plus souvent que dans tous ses spectacles réunis) que c'est mon idole ET ma nemesis, et je l'aurais supplié d'arrêter de faire des films pour continuer à nous régaler de son génie comique dans ceux des autres. Et j'aurais juste dit à Marie-Josée Croze, avec toute la courtoisie qui me caractérise, qu'elle est sous-exploitée par le cinéma français et que Jean Becker (comme tous les autres réalisateurs avec qui elle a tourné) a beaucoup de mérite d'avoir réussi à l'enlaidir vu qu'elle est toujours terne dans les films, celui-ci compris, alors qu'en vrai mazel tov.


Deux jours à tuer de Jean Becker avec Albert Dupontel et Marie-Josée Croze (2008)

31 mars 2008

The Mist

Dans mon cerveau malade, le réalisateur Frank Darabont est au centre d'un énorme mélange assez peu ragoûtant que je vais tout de suite tenter de vous décrire bien que ça soit très compliqué. Déjà, à cause de son blaze, j'ai toujours assimilé Frank Darabont à Lawrence d'Arabie car d'Arabie à Darabont, il n'y a qu'un pas. C'est déjà grave, mais ça ne s'arrête pas là. Je fais également un amalgame dégueulasse entre Lawrence d'Arabie et Lawrence Kasdan, parce que j'ai toujours cru que c'était Elia Kazan, que je confonds donc aussi avec Lawrence Kasdan, qui avait réalisé le célèbre film avec Peter O'Toole dans le rôle du mythique Lawrence d'Arabie, alors qu'il s'agit en réalité du non moins fameux David Lean. Tout ça parce qu'une seule lettre différencie Kasdan de Kazan et parce que Lawrence Kasdan et Lawrence d'Arabie partagent le même prénom ! Un prénom assez ambigüe soit dit en passant, car jusqu'à environ 21 balais et mon entrée en Terminale, j'étais persuadé que Lawrence d'Arabie était une femme. Sans parler d'Elia Kazan, qui pour moi aussi était une femme ! Lawrence et Elia, ça sonne comme des prénoms de femmes, on est d'accord non ? Pour moi c'était évident. Je me souviens même d'avoir pris une mauvaise note à cause de tout ça, j'avais mis dans une copie que Lawrence d'Arabie était une célèbre réalisatrice hollywoodienne communiste et homosexuelle des années 50, alors que rien de tout ça n'est vrai, à part peut-être son homosexualité. Bref. Tout ça pour dire que Frank Darabont m'a longtemps pourri la vie.



Frank Darabont c'est quand même lui qui a réalisé La Ligne Verte, The Shawshank Redemption, The Green Mile et Les Evadés. Quatres films qui vont de paire. Quatre adaptations du maître de l'horreur ricain : Stephen King. The Mist est une nouvelle adaptation de l'une de ces nouvelles. Une histoire que King a écrite juste après son grave accident de voiture suivi d'un coma en CDI qui a failli lui coûter la vie. Je le précise car vous n'êtes pas sans savoir que selon les spécialistes de Stephen King il existe deux périodes clairement identifiables dans la vie du romancier : une première période qui commence à ses débuts et s'arrête brutalement en même temps que sa voiture lancée à toute allure dans un pylône un beau matin de février 1995, c'est à dire une période "pré-accident", où l'auteur a écrit de grands romans fantastiques souvent considérés comme des classiques du genre. Et une seconde période dite "post-accident", qui démarre en même temps que l'ambulance l'amenant à l'hosto en vitesse et qui se prolonge encore aujourd'hui ; une période difficile durant laquelle l'auteur semble avoir profité de son blaze pour vendre d'infâmes histoires sans queues ni têtes dont The Mist fait donc partie.



Dans The Mist, un brouillard très épais s'abat sur le monde, cachant des bêtes immondes venues tout droit d'une autre dimension : des araignées géantes, des moustiques géants, des oiseaux sans plumes géants et, vers la fin, on voit même une bestiole encore plus géante qui doit bien faire huit fois la taille de l'Arc de Triomphe, du jamais vu. Comme elles viennent d'un monde parallèle, ces bêtes sont toutes foncièrement méchantes et s'en prennent à l'homme sans motif apparent, mais bien qu'elles soient moches, elles sont très propres car elles sortent toutes du même ordinateur dernier cri, un outil impec qui laisse jamais rien dépasser, aucune mauvaise trace, tout nickel chrome. A la fin du film le brouillard se dissipe, mais seulement une paire de minutes après que notre héros sans charisme ait conseillé à ses camarades rescapés (un couple de vieillards et son fils unique) de mettre fin à leurs jours car c'était la seule chose à faire. Le dernier plan du film c'est le héros qui n'a rien trouvé de mieux pour jouer sa tristesse et exprimer ses remords que d'hurler à la mort en se tapant la tête contre le volant de sa voiture.
Pour vous plaindre : françois.darabont@caramail.com


The Mist de Frank Darabont (2007)

28 mars 2008

Machos

Eh oui c'est le premier film porno critiqué dans ces pages, et il sera traité comme tout le monde. Félix et moi avons choisi celui-là parce que son scénario est une idée à laquelle on a tous pensé un jour. Qu'est-ce que ça ferait si j'étais un homme dans un corps de femme. Et vice versa. Fred Coppula répond à ce dilemme dans le plus simple appareil et en 90 minutes. Fred Coppula c'est le grand magnat du porno Français qui a régné sur le petit monde de la pornographie depuis le milieu des années 90 (date à laquelle on lui a offert son premier caméscope et où ses cousins ont atteint la puberté) et qui règne encore en maître tandis qu'il est désormais passé à la production, véritable dénicheur de nouveaux talents et mécène sans tabou. Il s'est très vite fait un nom dans le milieu en suggérant l'idée d'un film tourné en temps réel, un film dont le tournage a été avorté quand l'acteur principal a eu envie d'aller aux toilettes en plein coït final et quand l'actrice a eu les premiers symptômes d'une bronchite carabinée au cours d'une fellation aux méthodes ancestrales. Après cet échec Fred Coppula a signé sa fameuse trilogie qu'on rapproche souvent du décalogue de Kieslowski auquel on aurait soustrait 7 films et dont on aurait effacé tout le message biblique pour se centrer sur quelque chose de plus près de l'origine de l'homme. Le titre de cette trilogie est un clin d'œil à celle de James Cameron, j'ai nommé Terminator. En effet Fred Coppula a choisi pour titres: T1, T2 et T3, le premier film se déroulant dans une chambre de cité U, le second dans un petit appartement de 30m2 et le troisième dans un trois pièces plus spacieux. L'idée de Coppula c'était que dans chaque film les acteurs devaient s'adapter à l'espace de leur appartement pour copuler. Fred Coppula se plaçait là en tant que chercheur du X, et démontrait que la qualité de vie dépend entre autres de la surface de l'habitation. Depuis cette thèse n'a jamais été réfutée, et par ailleurs elle n'avait jamais été établie non plus avant que Fred Coppula s'y colle. Un quatrième volet intitulé "Pavillon" serait en chantier. Vers 1998 Fred Coppula a quelque peu négligé son éthique en s'abaissant à de vulgaires parodies de la coupe du monde de football afin de surfer sur la vague du succès et remplir son porte monnaie, en filmant des joueurs de l'équipe de France A' pris au piège dans un vestiaire verrouillé de l'intérieur par une troupe de ramasseuses de balles qui ont par la suite avoué vouloir pour gosses de petits génies du ballon rond. Tout de suite après Coppula retourne à ses rêves de grandeur. Et nous voila devant Machos. Coppula réunit les deux plus fameux acteurs du moment : Titof et Océane. Le premier n'ayant qu'une couille et la seconde ayant trois yeux, les deux n'ayant pas de nom de famille. Séquence d'intro : Deux grands gaillards arrivent en vacances sur la Côte d'Azur, à Cassis, bien décidés à trouver leurs âmes sœurs. Hélas après un quart d'heure de film passé à rôder de bar en bar, de camping en camping, de pizzaïolo en pizzaïolo, de paillote en paillote, de concours de pétanque en championnat de ping-pong, de matchs de volley endiablés en beach soccer en salle, nos deux héros ne gagnent que quelques bleus et autres entorses. À la fin de cette rude première journée, ils se résignent à regagner leur hôtel miteux pour y reprendre des forces. Mais au petit matin quelle n'est pas leur surprise quand nos deux gaillards s'aperçoivent qu'ils ont désormais des corps d'actrices porno. Et alors, après mille échecs dans leurs carcasses viriles, ils deviennent "les plus grosses niqueuses" (sic.) de toute l'Europe méridionale (Grèce incluse). Après une demi heure perdue sur le vieux port en quête de femmes, comme mus par un vieux réflexe, l'un des deux personnages croise son reflet chaloupé dans une vitrine et décide d'accepter son destin en allant chercher garouille auprès du vendeur de godasses, dernier puceau de la cité phocéenne. Ayant découvert les charmes des plaisirs féminins, les voilà possédés par une envie irrésistible de collectionner les hommes. C'est cette envie qui va dicter la suite du script et combler le reste du film autant que le spectateur en mal de sensations pures.

 
 
Y'a un hic dans ce film. Une vraie question de mise en scène que Coppula soulève et laisse tomber aussi sec. L'ensemble du film est tourné de façon très classique tandis qu'arrivé à 70% du métrage, un coït tout entier est filmé en caméra subjective, ce qui m'a plutôt gêné. Tandis que l'on est mis à la place de l'homme subissant plus ou moins un rapport génito-bucal digne de l'Enfer sans dire un mot, l'actrice regarde la caméra sans détour et avec une concupiscence située à 12 sur l'échelle de Richter, sachant qu'elle ne compte que 6 échelons. Le problème c'est que ce genre de scène a pour but de nous mettre dans la peau de l'homme et de nous donner l'illusion qu'on vit nous-mêmes ce que la dame démoniaque mais fort bienveillante lui administre. Le souci, c'est que c'est râpé pour le public féminin, et d'une, et de deux c'est que personnellement, j'ai plutôt du mal à m'identifier à la partie inférieure du corps de cet acteur, inférieure et pourtant tellement supérieure à la mienne. Comment accepter ce nouveau tatouage sur l'aine disant: "Je fait sa pour ma mère" écrit à l'envers. Comment me résoudre à ces jambes bâties pour la chasse à coure et tristement dénuées du moindre duvet. Comment tolérer ces pieds Chinois palmés jusqu'aux bouts des ongles, tous incarnés jusqu'à la garde. Comment supporter cette cicatrice d'appendicite rapidement guérie par le boucher de l'abattoir de Couiza. Je n'ai jamais eu l'appendicite. Comment m'habituer à cette crête de poils rêches et blond platine traçant sa route sinueuse du nombril jusqu'au gland, dans un éclair tragique. Comment accepter ce genou gauche doublement fracturé et encore cabossé. Comment admettre ce genou droit, pourtant sain et sauf, aussi embouti que le vieux pare-choc de ma kangoo et digne de ceux de Marcel Dessailly. Comment m'identifier à ce sexe de sept mètres de long numéroté avec un code-barre digne d'un musée sur les rescapés d'Alcatraz, coiffé d'un piercing à l'urètre duquel pend un porte-clé à l'effigie de la chanteuse Madonna. Personnellement, en ce qui me concerne, je ne peux pas, et je refuse de découvrir le buste endiablé de cet homme manifestement possédé. On a là un cas de Poltergeist unique dans l'histoire du cinéma, même en se rappelant le film de Tobbey "Chainsaw Massacre" Hooper. 
 
 
Machos de Fred Coppula avec Océane, Laura Angel et Titof (1999)

22 mars 2008

Zodiac

Je viens de rentrer chez moi là. J’ai pris le train, puis hop, la bagnole. 55 minutes passées à conduire dans le noir et sous les bourrasques. Mais ne me plaignez pas, au contraire, j’adore les sensations fortes. Il fait un temps de merde ici, vous imaginez même pas. J’ai tout eu sur la route. Tout. De la pluie torrentielle, un vent à vous arracher les tripes, de la neige à foison, du verglas recouvrant chaque centimètre carré de goudron, un brouillard tellement épais qu’en tendant un bâton par la fenêtre j’aurais obtenu une barbe à papa gratos… C’était grandiose. Un véritable typhon s’est abattu sur moi, tandis que je gardais les vitres grandes ouvertes pour ramasser tout en pleine gueule. J’adore tellement ça. Parfois je foutais les boules aux bagnoles qui arrivaient en face en éteignant mes phares au dernier moment, ou en restant plein-phares, mais comme j’en ai qu’un seul valide ça les gênait pas trop ça. Faire chier le monde c’est mon truc. Les jeux dangereux, c’est ma passion. Je suis abonné à ESPN moi. Je suis un dur à cuire, vous vous rendez pas compte. J'ai déjà fait du tir à l'arc, du saut à l'élastique, du deltaplane et des auto-tamponneuses. J'ai passé 67 mois de ma vie à l'hosto, soit presque 6 ans, si on met tous mes séjours bout à bout ; et encore, sans compter toutes les périodes de rééducation. Il ne me reste plus qu'un seul rein, et ce n'est pas le mien ! Selon ma philosophie, la vie se doit d’être une succession d’expériences et il faut la risquer chaque jour autant qu’on peut. Là, en bagnole tout à l'heure, j’ai vraiment pris mon pied comme on dit. Et si je n’avais pas conduit avec mes pieds la majeure partie du temps j’aurais réellement pris mon pied. Une fois arrivé, c’était pas de la pluie sur mon visage, c’était aussi des larmes. J’étais ému jusqu’aux larmes. Les sensations fortes, putain, y’a que ça de vrai. Croyez-moi.

En arrivant, j’ai balancé mon sac dans l’entrée et je me suis mis Zodiac, de David Fincher, dans mon lecteur DVD. J’ai balancé mon sac après y avoir sorti le dvd. J’aime les sensations fortes, certes, mais je voulais quand même pas niquer un dvd à 20 euros.


En exclusivité : le véritable Zodiac de David Fincher, qui lui a inspiré l'écriture du scénario. 
Le film lui est dédié.

Sans bouffer, sans boire, je me suis infligé de voir ce film de merde d’un bout à l’autre sans jamais faire pause. J’adore m’imposer des trucs atroces comme ça. C’est ma passion. Je me suis installé au coin de la cheminée, alors que le feu était éteint, ce qui fait que j’étais en réalité en plein courant d’air, et j’ai rifté mes yeux à même l’écran pour ne jamais perdre une seule seconde du film. Pendant tout le film j'ai repensé avec émotion au voyage en voiture qui m'avait amené jusqu'ici. Ce sanglier évité de peu, cet autre sanglier pris de plein fouet dans mon pare-brise, cet enfant tétanisé sur le trottoir, cet autre enfant dont j'ai vu les yeux devenir rouges de peur, éclairés par mon phare... En fait j'aurais adoré voir ce film dans un drive-in, pour continuer à rouler et à risquer ma vie tout en le regardant du coin de l'œil. Car là je me suis quand même drôlement fait chier.


Zodiac de David Fincher avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo et Robert Downey Jr (2007)