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23 avril 2019

Fleuve noir

Amateurs de polars aux scénarios fous flirtant avec le grand n'importe quoi, ruez-vous donc sur le dernier film d'Erick Zonca. Le réalisateur de La Vie rêvée des anges ne sort pas de son hibernation pour rien, lui qui signe seulement son quatrième film en l'espace de vingt ans. Il adapte cette fois-ci un roman de l'écrivain israélien Dror Mishani intitulé Une Disparition inquiétante, et s'appuie sur un casting étonnant : Vincent Cassel et Romain Duris se partagent l'affiche tandis que Sandrine Kiberlain, Charles Berling, Hafsia Herzi et Élodie Bouchez complètent la distribution. La preuve que, malgré la sale réputation du cinéaste, jugé trop autoritaire sur les plateaux, et la médiocrité totale de son précédent long métrage, Julia, on se bouscule encore pour participer à ses films... Les grands mystères de la vie...





Fleuve noir est également un must see pour ceux qui aiment assister au spectacle tantôt pathétique tantôt réjouissant d'acteurs en roues libres et aux abois. Affublé d'un look dégueulasse, Vincent Cassel en fait vraiment des caisses dans un rôle de vieux flic alcoolo initialement prévu pour Gérard Depardieu. C'est une vraie épave, on dirait presque l'incarnation du Gros dégueulasse de Reiser ! Cassel enquête sur la disparition du gamin de Sandrine Kiberlain, un ado qui habitait avec sa mère et sa sœur handicapée dans la barre d'immeuble d'un quartier populaire de banlieue parisienne. Très vite, Cassel suspecte le voisin et ancien prof particulier du gosse, à savoir Romain Duris, un drôle de type qui se mêle d'un peu trop près aux recherches et qui a franchement l'air louche. Car Romain Duris aussi se lâche complètement, il nous propose un jeu très maniéré qui pourrait donner des envies de meurtres aux moins tolérants mais qui, par miracle, apporte ici un grain de folie inattendu, une petite touche comique bienvenue. L'acteur fétiche de Klapisch s'en sort infiniment mieux que Vincent Cassel, qui fait la plupart du temps pitié dans ce rôle de vieux flic ravagé et ridicule.





Il faut dire que Zonca n'épargne pas son acteur vedette et lui donne à jouer des scènes que tout homme sensé et respectueux de lui-même n'aurait pas accepté de tourner. Vincent Cassel a quelques grands moments de solitude lorsqu'il doit s'occuper de son couillon de fils dealer de drogue et quand on le voit seul, chez lui, enchaîner les verres de whisky et lécher une photographie de son ex-femme... En plus, ces scènes très gênantes auraient vraiment pu être évitées, tout le versant du scénario consacré à ce personnage de flic minable ne faisant qu'allonger un film à l'intrigue centrale déjà bien suffisamment gratinée. On en a rien à fiche de son fils débile ! Non, s'il y a bien qu'une seule personne à saluer dans Fleuve Noir, c'est Romain Duris. Croyez-moi ou non, ça peut être étrange à lire, je peux comprendre que cela puisse choquer, mais c'est sincère : si je croisais l'acteur au hasard d'une rue, je lui enverrai une grande tape amicale dans le dos en lui disant "T'es énorme dans Fleuve noir !".





Avec son histoire qui part dans tous les sens, à la merci des agissements imprévisibles de ses deux personnages principaux complètement cintrés, Erick Zonca parvient aisément à nous captiver. Mais c'est un bien modeste exploit, car à côté de ça, le réalisateur échoue à tous les niveaux. Il ne développe aucune atmosphère particulière, alors que le cadre de son polar s'y prêtait assez bien (la barre d'immeuble où vit l'ado recherché et les bois qui la jouxtent, propices aux rencontres, ne sont pas exploités comme ils auraient pu l'être). On sent bien que Zonca a voulu nous livrer un polar noir, sordide, glauque, malsain. Il l'est, en effet, mais de la façon la plus terre-à-terre possible, comme peut l'être une émission de télé racoleuse. Nous ne sommes pas saisis par les enjeux du film, seulement hébétés par les agissements des différents énergumènes pitoyables qui le peuplent. Quand le fin mot nous est dévoilé, on est à peine atteint par la détresse de cette femme campée par Sandy Kiberlain et par l'horreur qu'elle nous révèle platement. Seul Romain Duris ressort grandi d'un tel film, après une conclusion qu'il illumine de nouveau de sa douce folie. Un curieux ratage, donc, qui appelle tout de même à une certaine bienveillance car c'est osé. Après avoir pondu sa merde décennale, Zonca peut à présent retourner dans sa tanière. A+ !


Fleuve noir d'Erick Zonca avec Romain Duris, Vincent Cassel, Sandrine Kiberlain et Charles Berling (2018)

19 mars 2008

Julia

Dix ans après le phénomène La Vie rêvée des Anges, voici Julia, le film qui marque le come back tant attendu d'Erick Zonca sur grand écran. Son nom étant tout à fait imprononçable pour les américains, Erick Zonca a choisi de se faire désormais appeler Rick Zon-K et donc de suivre l'exemple de Jean-Marie Poiré, qui avait dû transformer son patronyme en Jean-Marie Gaubert à la sortie du remake US des Visiteurs.

Une anecdote amusante raconte que quelques mois après son arrivée à L.A., Zon-K aurait croisé Timmy Burton dans un bar et l'aurait directement inspiré pour l'écriture du scénario de Charlie et la Chocolaterie où un dénommé Willy Wonka, clin d’œil très appuyé au réalisateur franco-ricain, se retrouve en proie à une bande de gosses dégénérés dans une fabrique de boîtes de conserve. L'amitié entre les deux hommes n'a hélas pas duré, et je vais à présent vous expliquer pourquoi. Vous n'êtes pas sans savoir que le fameux couple Johnny Depp - Vanessa Paradis a fourni la modique somme de 350 millions d'euros à un hôpital anglais en guise de récompense et de remerciement pour avoir su soigner leur fille Lily Rose de ce qu'ils pensaient être la peste jaune alors qu'il s'agissait d'une simple allergie aux poils du chat mort dégueulasse que trimballe sa mère Vanessa en permanence sur la tête. Or, au même moment, la fille de Zon-k était également l'une des patientes de cet hôpital anglais. Et il se trouve que les nombreux médecins ont préféré s'attarder jour et nuit sur le cas de Lily Rose afin d'obtenir le chèque promis par Depp, délaissant clairement la fille de Rick Zon-K qui souffrait pourtant d'une maladie bien plus grave (une tumeur foudroyante qui transforma littéralement la gosse en paillasson humain). Après l'encaissement du chèque signé M. Depp Jonathan, l'hôpital s'est converti en casino de luxe, et le cadavre de la fille de Zon-k fut retrouvée lors des travaux. Tenu au courant de l'affaire par le journal Voici quelques temps après la mort de sa fille unique alors que le deuil n'était pas entièrement passé, Zon-k a pris pour cible Johnny Depp en le traitant de tous les noms d'oiseaux au journal de 20h de Claire Chazal où il était invité à l'occasion de la sortie dvd d'un documentaire sur les châteaux cathares dont il avait assuré la partie audio. Regardant justement la télé à ce moment-là car Mars Attacks! était programmé juste après, Timmy Burton fut pétrifié, prit son téléphone portable et composa le numéro de Rick Zon-k pour lui dire de ne plus jamais foutre les pieds dans son bar préféré de L.A., lieu de leur rencontre si vous avez bien suivi, car il pourrait bien en ressortir avec les ciseaux d'Edward au mains d'Argent plantés dans le front.



Voilà. Tout ça pour dire que le scénario de Julia fut écrit par Zon-k dans cette ambiance poisseuse, suite à la perte de sa gosse justement prénommée Julia. Il s'agit d'un hommage direct à sa fille qui a terminé en peau de mouton. Pendant l'écriture douloureuse de cette histoire aux mille rebondissements, Zon-k a tout simplement essayé d'imaginer ce que serait devenue sa fille 30 ans après sa mort, c'est-à-dire à l'âge de 40 balais. D'après lui, ça ne fait aucun doute, elle aurait très mal tourné. Julia est une vieille alcoolo très laide et désespérément détraquée. Elle-même considère n'avoir qu'une seule qualité : plaire aux hommes. Elle ignore que c'est uniquement parce qu'elle est une femme facile et que certains hommes n'attendent que ça pour se soulager. Après avoir perdu son job, Julia ne trouve rien de mieux à faire que kidnapper un gamin pour demander une énorme rançon à son grand-père plein aux as. Julia nous raconte donc la triste épopée d'une femme bête comme ses pieds dont chaque décision est un renoncement à la réflexion. Elle finit au Mexique, un pays dont Zon-k nous dresse un portrait alarmant, à l'instar de Kreuzpaintner dans Trade dont je vous ai parlé récemment. Un pays où un gamin ne peut pas rester seul cinq minutes car il finit forcément kidnappé par des types qui ne rêvent que de pognon facile. C'est évidemment ce qui arrive dans Julia. Des mexicains foncièrement méchants kidnappent un enfant kidnappé ! Le gosse se retrouve doublement kidnappé. Et le spectateur, qui en a tellement ras-le-cul de cette histoire qui n'en finit jamais, a à peu près la même impression. Zonca nous amène dans un état de lassitude et de découragement rarement atteint. Le générique de fin est une véritable délivrance.


Julia de Erick Zonca avec Tilda Swinton (2008)