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15 décembre 2013

Happiness Therapy

C'est l'histoire de deux camés par la vie qui se trouvent. A ma gauche, Bradley Cooper, qui fut élu à l'époque "homme le plus beau du monde". A ma droite, Jennifer Lawrence, propulsée par l'opération du Saint-Esprit "femme la plus cool du monde". Elle remporta aussi l'Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle et ceci restera dans l'histoire comme le plus gros hold-up à mains désarmées de l'histoire du monde, et en particulier des Oscars, qui chaque année sont pourtant d'énormes braquages en strass et paillettes. Ces deux success story humaines incarnent pourtant à l'écran deux personnages enfoirés par la vie. L'un est bipolaire, a perdu son travail, sa maison et sa femme, qui le trompait. L'autre est veuve, à l'âge de 14 ans, et possède un caractère extravagant et imprévisible à croquer, dont on nous vante l'originalité alors que c'est le lot de tous les personnages de ce cinéma faussement indépendant américain actuel qui sent le fumier, cet "indiewood" morbide piloté entre autres par les frères Weinstein, ces deux enflures. 




Et bien sûr nos antihéros bien typiques vont apprendre à se trouver, cautériser leurs plaies respectives, s'aimer et trouver dans un spectacle de danse parfaitement raté mais ultra touchant le premier accomplissement de la nouvelle vie qui s'offre à eux. Le film culmine évidemment lors du concours final où les deux abîmés s'agitent mochement sur un mix des White Stipes et de West Side Story, entre autres, revus et corrigés par Monsieur Danny Elfman (n'avez-vous jamais eu cette curiosité bizarroïde de taper "Danny Elfman" dans Google Images ? Une photo de l'homme en dit long sur son œuvre). La chorégraphie coiffée-décoiffée des deux écorchés vifs nous pousse à hurler "CALL 911 !", d'autant qu'elle est hachée par un montage à la hallebarde qui sauve, comme dans toutes les comédies musicales hollywoodiennes récentes (rappelez-vous Nine), des comédiens tout sauf danseurs, et fait penser, a posteriori, qu'on n'a peut-être pas passé de si mauvais moments devant #DALS.




Ce film indépendant à l'eau de rose, réalisé par David O. Russell, cinéaste transparent que l'on confond un jour avec Michel Gondry (I <3 Huckabees), un autre avec Darren Aronofsky (The Fighter) et ici avec Jason Reitman (l'auteur des pires romances indés putréfiées comme Juno, Up in the Air, Young Adult), est un mix de Flashdance et Rain Man. Avec un poil plus de chance ou un type moins morose derrière la caméra on aurait eu droit à "Flashman", un nouveau super-héros autiste mais putain d'à l'aise sur le dancefloor. Sauf qu'on a juste eu droit à une grosse saloperie qui a rapporté plus de 236 millions de dollars pour un coût officiel de "seulement" 21 millions, ce qui nous laisse pantois et installe David O. Russell dans un fauteuil avant la sortie assez attendue, avec ses mille bande-annonces par semaine, de American Bluff




Logiquement, un film comme ça peut trouver son salut dans les acteurs qui forment le couple d'amoureux que l'on doit forcément aimer. Et si la logique a pris, puisque les deux sex-symbols à l'affiche comptent parmi les égéries de l'époque, elle n'a pas fonctionné des masses sur nous, qui ne voyons là qu'un bellâtre sorti de l'Actor's Studio et faisant des pieds et des mains pour s'acheter une crédibilité, et une greluche qui a obtenu le rôle à la dernière seconde, qui agite ses formes pour éveiller nos instincts les plus primaires et dont le "naturel" rend les journalistes gagas, elle qui passe pour un label rouge au milieu de steaks recomposés tels que Megan Fox ou Jamie Foxx. Entre les deux, Bob De Niro, sur lequel nous aurons la politesse de ne rien dire, d'autant que ce n'est pas dans ce film qu'il paraît le plus perdu, c'est dire...




PS. Rech. trad. CDI, plein temps, anglais-français, français-anglais, pour traduire le titre original du film : Silver Linings Playbook. Smic horaire. 10% CP. Femme de préférence, 14-36 ans.


Happiness Therapy de David O. Russell avec Bradley Cooper, Jennifer Lawrence et Robert De Niro (2013)

22 janvier 2013

Django Unchained

On l'attendait depuis longtemps, il est enfin arrivé pour embellir cette rentrée, je parle bien entendu du nouveau cru de Quentin Tarantino, de son tant espéré western-spaghetti à la sauce dé-chaî-né. Film parfait de A à Z, à la mise en scène jouissive et jubilatoire, au casting jouissif et impeccable, à la bande originale jouissive et tonitruante, ce Django Unchained est tout simplement un chef-d’œuvre. Le pied ce film. J'étais mort de rire tout le long. J'avais des frissons qui me parcouraient l'échine depuis la première scène (le générique), quand apparaît le titre, "DJANGO UNCHAINED", écrit et réalisé par "Quentin Tarantino", avec la musique sublime du Django de Sergio Corbucci en fond ("Djangoooo, have you ever been alone ? Djangooooo, have you ever fucked your son ?"), jusqu'à la fin, avec le gros délire sanglant et l'explosion énorme en forme de feu d'artifice délirant, en passant par tout ce qui se passe entre-temps, toutes ces punch-lines fracassantes, cet humour décapant, ce slow-motion tripant, ce hip-hop jumpant, toute cette violence décomplexée, et notamment le caméo de Tarantino himself et la façon dont crève son personnage. Juste jouissif. C'est bien simple, j'avais envie d'applaudir l'écran de ciné toutes les deux secondes, et je l'ai fait d'ailleurs, je me suis pas fait prier, même si je me suis fait tabasser gentiment par un type à la sortie du ciné. Un nazi ou un raciste. Un chien qui n'a rien compris au génie intégral du grand Tarantino, le mec le plus fun du monde, qui vient de réaliser le meilleur film de l'année, et même des trois années à venir, jusqu'au prochain opus signé QT quoi. Même si je me demande comment il va bien pouvoir faire mieux que cette tuerie. Whaoou, merci Quentin. Spike Lee, va crever pauvre con, tu mérites le fouet ! Dans un monde idéal on te foutrait au fond d'une cale en espérant que le bateau coule ! Django Unchained est magnifique, peut-être le meilleur film de son auteur. Ce film est une claque qu'on est trop heureux de recevoir en pleine tronche, et on serait même prêt à tendre l'autre joue pour en recevoir une autre du même genre mais deux fois pire, voire pourquoi pas tendre son joufflu (car c'est comme ça que j'appelle mon gros cul) pour se faire défenestrer et en redemander encore et encore. Tarantino nous ravage les boyaux et le cerveau, et on en redemande comme des cons qui prennent leur pied à deux mains. Le film dure presque 3 plombes mais il passe comme une balle de fusil à lunette entre les deux yeux d'un salopard d'esclavagiste, il passe comme un doigt dans le cul. Joui-ssif.




Voilà en gros ce qu'on peut lire absolument de partout à propos de ce film qui de notre côté ne nous a pas fait "jouir" une seconde. Mais il est difficile de s'en prendre aux fans qui font dans l'exagération et dans le répétitif puisque c'est le régime cinématographique que Tarantino lui-même ne cesse d'installer dans sa filmographie. Et puis l'homme n'est pas le dernier à se faire mousser, quand il déclare par exemple à certains journaux des choses aussi nuancées que : "Je suis à mon apogée". Quand nous avons fait notre édito sur les mégalos d'Hollywood, nous n'avons pas évoqué Tarantino, mais c'est évidemment le pire de tous. Bref, vous l'aurez compris, de notre côté on a comme une grosse dent contre Tarantino, plus ou moins depuis Kill Bill, qui s'est mutée en infection buccale pestilentielle de film en film. Mais avouons-le, si on craignait - et on avait raison - d'être à nouveau accablé par la plate stupidité du cinéaste, et surtout d'être agacé encore une fois par ses effets de manche stylistiques ressassés jusqu'à la lie (car il est difficile de reprocher à quelqu'un d'être intellectuellement aux abois mais plus légitime de lui reprocher une esthétique poussive et bégayante), on ne pensait pas s'ennuyer à ce point devant son nouveau bébé (sachant que quand on parle d'un nouveau bébé de Tarantino il faut imaginer un nourrisson difforme et bodybuildé). A force de répétition (le film est en lui-même d'un répétitif assommant) et d'insistance (on se croirait parfois non plus devant un patchwork de pastiches et d'influences mais devant une parodie par Tarantino de lui-même), feu le "style Tarantino" s'est muté en système, en une machine qui jadis, et même très tôt, était assez bien huilée, et que nous retrouvons déjà bien vieille, en train de rouiller sous nos yeux, de s'encrasser et de coincer, sabotée par son mécanicien en personne. Devant Django Unchained on se demande d'un bout à l'autre où est passée la légendaire "efficacité" de Tarantino, le dernier argument du cinéaste, son ultime bastion, cette qualité de réalisation, ce savoir-faire, ce petit sens du cinéma que l'on pouvait encore vaguement reconnaître à des films pourtant aussi médiocres et puants que Death Proof et Inglorious Basterds. Ici l'ennui est total. Rien ne fonctionne. On regarde sa montre.




Avant même de parler d'ultra-violence, de soif de vengeance primaire et abrutie, de simplisme idéologique épuisant et du reste, il faut dire que Django Unchained est un très mauvais film. Mal fait, mal monté, souvent mal filmé. Tarantino a perdu jusqu'à son art du rythme. Rythme de la musique (jamais aussi mal employée et montée que dans ce film), rythme des dialogues (bien mal écrits, au point qu'on aimerait renvoyer l'élève Quentin à sa rédaction de deuxième cycle pour entendre la version corrigée de ce triste premier jet), rythme des scènes et de l'ensemble du film enfin (puisque le montage est souvent un supplice, et fait parfois place à des séquences d'une parfaite inutilité qui rallongent un déjà trop long métrage tout en échouant à donner le sentiment du temps qui passe, comme cette scène où les deux héros se rendent en plein hiver et avec quelques cadavres sur les bras chez un inconnu qui les invite à manger un morceau de gâteau (...) avant que ne déboule un salvateur intertitre plus prompt à signifier le déroulement des mois ou des années). Même les personnages - le film tient pour héros deux chasseurs de prime, professionnel et amateur, qui abattent des gens sur contrat par simple appât du gain - sont nuls, à part à se délecter des deux gueulantes que pousse Leonardo DiCaprio, de l'accent insupportable de Christoph Waltz, qui se fait une habitude de détacher les syllabes avec emphase et de les prononcer avec du jus de salive dans la bouche, ou du charisme de Jamie Foxx, "premier héros pour les noirs" offert par Tarantino à ceux qu'il entend venger, mais qui se résume à une bonne gueule, deux costumes et beaucoup de connerie (il faut le voir, quatre ou cinq fois d'affilé, mettre la main sur son colt dès que quelqu'un s'approche de sa femme, quitte à mettre la vie de sa protégée en danger par pure stupidité de bourrique sanguine énervée). Django parlons-en, le personnage éponyme, le héros du film. Qu'est-il ? Un mari qui veut sauver sa femme. Soit. Un esclave qui veut se venger quand un brave maître d'école allemand lui en inspire l'idée, d'accord. Et à part ça ? Rien du tout. Aucune épaisseur, aucun caractère, rien qu'une belle coupe de cheveux façon casque et des muscles saillants autour desquels tourne la caméra fiévreuse d'un Tarantino vendeur de fripes et de biscottes. Faut-il vraiment s'extasier devant son épopée aussi interminable qu'absolument dépourvue d'ampleur ? Dur. Et par-dessus tout ce vide Tarantino roule des mécaniques, nous épuise par sa frime risible, ses dialogues plombants, et nous harasse, le comble pour ce dialoguiste et conteur hors-pair conscient de son soi-disant génie au point de l'annihiler par abus de confiance, avec un scénario aux longueurs morbides.




Car l'ennui vient aussi du fond de l'affaire, ce scénario crétin, creux et débilitant à souhait. Tarantino prouve encore et rappelle à quel point il est bovin dans ses raisonnements. Son propos est comme toujours simpliste pour ne pas dire absolument niais. Sa grande idée, on l'aura compris vu qu'il nous la serine péniblement depuis des lustres, c'est qu'il faut se venger des salops en se faisant salop, qu'on peut et qu'on doit devenir mauvais dans un monde mauvais du moment qu'on est gentil au départ et qu'on s'attaque à des méchants. Les grandes dichotomies sont de mise et, sans aucune mise en perspective historique, de même que tous les esclavagistes sont d'ignobles personnages, les héros sont des anti-racistes notoires, comme projetés en 1858 depuis notre ère, mettant un point d'honneur à rendre la monnaie de leur pièce aux salops de ce monde. Par conséquent la violence est gore et répugnante quand elle est le fait des méchants messieurs, cool et jouissive quand elle est celui des gentils justiciers, reflets de ce bon et courageux Tarantino lui-même qui, après avoir vengé les juifs contre les méchants nazis, venge les noirs contre les méchants blancs du haut d'un esprit d'une profondeur qui laisse pantois. Bravo Quentin, c'est très fin. Au moins autant que les longs dialogues qui plombent le film pour délivrer ton idée géniale, digne d'un enfant de 12 ans. Au moins aussi savoureux que ces autres dialogues voués à ne rien dire du tout (c'est la marque de fabrique de Tarantino, les dialogues "à côté du sujet", on le sait, sauf qu'avant il savait à peu près écrire et que les conversations mémorables qu'il plaçait dans la bouche de personnages truculents se sont mutées en un procédé laborieux), ou que ceux qui sont là pour faire grimper en flèche non pas le suspense mais l'ennui du spectateur, quand les personnages débattent pendant des heures de la bonne façon de sceller un contrat dans le Sud des États-Unis. Le pire n'est pas que l'on sache absolument ce vers quoi le dialogue nous mène (comme on s'attend du reste à chaque événement du scénario et à chaque dénouement violent succédant à chaque dialogue sans qualité, et ce dès la première séquence où le docteur Schultz libère Django), non le pire c'est qu'on s'en foute royalement, parce qu'on se fout totalement des personnages et de l'histoire, comme on se fout des scènes de combat à grand renfort de gerbes de sang, surtout depuis qu'existe un jeu comme Red Dead Redemption, où l'on peut s'amuser à créer le même type de situations et à tirer dans les cadavres jusqu'à plus soif, sauf qu'on tient la manette à la place de Tarantino...



 
Et quand on a compris la vaste étendue du propos (fouettons les fouetteurs et massacrons les massacreurs, en gros, quoique non, pas en gros, on est déjà dans le détail de l'idée de QT en croyant la résumer), on peut se lamenter devant sa mise en images et en sons. Il y a quelque chose d'assez pathétique à voir quelqu'un qui ne l'est plus depuis longtemps s'acharner à paraître cool. Surtout quand tout ce qu'il met en œuvre pour y parvenir tombe à l'eau, de la bande son, forcément trop fun et anachronique, mal placée et mal plaquée sur les images (et notamment sur celles qui illustrent les voyages à cheval du duo d'acteurs ponctués par d'incessantes et consternantes apparitions de l'épouse de Django) aux ralentis lourdingues sur des plans insignifiants, tournés peut-être trop rapidement et ne recelant aucune force visuelle, des zooms rapides trop attendus sur les réactions faciales des personnages aux flash-back inutiles et visuellement hideux, en passant par ces rares instants où Tarantino se rappelle qu'il fut aimé pour la structure complexe et retorse de Pulp Fiction et tente de surprendre la routine déprimante de son récit par un montage violent (je pense au découpage de la scène du Ku Klux Klan), mais de façon si bâclée et maladroite (même si on a compris qu'il voulait interrompre brutalement la scène de l'attaque du feu de camp pour glisser une boutade sur le Ku Klux Klan et en ridiculiser l'image), qu'on a l'impression d'assister à un montage non-définitif et qu'on a envie de pleurer.




Sans oublier ces scènes où notre fat et colérique cinéaste fait le malin, quand Django apparaît dans le nuage de fumée (effet digne d'un Michael Bay, et je pèse mes mots) laissé par l'explosion du gros personnage d'abruti joué par notre bon mégalo de cinéaste en personne, ou à la fin du film, quand ce dernier s'extasie derrière sa caméra sur le sourire allbright et les lunettes de soleil de Jamie Foxx, qui embarque sa poule devant la "grande maison de l'esclavagisme en feu" (laquelle renvoie à la "grande maison du nazisme en feu" de la fin d'Inglourious Basterds, sauf que là le héros ne se défoule pas sur l'équivalent esclavagiste d'Hitler mais sur pire que ça, le noir collabo, ce qui nous fait dire que si Tarantino devait tourner à nouveau son film précédent, Eli Roth viderait son chargeur dans le visage d'un kapo, et par conséquent on se réjouit qu'il n'ait pas à le tourner à nouveau). Ces effets pompiers font évidemment appel à des codes de série B et à certains westerns spaghettis, mais en essayant d'être cool au carré, par l'usage au premier degré de ces effets et par l'ironie qu'implique leur reprise consciente et appliquée, et tournant ces séquences comme un pied, Tarantino sombre dans le ridicule le plus insondable.




L'esthétique Tarantinienne fait donc plus que jamais tomber les yeux et se révèle aussi crasse, bête et vulgaire que les idées du bonhomme. Cette bassesse nous pousse à considérer Tarantino en triste pornographe dès ces gros plans, au début du film, où Christoph Waltz remplit des chopes de bière dans un saloon, plans brefs qui ont pour but de créer du rythme, une tension, mais qui n'y parviennent pas, et dont ne restent que l'image de verres remplis de mousse à rabord avant d'être raclés pour en foutre de partout, et le son juteux - comme la bouche de l'acteur Waltz - de cette bière qui gicle, qui mousse, qui remplit et qui déborde salement. Ces plans peuvent d'abord être perçus comme une sorte de tentative étrange de doter les images d'une matérialité, de les incarner, comme une sorte de porte d'entrée offerte au spectateur pour investir la réalité de la fiction, pour s'installer dans un monde concret bien qu'imaginaire et laisser aller notre créance vers ces lieux palpables. C'est un des soucis de Tarantino, qui a beaucoup interrogé la notion même de fiction, ses conditions d'existence et les possibilités de sa remise en question, qui poursuit théoriquement dans cette voie en réécrivant l'Histoire avec une grand H dans des fables politiques, et qui semble vouloir d'ailleurs projeter cette problématique, sérieuse et ludique à la fois, dans son film, via les scènes où le docteur Schultz et Django se préparent à incarner des personnages et à jouer des rôles pour s'introduire dans les plantations - sujet qu'il laisse malheureusement complètement tomber ensuite, soustrayant un intérêt potentiel à son film et entérinant sa criante pauvreté. Mais ces plans et les bruits de succion qui les accompagnent prennent une autre dimension, moins glorieuse et piètrement pornographique, quand, à la fin du film, les mêmes sons reviennent lors du grand massacre dans la maison de "Monsieur Candie", au moment où les sbires de ce dernier tirent à n'en plus finir et sans raison sur des cadavres pour en faire jaillir plus d'hémoglobine qu'ils n'en peuvent contenir à grand renfort de "schpluitz !" ridicules. C'est gras, c'est lourd, c'est bête, lassant et plutôt laid. Mais ça semble encore marcher. Tant mieux pour Tarantino et pour ceux qui se délectent de son artisanat, même si, avouons-le, cette ferveur déférente et béate autour de lui et de films comme celui-là nous fait véritablement froid dans le dos.


Django Unchained de Quentin Tarantino avec Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Jamie Foxx, Quentin Tarantino et Samuel L. Jackson (2013)

17 janvier 2011

Que justice soit faite

Il est facile de torcher un papelard à partir d’un film comme ça. Un film qui en dit plus que ce qu'il montre, un film âpre et dégoulinant. Dire qu'à cause du titre (Law Abiding Citizen, en version originale), je m'attendais à un long-métrage sur la loi Veil... Moi je prends le taureau par les cornes, je mets les pieds dans le plat et je m'avance la bouche en cœur. Je ne ferai pas dans la simplicité, je vais seulement me contenter de vous conter l’histoire, avec mes propres mots. Toute l'histoire. Préparez-vous à parcourir le pitch que F. Gary Gray a vendu à des producteurs tétanisés devant cette énième histoire de Vigilante cherchant à venger la mort d'un proche contre vents et marées tandis que la police ne daigne mouvoir son auriculaire bardé de cérumen. Première scène du film : Gérard Butler, l’acteur écossais au charme très rural et au talent inexistant (« the rough blue-eyed scottish moron » d'après Ralph Fiennes) , est peinard dans sa cuisine en train de préparer l’un de ces clafoutis aux cerises dont il a le secret. Il est en compagnie de sa fille qui s'amuse avec amour à confectionner des colliers et bracelets de perles à ses parents, le genre qu’on porte deux minutes puis qu’on jette aux chiens une fois que le gosse qui nous l’a donné nous a enfin lâché la grappe. Elle en fait un avec écrit « Daddy » qu’elle tend à son père. Grandiose. Tout ça est filmé avec un halo lumineux qui est là pour nous faire comprendre que ce bonheur total ne va pas durer... Toc toc toc. Même pas le temps de répondre « Qui est là ? » que Gérard Butler, dont on apprendra plus tard qu’il est une sorte d’agent spécial surentraîné, se prend un coup de batte de baseball dans la tronche et derrière le genou. KO (« Knives Out » en anglais), il assistera impuissant au viol et à l’assassinat de sa femme ET de sa fille, auxquels il faut ajouter le recel de quelques-uns de ses bibelots par deux hommes apparemment coutumiers du fait. Les méchants sont de sacrés salops, des pourris, des tarés. Fondu au noir. Nous suivons Jamie Foxx dans le rôle d’un avocat véreux, en plein travail, accompagné de son assistante incarnée par l’actrice blonde en plastique déjà vue dans Talladega Nights et Iron Man qui porte le doux nom de Leslie Boobs et qui ranked #51 on the Maxim magazine Hot 100 of 2008 list devant la famille Kardashian mais derrière Dustin Hoffman. Jamie Foxx est procureur dans l’affaire Butler, il se réjouit d’avoir trouvé un accord avec l’un des deux méchants qui, en reconnaissant ses crimes, s’en sort avec une courte peine de prison, tandis que son compère écope de la peine capitale. Allez comprendre. Avant que le verdict ne soit rendu, Jamie Foxx décide tout de même d’en toucher deux mots au principal intéressé : Gérard Butler, que nous retrouvons amaigri, les yeux rougis par le chagrin, errant dans les rues de Boston, Détroit, Philadelphie, que-sais-je ? Ce dernier ne déborde pas d’enthousiasme à l’annonce de la trouvaille juridique de Foxx, et il s’ensuit une violente dispute faite de bastons de regards durant laquelle Butler tapera trois fois du poing sur la table en s’écriant « Qu’est devenue la justice ? Qu’est devenu le peuple ? Qu’est devenue la loi ? ». Foxx décide de faire fi de ces remarques et, lors du procès, tout se déroule comme il l’a programmé. A la sortie du tribunal, Gérard Butler adresse un bras d’honneur à un Jamie Foxx assis sur ses principes et droit dans ses bottes. C’est ainsi que se termine la première partie du film, laissant le spectateur exsangue, littéralement.




Ten years later... Dix mois plus tard donc... Jamie Foxx et son assistante sont conviés à la mise à mort du meurtrier malheureux. Celle-ci se passe mal puisque là où le condamné à mort aurait dû s’éteindre sans douleur, il est soudainement pris de convulsions et de spasmes affreux. L’audience est abasourdie et le Coyote est victime de son succès (ça fait deux heures que j'attends mon maxi-raclette). De son côté, Gerarld Butler s’est fixé pour seul but dans la vie de rétablir la justice lui-même en mettant au point une vengeance calculée au millimètre. Il a pris 17 kilos de muscle (voir photo ci-dessus) en usant d'anabolisants interdits même au Viet-Nam. Du coup, il choisit de piéger le deuxième meurtrier puis de se filmer en train de le découper en apéricubes. Il envoie ça par colissimo suivi avec accusé de réception à Jamie Foxx. Ça lui coûte un bras mais il est content de lui. Il s'en fiche parce que son tour de bras est maintenant équivalent au tour de cuisse de Roberto Carlos lorsqu'il était au faîte de sa gloire. Ensuite, comme il a mis sans réfléchir l'adresse de l'expéditeur et qu'il a fait assurer le bien par la poste, il se fait vite repérer par la police, il décide donc de retirer son t-shirt et d'attendre de se faire cueillir chez lui, histoire de ressortir la tête haute, et d'arborer ses biscotos sculptés à force de soulever de la Viet tout en bandant les muscles de son cou. Butter se laisse donc mettre en taule et interrogé par Jamie Flaxx pour mieux commander sa vengeance à distance et montrer à quel point il est malin. Raaaaaaaaaaaah j’en ai trop marre, j’arrête et je vous laisse mariner avec ce suspense de tous les diables ! Je m’étais fixé de tout vous raconter, de tout vous faire partager, mais ça fait mal et j’en peux plus. En plus on est qu’au tout début là. Je vous ai seulement conté la première demi-heure ! J’ai l’impression de revoir ce con de film, en tout cas sa première demi-heure. Voir ça une fois, c’est déjà trop. La raconter, c'est un calvaire, là je suis Jésus sur sa croix en train de me prendre un coup de lance par Saint Thomas. Si vous êtes moins débiles que moi, vous avez arrêté de me lire depuis un bail. Je ne sais pas pourquoi j'ai eu envie de faire ça, de vous faire un peu revivre mon calvaire, mais c'est mal, c'est égoïste, et je ne recommencerai plus, promis. Je suis comme Indiana Jones dans le temple de Petra, je suis le pénitent... Le pénitent doit le passer, le pénitent doit le passer, le pénitent... Le pénitent est humble devant Dieu, le pénitent s’agenouille devant Dieu ! A genoux !


Que justice soit faite de F. Gary Gray avec Jamie Foxx et Gerard Butler (2009)

16 mars 2008

The Kingdom

Il sera difficile pour moi de résumer l'histoire de ce film puisque je n'ai pas bien compris. En réalité je me suis endormi pendant quelques moments-clés de l'intrigue, grosso modo du début à la fin. A vrai dire même mon père qui a pourtant vu le film en entier sans jamais fermer l'œil n'a pas vraiment su résumer l'histoire à son clebs, Oswald, lorsque celui-ci s'est réveillé, aux alentours du générique de clôture. D'ailleurs le générique d'ouverture raconte un siècle d'histoire, en se focalisant sur les relations américano-arabes certes mais ça reste un siècle d'histoire, et il ne le résume pas, il le décrit très en détail et c'est long, rien ne nous est épargné sur les différents évènements qui ont marqué les relations compliquées qu'entretiennent les États-Unis avec le Moyen-Orient, et ce par l'intermédiaire d'une série animée en 3D particulièrement moche ; bref, c'est assez original, j'avais jamais vu de générique comme ça, et ça me fait penser qu'ils auraient dû faire la même chose à la toute fin pour raconter le scénario du film, ç'aurait même été plus utile. Mais enfin c'est pas très grave de ne pas connaitre l'histoire racontée par Das Kingdom, là n'est pas l'intérêt du film. Non, il faut voir ce film pour deux choses : le bob de Jamie Foxx et la fameuse scène d'incompréhension entre ce même Jamie Foxx et un arabe qui n'est pas habitué à sa façon plutôt familière de parler l'anglais.


Jamie Foxx est un sacré acteur, l'un de ces quelques acteurs de couleur avec Whoopi Goldberg et Will Smith. Ces trois-là sont d'ailleurs les seuls à avoir remporté un Oscar au cours de leurs brillantes carrières. En voilà un quota éloquent. Trois acteurs de couleur à Hollywood, trois Oscars, plutôt pas mal les stat' ! The Kingdom a pu se réaliser uniquement grâce à Foxx Jamie, le projet ayant été mis en chantier seulement après qu'il a accepté d'y tourner bien qu'il se soit endormi à la lecture du scénario, ce qui aura provoqué un grave accident de bagnole, puisque Jamie Foxx a l'habitude de lire ses scripts au volant de son Hummer Mini-Cooper. On ne saura donc jamais vraiment pourquoi Jamie Foxx a accepté de figurer, et le mot est faible, dans un tel film. Peut-être que c'est l'idée de passer quelques temps en terrasse des bars les plus huppés de L.A. tous frais payés qui l'a branché. Une chose est sûre : puisque l'acteur a jugé qu'il portait littéralement le film sur les épaules, il a estimé tout à fait légitime de se comporter comme en vacances et de saboter l’œuvre en arborant un bob Pierre Cardin sur le crane du début à la fin. Et Jamie Foxx est bel et bien le seul acteur qui peut se permettre de porter un truc pareil sans perdre de sa crédibilité ni de son charisme dans une histoire pourtant pas du tout propice à la rigolade. Pourtant on y retrouve quasiment tous les acteurs habitués à tourner dans les films des frères Farelly, notamment les gros blackos qui servent de fils à Jim Carrey dans Fous d'Irène, chose tout à fait curieuse soit dit en passant, peut-être une erreur administrative à Hollywood ? Sans doute ! Toujours est-il que ça explique certainement le casting du dernier film des frères Farelly composé à 95% de gros bras du Bronx abonnés aux thrillers musclés. La qualité et la crédibilité des deux films en pâtissent salement.

Et donc la fameuse scène de malentendu entre Jamie Foxx et son pote arabe, une scène que l'on aurait aimé retrouver dans un film comme Lost in Translation, qui a malheureusement préféré se concentrer sur l'histoire d'amour platonique entre un vieillard et une jeune tocarde.


The Kingdom (Le Royaume) de Peter Berg avec Jamie Foxx (2007)