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21 octobre 2019

Brightburn : l'enfant du mal

Voici l’œuvre collective de la famille Gunn. Cousins et frères se sont réunis plusieurs week-ends successifs pour écrire ensemble le scénario de cette abominable merde. L'idée de départ, tout bonnement révolutionnaire, était de faire un film de super-héros horrifique. Du jamais vu... Ils ont grosso mierdo repris la trame bien connue de Superman pour mieux la détourner. Ainsi donc une capsule contenant un bambin from outerspace atterrit en pleine nuit dans la propriété d'un couple qui cherchait justement à avoir un gosse. Ni une ni deux, ils décident de l'adopter et de l'appeler Brandon. Rude. Une douzaine d'années plus tard, le gosse commence à voir rouge, littéralement. Ses crises de colère foutent systématiquement la maison sens dessus dessous. Très très cons, les parents mettent ça sur le dos d'une adolescence difficile, d'une puberté mal négociée. En plus d'un caractère de cochon, Brandon se découvre également une force surhumaine et une résistance à tout, ainsi qu'une attirance inexplicable pour sa vieille capsule planquée dans le sous-sol de la grange et de laquelle émane des transmissions télépathiques qui lui intiment de conquérir le monde, rien que ça.





Avec la bénédiction du plus argenté de la famille, celui qui a réussi, l'intellectuel de la bande, James Gunn, ici crédité en tant que producteur, incroyable tocard qui passe pour un type cool aux yeux de certains en raison d'une coupe de cheveux minable et d'un parcours atypique qui l'a vu passer des petits studios Trauma aux superproductions Marvel, Matt et Brian Gunn ont imaginé cette "origin story" d'un super-vilain qui n'a strictement rien d'originale, confiant la réalisation à un yesman docile nommé  David Yarovesky. Brightburn (c'est aussi le nom du patelin où se déroule cette histoire à la con, dans le Kansas) est une énième variation autour de l'enfant maléfique comme le cinéma d'horreur en raffole depuis des lustres. Quel film a relancé la mode ? On se le demande, mais ce sous-genre fleurit de nouveau sur nos écrans, plus souvent pour le pire que pour le meilleur. Très récemment sont aussi sortis The Hole in the Ground et The Prodigy, deux titres autrement plus recommandables que Brightburn bien que tout à fait dispensables. En général, ces films sont terriblement prévisibles, avec leurs lots de scènes inévitables où l'on enquête sur l'origine du mal, où l'on consulte des spécialistes, etc, et font plus que flirter avec le grotesque lors des coups de sang spectaculaires des enfants démoniaques. Navet XXL, Brightburn n'échappe pas à la règle et se plante à tous les niveaux.





D'une bêtise à toute épreuve, le scénario bâtard de Brightburn ne nous réserve aucune surprise malgré son apparente volonté de mêler les genres et les tons. L'insertion d'éléments de comics paraît très superficielle et forcée. Il faut voir le gosse, tronche de cake insupportable, griffonner en cachette, dans la cour de récréation, un logo et un costume sur son cahier de brouillon... ou découvrir sa force anormale en tordant une cuillère au petit-déjeuner... Alors que le film se veut d'abord plutôt léger, d'un comique involontaire parfois opérant notamment dû à des acteurs aux abois (les parents, campés par Elizabeth Banks et David Denman sont d'un ridicule de chaque instant), nous sommes en revanche très étonnés par quelques effusions ultra gores lors de ces scènes où le gamin s'en prend à ses victimes. On se souvient notamment de ces plans très insistants sur des éclats de verre envoyés dans l’œil d'une pauvre femme qui essaie en vain de se les extirper (je vous passerai des photogrammes...).





Ces scènes choc sont d'une laideur inouïe en plus de pouvoir éventuellement heurter le très jeune public que l'on imagine être la cible potentielle d'un tel concours d'idioties (le seul peut-être capable d'y trouver un semblant d'intérêt pendant 90 minutes). Ces images sont si dégueulasses qu'elles nous font détourner le regard et rendent ce film encore plus détestable. C'est oublier que c'est la marque de fabrique de la famille Gunn, toujours désireuse de nous rappeler son amour pour le bis qui tache. Tristes énergumènes... Lors du générique final, des images issues de journaux télé annoncent des événements surnaturels et l'existence possible d'autres super-héros, établissant un lien avec un autre film de James Gunn, l'insipide Super tourné en 2010. Cela a seulement pour effet d'accroître encore notre exaspération et notre mépris pour toute cette sinistre petite bande, visiblement très fière d'elle. Bienvenue dans le Gunniverse... Au secours !


Brightburn : l'enfant du mal de David Yarovesky avec Elizabeth Banks, David Denman et Jackson A. Dunn (2019)

12 octobre 2012

God Bless America

Sorti en salles ces jours-ci, le nouvel opus de Bobcat Goldthwait, God Bless America, a totalement anéanti les tout petits espoirs que j'avais placés en cet obscur cinéaste suite au plutôt sympathique World's Greatest Dad, film qui devait décidément beaucoup, pratiquement tout, à son acteur principal, Robin Williams. Rien de très engageant à l'affiche de God Bless America, où l'on retrouve Joel Murray, un acteur inconnu au bataillon qui pourrait tout à fait incarner Porky Pig sans maquillage, et Tara Lynne Barr, une adolescente au regard imbécile qui aura tôt fait de vous énerver. Mais, naïf comme je suis, j'espérais tout de même une comédie satirique capable de me faire rire quelques fois. Hélas, Bobcat Goldthwait m'a véritablement trahi. Devant les premières minutes de son nouveau film, dont j'ignorais à peu près tout, j'étais assez surpris et très satisfait. Nous y suivons Frank (Joel Murray), un pauvre type vivant seul dans une maison de banlieue qui pète progressivement les plombs face à la connerie ambiante. Tout ce qui l'entoure et qu'il subit au quotidien le rend fou : des émissions télé qu'il regarde comme un zombie affalé sur son canapé, impuissant, aux engueulades de ses voisins qu'il écoute comme fasciné par leur débilité, en passant par ses collègues de bureau, amorphes et stupides, dont il suit les conversations idiotes, hébété. On prend alors totalement fait et cause pour ce personnage dont nous ne comprenons que trop bien l'exaspération. Un beau matin, Frank finit par vider calmement son sac face à l'un de ses collègues, dans un monologue tétanisant qui lui fait perdre son job dans la seconde. Ainsi se termine un premier quart d'heure sans temps mort et assez savoureux, qui nous invite à penser qu'on tient là un film lucide et prometteur. 




Et puis d'un seul coup, tout s'effondre. Dans un revirement aussi lamentable que regrettable, le film devient aussi con que tout ce qu'il prenait soin de dénoncer. Voire plus. N’ayant plus rien à perdre et apprenant en outre qu'il est atteint d'une tumeur incurable au cerveau, Frank s'achète un fusil à pompe chez l'épicier du coin et se met à assassiner méthodiquement toutes les personnes les plus viles et stupides qu'il croise sur son chemin. Roxy (Tara Lynne Barr), une lycéenne révoltée, se prend d'admiration pour sa cabale ridicule, et lui propose son aide. Le duo se lance alors dans une équipée sauvage, sanglante, grandguignolesque et... interminable ! J'étais sur le cul en voyant la direction déplorable que prenait le film et j'ai vite coupé court, me demandant comment on pouvait d'abord pointer du doigt la crétinerie ambiante, et notamment celle de ces émissions de télé-réalité racoleuses et violentes, avant de se vautrer complètement dans tous les travers précédemment dénoncés, en proposant un spectacle d'une connerie à toute épreuve et, surtout, d'un cynisme vraiment morbide. Affreusement binaire et maladroit, son film apparaît donc au bout du compte comme un pur produit de la société déviante qu'il prétend attaquer. Bobcat Goldthwait se veut tellement trash et subversif qu'il finit par ne rien être du tout et par simplement agacer. Sa démarche idiote et schizophrène rappelle le célèbre dialogue d'Audiard sur cette particularité qui serait commune à tous les cons. Hasard du calendard, on pense aussi beaucoup au très récent Super, le film signé James Gunn sorti l'an passé, où le porcin Rainn Wilson s'alliait à la concupiscente Ellen Page pour rétablir l'ordre de façon tout aussi radicale dans une Amérique dégénérescente. Nul doute que Tarantino pourrait placer ces films-là dans son top annuel en vantant leur jusqu'au-boutisme corrosif et tous leurs soi-disant mérites. En ce qui me concerne, je ne peux que vous déconseiller God Bless America de toutes mes forces, et noter tout de même que ce film parviendrait presque à faire passer Super pour un chef d'oeuvre du genre, nettement plus recommandable.


God Bless America de Bobcat Goldthwait avec Joel Murray et Tara Lynne Barr (2012)

4 mars 2008

Lollilove

Putain ce film en bois... Méga grande déception. Comme Rémi et moi nous sommes fans de Jenna Fischer, ça faisait un petit moment qu'on espérait mettre la main sur ce con de film, introuvable jusqu'à il y a deux jours où je l'ai choppé un peu par hasard à télécharger dans le dark web. On voulait le voir depuis deux ans en fait, depuis qu'on mate assidument The Office et qu'on est tombé sous le charme de cette actrice au charme si immense. Ça fait deux piges au moins qu'on se dit "Putain faudra qu'on mate Lollilove elle a l'air au meilleur de sa forme là-dedans et le film est peut-être méga cool, vise un peu l'affiche chelou". Hélas, c'était sans compter sur James Gunn, son mari de l'époque, pourtant auteur du plutôt sympathique film d'horreur rigolo Slither et qui a voulu, avec Lollilove, faire on ne sait même pas vraiment quoi vu que c'est ni drôle ni intéressant. Produit par les studios Trauma plus habitués aux films gores délirants, où James Gunn travaillait alors, Lollilove est une sorte de docu-fiction ultra chiant, où l'on voit le couple d'acteurs créer une association venant en aide aux sans-abris. Ça dure 64 minutes et on a regardé la moitié en avance rapide tant ça paraissait long. Y'a strictement rien de drôle, ça brasse du vent et Jenna Fischer est finalement complètement sous-employée. Y'a bien un ou deux moments où elle a vraisemblablement été habillée par son idiot de mari, mais c'est tellement furtif qu'il vaut mieux se contenter des screencaps réalisés par les fans de la belle, soucieux d'éviter aux autres de regarder cette grosse arnaque qu'est Lollilove. A éviter. Deux ans pour ça... 
 
 
Le couple est depuis séparé, James Gunn continue à avoir une tronche de cake et à tourner des petits films d'horreur qui marchent très fort en VHS ; quant à Jenna Fischer, elle se constitue une bien jolie filmographie faites des plus mauvaises comédies américaines actuelles tout en continuant à incarner Pam dans The Office, elle domine la petite lucarne. On les salue. 
 
 
Lollilove de Jenna Fischer et James Gunn avec Jenna Fischer et James Gunn (2004)