18 février 2012

La Taupe

Avant la sortie prochaine de Martha Marcy May Marlene, voici Tinker Tailor Soldier Spy, nouveau venu dans la catégorie des titres à rallonge qui essaient de faire péter un plomb aux Sophie Favier et autres Isabelle Mergault (en règle générale à tous ceux qui ont des fèves à la place des dents), et de séduire les autres à coups d'allitérations fumeuses. Le pire c'est que ça marche ! J'ai voulu voir ce film principalement à cause de ce titre original taré. Mais pas seulement. La bande-annonce mensongère du film avait su me donner envie de le découvrir. C'est chose faite. Et Dieu que la bande-annonce est mensongère… Elle promet un thriller d'espionnage chiadé et haletant alors que La Taupe est probablement le film le plus soporifique de l'année. La grisaille permanente et le statisme tétanisant du film en assurent la caution auteuriale, et lui valent en prime d'être qualifié d'élégant un peu partout. Ce mot ne veut-il donc plus rien dire ? Suffit-il qu'un film soit chiant comme la mort, son scénario inutilement compliqué, les vestons de ses acteurs bien repassés et son image uniformément grise pour qu'il soit "élégant" ? Décors, photographie, costumes, acteurs, tout est gris là-dedans. D'un gris blafard qui vous pétrifie sur place.


La scène trépidante du film : Gary Oldman, toujours les mains dans les poches, apprend à une sorte de traître, en tout cas à un agent qui n'a pas bien fait son boulot, qu'il le renvoie en Russie, l'avion approche lentement au second plan, le "traître" pleure, Oldman le regarde pendant cinq minutes, fin de la séquence.

Et c'est pas l'histoire qui va vous maintenir en vie. On n'y comprend strictement rien, mais c'est peut-être moi, je suis une merde devant ce genre de scénario retors à la mords-moi-le-nœud où chaque personnage ressemble à tous les autres et possède 18 noms minimum. Certains prétendent qu'il faut revoir le film quatre ou cinq fois pour en saisir toutes les subtilités et enfin capter le fin mot de l'histoire dans ses moindres détails, sauf qu'il faudra me payer, et chèrement, pour que je relance un film dénué de tout intérêt historique, de toute portée métaphysique, de toute émotion esthétique et de tout plaisir cathartique. Pour ce que j'en retiens, ou plutôt pour ce que j'ai compris donc, c'est l'histoire, durant la guerre froide, d'agents secrets et autres espions anglais qui sont bien embêtés parce qu'ils ont une taupe au guichet. Vous trouvez ça court ? Moi aussi ! En gros ils sont cinq ou six, ce sont les dirigeants ou des membres actifs du Circus, et il y a une taupe, un traître à la solde des Russes, infiltré parmi eux, "there is a mooooole at the top of the circus". Il faut trouver l'intrus. Voila. Et ça déblatère d'un côté, de l'autre… Au final le grand traître c'est (je vais vous ruiner le film, mais croyez-moi c'est un service que je vous rends) Colin Firth, qui ressemble assez à Chandler Bing dans ce film, le Chandler Bing obèse et au visage cubique des dernières saisons de Friends. Son personnage est non seulement une taupe mais c'est en prime un sacré renard puisqu'il baisait la femme de Gary Oldman, pour le foutre dedans jusqu'au bout et puis pour faire soi-disant diversion, là encore, allez piger.


Comment cacher sa grosse gaule, par Colin Firth, best actor award winner 2011

Ce qui est sûr c'est que si Colin Firth fut sacré aux Oscars pour son rôle d'héritier de la couronne d'Angleterre dans Le Discours d'un roi, il vient de s'enterrer en la trahissant dans un film où on ne se souviendra de lui que pour cette séquence où Gary Oldman le surprend dans son salon en rentrant chez lui, le prenant la main dans le sac alors qu'il vient juste de tringler sa femme, et où ce grand espion et fin dissimulateur tâche de mystifier son vieux patron par une excuse bidon tout en essayant vaille que vaille de renfiler ses chaussures sous la table. A moins qu'il ne fasse exprès de se faire choper ? On s'en tape ! Toujours est-il qu'il est magnifique dans cette scène où ses chaussettes couleur taupe lui volent la vedette, observé dans sa pathétique manœuvre par un Gary Oldman qui réagit en.. non il n'a aucune réaction, ni dans cette scène ni dans aucune autre. Les acteurs en font paradoxalement des caisses sans broncher. C'est-à-dire qu'ils ne bougent pas un sourcil mais qu'ils en font des kilos dès qu'ils clignent de l’œil, chacun de leurs cils pesant semble-t-il une gigatonne. En particulier Gary Oldman. Pour ce qui est de son enveloppe corporelle, c'est sa statue de cire du Musée Grévin qui est filmée, et pour la voix, quoi qu'il dise il déclame avec un accent anglais surdoué insupportable, tel un acteur shakespearien du XVIème siècle, mais sous-doué l'acteur, vu qu'il détache chaque syllabe comme un abruti. Le comédien ne quitte strictement jamais la pause qu'il tient sur l'affiche. Vous pouvez faire défiler dix décors de bureaux enfumés dans son dos en laissant sa photo en surimpression au premier plan et vous tenez l'intégralité du film !


John Hurt mérite mieux que cet éternel rôle de vieux croulant... Lui aussi en fait des bombonnes sans jamais lever son cul de sa chaise. Derrière lui, Gary Oldman prend littéralement racine.

Le jeu des acteurs est non seulement fatiguant mais il rend le film encore plus figé et mort qu'il n'est. On se fout à peu près à 100% de savoir qui est la taupe. Si c'est ça le renouveau du film d'espionnage, autant vous dire que le genre est mort une seconde fois ! Le titre anglais, le fameux Tinker, Tailor, Soldier, Spy, énumère les noms de code des traîtres, ou des types qui n'ont pas bien fait leur boulot d'agent, si j'ai bien pigé (loin d'être sûr), l'intitulé se veut donc un massive spoiler unique en son genre, et le film aurait dû s'appeler Tinker Trailer Spoiler Spam ! C'est comme si Seven s'était appelé "John Doe", ou si Hannibal s'était appelé "Hannibal"... Ceci dit ça me paraît louche ce que j'avance là sur le titre original de La Taupe, j'ai pas dû bien piger. Mais je suis pas fou, à un moment, à la fin du film, on voit bien un des agents secrets anglais qui observe à la jumelle ses potes qui entrent dans un bâtiment discrètement, et il énumère leurs blazes : Tinker… Tailor… Soldier… Shpatz... Donc ça reste un spoiler, à moins que je n'aie vraiment rien compris ! Mais j'en ai, alors là, mais rien à foutre.


La Taupe de Tomas Alfredson avec Gary Oldman, John Hurt et Colin Firth (2012)