
Clive Owen éclabousse ce film de sa classe internationale (d'où le titre qui, au départ est un documentaire centré sur la vie et l'oeuvre de Clive Owen et qui devait s'appeler The International Class), qu'il soit vêtu tel un sans-abri ou tel un sportif amateur du début des années 1990. Malgré toute l'admiration que je porte à cet acteur-caméléon, je reconnais tout de même que le nombre de ses expressions faciales est relativement limité, en tout cas dans ce film-là, ce qui est dommage quand on a tant de classe et qu'on a joué auparavant avec tant de brio dans Les Fils de l'homme.

Pour en revenir au sujet, dans sa quête quasi sacerdotale, Clive finit sa route à Istanbul. Le climax de l'aventure se joue dans ce lieu à l'histoire si dense et si glorieuse. Tous les personnages clés sont réunis dans cette ville autrefois appelée Byzance, la capitale de l'Empire Romain d'Orient, puis de l'Empire Ottoman, berceau de culture et de civilisation, lieu d'invention de l'un des mets les plus fins et les plus originaux, qui a depuis, grâce à ses nombreuses qualités gustatives, et pour notre plus grand bonheur, été exporté dans le monde entier. De Pékin à Los Angeles, de Göteborg à Johannesburg, tout être humain a potentiellement la possibilité, je dirais même l'opportunité, d'effleurer du doigt l'aubaine de goûter ce délice d'Anatolie, cette douceur ottomane, ce régal stambouliote, ce bonheur d'Asie Mineure, ce ravissement du Bosphore, cette bombance Perse, ou tout simplement le kébab comme le nomment les amateurs et les puristes du monde entier.

Clive Owen termine donc sa quête et son enquête, venge son pote, finit avec du sang sur les mains et prouve qu'on peut être beau, bien habillé et manger des kébabs. En effet, en fin amateur de ce festin turc, qu'il ne prend qu'accompagné de son traditionnel gazi, fromage turc apparenté à la féta, Clive Owen s'oblige à l'issue de son enquête à tester tous les kébabs d'Istanbul, provoquant ainsi un allongement de la durée du film qui passe d'1h45 à 4h53. Il les déguste complets et avec sauce blanche. Au final, chacun des 835 kébabs fabriqués dans l'ancienne Constantinople est savouré et analysé en plan fixe, face caméra. Les impressions de Clive sont recueillies à chaud et on se prend à se passionner pour cette investigation atypique dans le lieu de naissance de ce met si cher à nos coeurs. Là est la véritable enquête du film, son point d'orgue dans ce voyage au milieu des saveurs de la Mer de Marmara.

Depuis ce film, Clive Owen a mis sa carrière en stand-by, taraudé par l’idée de débusquer le meilleur kébab du monde. Actuellement on peut le croiser à Metz, ville-étendard en France pour tout ce qui est spécialités turques, et deuxième ville au monde la plus fournie en kébaberies, juste derrière Istanbul, seule ville en France à posséder une « rue des kébabs » dans laquelle tous les commerces sont monopolisés par la fabrication de ce met si délicat. On y retrouve souvent Clive assis au milieu de la chaussée sentant ses doigts, les traits tirés, les yeux humides, l’émotion prégnante.
L'Enquête - The International de Tom Tykwer avec Clive Owen et Naomi Watts (2009)