8 juin 2009

Une Histoire Vraie

Avez-vous déjà passé 2 heures 30 à mater un vieux con à califourchon sur un tracteur miniature ? Moxopussy, Iowa, juin 1994. Alvin, un veillard tétu, enfourche sa tondeuse à gazon pour traverser une grande partie des Etats-Unis afin de retrouver son frère frâichement tombé malade et depuis longtemps perdu de vue. Près de 400 kilomètres parcourus sur un petit engin fort inapproprié, certes particulièrement économe en gazoline (2 litres au 100) mais d'une lenteur extrême (15km/h en vitesse de pointe).

Cette petite histoire somme toute très bête et à peine digne de figurer dans un guiness book parcourt peu à peu le pays, d'abord véhiculée de bar en bar par des vieux de la bande d'Alvin, souvent moqueurs et pas toujours admiratifs de son odysée ridicule. Il faut savoir qu'entre eux, Alvin était déjà appelé "le vieux con", et il était seulement célèbre pour avoir le gland devenu d'un vert unique avec le temps. Avec les joies du "téléphone arabe", l'histoire se déforme, et l'une de ses plus fameuses versions précise par exemple qu'Alvin a fait le trajet entièrement nu en ayant la gaule de bout en bout. Elle parvient finalement jusqu'aux oreilles décollées de David Lynch, qui y voit là un scénario miracle, l'occasion idéale pour signer son retour aussi original qu'inattendu dans un genre qu'il a déjà éclaboussé de son talent relatif par le passé : le road movie. Comme il n'est pas à une connerie près, David Lynch choisit d'intituler son film "a straight story", comme pour nous signaler qu'il racontait là l'histoire d'un homme "qui en a deux grosses". Plus consensuel, le titre français n'est pas "Une histoire d'hétéro" mais tristement "une histoire vraie".



Ce titre peut faire l'objet de bien des critiques. Rien qu'en y pensant, il m'a bouffé pas mal de mon temps. Lynch raconte une histoire vraie et il l'appelle "une histoire vraie". Il s'est battu avec les studios pour appeler tous ses autres films "fiction #1", "fiction #2", et ainsi de suite, ça n'est jamais passé, mais "une histoire vraie" est passé entre les mailles du filet. En tout cas, ça montre bien la profondeur d'esprit de David Lynch. Ça reste un mec vachement terre-à-terre, contrairement à ce que certains de ses films peuvent laisser penser aux plus naïfs d'entre nous. La petite histoire veut qu'à l'origine, le titre intégral fut peu ou prou "Une histoire vraie, réelle, tirée de faits réels, basée sur la vérité, poignante et touchante, je veux vous en mettre plein la race".

Via ce film, le réalisateur le plus lynchéen* de notre époque, Lynch himself, ne veut-il pas tâcher de lancer une bonne fois pour toutes sa seconde carrière, ou carrière perpindiculaire mainstream, déjà ébauchée avec Elephant Man, un succès mi-figue mi-raisin ? On pourrait le croire, tant cette histoire vraie est dépeinte avec le moins d'implication possible. On est quasiment face au premier "tractumentaire" de l'histoire (un docu sur les tracteurs). Lynch, qui a bâti un petit empire sur l'art de jongler entre un son intradiégétique et extradiégétique, des effets de mise en scène, des jeux de lumière, des ellipses à St Tropez, des scénarios alambiqués, triturés jusque dans leurs moelles, surprend ici avec cette histoire vraie ô combien linéaire, désespérément plate, assurée tout risques, filmée de dos, et peuplée d'acteurs certainement pas lynchéen (exit Bill Pullman et sa vieille raie sur le côté, exit Laura Dern et son fion de méduse, exit Patricia Arquette et ses dents de la mer...). Nous sommes en présence d'un UFO dans l’œuvre volante jamais identifiée d'un connard fini !



Lynch a souvent répété en interview (après avoir corrigé la prononciation de son nom, qu'il faut prononcer "David Linge") que selon lui, chaque film est une expérience et doit être vécu comme tel, dans les conditions idéales et propices à son expression la plus totale que réunit une salle obscure hi-tech. D'après lui, écran géant, image optimale, son dts à te défenestrer la gueule, et fauteuils aquagyms sont nécessaires et indispensables pour apprécier un de ses films à sa juste valeur. Quand on prend ces directives en considération pour Une Histoire vraie, on sort seulement du film la gueule ravagée par le bruit incessant et assourdissant du moteur diesel HS du tracteur en rade d'un vieillard aux portes de la mort.

J'ai un pote de la fac, celui qu'au foyer on surnomme l'Hélicoptère, qui a traversé Toulouse d'est en ouest du Mirail au Jardin Jap', à cloche-pied, nu comme un ver, avec une grosse plume au cul. J'attends fébrilement une Histoire Vraie #2 par le même Dave Lynch, à jamais et pour toujours mon idole !



*Lynchéen : adj. masc. Se rapporte à tout film glauque.
[hist] Dave Lynch est l'un de ces rares réalisateurs qui, à l'instar d'Hitchcock, ont droit à un adjectif propre.
[sens figuré] Merdeux.
Exemple: "Fils, va nettoyer les chiottes, ils sont dans un état lynchéen".


Une Histoire Vraie de David Lynch avec Sissy Spacek et Richard Farnsworth (1999)

6 juin 2009

Transamerica

J'ai vu ce film. J'ai pas fait exprès. Ce soir-là j'avais prévu d'aller voir un autre film au cinéma d'art et essai de mon quartier. Seulement ce cinéma-là avait un programme chaque jour différent, et je me suis gouré de jour. Je suis arrivé au guichet en demandant une place tarif étudiant, sans préciser le titre du film. C'était inutile puisqu'il n'y en avait pas d'autre, ce petit cinéma de quartier ne possédant qu'une seule salle. Je me suis vautré dans mon fauteuil très confiant. J'ai attendu que ça commence. L'affreux morceau de Bossa Nova supposé nous faire patienter s'interrompit, le silence se fit, les lumières s'éteignirent, et là l'horreur, c'est Transamerica qui commençait devant mes yeux dilatés par la surprise et plissés par la douleur. A ce moment là on pense forcément à se tirer en douce. La loupiote verte "Sortie de secours" prend tout son sens, elle qui fait d'habitude toujours chier à se refléter dans les lunettes des plus pauvres d'entre nous qui n'ont pas pu se payer le luxe des verres anti-reflets. Elles me tendaient les bras ces foutues loupiotes, j'en voyais mille à cause de mes reflets. Mais j'ai payé quatre euros alors quitte à les avoir brûlés façon Gainsbourg autant voir le film pour lequel je viens de me foutre dans le rouge à la banque. Mon portable vibre en mode silencieux dans ma poche, les ondes bouillonnent dans mon slip et je viens sans doute de perdre mes derniers espoirs de fertilité. C'est à n'en pas douter mon banquier au bout du fil. Les vibrations cessent puis reprennent. Je vois le petit voyant lumineux bleu de mon mobile Sagem clignoter à travers la toile de mon pantalon en toile de jute qui me colle au cul, trempé de sueur. Mon banquier m'a envoyé un texto. Je sors discrètement mon portable de ma poche, je l'ouvre, sa lumière s'allume et derrière moi un homme entre deux âges secoue mon siège avant de me tirer les cheveux d'un coup sec. Je fais mine de rien avant de rapidement lire le sms de mon seul "contact". C'est bel et bien mon banquier et son message dit: "Petit merdeux". Je suis donc bel et bien dans la merde. Et je suis donc resté dans la salle pour savourer mon dernier petit plaisir coupable. Ma dernière séance de ciné légale de cette année. Oh j'y suis bien retourné dans les jours suivants, mais sans passer par le guichet. En longeant les murs, vêtu de noir, encagoulé, avec des mitaines aux mains et des semelles anti-dérapantes aux pieds pour me faire la malle au premier contrôle des tickets. Bref, j'ai vu Transamerica. En entier. Et sur grand écran.



Je ne vais pas parler du film parce que personne n'en a rien à foutre, et moi le premier. Simplement soulever une question qui me chauffe depuis quelques temps. La question de l'amour propre des actrices. Où finit l'amour propre et où commence le mépris de soi ? Dans un entretien accordé par la chaîne TCM suite à la sortie de Rois et reine, le réalisateur du film et son actrice, Arnaud Desplechin et Emmanuelle Devos, revenaient sur leur parcours commun. Ces deux-là sont éternellement liés puisqu'il n'y a pas un film de Desplechin sans un rôle pour Devos, souvent principal, parfois secondaire, au pire une simple apparition, mais d'importance, dans Esther Kahn. Ainsi le réalisateur et sa comédienne "fétiche" évoquaient leurs souvenirs, la qualité de leurs liens, la grande chance qu'ils avaient de s'être trouvés, et la genèse de leur union artistique. A ce propos l'actrice raconte alors qu'elle a d'abord refusé de jouer dans le premier film de Desplechin (La vie des morts), parce que dans une scène du film son personnage devait quitter une pièce et être résumée par un autre acteur en ces termes : "Elle est moche, elle pue et c'est une pute". Ayant fait part de sa gêne à l'idée d'être ainsi décrite dans un de ses premiers films, et inquiète à l'idée d'être choisie par le réalisateur pour incarner une telle merde humaine, Emmanuelle Devos s'est vue rassurée par Desplechin qui lui expliqua que son personnage était si grossièrement décrit par un autre uniquement parce qu'à cet instant du récit ce dernier ne la connaissait pas et l'insultait ainsi pour libérer une colère tout à fait étrangère à elle. Devos a donc fait fi de sa vexation première et a accepté le rôle pour devenir la star césarisée qu'on connaît tous aujourd'hui.

Dans ce cas-là très bien. Mais tout le monde n'est pas Desplechin, et tout le monde n'est pas Devos. Je pense par exemple au film Bimboland, d'Ariel Zeitoun, sorti en 1998 et que je n'ai découvert que la semaine dernière sur Orange Cinéma Merdique, une des chaînes du bouquet Orange Cinéma que je capte par chance grâce à une astuce toute bête qui consiste à voler l'antenne de mon voisin d'en face pour la fixer sur mon toit et la brancher à ma petite télé perso. Ce film n'a visiblement pas eu le succès escompté, sans doute à cause de sa date de sortie en pleine coupe du monde, cette année-là où même les femmes préféraient Dugarry à DiCaprio. La principale et vaine ambition du réalisateur, Ariel Zeitoun, était certainement de faire entrer le mot "bimbo" dans toutes les bouches. Il a réussi son pari pendant un ou deux ans et depuis il a disparu.



Dans Bimboland, Judith Godrèche joue le rôle d'une scientifique à lunettes mal habillée et forcément malaimée. Elle est éprise d'un Gérard Depardieu prêtant ses traits à un éminent ethnologue. Le film est d'ailleurs une aubaine pour constater qu'en dix ans Gérard Depardieu en a pris trente, rien qu'en bouffant des plats caffis de gras matin midi et soir, en se vautrant partout avec sa moto et en survivant à quelques attaques cérébrales, lui qu'on surnomme à Paris "L'Outremangeur". A l'époque il avait encore forme humaine et pouvait interpréter un séducteur, un gendre idéal, ou même un intellectuel. Bimboland lui permit de réunir ces trois facettes plutôt flatteuses dans un seul et même personnage, et on sent bien que l'acteur préféré des français a accepté le rôle uniquement pour ça. Pour profiter de ses dernières années dans un corps goodlooking, et éventuellement pour humer Judith Godrèche au détour d'un champ-contrechamp. On le voit littéralement rôder dans les plans, se glissant dans l'image tel Charles "l'Harmonica" Bronson dans Il était une fois dans l'ouest avec un verre de scotch, un cigare au bec et la braguette ouverte. Un tel rôdeur a de quoi mettre en émoi la frêle Judith Godrèche, déjà complètement à côté de ses pompes il y a dix piges. Son personnage d'ethnologue en survet', bigleuse et empotée, n'avait aucune chance de séduire un Depardieu si charismatique et gouailleur. Mais la rencontre avec une "bimbo" épileptique correspondant idéalement à la définition d'une "cagole" et interprétée sans efforts par Aure Atika allait très rapidement mettre Godrèche sur la voie de la séduction et de la prostitution, l'éloignant de ses amies d'antan, elles aussi bigleuses et mal fagotées, interprétées par Armelle et Sophie Forte, ces deux-là ne pouvant quant à elles fonder aucun espoir sur un astucieux changement de look pour devenir ne serait-ce qu'à peu près tirables. Inévitablement et à jamais hideuses. C'est en tout cas ce que sous-entend Zeitoun.



Vous ne vous rappelez pas forcément d'Armelle et encore moins de Sophie Forte. Armelle c'est cette comique insupportable qui faisait des sketchs déprimants sur le plateau de Fogiel il n'y a pas bien longtemps et qui avait décroché bec et ongles le tout petit rôle de la meilleure amie d'Amélie Poulain, dans le rôle de la seule hôtesse de l'air atroce de l'Histoire du cinéma. Quant à Sophie Forte c'était une comique très petite des années 90, qui avait une coupe de cheveux malhonnête, des lunettes à quadruple foyers, un tout petit visage perdu au milieu d'une énorme tête surmontée d'une tignasse pas possible. Je crois qu'elle officiait surtout à la téloche, dans une des mille émissions de Ruquier... Mais ce qui est sûr c'est qu'elle a tout à fait disparu aujourd'hui.



La façon dont je viens de décrire ces deux femmes est un peu limite, un peu dégueulasse. C'est du pur et simple délit de sale tronche. Et j'en suis conscient. Mais je me le permets d'abord parce que je fais ce que je veux, ensuite parce qu'il me semble que les deux femmes dont il est question m'approuveraient sans sourciller, ou en rajouteraient même une couche... Et c'est là toute la question. Car ces deux femmes ont évidemment basé leurs carrières de comiques professionnelles sur une certaine laideur semble-t-il assumée et mise en valeur. C'est un peu la même chose pour les hommes. Très souvent les comiques mâles sont des petits hommes chétifs et mal agencés ou autres grands dadets mal fagotés. Comme Louis de Funès, Bourvil, Danny Boon (qui joue d'ailleurs dans Bimboland), Pat Timsit, Danny de Vitto, Elie Semoun, Arthur, et beaucoup, beaucoup d'autres. Mais enfin de tous temps l'humain s'est montré moins exigeant vis-à-vis de la beauté des hommes que des femmes. Plusieurs raisons à cela. La longue domination machiste et patriarcale des hommes sur les femmes, la plus grande beauté intrinsèque du corps et des traits féminins, le vieillissement avantageux pour les hommes et souvent ingrat pour ces dames, et j'en passe.

Bon je vais couper court. De toute façon si quelqu'un a tenu jusque là c'est déjà un miracle. Tout ça pour dire que dans Bimboland, les deux "comédiennes" citées plus haut, Armelle et Sophie Forte, sont qualifiées à plusieurs reprises, et par tous les acteurs chacun son tour, de gros thons lamentables, de femmes abominablement laides et de petites merdes humaines. Si ce ne sont pas, à la lettre, ces termes, c'est en tout cas ce que les leurs, pas plus gratifiants, disent en substance. Et ça n'est jamais démenti. C'est présenté comme une vérité absolue et immuable. Et les actrices interprètent avec entrain ces rôles unanimement et gaiement qualifiés de chiures féminines, de crevardes, de "freaks". Elles ont lu le script, signé un contrat sans doute peu juteux, et interprété ces rôles de femmes si oecuméniquement laides que tout le reste du casting les roule dans la boue en paroles, séquence après séquence, profitant de la comparaison pour se mettre en valeur. Et alors je me pose la question de l'amour propre. Qui sont ces femmes qui acceptent tout ça ? Cet accablement consenti et enjoué me choque. Et ça n'est pas un cas isolé. Dans bien des films, bien des femmes acceptent de jouer le rôle de la fille hideuse et détestée pour ça, sans se plaindre, sans monter sur un escabeau pour se pendre au beau milieu du plateau avec un testament épinglé à la cravate disant : "Connards !". C'est un mystère pour moi. Vous allez me dire : "quand on s'appelle Armelle ou Sophie Forte, et qu'on a besoin de fric pour manger et de rôles pour exister, on accepte ce qui traîne par terre". Bon bon, fort bien. Mais quid de Felicity Huffman ?



Et là je reviens au film en question dans cet article, Transamerica. Ce film raconte l'histoire d'un homme qui va tout faire pour devenir une femme. C'est l'histoire d'un trans. Et le rôle est interprété par Felicity Huffman, que vous connaitrez sans doute pour son interprétation en ce moment sur vos écrans d'un des quatre ou cinq rôles principaux de la série Desperate Housewives. L'actrice s'était déjà fait un nom depuis deux ans grâce à cette série de merde mondialement adulée avant d'accepter le rôle titre du tout petit film de Duncan Tucker (prononcez "Ducon Tucker" ou bien "Duncan Tocard"), qui n'est sorti que dans trois salles à travers le monde et que personne n'a vu sauf moi. Et dans ce film, Felicity Huffman joue le rôle d'un homme, qui veut devenir une femme. Ils auraient pu choisir un homme pour jouer le rôle, ça se serait même avéré assez logique. Mais ils ont choisi de prendre une femme. Sans doute pour signifier qu'un transsexuel qui se vit comme une femme est davantage une femme qu'un homme. C'est pas si bête dans le fond. Mais ça devient à priori compliqué quand il s'agit de choisir une actrice pour jouer un hermaphrodite et de lui expliquer qu'on l'a castée parce qu'elle ressemble à un mec tant elle est physiquement pas au point. Ok un acteur ou une actrice peuvent et doivent pouvoir tout jouer. Ok il faut mettre son orgueil de côté pour tout donner. Mais quand même, l'amour propre ça existe... Comment Felicity Huffman ne s'est-elle pas dit : "Je suis si mal foutue et si naturellement inesthétique qu'on me propose de jouer un mâle, une fausse femme, une meuf avec la gueule au carré et du poil aux couilles. Je suis si peu gracieuse que je vais jouer le rôle d'un être humain totalement à l'opposé de ce que je suis, je vais jouer mon contraire. Je suis si peu féminine que je vais jouer un type, un malabar".

Peut-être bien qu'elle s'est dit tout ça mais qu'elle a tiré un gros trait sur sa fierté pour obtenir un Golden Globe. C'est de toute évidence un rôle à Golden Globe. J'ai vu le film, et je peux vous assurer que Felicity Huffman n'y joue pas particulièrement bien la comédie. Son travail est même, à l'image du film, relativement nul, ou tout au plus insignifiant. Mais jouer un travelo c'est comme prendre trente kilos, se raser le crane, se vieillir avec du maquillage ou apprendre à faire de la boxe, c'est forcément le gage d'un extraordinaire talent d'acteur et ça mérite Oscars et tapis rouges, c'est bien connu. Huffman peut donc se féliciter puisqu'elle a obtenu son Golden Globe, qu'on peut traduire par "boules en or". Ce fût donc un bon moyen pour l'actrice de se faire des couilles en or en acceptant de se laisser greffer des grosses burnes entre les jambes le temps d'un tournage. Personnellement je soupçonne Felicity Huffman de n'être réellement pas une femme. Je crois que Felicity Huffman n'est autre que Philip Seymour Hoffman, qui a une double identité bien cachée lui permettant de jouer aussi bien Truman Capote (prononcez Capoti) que Lynette Cavo, une femme au foyer désespérée à force d'être monstrueusement conne. D'où ce rôle de "shemale" qui lui permet d'assumer au cinéma sa passion pour le "transgenre" et le travestissement sous toutes ses formes. Cet article c'est du gros gaspillage, ça va que j'écris pas sur du parchemin sinon j'aurais Domino's Voynet au cul !


Transamerica de Duncan Tucker avec Felicity Huffman (2006)

5 juin 2009

Monsieur N.

Je n'ai pas vu ce film. Comme tout le monde. Je critique un film que je n'ai pas vu. C'est peu recommandé. Mais je n'ai pas vraiment le choix, je ne l'ai pas vu. Guilty as charged de n'avoir pas vu ce film. Mais qui l'a vu ? Quelqu'un l'a-t-il seulement vu ? Moi pas en tout cas. En fait je voulais parler de ce film parce qu'en allant au cinéma, au milieu des vingt minutes de publicités et de bandes annonces qui précèdent chaque film, j'ai vu l'annonce de la prochaine fête du cinéma, qui aura sans doute lieu très bientôt. Des tas de gens peu fréquentables, et peu fréquentés, se bousculent et gigotent dans cette annonce, séparés par de petites cases, des grosses têtes dans des petites cases dansant ou grimaçant avec des frusques sur les os et du maquillage plein la gueule. Des gens pour la plupart absolument éloignés de l'idée même de cinéma. Entre autres : Elisa Tovati, dont la carrière se résume au second rôle de Chochanah Boutdeboule dans La vérité si je mens 2 ; Tomer Sisley qui après 25 ans de stand up minable dans une cave Parisienne s'est récemment vu offrir le premier rôle du film Largo Winch, dont le héros est passé du blond vénitien au juif-tunisien en un coup de typex pour les besoins de l'adaptation ; François Xavier "Que la peste soit de vos" Demaison ; Julier Ferrier qui après un one man show (j'insiste sur "man") a décroché un rôle de cadavre dans Paris, le dernier Klapisch ; Hélène de Fougerolles, l'éternelle cagole des planches de théâtre ; Andréa Ferréol, qui collectionnait les rôles de nymphomanes frustrées dotées d'un appétit morbide pour le zob dans Les Galettes de Pont-Aven, dans La Grande bouffe ou ailleurs ; Zoé Félix qui subit une descente aux enfers en tenant le premier rôle d'une série télé à ras le bonbon après avoir littéralement "servi la soupe" à Gérard Darmon, de 100 ans son aîné, dans Le cœur des hommes 1 puis dans Le Cœur des hommes 2 ; Sara Forestier, aussi appelée "la nuit des longs chicots", qui s'est rendue célèbre en parlant comme une Port-de-Boucaine dans L'Esquive et qui lit désormais Proust dans un théâtre en parlant toujours comme une Port-de-Boucaine ; Mylène Jampanoï qui a ce qu'on appelle "les dents du bonheur", cette particularité physique qui dans son cas porte bien son nom puisque cet écart entre ses deux principales dents a été forcé, creusé, par... Bref, étonnant de réunir un tel casting de comiques ratés pour donner envie d'aller au ciné.

Mais dans cette annonce il y a aussi toute la famille de Caunes au grand complet, père et fille, Antoine et Emma. Encore une fois, que font-ils là ? Vous avouerez que c'est pas tout à fait à eux qu'on pense quand on entend le mot "cinéma".

Du côté de la fille, elle a lancé sa carrière de comédienne dans Ma mère de Christophe Honoré, aidée peut-être par un gros coup de pouce de son papa, et pourtant tout de même contrainte d'écarter ses jambes en full frontal (plein cadre) dès son premier film, comme tout le monde ! Depuis, sa carrière stagne et la télé s'en repaît. Emma de "Pauvre" Caunes n'a plus qu'à allonger la liste moisie de sa filmographie pour parvenir à ses fins et devenir, visuellement, l'égale hexagonale d'Asia Argento, la fille du grand maître de l'épouvante, qui aura réalisé son meilleur film d'horreur en mettant sa gosse au monde.




Du côté du papa, Antoine de Couenne, une première carrière assez réussie en tant que comique pour Nulle part ailleurs, largement aidé par un José Garcia toujours en pleine forme, avant un premier et dernier pas devant les caméras de cinéma dans Les deux papas et la maman aux côtés de Smaïn, sosie français officiel de Martin Scorsese. Puis quand il s'est agit de passer derrière la caméra, Antoine "Coup de pied" De Coin a commis quatre films, que personne n'a vus. Non, j'exagère un peu. Personnellement j'ai vu le début des Morsures de l'aube en croyant avoir téléchargé un documentaire sur l'horrible région de l'Aude où j'ai vu pourrir mes premiers jours. J'ai aussi vu Désaccord parfait, et en entier. Un film intriguant sur deux vieillards, interprétés par Jean Rochefort et Charlotte Rampling, qui se font des cunilingus l'un l'autre en permanence. En revanche j'ai su résister à l'attrait de Coluche, l'histoire d'un mec quand il est sorti au cinéma, un poil aidé je l'avoue par le fait qu'aucune salle de cinéma en France ne l'a diffusé. De la même façon Monsieur N. N'a (je mets toujours une majuscule après un point) jamais croisé mon chemin. Et si cela devait arriver je n'y couperais pas, en grand fan de Torreton que je suis. Ce type a beau être d'une laideur sans nom, il a beau jouer la comédie comme on tronçonne un arbre, il me plaît. J'aime ce mec.

La famille de Caunes c'est avant tout pas mal de piston, de la soupe au pistou et un peu de pesto ! Ne comptez pas sur moi pour participer à cette fête du cinéma parrainée par des anciens comiques hideux et des actrices pas chères. Ils devraient diffuser ces spots publicitaires à la télé au lieu d'en infester les cinémas, puisque ceux qui les voient en salles sont de fait des gens qui y vont déjà, au cinéma... Et au moins la famille de Caunes serait à sa place.


Monsieur N. d'Antoine De Caunes avec Philippe Torreton (2003)

4 juin 2009

Jack

J'ai vu ce film quand j'étais dans le Lubéron chez ma grand-mère avec mon frère et mon cousin, qui est devenu schizo depuis (c'est pas drôle mais c'est vrai). Un soir que mémé avait rencard avec son groupe d'anciens résistants-collabos, elle nous a embarqués dans sa bagnole pour qu'on aille louer le film de notre choix à Pertuis, quarante kilomètres plus loin. On est revenus chez ma grand-mère avec le dvd de Jack, suite à un douloureux compromis entre mon frère, mon cousin et moi. On voulait tous les trois un film différent, et ces trois films étaient disposés dans les étalages de telle façon qu'ils formaient un triangle, au centre duquel trônait le Jack de Coppola. Et ma mémé a tranché, elle qui connaissait un brin de cinoche et qui avait reconnu le blaze de Francis Ford. Quand on ne loue qu'un dvd par an et que le dvd en question c'est celui de Jack, on peut parler d'une année de merde.

Je crois vraiment que c'est ce soir là que la schizophrénie de mon cousin Sam s'est manifestée pour la première fois. Il a passé le plus clair du film à imiter Jim Carrey dans Dumb & Dumber en relevant ses jambes derrière ses oreilles pour péter le cul en bombe sur la flamme d'un briquet idéalement placé par mon frère et moi pile devant ce qu'on peut nommer "son étoile noire". Jack vieillissait à vue d'œil sur l'écran de la téloche pendant que mon cousin pétait tout son méthane et foutait le feu aux broderies en soie de mémé.



Pour quand même dire un mot du film, il s'agit d'une pierre angulaire dans la filmographie de Coppola puisqu'il réunit ses thèmes favoris: le temps qui passe, le vieillissement, l'âge, le poids des années, la fuite du temps, les éphémérides, les temps qui changent, les époques formidables, les illusions perdues (avec le temps), l'écoulement des années, le sablier du temps qui se fait la malle, les premières rides, la chute des cheveux, le blanchissement des perruques, le tassement des os, la chute des chicots d'argent, les articulations qui se coincent, la rate qui se dilate, la cellulite sur les joues de sa mère et ainsi de suite. Jack a effectivement une maladie très rare, son vieillissement est d'une rapidité fulgurante. Il croupit quatre fois plus vite que la moyenne et à dix ans, il en paraît donc soixante. Qui choisir pour incarner Jack ? La question ne se pose même pas. Robin Williams est un éternel adulescent, un bambin à jamais enfermé dans la peau d'un vieillard prof de philo. Robin Williams est né et il mourra "entre deux âges". L'acteur n'a rien à se reprocher dans ce film. Il apporte sa fraîcheur et son enthousiasme naturels pour faire de cette œuvre autre chose qu'un naufrage, ou disons un naufrage à peu près doux à l'œil.

Mais que dire de Coppola, qui, dans le making-of de son dernier film en date (L'Homme sans âge), interviewé chez lui au coin du feu, tente vainement avec son énorme bide de camoufler sa dvdthèque ikéa dans laquelle Jack côtoie Apocalypse Now et la trilogie du Parrain, et même Virgin Suicides, qu'il revendique et qu'il semble s'être approprié en bel opportuniste qu'il est, cafi de gras. Ce réalisateur, grand nom incontournable du cinéma contemporain, semble ne pas être totalement en harmonie avec son passé. Il n'a pas l'air d'être en paix avec lui-même. C'est bel et bien lui qui a choisi Jennifer "The Butt" Lopez pour incarner une prof de littérature. Jennifer Lopez. Littérature. Jennifer Lopez. Littérature. J-Lo. Littérature ! Ces deux mots ne vont pas ensemble.



Une chance qu'il fût plus inspiré dans sa jeunesse en choisissant Bob Duvall et Marion Brando dans Apocalypse Now. S'il l'avait tourné aujourd'hui on aurait retrouvé Justin Timberlake et Eminem sur les plages Vietcong. Si Coppola avait tourné Le Parrain dans les années 90 c'est Elton John qui aurait joué le rôle titre avec des cotons dans les gencives, et la star à paillette Prince, aussi appelé "Prince of Persia, la gangrène de la pop et la reine des gang bang", aurait remplacé Al Pacino. Coppola a beau être le roi du cinoche italo-américain contemporain, on est bien obligé de considérer sur un pied d'égalité toutes les composantes, voulues et existantes, de son œuvre.


Jack de Francis Ford Coppola avec Robin Williams et Jennifer Lopez (1996)

3 juin 2009

L'Enquête - The International

The International (en français "L'enquête", à ne pas confondre avec Contre-enquête avec Jean Dujardin, lui-même remake de Mystic River de Clint Eastwood) est un film dans lequel le héros est incarné par Clive Owen. Ce héros mène une enquête à couteaux tirés sur de cruels banquiers luxembourgeois sans scrupules accusés de se faire de l'argent sur la misère du Tiers-Monde en leur vendant des armes à crédit. Son but est alors de démanteler ce trafic d'armes et les transferts d'argent associés qui n'ont rien de très catholiques. Notre héros est avant tout motivé par la recherche de l'explication de pourquoi son collègue qui enquêtait à ses côtés tel un ours avec son pot de miel s'est fait refroidir de manière si saugrenue devant la toute nouvelle gare de Berlin Ouest ! Il faut souligner là le regard de Clive quand il voit tomber son pote de toujours, quand il le voit se vider de ses tripes, séparé de lui par une chaussée glissante traversée par de nombreuses voitures toutes plus rutilantes les unes que les autres, l'empêchant de rejoindre son ami en train de perdre l'usage de ses jambes et de le fixer avec une incrédulité mêlée de résignation, ce regard si intense m'a déchiré le cœur. En effet, ici Clive Owen sort le grand jeu, il sort grandi, il est grand. A partir de là et grâce à ses talents d'acteur indéniables, le spectateur est littéralement happé par cette enquête. Il sera entrainé de la plus classe des manières par un impeccable Clive aux quatre coins du globe en un temps record, plusieurs menaces pesant sur les épaules du héros et le pressant de découvrir les tenants et les aboutissants de toute la conspiration dans laquelle il a mis son doigt. Cette conspiration si bien huilée dans laquelle notre héros est un infime clou rouillé qui pourrait en briser l'un des rouages et entrainer avec lui toute la terrible machinerie et, par là même, empêcher la vente d'armes dangereuses à des gens peu recommandables. Et si en plus il est aidé par la talentueuse et mutine Naomi Watts, l'intrigue n'en est que plus intéressante à suivre.




Clive Owen éclabousse ce film de sa classe internationale (d'où le titre qui, au départ est un documentaire centré sur la vie et l'oeuvre de Clive Owen et qui devait s'appeler The International Class), qu'il soit vêtu tel un sans-abri ou tel un sportif amateur du début des années 1990. Malgré toute l'admiration que je porte à cet acteur-caméléon, je reconnais tout de même que le nombre de ses expressions faciales est relativement limité, en tout cas dans ce film-là, ce qui est dommage quand on a tant de classe et qu'on a joué auparavant avec tant de brio dans Les Fils de l'homme.




Pour en revenir au sujet, dans sa quête quasi sacerdotale, Clive finit sa route à Istanbul. Le climax de l'aventure se joue dans ce lieu à l'histoire si dense et si glorieuse. Tous les personnages clés sont réunis dans cette ville autrefois appelée Byzance, la capitale de l'Empire Romain d'Orient, puis de l'Empire Ottoman, berceau de culture et de civilisation, lieu d'invention de l'un des mets les plus fins et les plus originaux, qui a depuis, grâce à ses nombreuses qualités gustatives, et pour notre plus grand bonheur, été exporté dans le monde entier. De Pékin à Los Angeles, de Göteborg à Johannesburg, tout être humain a potentiellement la possibilité, je dirais même l'opportunité, d'effleurer du doigt l'aubaine de goûter ce délice d'Anatolie, cette douceur ottomane, ce régal stambouliote, ce bonheur d'Asie Mineure, ce ravissement du Bosphore, cette bombance Perse, ou tout simplement le kébab comme le nomment les amateurs et les puristes du monde entier.




Clive Owen termine donc sa quête et son enquête, venge son pote, finit avec du sang sur les mains et prouve qu'on peut être beau, bien habillé et manger des kébabs. En effet, en fin amateur de ce festin turc, qu'il ne prend qu'accompagné de son traditionnel gazi, fromage turc apparenté à la féta, Clive Owen s'oblige à l'issue de son enquête à tester tous les kébabs d'Istanbul, provoquant ainsi un allongement de la durée du film qui passe d'1h45 à 4h53. Il les déguste complets et avec sauce blanche. Au final, chacun des 835 kébabs fabriqués dans l'ancienne Constantinople est savouré et analysé en plan fixe, face caméra. Les impressions de Clive sont recueillies à chaud et on se prend à se passionner pour cette investigation atypique dans le lieu de naissance de ce met si cher à nos coeurs. Là est la véritable enquête du film, son point d'orgue dans ce voyage au milieu des saveurs de la Mer de Marmara.




Depuis ce film, Clive Owen a mis sa carrière en stand-by, taraudé par l’idée de débusquer le meilleur kébab du monde. Actuellement on peut le croiser à Metz, ville-étendard en France pour tout ce qui est spécialités turques, et deuxième ville au monde la plus fournie en kébaberies, juste derrière Istanbul, seule ville en France à posséder une « rue des kébabs » dans laquelle tous les commerces sont monopolisés par la fabrication de ce met si délicat. On y retrouve souvent Clive assis au milieu de la chaussée sentant ses doigts, les traits tirés, les yeux humides, l’émotion prégnante.


L'Enquête - The International de Tom Tykwer avec Clive Owen et Naomi Watts (2009)

Jusqu'en Enfer

Il m'a saoulé ce film. Ca fait deux fois que je paye pour le voir et deux fois qu'il me saoule. Mais comme ça au moins j'aurai vu deux Sam Raimi au cinéma. Je suis un contemporain de Sam Raimi ma parole ! Dans cent ans les gens m'envieront. Je ferai partie des chanceux qui auront vu un Sam Raimi au cinéma. Et quel Sam Raimi... Le jeune prodige a convoqué son frère Ivan Raimi pour accoucher à quatre mains du scénario le plus lamentable qu'on puisse concocter. Ce film d'horreur, comme plus ou moins tous les films d'horreur depuis Scream, ne fait jamais peur. Par contre il fait sursauter, à grand renfort de bruits stridents qui accompagnent invariablement chaque apparition supposée effrayante, qui s'avéreraient tout à fait inoffensive le son en moins. Aucune idée intéressante à l'horizon, pour ne pas dire aucune idée tout court. Aucune atmosphère n'est créée, aucun ressort dramatique ne suscite le moindre intérêt. C'est juste une histoire à peine digne d'un feuilleton minable à diffuser sur M6 entre 2 et 3h du matin, tristement incrustée dans le contexte de crise actuel comme pour donner une crédibilité au projet, qui apparaît in extenso comme l’œuvre d'un "artiste de son temps" pour les critiques les plus sérieux. Ce type de sous-texte très "de son temps" mérite à la rigueur d'être relevé quand ça se glisse sous un scénario de qualité, sans ça c'est une facilité de plus dans un film médiocre et abrutissant. Surtout quand, à la fin du film, l'héroïne regrette de n'avoir pas accordé de prêt à une femme uniquement parce que c'est une gitane et qu'elle l'a envoûtée pour lui pourrir la vie. Tu parles d'une morale... Ce film est donc littéralement consternant, et atrocement bruyant.



Que Sam Raimi soit un nullard passe encore. Comment lui reprocher d'être un gros bourricot dénué de talent ? C'est peut-être pas complètement de sa faute... En revanche on peut le condamner tout entier pour deux choses. La première c'est son manque sidérant et navrant d'ambition. Pour le comparer à un autre cinéaste de l'horreur, et à un des grands maîtres du genre tant qu'à faire, John Carpenter - que Raimi doit admirer et auquel il doit certainement s'identifier - a plus ou moins toujours aspiré à de grandes choses, qu'il les ait accomplies ou non. Carpenter a toujours affiché une certaine volonté de créer des œuvres intelligentes et cohérentes en s'inspirant des plus grands et en tâchant de se hisser à leur niveau pour créer une tension puissante, un univers cinématographique riche et singulier et échafauder des séquences toujours tendues vers une certaine excellence, et ce sans pour autant oublier la qualité du genre dont il s'était érigé en maître, voué à être estampillé "bis" et à être en porte-à-faux permanent entre une certaine rigueur et un sens assumé du grotesque. Mais encore faut-il avoir l'humour de son talent.



Quand je vois les films de Carpenter, je sens un type qui adore ce qu'il fait et qui respecte infiniment son travail et son public, qui a une très haute ambition dans ce qu'il crée, bien qu'il fasse des films fantastiques souvent condamnés à un regard condescendant de la part du public. On sent que le bonhomme est influencé par des grands types (Howard Hawks en tête), par des classiques. Mais quand on voit ceux de Raimi, on se dit quoi ? Qu'il a bouffé des téléfilms toute sa vie sans rien mater d'autre ? Que c'est un plouc ? J'espère bien que ces deux réalisateurs se détestent sans même se connaître, ou bien seulement que Carpenter soupire sous sa moustache quand on lui cause de Sam Raimi, et qu'il réclame un cinquième verre de scotch. Vous allez me dire : Raimi veut faire du divertissement, il est hyper généreux dans ce qu'il fait blabla, il a le même amour que Carpenter pour le ciné fantastique et d'horreur. Hé ben putain... On peut aimer la même chose de deux façons bien différentes, qui rendent l'une ou l'autre haïssable. J'espère que Carpenter ne va pas aller voir Drag me to Hell au cinoche, j'aimerais pas qu'il crève d'une crise cardiaque avant l'heure ce salop, et que sa mort prématurée soit simplement due aux effets sonores à la con... Pour avoir peur devant ce film, il faut simplement être un gitan, et redouter le regard des autres à la sortie de la salle.



Car c'est là l'autre excellente raison de condamner Raimi. On le savait pro-Bush mais personnellement j'ignorais que ce type était un raciste notoire et peu discret. Son film dresse un portrait infamant des étrangers de tous horizons. Les arabes, les hindous, les chinois et les espagnols sont tous des rapaces cupides, maniganceurs et détestables, quand ils ne communiquent pas directement avec les démons dans leur langue maternelle. Quant aux gitans, Sam Raimi nous les décrit comme des êtres hideux, puants, affreux, sales et méchants, de connivence avec le Diable et toujours prêts à envoûter le quidam qui leur marche sur les pieds pour le promettre aux enfers. Il va même plus loin puisqu'il les déshumanise carrément. D'après lui ces gens-là, contrairement aux autres, ne meurent jamais vraiment, âmes en peines errantes et ensorcelées, en quête d'innocents américains à faire chier. Que de tels boucs émissaires aient pu faire les choux gras de films de série B complètement débiles il y a trente ans, c'est une chose, qu'un réalisateur aussi populaire que le papa de la saga Spiderman se lâche comme ça en 2009 dans un film finalement tout public, c'est légèrement plus gênant. Tourner un film d'horreur, quand on a trois idées morbides qui tournent en rond dans son crane, enrobées de tout un tas d'idées puantes, ça donne l'un des films les plus merdiques sortis récemment. C'est une vraie honte qu'une merde pareille soit sélectionnée à Cannes seulement parce qu'elle est estampillée Sam Raimi. Pourtant, matez un peu la filmographie de ce type, et chialez un bon coup.



On peut penser qu'il n'est au fond pas nécessaire de s'énerver contre un tel film, si immensément et entièrement ridicule. Mais le film de Sam Raimi n'est pas seulement misérable, il est détestable et vraiment craignos. Au festival de Cannes, il me semble avoir entendu Frédéric Beigbeder parler du dernier Tarantino (ou bien était-ce du film de Lars Von Trier ? Je ne sais plus, aucune importance), pour en dire avec son éternel air crétin : "Il ne mérite même pas le scandale". Beigbeder est du genre très con mais après tout peut-être n'avait-il pas tort. Parfois on se dit qu'il n'est pas forcément nécessaire de s'emporter pour si peu. L'ennui c'est quand plus aucun film ne semble mériter le scandale, quand tous les films sont applaudis de la même façon, du dernier Resnais au dernier Von Trier, d'Almodovar à Gaspar Noé en passant par Haneke et Jan Kounen. Plus rien ne fait de vague ni ne suscite le mépris, l'indifférence est maîtresse de cérémonie à Cannes. S'habituer à la médiocrité ou à la bêtise est une triste affaire. S'emporter ou se révolter contre des artistes abrutis et insultants a finalement peut-être du bon.



Je crois que si l'on fait les comptes, à plus de sept reprises dans le film un personnage se fait cracher des choses à la gueule, ou bien se fait pénétrer par la bouche : une mouche hideuse (échappée des studio Pixar) entre dans la bouche de l'héroïne, la vieille gitane qui l'ensorcelle lui vomit dessus, lui bave dans la bouche, y enfonce son bras, l'héroïne elle-même pisse du sang dans la bouche de son patron avant de voir les yeux de son ensorceleuse lui gicler sur le visage et ainsi de suite et j'en oublie beaucoup. Le réalisateur a un avenir tout tracé dans le porno. Ça fait de Sam Raimi le cinéaste du cumshot, et ça lui fait une belle médaille à la con.


Jusqu'en Enfer de Sam Raimi avec Alison Lohman et Justin Long (2009)

1 juin 2009

Les Triplettes de Belleville

J'ai un cousin qui crèche à Belleville, et qui a trois couilles. Je m'attendais donc à ce que ce film cause de lui. Je vous vois d'ici en train de penser : "Il nous refait le coup...". C'est vrai que c'est pas le premier article que je commence comme ça. Ce serait bien mon genre de commencer une critique de Mr Nobody en écrivant: "Je pensais que ce film allait m'en dire long sur ma propre personnalité, qui demeure un mystère pour moi car je me trouve si lisse...". Ou bien d'entamer un texte sur Nuit d'ivresse en disant : "J'ai cru qu'avec ce film j'allais enfin comprendre mon gros alcoolo de père". Ou encore de lancer un papier sur Le Journal d'une femme de chambre par ces mots : "J'ignorais que Bunuel avait débusqué le journal intime de ma boniche pour en faire un long métrage". Ou bien à propos de L'attente des femmes de Bergman : "J'allais enfin être au jus de ce que les meufs désiraient et je pourrais enfin m'en esprofondir des palanquées". Sauf que cette fois-ci il ne s'agit pas seulement de démarrer un article, mais aussi de le finir. En effet je m'arrête là. C'est pas des blagues. J'ai réellement un cousin qui possède trois bourses et qui réside à Belleville, et j'ai réellement cru que ce film causerait de lui.


Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet avec Jean-Claude Donda (2003)