25 janvier 2020

Wildlife - Une saison ardente

Wildlife est le premier film derrière la caméra de Paul Dano, si l'on met de côté tous ceux auxquels il n'a pas participé mais pendant les tournages desquels il se situait physiquement derrière le champ couvert par l'objectif. Pour sa première réalisation en tant que réalisateur, l'acteur de 34 ans s'attaque à une adaptation de l'écrivain Richard Ford : le récit d'une dislocation familiale dans le Montana des sixties, vue à travers les yeux d'un ado (Ed Oxenbould) amené à grandir d'un seul coup en observant ses parents se défaire (Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan). Après avoir perdu son job, le papa s'en va combattre le feu pour gagner quelques dollars tandis que la maman essaie de s'en sortir en solo, quitte à se résoudre à séduire un vieux type répugnant mais plein aux as...




Paul Dano nous raconte tout ça en prenant son temps, en s'appliquant autant qu'il peut, et en laissant une belle place à ses trois personnages, campés par des acteurs animés du même souci de bien faire. Le tout donne quelque chose de pas désagréable, certes, mais qui manque clairement d'un peu de vie, de souffle. La mise en scène de Paul Dano est très soignée, mais peut-être trop, coincée dans une volonté de joliment faire qui laisse peu de place à l'inattendu. Vraisemblablement désireux de rappeler les fameuses toiles d'Edward Hopper, le jeune cinéaste nous propose toutefois quelques images agréables à la vue. En outre, on peut aussi saluer l'attention qu'il porte aux regards, aux interactions invisibles entre ses acteurs. C'est par là que passe l'essentiel de ce qui se joue entre eux, notamment entre le père et son fils, une relation délicatement dépeinte, qui échappe aux stéréotypes redoutés. Il y a une douceur plaisante et palpable entre les deux êtres. Mais si Jake Gyllenhaal et Ed Oxenbould (une drôle de tronche un peu lunaire, déjà croisée chez Shyamalan dans The Visit) font le taff, il y en a une qui brille tout particulièrement : la maman, Carey Mulligan.




Il y a presque dix ans (ça ne me rajeunit pas), je vous en faisais l'éloge pour son charme mutin et son jeu au poil dans le pourtant médiocre Never Let Me Go. Je prédisais un bel avenir à cette actrice désormais âgée de 34 ans et qui a, depuis, fait des choix plutôt honorables si on la compare à ses semblables : elle n'est jamais apparue dans des blockbusters merdiques, préférant tourner pour des cinéastes plus ou moins appréciés par ici (les frères Coen, NWR, Steve McQueen, Thomas Vinterberg, Baz Lhurmann...), n'atteignant pas cependant le niveau de reconnaissance que l'on pouvait imaginer. Elle est le grand atout de Wildlife, son principal intérêt, celle qui parvient justement à animer un brin les images trop léchées de son réalisateur. Quelques jours après avoir vu Wildlife, on se souvient de son personnage et non du film à proprement parler. D'un physique changeant, pouvant tour à tour se montrer fragile ou supérieure, d'une beauté intimidante ou d'une mesquinerie la rendant disgracieuse, elle focalise l'attention du spectateur en quête d'énergie tout au long de ce récit pas désagréable mais trop atone. Carey Mulligan est un plaisir à voir évoluer là-dedans, elle est la grande attraction d'un premier film avec lequel nous ferons, grâce à elle, preuve d'indulgence. 


Wildlife - Une saison ardente de Paul Dano avec Carey Mulligan, Ed Oxenbould et Jake Gyllenhaal (2018)

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