14 mai 2012

Play

Aujourd'hui, notre inimitable critique belge Thomazinette vient nous donner ses impressions sur le film de Ruben Östlund, Play. Un film dont la froideur extrême et la thèse lourdingue, s'amusant à titiller vainement le politiquement correct et à chatouiller les préjugés du spectateur, m'ont personnellement évoqué le pire du cinéma de Michael Haneke et ont eu pour principal effet de me laisser muet, assommé par ce cinéma de petit provocateur appliqué. Place donc à notre cher collaborateur chevelu, qui saura vous en parler mieux et plus longuement :

J'ai maté le film suédois polémique de Rupert Opshülsnd, et ça m'a un brin fait chier. Le pitch est pourtant simple, diablement simple : trois jeunes blancs-becs suédois se font martyriser par cinq adolescents impitoyables et noirs. Une rapide titrologie nous apprend bien vite qu'en plus d'avoir des couleurs de peau différentes, les antagonistes se revendiquent de deux milieux sociaux totalement étanches l'un à l'autre, puisque dans un dialogue d'anthologie, l'incommunicabilité retentit dans un cinglant « plaît-il ? » lancé par un blanchon penaud matant ses pieds aux « tigres de Göteborg » qui lui demandaient de ow faire voir son portable ! P'lé, c'est aussi comme ça que s'appelle le chef de la bande des All Blacks, en hommage au joueur de hockey Pelé. Plaid, c'est le signe de reconnaissance de la bande des blanchots, qui ne sortent jamais sans leurs couvertures de mohicans. Palu, c'est la malaria. Pilée, c'est ce que foutent les blacks aux blancs. Pieds, ils se les font brûler leurs pieds. Poignée, de main, ils n'en échangent jamais... Plaie, c'est enfin le sentiment lesté duquel on quitte ce film en forme de match de basket sans temps mort et où le ballon est un cartable...



Je reconnais un travail sur les espaces et les décors, un amour immodéré des transports en commun de la part de Ruben Ruby Rub Rebut et un hommage à leur horizontalité comme symbole de stagnation sociale et de tournage en rond. Je veux bien admettre que cette passion pour tout ce qui est bus-tram-métro a quelque chose de touchant, et je concède bien volontiers ma bienveillance à un tel enthousiasme. Mais quant à l'action du film, un racket qui dure deux heures et qui prend tantôt des allures de bizutage, tantôt celles d'une cache-cache dans la campagne ou d'une chasse au trésor, ça m'a pas paru crédible une seconde. Inutile Rupert, de sortir ton joker de l'histoire authentique car depuis qu'Aristote l'a inscrit au fer rouge dans sa bible du cinéma, le vrai n'est pas le vraisemblable. Aristote ajoute que le cinoche n'est pas la rubrique des chiens écrasés, avant de finir son bouquin sur une recommandation à tous les scénaristes : « soyez à ce que vous faites ! » Pour en revenir à Rubéole Stund, il n'était à ce propos absolument pas nécessaire de montrer le personnage de John baisser son froc pour chier en pleine nature, cul-caméra, puis arracher son slip crotté en lambeaux sous prétexte que ça s'est vraiment passé comme ça. Je regrette d'avoir eu à assister à cela. Autre goof, la présence d'une tenancière de bar, alors que tout le monde sait qu'en Suède il n'y a plus de marchands que des distributeurs...



Si ce n'est une histoire, c'est donc semble-t-il un travail d'entomologie de la violence que propose Fripon Cocu, et là ça coince, et ça ne m'étonne pas qu'il se fasse épingler dans les débats de société, parce que le film est fait pour susciter plein de réactions. En faisant le film, Cuberdon Repus devait déjà se dire : chic, les journaux vont s'empoigner parce que mon bestiau de tribunes montre des trucs qui dérangent ! La violence verbale, les accrocs et les enfants en danger, ça affole encore davantage quand c'est servi sur une gamme mixolydienne, aka la gamme du constat implacable... Et cette volonté de fâcher se sent malheureusement au visionnage. Rot Ben'Ol'Stund joue sur la position ambiguë de l'œuvre d'art dans ces débats, plaçant son popotin entre deux transats, entre la posture du conteur qui veut jeter la lumière sur un phénomène de société, sans avoir l'air d'y toucher, en bon artiste méditatif, et celle d'un artiste engagé, qui a son opinion et qui doit s'efforcer de la distiller discrétos pour que le film ne fasse pas qu'additionner des points de vue dispersés.



Or il ne fait ni l'un ni l'autre puisque d'une part l'histoire, totalement décousue, enfile des mini-sketches qui accumulent, j'énumère : des témoins qui font mine coupable d'ignorer ; des persécutés qui se prennent au jeu de leurs agresseurs ; des effets de groupe dont la seule cohésion tient à la domination violente. Et on brode une variation sur ces trois ingrédients. D'autre part, au point de vue du message, c'est aussi quelque chose de raté, parce que, bien qu'il n'y ait pas vraiment d'animosité de la part du réalisateur envers un groupe en particulier, il y a bel et bien une grosse maladresse dans la manière d'enfoncer le clou sur les violences, d'être fasciné par elles au point de souvent oublier pourquoi il les montre, et de carrément priver de parole le groupes qui la perpètre, comme celui qui l'encaisse. La parole est confisquée par deux antagonistes du monde des adultes qui, dans une dernière scène, s'égosillent de façon aussi improductive que les phrases de bizutage, mais dans le langage des grandes personnes cette fois-ci. Donc pas d'entomologie de la violence non plus, puisque le film en reste à la surface du phénomène. Rupert est comme ses trois victimes blondes, il renonce dès le début à comprendre ce qui se passe pour plutôt se complaire dans la tchoulerie et le malaise.



Heureusement il n'y a pas que ça. La seule belle idée que j'ai trouvée dans ce film, c'est celle finalement assez positive selon laquelle la violence physique et verbale a le mérite de mettre en contact, ou d'amorcer un contact entre des mondes qui se font une plus grande violence quotidiennement par le biais du mépris et de l'ignorance. C'est la scène de la clarinette qui m'a donné à penser ça. John est invité par ses harceleurs à leur jouer un morceau de clarinette, et il s'exécute, mettant tout le monde en joie (sauf les deux autres persécutés qui font de toute façon la gueule du début à la fin du film). Ça dure trente secondes, c'est une oasis de bonté et de rencontre calée entre deux séances d'intimidation, et ça fait plaisir à voir !


Play de Ruben Östlund avec Kevin Vaz, Yannick Diakité, Abdiaziz Hilowle et Anas Abdirahman (2011)

9 commentaires:

  1. Miss Detective14 mai 2012 à 10:42

    Avoue, tu l'as maté parce que tu pensais que c'était un film de Rupert Ophuls, fils de, petit fils de.

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    1. Je pensais en effet qu'un fils de documentariste et petit-fils de fictionneur ferait un bon petit docu-fiction... N'est pas de la smala qui veut !

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  2. Fameux article et surtout un très très grande titrologie !

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    1. Pas vu le film de Roubignole Ostlund, mais je plussoie !

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  3. j'étais un peu intrigué par ce film... mais, ça, c'était avant de lire votre billet.

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  4. C'est quoi cette manie de massacrer le nom du réalisateur suédois sous prétexte qu'il est exotique ? C'est sensé être drôle ? Humour belge ou racisme primaire ?
    Finalement, je ne suis pas étonné que vous n'ayez rien compris à ce film, vous n'êtes visiblement pas en état intellectuel.

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    1. On massacre strictement tous les noms !

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    2. C'est bien triste qu'ils ne s'en rendent pas compte tout seuls...

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