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12 janvier 2016

Demolition Man

L'un des films phares de "l'année Sly". On est en 1993 ou 1995, Sly Stallone est à l'affiche de Cliffhanger, Judge Dredd, Assassins, et donc Demolition Man, aka D.M. (même si aller voir ce film au cinéma était tout sauf un devoir maison). Commençons par l'affiche, qui contient plus d'idées et de punchlines que la plupart des films d'action actuels. On compte sur ce seul poster pas moins de trois taglines, dont la fameuse : "Le futur n'est pas assez grand pour ces deux cons". Sly "Stallone" Snipes est opposé à l'acteur Dennis Rodman pour un duel au sommet entre un flic blanc et un truand noir. Rappel de l'histoire : Los Angeles, 1996, un flic aux méthodes un poil rustres, qui lui valent le surnom de "Demolition Man", interpelle un braqueur récidiviste sociopathe nommé Simon Phoenix. Les deux hommes s'annihilent et se retrouvent cryogénisés. 




Trente-quatre ans plus tard, dans une société aseptisée, où le mal, du crime de masse au moindre gros mot, a disparu, Simon Phoenix et le démolisseur feront un peu tache dans le tableau. En effet, Simon Phoenix se réveille plus tôt que prévu, la faute à une érection du matin vieille de 34 ans qui aura fini par élimer le caisson métallique dans lequel il était retenu prisonnier au cryo-pénitencier du coin. Malgré un lavage de cerveau longue durée, le criminel n'a rien oublié de ses petites pulsions perso et ne tarde pas à remettre la ville à sac. Pour l'arrêter, la flicaille désormais impuissante de Los Angeles, rodée aux seules contraventions pour papier jeté sur le trottoir, se propose de rebrancher l'Homme Démolition, seul capable de castrer une bonne fois pour toutes le malade à crête blonde qui rue dans les brancards. Il sera tout de même épaulé, dans le but de se familiariser avec un monde complètement nouveau, par deux policiers des temps modernes, dont une fliquette pas piquée des vers, incarnée par Sandra Bullock.




Mais avant de revenir sur ce dernier point, rappelons que le film dresse le portrait d'une société futuriste incroyablement crédible, et chaque jour qui passe donne raison à Marco Brambilla, le réalisateur, pote d'enfance de Sly (car Stallone a vécu en Italie, et les deux bambins tapaient la balle ensemble dans les ruelles de Milan). On parle beaucoup de 1984, Le Meilleur des mondes, Fahrenheit 451, Ravage, comme autant de dates dans la peinture de sociétés futuristes totalitaires glaçantes. Marc Brambilla affirme n'avoir lu aucune page de ces livres, et pourtant son film rivalise. Chez nous, nous avons d'un côté du salon une dvdthèque, de l'autre côté une bibliothèque, or Demolition Man est rangé dans la seconde, entre tous ces classiques de la littérature d'anticipation qui ont façonné notre esprit critique durant l'adolescence et qui nous ont fait taper du poing sur la table en plein repas, lors du troisième mariage inoubliable de Tonton Scefo, en plein toast : "A quoi bon ?!".




Les scènes et les répliques marquantes dans ce film sont indénombrables. Rappelez-vous ! "1, 8, 7, secteur nord-ouest", cette réplique nous a valu une semaine d'exclusion du bahut à l'époque, car les profs n'en pouvaient plus de nous voir lever le doigt toutes les cinq minutes juste pour réciter cette phrase avec la voix robotique du film. "Allez passer une semaine à l'ombre chez vos parents, ça vous passera", nous avait dit le principal du collège. Sauf qu'on a passé une semaine à ré-étudier le film et que la date de réintégration de l'établissement scolaire coïncidait fort heureusement avec les grandes vacances. Il y a aussi toutes ces séquences où les deux héros déballent des tonnes d'insanités pour faire griller les machins à PV qui jalonnent toutes les rues de la ville, ces ordinateurs qui filent des amendes à quiconque prononce un mot de travers. Les deux acteurs en tête d'affiche s'en donnent à cœur joie et nous ont appris des tas d'injures nouvelles. Ces fumiers de Sly et Rodman sont en roues libres du début à la fin du film. Le premier était sur son nuage. C'était l'acteur le plus bankable d'une époque où ce mot n'existait pas. L'engager, c'était s'assurer d'un retour sur investissement fracassant. Les producteurs savaient d'avance qu'ils rembourseraient tous les frais de production (y compris le fric brûlé pour ses petites facéties personnelles de starlette capricieuse), et ce dès la première projection. Quant à Rodman... Citez-nous un exemple de sportif qui a réussi à tourner dans un chef-d’œuvre, à l'exception des 22 héros de l'équipe de France dans Les Yeux dans les bleus.




Mais ce film, c'est pas que des muscles. C'est aussi de la peau, ferme en chaque endroit, celle de Sandra Bullock, alors à son zénith, malgré deux sourcils ignobles mais bien pensés pour coller au futur. Avec Eric Rohmer, Marco Brambilla est le seul cinéaste à nous avoir autant excités sur un genou (voir, et fixer du regard, le photogramme ci-dessus). On veut bien sûr parler de cette scène d'amour à distance, par wifi, entre Sly et Bullock assis face-à-face, la seconde portant un peignoir blanc qui nous a valu quelques nuits blanches. La tension érotique de cette séquence platonique a donné un gros coup de pied au cul à notre enfance. On a vite réclamé la sexualité d'un homme adulte, tirant un trait sur la pourtant fatidique période de l'adolescence. Pas de transition, pas de "passage", voyage sans escale des bacs à sable au spring break. A l'époque, Traque sur Internet, Speed, puis Demolition Man ont installé Bullock tout en haut de notre palmarès perso, aussi garde-t-on une affection éternelle pour cette actrice. Et quand maman s'est rendue compte que, sur les murs de la chambre, les photos de Meg Ryan, idole de notre enfance, aimée d'un amour tendre et désintéressé pour la joliesse et la douceur de ses traits de petite blonde à la manque, avaient laissé place à celles de Sandra Bullock, elle nous a simplement murmuré : "T'as un peu changé..." Bref, Demolition Man est un film qui a beaucoup compté pour nous, et on comprend parfaitement que Marco Brambilla n'ait rien tourné ensuite, un peu à la façon de Charles Laughton. One perfect shot.


Demolition Man de Marco Brambilla avec Sylverster Stallone, Dennis Rodman et Sandra Bullock (1993)

11 novembre 2011

The Ballad of Genesis and Lady Jaye

Il y a des films comme ça, on en aperçoit une tof, et c'est mort. Il suffit d'en voir une tof, et c'est mort. C'est un peu moche à avouer, mais c'est putain de vrai, et on pense pas être les seuls dans ce cas. En ce qui concerne The Ballad of Genesis and Lady Jane, nous remercions les Cahiers du Cinoche de nous en avoir vacciné avec cette image, ci-dessous, où nous voyons sur la gauche Louise Bourgoin et, à sa contre-droite, FOG (Franz Olivier-Gilbert). Nous n'aimons pas ces gens et n'irons pas les voir sur grand écran. On veut pas y aller, pas avec eux, pas en leur présence. Alors Marie Losier, ton film, on le matera pas. T'auras beau dire, t'auras beau faire, on le matera pas. Et ce, à cause de notre méfiance à l'égard de Louise Bourgoin et de notre mépris pour FOG. Fallait engager d'autres gens que cette miss météo et cet épouvantail du PAF. On a pourtant un frère qui est allé le voir. Et il nous a dit que c'était super. Le résumé et les critiques font envie. C'est débile... Mais on a "vu" ces deux personnes susnommées en voyant la photo dans les cahiers et ce fut un court-circuit.


Crédit photo : Anatoliy Tymoshchuk ©

Ça nous avait fait pareil avec le film Gomorra, pourtant acclamé par la critique à sa sortie et vendu comme l'un des tous meilleurs films de ces dernières années. Mais rien à faire, cette image où l'on voit Angel di Maria et Gonzalo Higuain, les stars du ballon ovale, en slips armés de kalachnikovs nous en a détourné à jamais. Ok, c'est bête, mais c'est comme ça. Certes nous sommes blogueurs ciné, mais avant tout bénévoles, malgré nos réclamations envoyées quotidiennement à Blogspot...


Ou comment un attaché de presse peut flinguer un film en choisissant une photo.

Contre-exemple parfait : le film ZigZag (2002) de David S. Goyer, dont seule l'affiche nous a amenés à le télécharger (en VOD). Bon, on l'a pas encore maté, loin s'en faut, plutôt crever mais l'avoir pris, c'est déjà beaucoup. Et si on a pris ZigZag, c'est uniquement à cause de l'affiche (matez l'affiche en coin sur le côté du texte). Lequel est Zig, lequel est Zag ? Et pour cause, le film étant éponyme, on a envie d'entendre les deux acteurs s'interpeler par ces prénoms, surtout Wesley Snipes avec sa voix de baryton, ça fonctionne, ça paye cash. C'est une alchimie qui prend aux tripes, qui nous chope aux guts comme disent les ricains. On voit ces gueules et on veut jouer un match de 90 minutes, on veut aussi voir le film, quitte à ne pas le mater. Réaction similaire mais inversement proportionnelle pour le sans doute beau film de Marie Losier : on voit Bourgoin et FOG et on sait qu'on ne le verra jamais, pourtant c'est sans doute une tuerie de film...


The Ballad of Genesis and Lady Jaye de Marie Losier (2011)

5 octobre 2011

Blade II

Est-ce qu'on peut dire que Blade 2 est un film de super-héros ? Le héros est un vampire, il a des super-pouvoirs, il fout la race à tout le monde et il a un costard, ça se tiendrait. Pour moi la question ne se pose pas, tout film avec Wesley Snipes est un film de super-héros. Que dire sur ce film sinon qu'il est vraiment pas terrible et qu'il jouit d'une réputation usurpée uniquement parce que c'est Guillermo Del Toro qui l'a réalisé, contrairement au premier qui avait été signé par un inconnu. Tout le monde aime Del Toro parce que c'est un gros chicano qui ressemble à un burrito et qui fait des pures tortillas, il est vrai. En réalité ce film est un condensé indigeste d'action non-stop filmée dans une boîte de nuit, et il fout la gerbe quand il ne rend pas taré. Le seul bled où Blade 2 est ridiculisé comme il se doit, c'est le Sud-Ouest de la France, au pays du cassoulet, des ballons ovales et des péquenauds pégueux qui prononcent le titre, deux fois d'affilé car personne ne comprend, "Blèdeuh 2".


Blade II de Guillermo Del Toro avec Wesley Snipes (2002)

5 septembre 2011

Les Winners

J’attendais ce film depuis des lustres ! Depuis le jour où la rumeur d’une collaboration entre le réalisateur Thomas McCarthy et l’acteur Paul Giammati a commencé à circuler sur le net. Pourquoi ? D'abord parce que The Station Agent, du même Thomas McCarthy, est mon film de chevet. Littéralement. Le dvd est réellement posé sur ma table de nuit, près de mon lit. Presque tous les soirs je jette un coup d'œil à la jaquette, je relis les extraits de critiques élogieuses qui y figurent et je regarde les visages du trio d'acteurs vedettes (que je considère comme des amis), puis je repose le dvd avant d'éteindre la lumière. Malgré son blaze, qui nous rappelle les plus sombres heures du cinéma hollywoodien d'après-guerre, Thomas McCarthy est donc un metteur en scène que je suis de très près. Il m'avait un peu déçu avec le pourtant acclamé The Visitor, mais pas suffisamment pour me faire oublier son premier chef-d’œuvre et j'avais vraiment hâte de découvrir le fruit de sa collaboration avec la superstar Paul Giamatti.


La tronche de Giamatti...

Car si j'attendais d'un pied si ferme Les Winners, c'est surtout parce que je suis le fan number one de cet acteur, et je le revendique haut et fort, au point de parfois choquer en soirée et de me sentir bien seul. Je vous ai déjà parlé de mon attachement particulier pour Paul Giamatti quand je vous ai dit quelques mots du tout récent Le Monde de Barney dans lequel il n'a malheureusement pas l'air dans son assiette. J'aime cet acteur que j'ai découvert dans le superbe Sideways et qui est le sosie de mon frère Glue III. J'ai l'impression qu'il est un peu de ma famille tant je vois dans son allure simiesque, son physique digne des Simpson, et sa vielle tronche fatiguée le reflet flippant des traits communs à tous mes autres frères et hérités de notre propre père ! Je trouve donc qu'il me ressemble. Et en disant ça, je sais bien que je ne m'envoie pas des fleurs. Ni à moi ni à toute ma famille. Mais c'est comme ça, on ne choisit pas ! Évidemment, j'aurais préféré Brid Patt, Bof Redbord ou Smill With !


Le profil de Giamatti...

J’ai donc regardé Les Winners très machinalement, en bon fan de Paul Giamatti, tout comme j'ai écouté assez intensivement le dernier Radiohead à sa sortie. Et j'ai forcément fini par aimer ce maxi, tout comme j'ai pris mon pied devant le long métrage de Thomas McCarthy ! Je suis peut-être ce qu'on appelle un "fan aveugle" du quintet d'Oxford et de Paul Giamatti, mais j'en ai bien conscience et je préfère jouer cartes sur table. Je ne peux donc pas décemment me lancer dans une véritable critique des Winners. Je ne serai pas du tout objectif. Je sais bien qu'on ne l'est jamais vraiment, que l'on juge toujours une œuvre par le biais de notre ressenti personnel et de notre expérience propre. Mais il y a objectivité et objectivité, et en tant que blogueur ciné intègre, j'essaie toujours de dépasser le seul ressenti personnel. Là, impossible. Mon ressenti prend forcément le dessus quand j'aborde le cas Giamatti : je lui voue un amour inconsidéré, point barre. C'est comme si je vous disais "écoutez Black Bug, c'est un super groupe" alors que le sens commun me susurre à l'oreille que ce groupe a définitivement un pied dans la tombe de l'originalité et de la créativité. Mon goût d'humain unique prend cependant le dessus parce que j'aime les sons cradingues de ce groupe tout pourrave. Mais sûrement que mon exemple ne vous dis rien, car personne, à part quelques fondus de fondues, ne connaît ce groupe de garage rock psyché lo-fi. Je vais donc vous raconter une anecdote plus parlante...


Bonne ambiance sur le tournage et ça se ressent dans le film, un véritable festival Paul Giamatti !

Un ami à moi est fan de Wesley Snipes, c'est l'acteur par lequel il a appris à aimer le cinéma, les sports de combat, etc. Bon. Il n'est absolument pas objectif, il a je-sais-plus-combien d'exemplaires de ses dvds, il a par exemple toutes les éditions existantes de la trilogie Blade, dont Blade Trinity (qui est objectivement à chier). Lorsque son dernier film est sorti, il est allé le voir en avant-première, le soir de France-Brésil (en match amical, pas la finale de 98 ni le quart de 2006, il n'est quand même pas malade mental, sinon ça serait pas mon pote !). Pour lui faire plaisir, je l'ai accompagné, et pendant toute la séance, je l'ai observé. Sur son visage on pouvait lire l'expression d'un homme qui vient de découvrir que sa femme le trompe, la déception et l'incrédulité toutes deux mêlées : il haïssait ce film et le jeu de son idole, qui n'était pour lui que l'ombre d'elle-même ! Et à raison, car The Art of War 2 est très loin du niveau des premiers films de la star, son talent n'affleure pas un seul instant quand bien même sa maîtrise des arts martiaux est à nouveau étalée à l'écran. A la sortie du ciné, mon pote était tout à fait d'accord avec moi et il a même essuyé quelques larmes, sachant bien qu'il ne reverrait pas de si tôt un film de sa vedette, incarcéré jusqu'en 2013 pour fraude fiscale. Sauf que ! Sauf que quelques mois plus tard, j'ai surpris mon ami à la fnac, aux caisses, avec deux dvds de The Art of War 2 sous le bras, et l'intégrale de Michel Polnareff sous l'autre (mais ça, c'est un autre souci qu'il a). Content de le croiser par hasard, je suis allé le voir, et il m'a alors dit, pour justifier son achat : "Oh tu sais ça y est j'adore ce film hein, c'était à prévoir" et j'ai bien aimé sa lucidité sur son cas de fanatisme. Ce n'était donc qu'une question de temps avant que le fan en lui ne parvienne à lutter contre sa raison et son objectivité pour "enfin" adorer un film qui ne le mérite pas mais qui est "le nouveau film de Wesley Snipes, son acteur préféré" et donc trop bien PARCE QUE c'est Snipes. Pour le plaisir de s'envoyer une rasade supplémentaire et inédite de la filmographie de son acteur fétiche, il est prêt à faire l'impasse sur tout un tas de données pourtant essentielles (originalité, talent, fiabilité du propos, valeur intrinsèque, qualité, etc) ! Nier ces critères admis par le sens commun, c'est être un teubé ! Et je parle de ce pote-là, mais j'aurais pu prendre un autre exemple, je connais aussi un fan de Sandra Bullock (entre eux, ils se font des soirées Demolition Man).


J'étais ravi de retrouver l'acteur Bobby Cannavale (à gauche), également présent au casting de The Station Agent. Toujours aussi sympathique !

Me voilà donc avec la crainte de tomber dans l'un des travers que je suis le premier à dénoncer ! Mais je vous rassure : de mon côté, je ne suis pas totalement teubé, je pense garder une certaine lucidité et je n'ai pas l'impression de m'être forcé à aimer Les Winners. Je considère aussi que je m'en tire pas trop mal en étant fan de Paul Giamatti, qui a au moins le mérite de ne pas être un taulard et de ne pas avoir volé d'Oscar. D'autant plus que Les Winners est un vrai chef d’œuvre du cinématographe à côté de Miss Détective ou Blade Trinity. C'est en tout cas pile poil ce que j'attendais : un film de Thomas McCarthy avec Paul Giamatti. Ni plus ni moins. Les Winners fait partie de ces rares films indé américains sympathiques. Son auteur porte un regard très humain et très tendre sur les personnages dont il nous dépeint modestement les petites vies, les petits tracas, et auxquels on s'attache inévitablement, surtout quand ils sont joués par des acteurs éblouissants, à commencer par le grand, l'inoubliable, le merveilleux Paul Giamatti.


Les Winners de Thomas McCarthy avec Amy Ryan, Bobby Cannavale, Burt Young, Jeffrey Tambor et surtout Paul Giamatti ! (2011)

1 octobre 2008

Children of Men

Nouvelle critique, nouvelle analyse de titre, nouvelle titrologie. Cette fois-ci on s'intéresse à Children of men, œuvre phare d'Alfonso Cabron, nouvelle égérie du cinéma d'anticipation Hollywoodien à tendance nombriliste qu'on surnomme, entre nous autres savants du grand écran, Bellywood*.

Children of men que les français ont eu la mauvaise idée de traduire "Les fils de l'homme". Or il s'agit bien des "enfants des hommes", à ne pas confondre avec le film anglais riche en testostérone Sons of Man avec Wesley Snipes (prononcez Snipès du fait de ses origines cubaines) dans la peau d'un tueur à gage contraint de liquider toute sa famille pour un simple contrat, le seul film qui s'ouvre par la phrase "putain de contrat" et qui se termine sur la phrase "métier de merde".

Petit topo sur le film : On est en l'an deux mille et quelques de notre ère, la planète est encore plus pourrie qu'aujourd'hui et les femmes ne peuvent plus enfanter. L'espèce humaine est devenue stérile et court à sa perte. Que sont devenus les enfants des hommes ?




Retour sur le titre. Retour sur le genèse d'un titre. Car tout est dans le titre : Children of men. Ce titre est si riche de sens qu'on a décidé d'en faire un papier. Être les enfants des hommes, c'est un héritage commun et irrémissible. Le film tâche de nous dépeindre cet héritage pas très catholique. La planète est sans le sou. La planète est la cible de tous les terroristes. La planète est stérile. Il y a plusieurs millions d'années les dinosaures ruled the earth, aujourd'hui, après seulement quelques milliers d'années de propriété de la planète Terre par l'homme, celui-ci, dans le futur X dépeint par Cuaron, touche à sa fin. Les enfants des hommes ont hérité d'une terre sacrée et déjà par trop abîmée, et il leur incombe de la sortir du trou. La première des choses pour ce faire reste de ne pas clamser tout de suite autant que faire se peut. Tous les maux du monde actuel sont présents et exacerbés dans le futur Y que Cuaron dresse sous nos yeux esbaudis. Le cinéaste Mexicain Alphonso Curaon fait preuve d'un pessimisme alarmant mais hélas de rigueur : terrorisme journalier, guerre quotidienne, immigration zéro/migration totale, pollution générale atteignant le point de non-retour, délabrement des eaux et des os, contamination de l'air, etc. On ne peut pas dire tout le reste. Dîtes-vous bien que tout est là. Clive Owen passe même une demi heure du film dans un embouteillage, pour que rien des tracas de chaque jour ne nous soit épargné dans cette fin du monde aux accents orwelliens où la publicité d'un monde nouveau est permanente.




Là où le titre est intéressant, c'est qu'il dit tout. Il dit tout, du tout au tout. Il est à la fois espoir et angoisse. Espoir : Children, l'enfance, synonyme d'espoir toujours. Angoisse : Of men, l'héritage nauséabond (comme dans Of mice of men, clin d'œil appuyé à J. Steinbeck, auteur social et charitable de la charité humanitaire et du romantisme à fleur de peau made in the US of A). La légende raconte qu'une fois le titre trouvé, Alphonson Cabron avoua que lorsqu'il trouva le titre du film tout le boulot était fait. C'était ni fait, mais à faire. Il hésita même à le tourner du coup. Le titre dit tout, notre article aide à ne pas le comprendre. C'est l'anti-Piège de cristal, titre qui n'en dit pas assez puisque dans le film de McTiernan, piège il y aura, de cristal aussi, mais pas que, des pièges et des cristaux, par scène y'en a un wagon, un pacson. C'est aussi un contre-exemple des 400 coups, titre qui lui en dit trop, puisque dans le film seuls une demi-douzaine de coups sont bel et bien à l'écran. Children of men est donc le titre parfait.

Le titre français : Les Fils de l'homme, homme sans majuscule, est caduc.


*Belly = ventre, wood = bois, Bellywood est donc la contraction linguistique des termes Hollywood et bellybutton (nombril). C'est cette nouvelle mouvance du cinéma Américain qui confond humanisme et humanitaire, un cinéma très replié sur lui-même, qu'on pourrait presque rapprocher du mouvement musical "shoegaze" en indierock, qui consiste à mater ses pompes en plein solo guitare.


Children of Men d'Alphonso Cuaron, avec Clive Owen et Julianne Moore (2006)