13 février 2008

Big

On est en 1987. Penny Marshall, illustre réalisatrice de L'Opération Shakespeare et de rien d'autre, met en scène le jeune Tom Hanks, à peine reconnu pour son rôle dans Splash, film qui portait bien son titre onomatopéique puisque, alors qu'il était destiné aux pré-adolescents, on y voyait Daryl Hannah à moitié nue d'un bout à l'autre. Tom Hanks était encore loin de tourner le très mauvais Philadelphia et d'ainsi connaître la gloire. Son film suivant fut d'ailleurs Turner et Hooch, pour vous donner une meilleure idée de l'état peu avancé de la carrière du jeune comédien à cette époque-là, réduit à tourner avec un chien. Le scénario du film est assez cool : Josh Baskin (David Moscow/Tom Hanks) est un jeune garçon de 12 ans passionné de jeux vidéos qui a du mal à faire son trou auprès de la gent féminine. Il est relativement petit pour son âge, et n'intéresse donc pas le moins du monde la jolie blonde dont il est amoureux. Il ne s'en rend pas compte, mais cette jolie blonde possède en réalité un charme équivalent à celui des toilettes d'une Taverne Bavaroise un jour de pluie. Une choucroute blonde est d'ailleurs entièrement plaquée sur une de ses joues. Donc Josh est amoureux de cette jeune fille hideuse. Et ça n'est pas son ami Billy (Jared Rushton), encore plus petit que lui, qui va l'aider à se faire remarquer.




D'ailleurs je fais un nouvel aparté ici, parce que son ami Billy, n'est pas que petit, il a également le nom de famille le plus géant de l'univers. Billy Kopeche. S'il vous plaît. Et ça ne se prononce pas comme ça s'écrit. Ni Kopèche, ni Kopeuche, mais bien Kopèké. Un peu comme Popècké, le comique troupier. Enfin bref, il s'appelle Kopèké. J'en reviens à mon résumé. Donc Josh en chie des ronds de chapeaux avec sa bien-aimée. Ses parents l'emmènent dans une fête foraine pour lui remonter le moral mais c'est rien qu'une occasion de plus pour Baskin de passer pour un con devant la fille d'Eraserhead. Mais il trouve une vieille machine, un automate magicien qui répond au doux nom de Zoltar. En échange d'une pièce, son vœu sera exaucé. Josh tente donc sa chance, il veut grandir. A cet instant crucial, un travelling vertical qui vous fera faire dans votre froc nous révèle soudain que l'automate n'était pas branché. Surprise, suspense, mystère.



Le lendemain matin, Josh Baskin a pris les traits de Tom Hanks. Il est toujours le même Josh de 12 ans, mais dans un corps de trente piges, et l'énorme paquet ramolli qui dépasse de son caleçon taille Extra Small ne laisse planer aucun doute là-dessus. Quand sa mère appelle les flics et menace de lui trancher la gorge avec un couteau de boucher, Josh est contraint de quitter le foyer familial. Il va donc se faire reconnaître de Billy (Kopèké) en lui chantant leur chanson idiote qu'ils sont seuls à connaître:

"Shimmy, shimmy, cocoa pop. Shimmy, shimmy, rock. Shimmy, shimmy, kopèké. Shimmy, shimmy, ro-ock..."

Puis Josh va devoir trouver du travail, pour survivre aux six mois de délai nécessaire pour obtenir la liste des fêtes foraines de sa ville et retrouver Zoltar afin d'annuler le vœu. Il devient finalement membre de l'équipe créative d'une entreprise de jouets et amasse donc tout un tas de fric qu'il investit dans un gigantesque loft qu'il s'empresse de remplir de distributeurs de canettes, d'un baby-foot, de jeux électroniques, de peluches, de jouets, d'un trampoline et d'un lit superposé. C'est la gloire, et avec la gloire viennent les femmes. Et c'est là qu'est le génie du film. Avec son air idiot, son hyperactivité enfantine et ses idées fraîches, Josh séduit Susan Lawrence (Elizabeth Perkins), membre éminent de la boîte où il travaille.



Susan doit avoir entre 30 et 40 ans. Disons 35 ans. Elle est à peine plus jeune que la mère de Josh, mais elle tombe amoureuse de lui, et ils baisent. Un garçon de 12 ans fait l'amour avec une femme de 35 ans, qui pourrait être sa mère. La même chose avec une fille plongée dans le corps d'une femme à la place de Tom Hanks et un jeune trentenaire pour la déflorer, et le producteur du film finissait au trou. C'est carrément une relation pédophile qui se déroule sous les yeux des jeunes spectateurs que nous étions. Pédophile mais méga consentie. Et tout ça se déroule sous couvert de film pour enfants des années 80 sans que personne n'y voie rien à redire. Et le plus beau c'est qu'un garçon qui voit le film rêverait d'être à la place de Josh non seulement quand il devient grand, quand il trouve ce super job, quand il s'achète cet immense appart' et tout le tintouin, mais aussi quand il s'envoie la dame. C'est très beau parce qu'on a tous été amoureux de nos maîtresses d'école ou de la mère de notre pote, et on aurait tous aimé savoir ce que c'est qu'un vagin dès l'âge de 12 ans.



Après ça, Josh commence à se prendre au jeu, et ne songe même plus à recouvrer sa véritable apparence. Il a sa vie d'adulte plus que bien entamée. Un grand loft, une fiancée, des responsabilités, un projet de bande-dessinée interactive qui va faire un carton. Tout va bien. Mais Billy Kopèké le ramène à la réalité par ces mots: "asshole". Finalement, Josh redeviendra le petit garçon qu'il était en retrouvant Zoltar et quittera sa vie d'adulte avec amertume (laissant son gigantesque appart derrière lui, qu'il aurait pu revendre pour se bâtir une enfance de malade, mais non). Désormais, son amie blonde des jeunesses hitlériennes maquillée comme une bagnole volée ne pourra plus lui faire faux bon, parce que Josh est le premier petit garçon à avoir perdu sa virginité à douze ans, avant sa première érection donc, d'où le titre.


Big de Penny Marshall avec Tom Hanks et Robert Loggia (1988)

The Toxic Avenger

Je vais vous parler de The Toxic Avenger, le seul film où l'on voit un chien d'aveugle se faire sauvagement abattre devant sa propriétaire impuissante. Je l'ai découvert seulement il y a quatre ans, comme quoi il n'est jamais trop tard pour perfectionner sa culture dans le domaine du cinéma bis.

Voici les propos, repris mot pour mot, de la voix-off qui ouvre le film : New York, capitale mondiale de la culture et de l'industrie. Ici, au milieu des gratte-ciel, la civilisation est guidée par le progrès et la technologie. Mais pour ces progrès industriels, il y a un prix à payer. La pollution. L'inévitable revers de la société actuelle. Tous les ans, des millions de tonnes de déchets toxiques et radioactifs sont rejetés dans des villes comme Tromaville, la capitale du déchet toxique. Dans le club sportif de Tromaville, un jeune homme nommé Melvin Furds travaille. Toute la vie de Melvin, et même, sa nature profonde furent changées par les déchets toxiques.



Attardé mental, Melvin subira les railleries quotidiennes des personnes fréquentant le gymnase. Un jour, ces humiliations se finiront mal puisqu'elles provoqueront la chute du jeune homme dans un bidon de déchets toxiques, ce qui le transformera en un individu extrêmement moche mais doté d'une force surhumaine. Dès lors, Melvin, devenu le Toxic Avenger, armé de sa serpillère, s'attaquera aux voyous qui terrorisent les innocents citoyens de Tromaville.

La chose qui me fascine le plus dans ce film, c'est sa façon parfois dérangeante d'être à cheval entre l'humour le plus potache et l'horreur la plus dégueulasse. Finalement, c'est l'humour qui l'emporte largement et permet au spectateur de passer un bon moment, malgré quelques passages qui mettent forcément mal à l'aise. On a ainsi droit à une scène assez terrible durant laquelle Bozzo (l'ennemi juré du Toxic Avenger) s'amuse avec sa bande de copains dégénérée à écraser un enfant se balladant tranquillement à vélo de nuit, en pleine ville, en faisant même une marche arrière pour l'achever complètement. Avant qu'il se fasse écraser, nous avions même vu le petit garçon sortir de chez lui avec enthousiasme, en prenant soin de mettre son casque, pendant que sa maman l'embrassait et lui disait d'être très prudent. En voyant ça, on se dit inévitablement "Non, ils ne vont quand même pas oser !". Mais si, le garçon finira bel et bien la tête complètement explosée sous la roue de Bozzo... La scène se termine sur les pouffiasses de la bande en train de prendre cet ignoble spectacle en photo histoire d'immortaliser ce moment, félicitant au passage l'affreux Bozzo, très fier de lui.



Ce passage-là, avec celui ou le chien de l'aveugle se fait liquider, fait partie de ces quelques moments qui amèneraient obligatoirement le spectateur non-averti à interrompre la vision du film sur le champ et peut-être même à écrire une lettre de protestation à la chaîne le diffusant. Hélas, cela fait bien longtemps que des choses comme The Toxic Avenger ne passe plus à la télévision et quand on se procure un tel film, on est à coup sûr un spectateur ayant une petite idée assez précise de la marchandise.

Comme je le disais précédemment, c'est donc l'humour, particulièrement corrosif, qui domine largement dans ce film. Il faut en effet entendre le Toxic Avenger dire "Bye Bye" à une victime qu'il vient de sauver, après s'être excusé auprès d'elle pour avoir agit si violemment envers les malfaiteurs, avec une voix de gentleman à des milliers de kilomètres de celle qu'on imagine en tout logique en voyant le physique monstrueux du super-héros. Il faut aussi voir le Toxic Avenger déambuler dans les rues de Tromaville, armé de sa vieille serpillère et vêtu d'un ridicule lambeau de tutu plus très rose qui ne l'a pas quitté depuis l'accident. Il faut ensuite le voir se faire refouler de chez lui par sa mère, qui ne le reconnait plus, et allait se réfugier dans une décharge publique où il construira rapidement son refuge, reproduisant sa chambre, sans oublier de déposer une photo de sa maman en forme de cœur sur sa table de nuit. Durant le film, le Toxic Avenger viendra en aide aux vielles dames en leur faisant traverser la route ainsi qu'aux ménagères en leur ouvrant les boîtes de conserves récalcitrantes. Que des choses qu'on imagine bien Superman faire à Métropolis durant les journées calmes mais que Toxic Avenger se coltine quotidiennement dans la petite agglomération de Tromaville.



Toxic Avenger passe la majeure partie de son temps à se venger des individus qui l'ont maltraités et l'ont fait devenir l'être monstrueux qu'il est (il tombera également amoureux de la jolie aveugle qu'il a sauvée, ce qui donnera lieu à des blagues particulièrement grivoises). Mais les plus dangereux opposants au Toxic Avenger sont finalement les dirigeants de la ville, parmi lesquels on retrouve un véritable nazi. On croise également, en vrac : un voyou noir travesti pratiquant le kung-fu, un savant avec un accent allemand à couper au couteau, une grand-mère trafiquante de drogue... Sans compter tous les énergumènes peuplant le gymnase : des femmes dégénérées qui n'attendent qu'à se faire prendre par des obsédés sexuels complètement idiots, mais aussi quelques homosexuels très caricaturaux. En parlant d'obsédé sexuel, on imagine bien que les deux réalisateurs du film, Michael Herz et Lloyd Kaufman, en sont aussi, étant donné le nombre important de gros plans sur les poitrines et postérieurs des femmes aux corps huilés qui font de la musculation. Tout ça est d'un goût aussi douteux et ignoble que réjouissant et régressif !

C'est avec The Toxic Avenger que les studios Troma ("le plus vieux studio de films indépendants du monde"), dont Lloyd Kaufman est le patron, se sont fait un nom. Aujourd'hui, Toxie (le petit sobriquet du super-héros) en est le symbole, la mascotte, et le film a connu trois suites, toutes très appréciées par les amateurs.


The Toxic Avenger de Michael Herz et Lloyd Kaufman (1985)

Ben-Hur

Dans le Ben-Hur de William Wyler, il y a l'immense bataille navale avec Charlton Heston et les galériens, il y a Jack Hawkins en Quintus Arrius, père adoptif de Judah Ben-Hur, il y a la vallée des lépreux où croupissent Cathy O'Donnell et sa mère, il y a le Cheik Ilderim et ses quatre chevaux blancs portant le nom des étoiles Antares, Aldebaran, Altaïr et Rigel, il y a la surpuissante course de chars qui oppose le héros juif au tribun Messala, et puis il y a le Roi Mage Balthazar, Joseph de Nazareth, et Jésus Christ, qui apparaît comme une icône, jamais filmé de face, sans visage, désincarné, dont on ne voit que le dos ou qu'une partie du corps, qui n'est qu'une vignette. L’œuvre originale du Général Lew Wallace, et le film de William Wyler à sa suite, ont pour sous-titre "A tale of the Christ". C'est un récit du christ, une histoire du Christ, et ça n'est qu'un sous-titre. Jésus Christ n'apparaît que par allusions, il est à l'origine du film, le traverse, le sous-tend, mais son visage n'existe pas. Le Christ est un courant d'air. La même légende que l'Harmonica (Charles Bronson) qui se glissait dans puis hors du cadre de Sergio Leone.




Une légende qui s'imprime sur une unique vignette persistante au sein d'une vaste mythologie. C'est ce que doit être Jésus Christ au cinéma et il n'a jamais été aussi génialement représenté que par William Wyler ici, en filigrane d'une fresque superbe et gigantesque. Il est une légende qui en habite une autre, une vignette parmi une série d'icônes spectaculaires, composantes d'une mythologie qui remporte plus d'Oscars qu'il n'y a de commandements, et dont les décors magnifiques sont en carton-pâte, au service d'une fiction improbable mais fascinante. Ben-Hur est un grand film, et je l'aime grandement.


Ben-Hur de William Wyler avec Charlton Heston, Jack Hawkins et Cathy O'Donnell (1959)

Koyaanisqatsi

Ce film produit par Francis Ford Coppola en 1982, est un film tourné sans acteurs, sans scénario, sans directeur de la photo, sans metteur en scène et sans pellicule. C'est une suite d'images de haut vol, de grands espaces ou bien de minuscule détails de notre monde filmés en accéléré ou ralentis à l'extrême. Un film qui se veut très environnementaliste, darwinien, ce que vous voudrez. Ne cherchez pas la signification du titre il n'y en a pas. Godfrey Reggio a déclaré avoir cherché un titre issu d'un langage oublié qui ne veuille rien dire même dans cette langue ancienne afin qu'il ne nous évoque strictement rien. C'est réussi. Il semblerait que ce film soit le premier épisode d'une trilogie. Le second, tourné en 88 s'intitule Powasqqatsi et fût réalisé sous les auspices de George Lucas, le troisième, Naquoyqatsi, supervisé par Steven Soderbergh, est sorti en 2002, mais il y a fort à parier connaissant l'homme qu'il ne s'agisse là que d'un sombre remake des deux premiers.



En regardant ce premier opus donc, il y a déjà quelques temps, j'avais pris quelques notes que voici, en vrac : l'infiniment grand côtoie l'infiniment petit. L'immense est miniaturisé et vice et versa. La relation espace-temps n'a plus de valeur. Le monde est sens dessus dessous. Le monde est sans dessus dessous. Vagues et nuages ne sont qu'un. L'hémorragie d'images de la télé. On devient soi-même un produit des images. L’œil ne discerne plus l'être humain d'une saucisse un peu comme le Charlot des temps modernes. Fascination pour un monde qui s'échappe, toujours, et donc jamais. Un monde qui nous échappe et que seul le mécanisme d'une caméra peut enregistrer. C'est pas mal non ? Le film est méga chiant.


Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio (1982)

12 février 2008

11'09"01 September 11

Le 13 janvier 2004, un an jour pour jour après la tragédie du 11 septembre 2001, sort un film collectif, mis en scène par douze réalisateurs d'origine et de culture différentes, douze courts métrages qui se rapportent de près ou de loin aux événements tragiques survenus à New York le fameux 12 septembre.


- Samira Makhmalbaf a paraît-il été surprise quand, alors qu'elle sirotait tranquillement son thé à la menthe dans son salon du 15ème arrondissement, le directeur Pathé Gaumont l'a appelée pour lui demander de réaliser le premier opus de ce film collectif. "Pourquoi moi ?" aurait aussitôt demandé Samira. "Parce que t'as un nom d'Arabe !" a hurlé dans le combiné l'illustre producteur avant d'aussitôt raccrocher. Commence donc ce premier chapitre, avec une institutrice Afghane qui tente de faire la classe à ses élèves, lesquels fabriquent des briques de boue pour bâtir des abris anti-aériens. Elle essaie de leur expliquer ce qui vient d'arriver à New-York mais ils ne comprennent pas et s'en foutent un peu de sa minute de silence. Elle leur apprend finalement à se mordre la lèvre en regardant la tour (en fait la cheminée du four qui cuit les briques) pour s'empêcher de parler. Plutôt bien vu.



- Pour le second court métrage, le même producteur appelle Michaël Gondry qui lui demande sur le même ton : "Pourquoi moi ?". Et le producteur de répondre : "T'as jamais écrit que des scripts de moins de trois pages c'est ce qu'il nous faut !". Gondry a immédiatement appelé son ami de toujours Gael Garcia De La Francesca Juan-Maria Panenka Paella Pietragala Stadio Bernabeu Bernal, qui n'est pas de reste dans mon panthéon des plus gros enculés du septième art. Cet épisode nous raconte l'histoire d'un jeune Américain d'origine Amérindienne affublé d'un sombrero qui, alors qu'il était simplement en week-end à Guadalajara pour ses vacances, se retrouve coincé à la frontière à son retour le lundi matin. Le dernier plan du film c'est Gael Garcia Bernalé, gracieusement invité par des autochtones dans leur cabane en bois, qui regarde les deux tours tomber à la télé et qui trinque dans le vide avec un sourire jusqu'aux oreilles. Efficace...

- Claude Lelouch est le plus grand canular humain que la nature mère nourricière aie jamais enfanté. Que ce soit dit. Alors lui le producteur de Pathé l'a contacté en composant un faux numéro après avoir sauté une ligne dans son carnet d'adresse. Dieu seul sait s'il avait prévu de contacter Claude Berri ou Claude Pinoteau. Comme il avait déjà réalisé son épisode au cas où on le lui demanderait, Lelouch Claude a quand même accepté. Dans son film une française sourde et muette vit à New-York avec un Américain qui travaille au World Trade Center. Lelouch fait un film muet. Le gars part au boulot, elle lui écrit une lettre de rupture pendant qu'à la télé les tours tombent (elle n'entend pas et ne regarde pas l'écran), le mari revient couvert de poussière etc. Un peu facile, et il va pas au bout, il remet le son au milieu pour pas perdre son public de cons, faut-il croire. C'est Lelouch quoi. Pas totalement dégueulasse ceci dit.

- Le patron de Pathé a appelé Mira Nair un soir et lui a affirmé qu'elle avait été choisie parmi tous pour réaliser le remake de Héros malgré lui. Elle s'est retrouvée dans le collectif 11'09"01 avec un long métrage sabré par les monteurs aguerris du studio mythique qui ont fait de son oeuvre une collection de scènes coupées : elle filme la famille de Salman Quelquechose, qui a disparu le 11 septembre et qu'on a considéré comme le terroriste principal du bordel à pistons, on a persécuté sa famille et tout ça, avant de se rendre compte après coup qu'il était allé secourir les gens sur place avant de mourir avec eux. Après quoi on lui a refilé tous les honneurs. Sans moi Mira, j'attends la version Director's cut.



- Dans son film Youssef Chahine revient lui-même de New-York après l'attentat, il fait la rencontre d'un des soldats américains morts dans l'attentat de Beyrouth en 83 et il lui explique que les américains n'ont rien fait d'autre que massacrer, en Corée, au Vietnam, en Iran, en Afghanistan, en Irak. Puis il rencontre le kamikaze qui a fait sauter le bâtiment en 83... A qui mieux mieux, je déclare mon pied au cul à Youssef Chahine.

- Idrissa Ouedraogo faisait par chance partie des terroristes qui ont détourné l'avion qui est allé s'écraser à côté du Pentagone, et comme il est aussi metteur en scène, il s'imposait. Il signe une comédie qui réduit le buzz anti-musulman à un petit village Ouest-Africain. On aurait souhaité qu'il se serve de son statut d'acteur de l'événement pour nous faire un témoignage un brin plus précis.



- L'épisode de Danis Tanovic est chiant. Le patron de Pathé se défend d'avoir jamais contacté Danis Tanovic pour faire partie de l'aventure. L'histoire en quelques mots : Nate descend à Los Angeles pour poursuivre Cristabel, la femme qu'il aime depuis sa plus tendre enfance, et il découvre que son plan, courtiser Cristabel, présente comme un hic : Que faire de June, la meilleure amie de Cristabel, omniprésente et plutôt moche. Et c'est sans compter sur les sentiments de Nate pour le clebs de June qui commencent à émerger. C'est donc un triangle amoureux que nous offre Danis Tanovic, qui nous en fait voir de toutes les couleurs.

- La partie de Ken Loach est assez bonne bizarrement. Un chilien qui vit à Londres écrit une lettre aux familles des victimes du 11 septembre 2001, dans laquelle il raconte son 11 septembre à lui. Le 11 septembre 1973, quand Pinochet, soutenu par Kissinger (les USA), a fait assassiner Allende (élu démocratiquement par les Chiliens) pour éviter un gouvernement communiste, ce qui a conduit à des dizaines de milliers de morts et à masses de crimes contre l'humanité. Même très bon cru de Loach, son meilleur film, et ça en dit long sur lui.



- Alejrandro Gonzalez Inarritu est un nul. Dans son film de merde on entend le son des télés et des radios avec un écran noir et juste quelques images subliminales des gens qui ont sauté des deux tours. Pendant un long moment. Et à la fin un inter-titre: "Does God's light guide us or blind us ?", avec une musique larmoyante par-dessus. Nul. Je le condamne sans sommation à regarder sa propre filmographie en s'enculant maman Gonzalez Inarritu (ce qui représente la durée somme toute équivalente à trois jours passés sur le dos de sa génitrice en ayant perdu toute sorte de sensation au niveau de sa queue).

- Quand il a appelé Amos Gitaï, le producteur éponyme de Pathé s'est encore entendu dire : "Pourquoi moi ?". "Parce qu'il nous faut un gitan pour nous jouer de la guitare entre les prises, parce que ta caravane servira de chiottes à toute l'équipe technique et parce que ça sera le plus gros salaire de ta vie" lui a-t-il répondu tout de go Monsieur Gaumont avant de lui raccrocher au nez. Convaincu, Gitaï s'est lancé dans le projet les yeux bandés et a écrit ce qui restera comme le premier et le dernier script inspiré d'une simple liste de courses. Il nous montre le reportage d'une équipe télé sur un attentat à Tel Aviv le 11/09/01. La journaliste insupportable met du temps à comprendre qu'il vient de se passer quelque chose à New-York et que son reportage ne sera donc jamais à l'antenne. Nul à chier.



- Le film de Sean Penn est pourrave. Il filme un vieux dégueulasse, gros comme le World Trade Center, qui vit dans l'ombre des tours jumelles et se trouve être assez con pour parler encore à sa femme décédée. Quand les tours tombent la lumière entre enfin dans sa baraque suiffeuse, les fleurs sur le bord de la fenêtre renaissent aussitôt grâce à un effet morphing du fond des âges digne du vieillissement du gamin dans Jumanji ou de la résurrection des géraniums dans E.T. et qui trahit bassement l'amour naissant de Shaün Penn pour tout ce qui est des plantes, amour passionnel qui prendra son envol dans son dernier film en bois : Into da wild. Avec cette lumière qui entre pour la première fois dans le taudis du vieux gros, ce dernier prend enfin conscience que sa femme est morte. Shaün fait de jolis plans et il balance les violons et son film sent la merde. C'est ennuyeux parce que c'était le gros nom de l'affiche et il pas fait mieux que ses camarades, voire pire. À signaler que son film se conclut par cette citation écrite noire sur fond blanc, qui laisse songeur : "Il déclara que son braquemart était d'une taille olympique et s'en alla à cloche-pied, refermant la porte d'un coup d'espadrille idéalement placé" - Malraux.



- Shohei Imamura nous filme un jeune militaire japonais revenu de la guerre (39-45) sous forme de serpent. Enfin il a toujours forme humaine mais c'est un serpent quoi. C'est la guerre qui l'a rendu fou. Un officier l'a frappé dans un trou d'obus en lui demandant ce qu'il faisait de la guerre sainte. A la fin, un inter-titre dit : "Les guerres saintes ça n'existe pas !!". C'est méga con mais c'est grandiose. Le film se conclut en apothéose après un flot infini de conneries.



Certains collègues m'ont signalé que j'avais peut-être vu une version non-officielle car l'épisode de Michel Gondry ne leur disait rien. J'en crois pas un mot.


11'09"01 September 11 de Claude Lelouch, Sean Penn, Shohei Imamura, Ken Loach etc. (2002)

Cliffhanger

Chronologiquement, Cliffhanger est le premier film du tandem Sly/Harlin. Sly, c'est le surnom affectueux qu'on donne à "l'étalon noir" Sylverster Stallone. Harlin, c'est Renny Harlin. Son cv : Au Revoir à Jamais, L'Ile aux Pirates, Peur Bleue. J'ai tout dit. Pour ce type, la caméra, c'est une arme. Cliffhanger est à coup sûr le meilleur film de ce tandem. Une performance pour Sly, plus physique que jamais, il faut l'avouer ! C'est un film trépident, spectaculaire, sans temps mort. Comme le disait l'accroche du film : le top de l'action au sommet (en anglais : "the top of the action at a top", jeu de mots, calembour). Alors bien sûr, y'a des goofs et de la trivia (anecdotes sur le film). J'en ai repéré un bon paquet lors de la première vision et encore davantage lors de la seconde vision :

- Ok ok, la séquence d'intro déchire mais GOOF un détail m'a tué : regardez la tête du vieux à coté de Michael Rooker au moment où sa fiancée menace de chuter ! Ce sale con se retient de rire, limite s'il n'a pas les larmes qui coulent ! Matez voir vous serez pas déçu.

- Bon ok, je vais pas énumérer toutes les bourdes qu'il y a dans ce film, j'y passerais la journée et demain je me lève tôt, mais j'en dis une dernière qui m'a marqué GOOF : quand Stallone fait un bonhomme de neige pour les méchants ! Merde, il risque sa vie et celle de ses amis et il prend le temps de faire ça ?! Arrêtez les mecs.


Non, pour moi, Cliffhanger n'a pas marqué le grand retour de Sly, la faute au scénar et à plein d'erreurs qui me font penser que ce film a été réalisé à la "va comme j'te pousse" ! Sky aurait mieux fait d'écrire le script lui-même ! Ce film est un pétard mouillé, un gros "bis" tourné avec les moyens d'une série A. Le film est mezzo.


Cliffhanger de Renny Harlin avec Sylvester Stallone (1993)

Les Berkman se séparent

Très mauvais film. J'aime beaucoup Jeff Daniels et assez Laura Linney, et le décor pas fini sur l'affiche laissait présager quelque chose d'original. En fait pas du tout. C'est chiant. C'est jamais drôle, c'est pas intéressant et surtout, surtout, y'a de la musique (celle du film est de Dean & Britta) en permanence, la bande originale doit tenir sur 16 cd, c'est insupportable, y'a pas une seconde de film sans qu'une chanson vienne faire chier. Un film avec une famille qui va pas bien, des gens à la fois normaux et étranges, des chansons "sucrées" merdeuses toutes les secondes et du namedropping à foison (Baumbach cite même Godard, sauf qu'il fait une erreur en le citant). Par contre William Baldwin trouve son meilleur rôle. C'est aussi un film avec un gamin qui joue de la guitare et qui fait croire qu'il a écrit une chanson de Roger Waters, de quoi faire tressaillir les jeunes gens qui font de la musique et qui se reconnaîtront dans ce personnage.


Les Berkman se séparent de Noah Baumbach avec Jeff Daniels et Laura Linney (2006)