3 novembre 2013

Snow Angels

Qui es-tu vraiment, David Gordon Green ? Et que t'est-il arrivé ?! Suite à la découverte de son sympathique et très prometteur L'Autre Rive, j'ai naturellement eu la curiosité de voir ce que ce réalisateur avait fait avant de s'engouffrer dans la comédie potache de bas étage. Je me suis donc lancé ce Snow Angels dont il est vrai que le titre, l'affiche et le casting (avez-vous déjà vu Kate Beckinsale dans un bon film ?!) ne laissaient rien augurer de bon. C'était en tout cas les seules choses que je connaissais de ce film avant de le regarder, en plus du nom de son réalisateur. Le pitch aurait dû m'en tenir éloigné. Vous le résumer est déjà pour moi un petit supplice... Mais vous n'y échapperez pas !




Le tout début du film est déjà un peu pesant. On assiste à l'entraînement laborieux de l'orchestre de l'équipe de football américain du lycée, s'échinant à mettre au point une pénible chorégraphie à base de mouvements circulaires tout en perfectionnant la musique d'entrée des joueurs sur le terrain. Dans un froid de canard, les jeunes lycéens, déguisés en bobbies londoniens, sont menés à la baguette par un petit chef facho prenant son travail beaucoup trop à cœur. Perfectionniste, ce dictateur de pacotille est le seul à avoir quelque chose à foutre de l'orchestre de l'équipe de foot américain du lycée et il le fait regretter à strictement tout le monde, à commencer par le spectateur, qui n'a pourtant rien demandé. Voici déjà un personnage, un élément du film, que l'on peut donc immédiatement prendre en grippe, dès les premières images. Heureusement, il ne s'agit que d'un personnage très secondaire, mais on se demandera tout de même quel est l'intérêt d'avoir choisi de hanter le background de ce film par un spécimen de cette nature, un personnage incompréhensible de sale type semble-t-il rescapé du IIIème Reich, à la tronche rudement antipathique, donnant des ordres à qui mieux mieux et se foutant dans une colère noire pour un léger contretemps dans sa chorégraphie pourrie. Mais passons !




Plus embêtant encore, cette piteuse scène d'introduction est entrecoupée par un générique interminable où les noms de toutes les personnes impliquées dans le projet s'affichent en petites lettres blanches et rondes sur fond noir. A chaque fois, une lettre du patronyme reste à l'écran pour mieux se fondre dans le nom de la personne suivante, un détail qui n'a pas manqué de jouer avec mes nerfs. Ainsi, dès le départ, Kate Beckinsale abandonne le "a" de son nom de famille au prénom de l'acteur Sam Rockwell dans un jeu de chaises musicales insupportable où les lettres glissent sur l'écran à une vitesse d'escargot. Je restais zen face à ce triste spectacle, mais je me rends compte a posteriori que je devais être dans un bon soir, car rien qu'à y repenser, j'ai envie de tout casser. Avec ce subtil jeu typographique, ce générique nous apprend qu'un peu de nous réside en chacun de nous, de quoi me rendre fou ! Dès les premières secondes, on peut donc déjà savoir qu'il ne reste plus grand chose ici du talent entrevu dans L'Autre Rive. On peut même déjà craindre qu'il se soit noyé dans une soupe indie-geste (chaud, j'avoue !) à la recette malheureusement trop bien connue.




Mais reprenons là où nous en étions. L'orchestre de lycéens s'entraîne donc sous les ordres du gros facho du coin quand deux coups de feu retentissent au loin. Le film ne sera qu'un long flashback nous amenant lentement à découvrir l'origine de ces coups de feu. On suit donc les destins croisés de plusieurs habitants de cette petite ville gelée du nord ouest des États-Unis (il manque d'ailleurs un ou deux personnages pour que l'on puisse décemment qualifier Snow Angels de "film choral", mais rassurez-vous, il en a bien tous les travers !). D'abord, le destin d'Annie (Kate Beckinsale), une jeune maman qui élève seule sa fillette tout en essayant tant bien que mal de refaire sa vie après s'être séparé de Glenn (Sam Norman Rockwell), son ex-mari. Celui-ci n'a pas renoncé à sa famille et tente de vaincre ses démons en s'abandonnant à la religion et à l'alcool, avec comme seul compagnon dans sa déchéance un vieux clébard docile et sympathique (meilleur personnage du film, hélas muet). Parallèlement, Arthur (Michael Angarano), adolescent hideux dont Annie fut la baby-sitter et qui aujourd'hui travaille dans le même resto chinois qu'elle, découvre l'exaltation et les tourments d'un premier amour auprès de la nouvelle élève de son lycée, Lila Rayban (Olivia Thirlby, inconnue au bataillon et vouée à le rester). Voici donc pour le pitch du film. Remarquez que rien ne se passe véritablement, David Gordon Green vise d'abord à nous faire partager quelques tranches de vies nauséabondes de quelques péquenauds natifs de Pennsylvannie, il fait dans la psychologie de groupe.




La disparition accidentelle de la fillette d'Annie, à l'heure de jeu, va mettre le feu aux poudres et animer un peu tout ça, enfin ! Arthur retrouve le corps de la gamine gelé dans l'étang, à moitié dévoré par les loups ! Cette découverte macabre attise la rancœur de Glenn à l'égard de son ex-femme. Alors qu'il lui reprochait déjà de l'avoir trompé avec le queutard de la ville (incarné par mon cousin), il lui en veut désormais d'avoir laissé filer la gamine sans surveillance en plein blizzard. En réalité, Annie souffrait d'un mauvais rhume et la gosse a simplement profité d'une sieste imprévue de sa mère pour ouvrir la baie vitrée et foncer droit devant (quelle idée !). Cette tragédie met également en évidence les liens obscurs qui unissent Arthur et Annie, faits de spycams et de mouchoirs usagés, Annie étant le fantasme juvénile du jeune homme. Je vous révèle tout de suite la fin, car m'est avis que jamais vous n'aurez envie de voir ce film que personne ne connaît et c'est tant mieux. Les deux coups de feu sont donnés par Sam Rockwell, qui bute d'abord Kate Beckinsale, quasi consentante, puis se tire une balle, dans un semi-suicide en duo hautement ridicule, consécutif à la disparition de leur fille. A la toute fin du film, la mère de Sam Rockwell ouvre soudainement la porte de sa maison, et se met à hurler "Boooooooombeuuur ! Boommbeur !!". Bombeur, c'est le nom du chien de Rockwell, disparu également. Le film nous quitte là-dessus, sur ce cri déchirant et ignoble. On a rarement vu dernière image plus ridicule que ça, croyez-moi !




« Sam Rockwell as a psychotic father plays here his best dramatic role » peut-on lire ici ou là sur des forums de discussion ne maîtrisant pas la langue française. Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation, sachez-le. Je m'inscris en faux. Quant à Kate Beckinsale, il faut la voir jouer la maman enrhumée. Cette actrice est un gros canular sur pattes. Et elle devrait apprendre à mieux s'épiler les sourcils, là ça lui donne une expression ridicule, un air d'idiote étonné, figé sur son visage sans âme. Quant à son boulard, d'ordinaire toujours mis en valeur par les réalisateurs, il est ici carrément absent au montage. Le jeune acteur qui joue l'ado est difficilement supportable aussi dans le sens où tout le monde ne fait que lui dire "Tu sais que t'es mignon toi", alors qu'il a une pure tête de con et, à l'écoute de ce compliment, il enchaîne toujours un sourire qui donne des envies de guerre atomique. Rien à sauver dans ce film, rien, à part ce chien fidèle que nous voyons si peu. Snow Angels ressemble à des tas d'autres films indé. Aucun signe distinctif, si ce n'est une bêtise poussée assez loin. Il fait partie de ces films indé ricains tristes qui se complaisent dans leur misérabilisme, dans leur unhappy ends grotesques. Il commence très mal et finit encore plus mal. Je n'aime pas beaucoup les films qui ont l'air de suivre ce schéma tout à fait gratuitement, sans que cela paraisse très justifié, et qui tombent désespérément dans le pathos le plus dégueulasse. C'est tout à fait le cas ici.




Rares, il me semble, sont les réalisateurs qui ont une filmographie pareille. Il y a à peine de quoi boire et manger chez David Gordon Green, mais il y a tout ce qu'il faut pour gerber une nuit durant. Sa filmographie, c'est comme une boîte de chocolats, on sait jamais sur quoi on va tomber, et l'on se dit parfois, complètement dégoûté, qu'on ne voudra plus jamais y retoucher. Il y a de quoi foutre en rogne et de quoi à demi pardonner. Mon disque dur externe, c'est pareil : comme une boîte de chocolat, même si je sais que je ne retomberai plus jamais sur ce film, car je l'ai viré aussi sec après l'avoir subi. 


Snow Angels de David Gordon Green avec Kate Beckinsale, Sam Rockwell et Michael Anganaro (2007)

17 commentaires:

  1. Ravi d'apprendre que Grozaurélien a percé en Pennsylvanie !
    "Indie-geste" :D

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  2. Comme toi je suis indie-gné par tous ces films indie-gents de la vague Sundance du ciné indé contemporain. Ils ont bien retenu la leçon de leurs aînés, prendre le contrepied du cinéma de studio hollywoodien, sauf qu'ils n'ont rien compris de ce qu'ils ont retenu. Le contrepied ne touche qu'aux sujets généraux (Hollywood nous vend du rêve ? vendons du cauchemar, avec des anti-héros à la place des héros, des gens tristes à la place des gens heureux, des gens laids à la place des gens pseudo-beaux, des paumés inadaptés et dépressifs à la place des gens idéaux, des divorcés chômeurs à la place des couples actifs, des fins tristes à la place des happy ends, etc.). On l'a déjà dit mais ces films, les Juno, Little Miss Sunshine, les comédies dramatiques de la clique Apatow, les films de Baumbach et compagnie sont en revanche, dans la forme, les films les plus standardisés, conformistes, ordonnés et plats qui soient, suivant le schéma narratif classique et ne faisant aucune proposition artistique digne de ce nom d'aucune sorte. Le problème de ces gens, définitivement aux antipodes de Cassavetes, admirable pape du cinéma indépendant américain, c'est qu'ils n'ont rien à dire, rien à défendre, aucune urgence à filmer ou à raconter, aucune envie ni aucun désir, aucune vision ni aucun appétit, rien de rien à nous offrir. Leurs scénarios filmés sont hantés par la mort et le deuil parce qu'eux-mêmes sont des cinéastes fantomatiques.

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    1. Tu m'as fait froid dans le bas du dos...

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  3. Tiens puisque tu parles de Little miss sunshine ; avez-vous vu "Cet été-là" (The Way, Way Back) ? Je pense que vous allez "aimer" cet insupportable film estampillé Sundance production. Le personnage principal est un appel au meurtre à lui seul. J'espère que vous allez en faire une critique !

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    1. Je l'ai vu oui... Je ne sais pas pourquoi... C'est complètement insupportable, en effet. J'ai pas encore eu la force d'en écrire une critique. Toni Collette aussi est un appel au meurtre là-dedans... C'te tronche !!

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    2. C d'la demer c film :(

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  4. Merde, c'est de la mauvaise foi ou de l'aveuglement cinématographique total, en plus d'écrire comme de la diarrhée, vous avez du caca dans les yeux, ça fait 2 fois, il m'en faut pas plus....tcho !

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    1. Qu'est ce que j'aime ce genre de message. Presque autant que les critiques !

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    2. Pour suivre ce blog depuis un an, je sais que ses auteurs savent nous torcher des articles super bien écrits quand le film le mérite, mais quand le film en question est un étron fait bobine, ils ne se donnent pas la peine de se déranger. Bon, en même temps je n'ai pas vu le film, mais si je devais voir tous les films qu'ils détestent simplement pour vérifier que ce qu'ils disent est correct, j'en aurai pas fini. Et j'ai pas que ça à faire.

      "Olivia Thirlby, inconnue au bataillon et vouée à le rester"

      Elle a joué dans Dredd (sorti direct en DVD en 2012). Bon, elle avait pas le rôle du siècle mais j'aime bien ce film. Ne dites pas de mal d'une actrice pas connue, c'est un peu facile alors qu'il y a déjà bien assez de têtes à claques. Elle a aussi joué dans Juno, un autre de vos films favoris :-)

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    3. C'est facile, c'est vrai, de s'en prendre à cette actrice inconnue, mais je ne l'ai pas du tout appréciée dans ce film, voilà tout. :)

      Par ailleurs, tu as plutôt raison quand tu dis que la qualité du film dicte un peu notre façon d'en parler et donc d'écrire. Ici j'ai bien conscience que c'est rapidement écrit, mais ça correspond bien au rejet immédiat éprouvé devant le film et au très vif dégoût qu'il m'a inspiré.

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  5. En quoi cet article est-il mal écrit ?

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  6. "avez-vous déjà vu Kate Beckinsale dans un bon film ?!"

    click avec Adam Sandler !

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    1. J'aurais aimé être du même avis que toi mais j'ai essayé de regarder Click il n'y a pas si longtemps, et je n'ai pas trouvé ça très marrant. :-/
      Dans sa filmographie dégueu, ce titre fait toutefois partie du haut du panier.

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  7. Comptez-vous voir Gravity? Je serai curieuse de livre votre avis!

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  8. C'est prévu oui, reste plus qu'à trouver le temps et à se donner l'ultime petit coup de pied au cul nécessaire ! :)

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