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12 octobre 2012

God Bless America

Sorti en salles ces jours-ci, le nouvel opus de Bobcat Goldthwait, God Bless America, a totalement anéanti les tout petits espoirs que j'avais placés en cet obscur cinéaste suite au plutôt sympathique World's Greatest Dad, film qui devait décidément beaucoup, pratiquement tout, à son acteur principal, Robin Williams. Rien de très engageant à l'affiche de God Bless America, où l'on retrouve Joel Murray, un acteur inconnu au bataillon qui pourrait tout à fait incarner Porky Pig sans maquillage, et Tara Lynne Barr, une adolescente au regard imbécile qui aura tôt fait de vous énerver. Mais, naïf comme je suis, j'espérais tout de même une comédie satirique capable de me faire rire quelques fois. Hélas, Bobcat Goldthwait m'a véritablement trahi. Devant les premières minutes de son nouveau film, dont j'ignorais à peu près tout, j'étais assez surpris et très satisfait. Nous y suivons Frank (Joel Murray), un pauvre type vivant seul dans une maison de banlieue qui pète progressivement les plombs face à la connerie ambiante. Tout ce qui l'entoure et qu'il subit au quotidien le rend fou : des émissions télé qu'il regarde comme un zombie affalé sur son canapé, impuissant, aux engueulades de ses voisins qu'il écoute comme fasciné par leur débilité, en passant par ses collègues de bureau, amorphes et stupides, dont il suit les conversations idiotes, hébété. On prend alors totalement fait et cause pour ce personnage dont nous ne comprenons que trop bien l'exaspération. Un beau matin, Frank finit par vider calmement son sac face à l'un de ses collègues, dans un monologue tétanisant qui lui fait perdre son job dans la seconde. Ainsi se termine un premier quart d'heure sans temps mort et assez savoureux, qui nous invite à penser qu'on tient là un film lucide et prometteur. 




Et puis d'un seul coup, tout s'effondre. Dans un revirement aussi lamentable que regrettable, le film devient aussi con que tout ce qu'il prenait soin de dénoncer. Voire plus. N’ayant plus rien à perdre et apprenant en outre qu'il est atteint d'une tumeur incurable au cerveau, Frank s'achète un fusil à pompe chez l'épicier du coin et se met à assassiner méthodiquement toutes les personnes les plus viles et stupides qu'il croise sur son chemin. Roxy (Tara Lynne Barr), une lycéenne révoltée, se prend d'admiration pour sa cabale ridicule, et lui propose son aide. Le duo se lance alors dans une équipée sauvage, sanglante, grandguignolesque et... interminable ! J'étais sur le cul en voyant la direction déplorable que prenait le film et j'ai vite coupé court, me demandant comment on pouvait d'abord pointer du doigt la crétinerie ambiante, et notamment celle de ces émissions de télé-réalité racoleuses et violentes, avant de se vautrer complètement dans tous les travers précédemment dénoncés, en proposant un spectacle d'une connerie à toute épreuve et, surtout, d'un cynisme vraiment morbide. Affreusement binaire et maladroit, son film apparaît donc au bout du compte comme un pur produit de la société déviante qu'il prétend attaquer. Bobcat Goldthwait se veut tellement trash et subversif qu'il finit par ne rien être du tout et par simplement agacer. Sa démarche idiote et schizophrène rappelle le célèbre dialogue d'Audiard sur cette particularité qui serait commune à tous les cons. Hasard du calendard, on pense aussi beaucoup au très récent Super, le film signé James Gunn sorti l'an passé, où le porcin Rainn Wilson s'alliait à la concupiscente Ellen Page pour rétablir l'ordre de façon tout aussi radicale dans une Amérique dégénérescente. Nul doute que Tarantino pourrait placer ces films-là dans son top annuel en vantant leur jusqu'au-boutisme corrosif et tous leurs soi-disant mérites. En ce qui me concerne, je ne peux que vous déconseiller God Bless America de toutes mes forces, et noter tout de même que ce film parviendrait presque à faire passer Super pour un chef d'oeuvre du genre, nettement plus recommandable.


God Bless America de Bobcat Goldthwait avec Joel Murray et Tara Lynne Barr (2012)

11 octobre 2012

World's Greatest Dad

On est fan de Robin Williams ou on ne l'est pas ! Ce film réalisé par le délicieusement nommé Bobcat Goldthwait permet de distinguer les vrais adorateurs de l'acteur des faux. Il y a d'un côté ceux qui vont télécharger le divx de World's Greatest Dad et se l'infliger en version originale non sous-titrée (aucun fan ne s'étant jusqu'à présent montré assez altruiste pour créer des sous-titres), et ce plutôt deux fois qu'une, pour mieux apprécier la performance de la star et la faire partager. Et de l'autre, il y a donc ceux qui se contentent de trouver l'acteur impeccable dans Will Hunting et qui le méprisent doucement pour presque tout le reste, et notamment pour avoir dansé avec d'étranges bulles vertes rebondissantes dans Flubber et s'être grimé en robot distributeur de capotes pour incarner L'Homme bicentenaire ou en vieillarde travelo libidineuse dans Madame Doubtfire. Si j'écris ces lignes, c'est évidemment parce que je fais partie de la première catégorie. Ne me demandez pas pourquoi, ça ne s'explique pas vraiment. La tronche de Robin Williams m'est infiniment sympathique, peut-être plus encore que celle de Paul Giamatti. Le voir ici aux prises avec un ado obscène et des plus revêches, à la répartie terriblement affutée, durant toute la première grosse partie du film, est un vrai régal, un pur plaisir qu'il me serait impossible de refuser, impensable de bouder !




Robin Williams campe donc un prof de littérature dans un lycée tranquille de banlieue. Comme tant d'autres personnages principaux de ce genre de films indé ricain, il est également un écrivain raté, en panne d'inspiration, qui n'a jamais connu le succès. Son morne quotidien est fait de désillusions systématiques et d'humiliations intériorisées. Celui-ci nous est présenté durant les vingt premières minutes de ce film, qui sont de loin les plus agréables, et où l'on assiste, assez tétanisés, aux premiers accrochages verbaux avec son fils, cet infâme adolescent à problèmes, affreusement crédible et obsédé sexuel de son état, que Robin Williams surprend dès la première scène en train de se masturber de la même façon que le regretté David Carradine, une cravate très solidement nouée autour du cou, plongé dans le noir, le regard fixé à l'écran de son ordinateur. Lors de cette introduction rondement menée, nous découvrons ensuite que Robin Williams s'envoie la MILF de son lycée (Alexie Gilmore, plutôt charmante), l'une de ses collègues, et qu'ils ont entre eux des petits jeux assez comiques. Son bonheur est toutefois loin d'être total puisque la jeune dame ne souhaite pas rendre publique leur relation pour un motif bien peu valable, ce qui, très tôt, en dit assez long sur la confiance que l'on peut accorder à ce personnage versatile dans l'entreprise qui devra nécessairement mener notre si charismatique héros vers le plein épanouissement.




Dans cette même optique, Robin Williams ne pourra donc pas compter sur son fils, incarné par un acteur prometteur (Daryl Sabara) qui trouvait peut-être là le rôle de sa vie et auquel j'attribue sans hésitation le mérite de parfaitement nous communiquer tout le plaisir qu'il prend à débiter les horreurs que le réalisateur-scénariste survolté a inventées pour son personnage. Les échanges entre lui et Robin Williams offrent des passages très savoureux, pour la plupart immortalisés par quelques fins limiers sur Youtube. Ces scènes y sont pour beaucoup dans la petite réputation appréciable que se taille progressivement le film, diffusée par les rares spectateurs qui s'y sont risqués. La meilleure est sans doute celle où Robin Williams, légèrement stone après s'être régalé d'un joint sur son balcon, va voir son fils dans sa chambre et lui demande, assis sur son lit, un sourire bienveillant collé au visage, ce qu'il aimerait faire comme sortie ou activité en sa compagnie le lendemain. Après quelques boutades amusantes, son ado de fils finit par lui répondre qu'il aimerait tout simplement passer la journée à regarder des culs et des vagins. Robin Williams réagit alors d'une superbe façon, riant à la vulgarité outrancière de son gosse, dans un instant de complicité miraculeux et d'un naturel désarmant. En tant que fan de l'acteur, on ne peut que se repasser cette scène une paire de fois, pour mieux goûter sa drôlerie et mesurer tout son talent comique, encore intact.




La seconde partie du film, consécutive à la mort accidentelle de l'adolescent, propose nettement moins de moments délectables de cet acabit. Le film prend alors une tournure bien plus laborieuse et attendue. Il se traîne un peu et tombe hélas beaucoup plus régulièrement dans les très gênants petits travers du cinéma "indie" américain actuel, alors que jusque-là, nous passions sans souci l'éponge sur quelques musiques un peu trop présentes. Nous avons ainsi droit à des interludes musicaux autrement plus lourds et dont on se serait fort bien passés, durant lesquels la mise en scène s'essaie aussi à quelques effets faciles assez lassants. Cette conclusion, forcément difficile étant donné la voie sans issue vers laquelle le film s'était engouffré à partir grosso modo de la soixantième minute, offre heureusement un sort très satisfaisant à notre acteur fétiche : nous le voyons, au ralenti, courir tout sourire dans les couloirs de son bahut, retirer chemise, pantalon et caleçon, dans un élan prodigieux, pour finir, nu comme un ver, par risquer un plongeon terrible dans la piscine couverte du gymnase. Le film se termine ainsi sur une bonne note, et malgré ses vilains défauts, d'autant plus frappants après un commencement mené tambour battant, il faut tout de même reconnaître qu'en plus de parvenir à être plusieurs fois réellement marrant, ce World's Greatest Dad sait parfois faire preuve d'une audace très surprenante et trop rarement de mise dans les comédies américaines du moment ; en cela, il s'agit d'un film que l'on peut très bien saluer. 


World's Greatest Dad de Bobcat Goldthwait avec Robin Williams, Morgan Murphy, Daryl Sabara et Henry Simmons (2009)