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12 juillet 2018

Manon des sources

En 1986 Claude Berri tue le game en adaptant d'une seule foulée Jean de Florette et Manon des sources. Son coup de génie, c'est de tourner les deux films en même temps, s'assurant une harmonie visuelle sans solution de continuité : les deux suites adoptent ces teintes jaune pisse et ce fond sonore à base de cigales qui en font toute la saveur. Les deux parties du récit sont à ce point indissociables qu'on peut lire sur l'affiche de Manon des sources ci-contre, "Jean de Florette 2ème partie", de même que sur l'affiche de Jean de Florette on pouvait lire "Manon des sources 1ère partie". De quoi perdre la tête ! Peter Jackson s'inspirera des méthodes de Berri pour réaliser sa trilogie de l'Anneau, mise en boîte d'un souffle dans la même région de France. Mais avant d'inspirer le cinéaste néo-zélandais, la trilogie de Berri a marqué mon enfance d'estoquefiche. En effet j'ai vu le deuxième volet, dont il est question ici, des dizaines de fois (sans avoir jamais vu le premier épisode) en raison du fanatisme de ma tante aveugle dont c'était le long métrage préféré. Il fallait que je lui raconte chaque scène, que j'assure le commentaire pour sourds et malentendants avec tous les sous-titres multicolores qui envahissaient l'image. Je me demande encore comment ce film pouvait être le préféré d'une aveugle alors que de mon côté tout passait par la vue... Peut-être les fameuses cigales ? 





Forces en présence : Montand, Auteuil, Neuilly, Passy, Bugsy, Gyneco, La Peste, et pour couronner le tout, au milieu de ce banc de requins, la divine Manu Béart. Comment parler d'elle ? Elle était le soleil de ce film déjà bien éclairé. Et puis il faut dire que je suis né en Provence, comme Jésus, et que le cadre, les senteurs, les bruits, ce sont les miens, ceux de chez moi. J'avais plus l'impression d'ouvrir la fenêtre que de mater la télé. Ma tante était dans le gaz complet ("Qu'est-ce qui se passe ? Tu me racontes ? C'est une partie sans dialogues ! Ils vont où là ???"), tandis que je humais l'air. Quand je ne foutais pas carrément les voiles discrètement pour aller gambader dans la garrigue en quête d'une source où une naïade s'espongerait. Au village, me sachant déjà fan de l’œuvre de Tolkien, on me surnommait Sauron des sources. Malheureusement je vivais dans un coin très sec, sans eau, sans source, d'où, aussi, mon intérêt pour ce film où la flotte est le nerf de la guerre. 





Il faut ajouter un mot sur la performance de Daniel Auteuil. Ce n'est que récemment que j'ai compris qu'il avait toutes ses capacités cognitives, et qu'il n'était pas réellement le doux débile qu'on voit évoluer à l'écran sous le nom de Galinette. L'acteur m'a tellement impressionné que j'étais sur le cul de le voir enchaîner les rôles et parvenir à jouer si bien les personnes non-diminuées intellectuellement. Pour moi il était Hugolin, il était le couillon du village : il ne jouait pas ! C'est Le Huitième jour qui m'a mis sur la voie : pourquoi engager deux trisomiques pour n'en jouer qu'un seul ?


Manon des sources de Claude Berri avec Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart et Yves Montand (1986)

5 juin 2016

Un Moment d'égarement

Un moment d'égarement, ça pourrait être le titre du moment de la vie où JF Richet a décidé de faire du cinéma, ou celui où Claude Berri a eu un rapport sexuel neuf mois avant la naissance de son fils Thomas, ou encore le moment où Lisa Azuelos a commencé à écrire des histoires dans son petit cahier à spirales. Ces gens-là font tant de mal au cinéma... Quand on voit ce vilain remake, qui n'a rien à voir avec l'original, ça nous rappelle qu'on vit une époque d'une infinie tristesse. Dans les années 70, Marielle fautait avec la toute jeune et bustée Agnès Soral, il culpabilisait certes, il se rendait compte qu'il avait déconné. Agnès Soral s'amusait à le faire chanter pour avoir d'autres moments intimes avec lui (et y parvenait) mais il y avait tout de même une attirance mutuelle entre les deux protagonistes, une tendresse, ce n'était pas seulement à cause d'une soirée trop arrosée et d'une fille résolument en chaleur que le padre merdait, ça durait toutes les vacances sans que ça devienne un drame du niveau d'un mauvais fait-divers relaté sur NRJ12 par Morandini. Ici Cassel, une fois le moment d'égarement accompli, passe son temps à repousser avec les yeux exorbités et sans aucune délicatesse la jeune gourgandine, paniqué par son comportement, en fin psychologue qu'il est. Dès qu'elle s'approche de lui, on dirait un chat surpris qui se met à bondir toutes griffes dehors, alors que dans l'original Marielle avait son slip de bain trop serré à cause de son érection incontrôlable. Même triste constat pour la fille du quadragénaire égaré : la gamine de Marielle faisait la part des choses et finalement se réjouissait que son amie soit amoureuse de son père et partageait ce secret ; en 2015, la merdeuse de Cassel est seulement outrée, presque prête à aller dénoncer son père aux flics et à lui cracher à la gueule tout en considérant son amie comme une pute psychopathe. Autre temps, autres mœurs vous me direz. En tout cas il n'y a plus aucune légèreté, seulement les gros sabots plein de merde de Jeff Azuelos et Lisa Richet.

  


Mais parlons du pire de ce film (si on met de côté le trio infernal Langman-Richet-Azuelos), j'ai nommé Cluzet. Alors que dans l'original, Lanoux joue un homme plein de colère rentrée, qu'on sent bouillir et prêt à exploser, ici on a un Cluzet totalement et constamment sur 10 000 volts ! Il se caricature, il joue un père facho, vulgaire, avec 25 de tension, un insupportable connard. Il faut le voir le flingue à la main en train de se dire qu'il va ruiner le DJ qu'il soupçonne de harponner sa fille, ou encore courser des sangliers en pleine nuit autour de son jardin, toujours le flingue à la main. Et on se demande bien pourquoi Cassel finit par lui avouer que c'est lui le salaud qui a dégommé sa fille au moment où ces deux cons sont isolés dans le maquis et que Cluzet a (encore) une carabine chargée à la main. La seule fois où il a joué aussi mal, c'est dans Les Petits mouchoirs de sinistre mémoire.




Cerise sur le gâteau, le film se termine à la lueur ocre du soleil levant sur plusieurs gros plans des principaux protagonistes, souriants tous les uns aux autres alors que la veille au soir ils se battaient, se tenaient en joue ou s'insultaient sans réserves. Tout est bien qui finit bien, n'est-ce pas ? Même si ce qu'expriment les personnages dans cette minable scène de fin est en contradiction totale avec le reste du film. J'ai eu envie de jeter ma godasse sur la télé, mais je me suis rappelé qu'elle valait cher, contrairement au talent des gens derrière ce film.





Jeff Richet continue tranquillement et sûrement sa descente aux enfers. Lui donner les moyens, de temps en temps, de faire un film ne fait que confirmer ce constat. Il n'est pas étonnant de voir Lisa Azuelos au scénario quand on constate à quel point c'est mauvais, elle, la grande spécialiste des selles sur pellicule. Alors, avec elle et JF Richet qui se sont mis à deux sur ce scénario, la notion de synergie prend tout son sens. Je marcherais volontiers sur toute l'oeuvre de Lisa Azuelos du pied gauche, ça me porterait chance. La même chose avec les "films" de JF Pichet, j'aurais doublement de la chance et je trouverais peut-être un travail ! Mais n'oublions pas Thomas Langmann. A t-il voulu "tuer le père" en produisant ce remake navrant ? Quoi qu'il en soit, ce garçon continue avec brio son oeuvre de fossoyeur du cinéma.


Un Moment d'égarement de Jean-François Richet avec Vincent Cassel, François Cluzet, Lola Le Lann et Alice Isaaz (2015).

23 avril 2013

Ensemble, c'est tout

C'était le dernier film non-posthume de Claude Berri, avant l'affreux Trésor. En vedettes, tous les acteurs qui à l'époque bataillaient pour avoir la carte Claude Berri, le pass allociné qui leur donnerait l'accès à tous les rôles, tous les Césars, tous les Oscars, bref à tout ce dont rêvent tous les Tautou et les Canet du monde, ainsi qu'à toutes les séances gratos à l'UGC des Halles. Lisez l'affiche et vous entrerez dans la même dépression qui semble frapper tous les personnages qui la décorent : d'après un roman d'Anna Gavalda, déjà. Combien de "a" dans Anna Gavalda ? Cinq fois plus que de talent en tout cas. Assise devant une feuille blanche à remplir le plus vite et le plus connement possible pour engranger des biffetons, c'est la meilleure. On dirait que cette femme écrit tous ses bouquins dans la situation où se trouve James Caan au plus fort de Misery : verrouillée sur un lit, pieds et poings liés, les chevilles broyées, le moral à zéro et, forcément, parce que ça joue un peu : l'inspiration en berne. Alors qu'en réalité elle écrit ses torchons sur un matelas de gros billets, tout en loufant dans la soie. Avec Musso, Foenkinos et Levy entre autres, Gavalda est la reine du roman de grande surface écrit le temps d'une lessive à 30 degrés et à 12000 tours minutes. Cette "écrivaine" n'entretient rien de la flamme révolutionnaire jadis allumée par son aïeul latino Ché Gavalda.



Sans entrer dans le détail, l'affiche jette tout de suite un gros froid. Ce halo flou de taches marronnasses en fond et, collés les uns sur les autres, tous ces acteurs à l'air malade... Sans parler de la petite vieille au milieu, qui gâche moins l'affiche qu'elle ne gâche le film. Eh oui car Ensemble, c'est tout fait partie de cette flopée de films français des années 2000 mettant en scène un personnage de vieillarde en bout de course, obsédée par sa mission, qui consiste à faire croquer son mal-être à tout le plateau. Comme bien d'autres, ce film de Berri donne des envies d'euthanasie. Pour le reste, c'est un jeu du chat et de la souris dans un immense appartement glauque entre Canet et Tautou, dont on sait très bien qu'ils vont tôt ou (décidément elle est partout !) tard finir par se rentrer dedans avec pour spectateur Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie Française, qui dans ce film nous donne plutôt l'impression d'être sociétaire du Conseil Régional de la région PACA et d'avoir envie de se pendre en allant tous les matins faire son office administratif.



Un mot sur ses cheveux de paille (récemment encore ils brillaient dans L'Exercice de l’État ou L'Art d'aimer). Cet acteur ne pourra jamais être un héros. Pour la petite histoire, il a d'abord tenté Médecine après avoir obtenu un bac S avec mention PB, "Pas Bien", croyant que ça allait être "un boulevard". Dès les premiers mois, enfermé dans une cité U avec comme seule échappatoire le spectacle offert par son micro-ondes, d'énormes pellicules sont apparues sur ses épaules sous le coup du stress intense et de l'absence de femme dans son entourage depuis sa naissance. Il a cru devoir exterminer ces pellicules massives à coups de Head & Shoulders et de Desktop. Son shampooing antipelliculaire était indiqué pour un usage hebdomadaire, hélas la posologie perso de Laurent Stocker le contraignait à un usage quotidien de ce pur désherbant capillaire, et son rendu graphique en a pris un coup pour toujours. Au terme de sa première année de Médecine, Laurent Stocker culminait à 5,09/20, et il a terminé sa deuxième première année aux alentours de 259ème sur 270 étudiants (les 11 derrière lui se sont réunis et ont formé un club de foot à Petit-Quevilly). Après cet échec cuisant sur tous les tableaux Laurent Stocker s'est tourné vers la comédie. Il rêve toujours d'incarner Dracula sans maquillage dans une adaptation du célèbre roman de son homonyme Bram Stoker et, pas bégueule, se satisfait déjà de ce qu'il a : chaque jour plusieurs piétons foutent le camp quand ils le croisent, persuadés d'être tombés sur le Comte de Dracula, aka Vlad Dracul l'Empaleur de Pennsylvanie. Sans rancune aucune, on t'aime bien quand même Laurent.



Ensemble, c'est tout fait partie de ces films où Audrey Tautou fait penser à Fantomas. Quant à Guillaume Canet, il a récemment déclaré qu'il a surtout accepté de tourner dans ce pire film pour prendre des notes sur le métier de cinéaste en admirant le maître aux manettes du film, et ça se ressent. Les Petits mouchoirs sont un véritable manuel du petit Claude Berri illustré. Certains ont dit que Trésor n'était pas vraiment à prendre en compte dans la filmo du grand magnat de l'industrie cinématographique française, et il est vrai que Claude Berri est décédé au début du tournage, mais il était par contre bel et bien aux commandes d'Ensemble, c'est tout, et en pleine possession de ses moyens vu qu'il disait "péter le feu", et pourtant ce film est également naze à mourir. Claude Berri n'a de toute façon jamais réalisé que des quasi-navets, plus ou moins glabres, sauf peut-être le diptyque Jean de Florette et Manon des Sources, les deux films préférés de ma tante aveugle, qui adore la "musicalité" de l’œuvre, musicalité qu'il faut davantage attribuer à Montand, Auteuil, Neuilly, Passy qu'à Berri himself, et dans tous les cas ça reste un drôle de compliment.


Ensemble, c'est tout de Claude Berri avec Guillaume Canet, Audrey Tautou et Laurent Stocker (2007)

1 octobre 2012

Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants

Quiconque a vu ce film se souvient de cette scène où le couple que forment Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg fait une bataille de bouffe à travers un immense appartement parisien à dix briques le mètre carré. La baston est rythmée par la drôle de chanson de Burt Bacharach, avec ses chœurs guillerets et ses voix haut perchées, qui accompagne une course poursuite assez comique, digne d'un dessin animé, dans Butch Cassidy and the Sundance Kid de George Roy Hill. Attal et sa femme regardent le film à la télé quand ils commencent à se tartiner de Nutella et à se balancer gaiement des giclades énormes de moutarde et de ketchup au visage, n'épargnant aucun des murs de leur gigantesque baraque dans des allers et retours répondant directement à ceux de Robert Redford et Paul Newman, les cow-boys du film de Roy Hill. Yvan Attal communique avec l'histoire du cinéma dans cette séquence, il dialogue directement avec le cinoche, il réinvente le western à la sauce mayonnaise, il se torche avec notre cinéphilie. Attal marche dans les pas du cinéma américain moderne, lui qui se veut le digne héritier du cinéma de papa de Claude Berri, qui joue le rôle de son propre paternel dans le film.



Au-delà du clin d’œil cinéphile lourdingue et de la nullité de la séquence, ce qui frappe, et là je pense que vous serez tous d'accord, c'est la façon dont les personnages fusillent à bout portant la caution de leur palace en réduisant consciencieusement en bouillie chaque parcelle de leur appartement. Je ne sais pas vous mais moi j'enrage de les voir faire, de devoir les mater en train de dégommer le moindre recoin d'un loft à cent bâtons le nanomètre carré au bas mot, de répandre des milliards de plumes d'oreiller (cf. l'affiche) sur le sol maculé de flotte, de confiture, d’œuf pourri, d'Actimel, de pinard et de purée de leur chambre avant de s'entre-dégommer au milieu de la pièce pour ajouter un peu de fluide séminal à la béchamel ambiante. Pour peu qu'on imagine la femme de ménage (parce qu'il faut en avoir une, que dis-je, il faut en avoir une armée pour se permettre de telles frasques) qui devra nettoyer ce chantier le lendemain matin, et c'est une envie de meurtre qui nous prend.



N'importe qui de normalement constitué ne supporte pas cette scène et ne peut la regarder sans se dire que les personnages sont de gigantesques cons. Qu'ils sont beaucoup trop cons même, anormalement cons, à un point qui rompt l'effet de fiction. On ne marche plus, c'est pas crédible ! A la limite on pouvait faire semblant de croire à Alain Chabat en couple avec Emmanuelle Seigner, ou à Johnny Depp craquant sur Charlotte Gainsbourg au Virgin en écoutant Creep de Radiohead. C'est difficile à avaler mais après tout si Depp a été marié pendant trente ans à Vanessa Paradis, il peut bien tomber sous le charme de Gainsbourg, autre enfant-star sortie de la cuisse de Jupiter grâce à un papa bien placé, massacrant la chanson comme la comédie, dotée d'une mâchoire non-négligeable et affichant un poids plume d'enfant de huit ans. Et puis Radiohead ça peut faire des miracles. Qui n'a pas fini une soirée trop arrosée dans le pieu d'une fan, même pas très jojo, de Karma Police ? Le film se veut d'ailleurs un clip complet et atroce de tous les hits du groupe. Attal en place au moins dix intégralement dans sa bande son pour recouvrir ses plans en caméra tremblée le représentant lui et sa bande de potes, des personnages plutôt irritants qu'il voudrait proches de ceux d'Husbands... La musique est absolument omniprésente, comme dans les pires rejetons de chez Sundance. Mais, pour revenir au sujet, si on peut à la limite gober le reste d'un script souvent ignoble, on ne peut pas, on ne peut décidément pas croire à ces gens qui détruisent leur appartement de milliardaires avec un smiley gros comme ça collé sous le nez. Faut-il être plein aux as comme Attal et Gainsbourg eux-mêmes pour tourner une telle scène sans se poser de question et sans se douter que le quidam qui matera leur film tiquera forcément au moins là-dessus...



Deux scènes plus tôt (je vous refais le film à l'envers, ça ne peut pas être pire qu'à l'endroit) Gainsbourg, qui se doute de quelque chose et soupçonne son mari de la tromper, est au bistrot, commande un café, pleure et part en payant mais sans toucher à sa tasse. Je vous le dis : j'ai mal devant cette scène. J'ai envie de crier à l'autre charlot de Gainsbarre de le boire son putain de café à 10 euros la mini-tasse en plein Montmartre, d'au moins y tremper les lèvres, au pire de le verser dans son sac si vraiment elle n'a pas soif et n'a pas la tête à boire un café. Mais on ne fait pas ça ! J'ai peut-être trop longtemps vécu - et aujourd'hui encore - en faisant attention à mes dépenses et en mettant un point d'honneur à ne pas jeter l'argent par les fenêtres, peut-être aussi qu'à force de me faire taper sur la gueule par ma femme quand j'ai le malheur de ne pas finir mes boîtes de céréales j'ai acquis une sorte de conscience aiguë de la nécessité de ne pas gâcher, je ne sais pas, mais ces scènes-là me démolissent littéralement. Apparemment Yvan Attal s'en régale quant à lui. Son film en lui-même est un semblable gaspillage, de temps et d'argent, autant le sien que celui des pauvres malheureux comme moi qui auront vu son long métrage sur écran géant à l'époque sans pouvoir se plaindre.


Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants d'Yvan Attal avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Emmanuelle Seigner et Claude Berri (2004)

7 décembre 2010

Trésor

Faut que j'en parle, tout de suite. Je viens de le voir en entier. Et il faut que j'en parle. Claude Berri a co-produit ce film avec son épouse Nathalie Reims, écrivaine et toiletteuse de clebs (tapez son nom sur google-image pour comprendre). Claude Berri a également co-réalisé ce fameux Trésor avec un homme-à-tout-faire mieux portant que lui et physiquement capable de tenir une caméra, un faiseur dont le nom est déjà oublié. On peut facilement imaginer ce qu'ont pu être les derniers jours de Claude Berri, ou disons ses dernières années, en regardant ce film qui a tout d'une autobiographie. Et, partant, se dire heureux de sa disparition devient non pas une pensée criminelle mais au contraire une caresse bienveillante pour un vieux monsieur. J'ai une éthique, contre toute attente. D'ailleurs j'ai lu "Ethique à Nicomouque" de Spinoza (prononcez Spinocha).



C'est l'histoire d'un type (Alain Chabat, 52 ans), qui décide d'offrir un chien à sa femme (Mathilde Seigner, 42 ans), pour l'anniversaire de leur quatre ans de vie commune. Au début du film un collègue de travail de Chabat, d'une surprenante perspicacité, lui demande s'il préfèrerait pas faire un gosse à sa grosse, mais Chabat lui répond texto : "Non c'est trop tôt, on veut profiter un peu de notre couple". Notre homme a 52 ans et ça fait quatre ans qu'il vit sous le même toit que sa femme, et ce type affirme mordicus vouloir profiter de son couple et de sa jeunesse histoire de faire un gamin à 60 ans, quand on lui aura annoncé qu'il collectionne trois cancers du pancréas et que sa femme est quatre fois ménopausée. Donc c'est tout naturellement et le sourire aux lèvres qu'il offre un gros clébard à sa femme, et le plus affreux possible (il paraît que ces choses-là ressemblent à leur maître...). Sa femme justement, le personnage féminin le plus odieux, le plus débile, le plus dérangeant, le plus minable et le plus horripilant de l'Histoire des personnages féminins, devient complètement frappée de son chien au point de traiter ce dernier comme un amant et de considérer en contre-partie son amant en véritable clébard humain. Et ainsi on assiste pendant une heure et vingt longues et inépuisables minutes à cette lente et douloureuse séparation du couple qui a pour chef d'orchestre un gros bulldog puant. Or, bien qu'il s'agisse prétendument d'une comédie puisque tout le film se présente sous ce jour, du monstrueux générique d'ouverture aux acteurs en présence en passant par le pitch qui sert de moteur à cet engin sans pilote qu'est le film, il n'y a pas le soupçon d'une vanne d'un bout à l'autre de ce gigantesque merdier filmé, ce qui tend à en faire une tragédie hyper-réaliste ultra glauque qui vous colle le cafard de votre chienne de vie en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, et pour plusieurs jours à mon avis.

Au fond c'est l'histoire d'un pauvre mec qui aime coûte que coûte une femme qui n'est autre que le diable incarné, la femme faite monstre irascible, la chienne de Renoir sans Renoir, un amas de débilité et de laideur d'âme, un estron de chien fumeux coincé dans un "devenir-canasson" dément et putride. La suite du film c'est la séparation de ces deux amoureux de Peynet, après quoi Chabat, qui passe la totalité du film à difficilement contenir dans un froc XS, va acheter un autre chien de race identique auquel il s'attache aussi tristement que sa femme s'est amourachée du premier, et devient donc tout aussi horriblement con et détestable que son ex-compagne.



Dans cette dure période de célibat, que le personnage semble tout de même appréhender avec une certaine joie, ce dernier rencontre aussi une voisine d'une trentaine d'années, séduisante et célibataire comme lui (interprétée par Marine Delterme), qui lui fait tendancieusement de l'œil. Mais notre Chabat national reste fidèle à sa sardine qui l'a plaqué pour un chien. Un mot sur Chabat : non rien... Je reviens immédiatement au film. Avec ce pivot narratif bien risible qui consiste à nous faire admirer la constance d'un homme pourtant mal marié et ô combien mal plaqué, on se demande si Claude Berri n'a pas voulu certifier à son épouse et collaboratrice qu'il n'a jamais cédé aux tentations féminines que subissent tous les hommes de pouvoir, et on le félicite.



Je dis "homme de pouvoir" à bon escient parce que le personnage joué par Chabat, alter-ego fictionnel de Claude Berri, exerce le beau métier d'architecte. Je crois qu'on peut affirmer que c'est là le métier de tous les Français si l'on en croit le cinéma populaire hexagonal. Dans tous ces films qui nous pourrissent la vie les personnages sont invariablement architectes, métier de parigot par excellence qui permet au héros d'être "dans le coup", grisonnant mais puissamment actif, riche mais honnête, bourgeois mais branché, putois mais séducteur, charmant bien que largement laid. Séducteur mais fidèle veut nous faire croire Claudio Berri, qui nous montre un Alain Chabat acceptant de changer in extenso et radicalement pour retrouver les faveurs de sa femme quitte à devenir pour cela un abruti fini et à vivre une existence de vieux poux paumé dans la crinière gluante de sa conne d'épouse. Épouse qui, de son côté, profite de sa période de liberté acquise et se laisse tenter par un autre homme, ultra riche, taré de chiens lui aussi, et gay, avant de finalement repenser avec nostalgie à son ex-compagnon. Sa meilleure amie, bonne copine d'école, sous la peau de Macha Méril (70 ans), lui dit alors d'une voix geignarde : "Ah ! Fais chier ! Tu penses encore à lui ?". Elle pense à lui, oui. Ma foi ils ont vécu quatre ans ensemble et ils se sont séparés y'a pas quinze jours, et elle pense encore à lui, mazel tov !

Et puis finalement, fort de l'acquisition d'un autre chien d'anglais, répugnant comme un chien des quais, Chabat retrouve sa femme au détour d'une merde de chien dans un parc et ils repartent ensemble avec le sourire et deux clebs au lieu d'un, ce qui nous fait un total de quatre gros clébards si on compte ce couple comme faisant parti du monde bienheureux des canidés. En somme c'est un dogumentaire bourdonneux sur des bourgeois nauséabonds qui font partie du haut du panier de ce tas de fumier qu'est notre capitale. Pour quiconque est comme moi essoufflé d'accepter en silence de déambuler entre mille et un énormes étrons de clebs à chaque fois qu'il est question de mettre un pied dehors, ce film est largement contre-indiqué. Il est même à déconseiller vivement à quiconque rêve comme moi de voir tous les propriétaires de chiens du monde brûler de concert dans un brasier fabuleux.



C'est fou comme on a le sentiment d'observer en bonne mouche à merde la vie nauséabonde de ces personnages campés par Chabat Alain et de Seigner Mathilde, de les scruter dans leur quotidien qui donne envie de se faire sauter la cervelle, et de cramer toutes nos cellules saines pour en fabriquer autant de cancéreuses juste en partageant ces 110 minutes chrono de leurs vies.

Le film est dédié à un chien, celui de Claude Berri et de Nathalie Reims. A la fin un panneau vient nous apprendre qu'ils remercient amicalement la psychologue pour clebs qui a permis à Claude de s'ouvrir aux chiens et de leur parler. Aujourd'hui notre ami fume des mauves... Claude Berri... voila le type qui a marabouté le cinéma français avec pléiade de films de merde dédiés au quatrième âge jusqu'à devenir un pape tout puissant du film populaire indigent, et il s'est offert en fin de vie la petite gâterie de réaliser le film dont il avait envie sans se soucier de personne, sans la moindre justification commerciale ou artistique, en se payant d'ailleurs une chiée plus dix de seconds rôles à coller sur sa terrifiante affiche (Bruno Putzulu, Marine Delterme, Isabelle Nanty, Fanny Ardant, Stéphane Freiss etc.), avec une miette des milliards de dollars qu'il a planqué sous son matelas depuis des lustres passés à nous fait chier, histoire de causer de son chien ? Et ce film de famille amateur, réalisé pour un chien, sort au cinéma puis en dvd comme si Sir Claude Berri distribuait post mortem des pacsons de pognon à qui a la main tendue, comme si son fantôme venait se payer producteurs, acteurs, techniciens, distributeurs, diffuseurs, médias, et spectateurs ! Parce qu'il se paye nos tronches ma parole. Il nous présente un film réalisé pour son chien, de là à nous prendre pour des clébards y'a pas trois kilomètres. Monsieur Picsou, coupable d'avoir coincé le cinoche Français sous son propre cul, se paye qui il veut et fait son petit cinéma de papa à la mords-moi-mon-nœud. On se rappelle Coluche qui, quand il a reçu son César pour Tchao Pantin, réalisé par Claude Berri himself, remerciait Claude Berri, "comme tout le monde", et finissait son discours en murmurant qu'il fallait soutenir "les petits jeunes qui n'ont pas de magouille pour faire du cinéma car le cinéma ça reste de la magouille". Il croyait pas si bien dire. Il venait de remercier le dernier des nababs. Et on a pas fini d'en chier avec la dynastie Berri... Son fils, sans doute un tantinet aigre depuis qu'il a vu le film-testament de son père dédié non pas à son fils mais à son chien de compagnie, est encore plus riche et bien plus incompétent que feu son paternel et il nous fait déjà ultra chier. Mais je ne souhaite certainement pas sa mort, car je sais ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.


Trésor de Claude Berri avec Alain Chabat et Mathilde Seigner (2009)

5 septembre 2008

Astérix aux Jeux Olympiques

Chaque plan coûte un million d'euros de plus que le précédent, chaque séquence vaut un bâton de plus que celle qui la précède. C'est important de voir ce film. Il y a là une volonté de gâchis qu'il faut aller constater. Quand Gainsbourg a brûlé son billet de 500 balles sur un plateau télé pour dénoncer le racket des impôts, il a sans doute été puni d'une amende ou que sais-je. Thomas Langmann brûle plusieurs dizaines de billets de 5000 euros pour chaque image de son lamentable film. Et s'il faut traiter les cas similaires de façon similaire je veux bien qu'on le punisse en conséquence, par exemple en lui interdisant à tout jamais d'exercer son métier quel qu'il soit. Difficile à dire car Thomas Langmann est producteur mais il s'est fait passer pour réalisateur sur l'affiche de ce film. Ce type-là a misé tellement d'argent sur sa camelote qu'il est finalement allé glisser son nom à côté de celui du faiseur qui a tourné pour lui ce scandale commercial histoire de se faire passer pour un artisan plutôt que pour un simple spéculateur.




Et ce sale type, qui se fait surnommer "la petite reine", n'est autre que le fils de Claude Berri. Décidément, on n'en finira pas avec la dynastie Berri, et on n'en est qu'au second barreau de l'échelle ! Daney disait : "Ici on a Claude Berri, c'est le 3ème âge, en Amérique ils ont Terminator, c'est le 1er âge". Thomas Langmann ne s'encombre pas de l'embarras du choix, il fait les deux en un. Les vieillards entendront Alain Delon en César évoquer Le Clan des Siciliens ou Rocco et ses frères tandis que les chiards regarderont Tony Parker jouer au basket en toge romaine, à côté de Zidane, de Schumacher et de mille autres stars payées rubis sur l'ongle par Langman pour venir chier leurs répliques. Le premier film de Claude Berri s'appelait Le Cinéma de papa. Ce troisième épisode d'Astérix, premier film officiellement et soi-disant réalisé par Thomas Langmann, aurait pu être sous-titré "L'argent de papa". Berri rêvait encore de cinéma même s'il ne savait pas en faire, Langmann c'est déjà autre chose, il ne rêve apparemment que de pognon.




Astérix aux Jeux Olympiques de Frédéric Forestier et Thomas Langmann avec Clovis Cornillac, Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Alain Delon, Jamel Debbouze, Sim, José Garcia, Franck Dubosc, Michael Schumacher, Zinédine Zidane, Jean Todt, Tony Parker, Amélie Mauresmo, Francis Lalanne, Jean-Pierre Castaldi, Elie Semoun, Stéphane Rousseau, Adriana Karambeu et Vanessa Hessler (2008)