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7 décembre 2010

Trésor

Faut que j'en parle, tout de suite. Je viens de le voir en entier. Et il faut que j'en parle. Claude Berri a co-produit ce film avec son épouse Nathalie Reims, écrivaine et toiletteuse de clebs (tapez son nom sur google-image pour comprendre). Claude Berri a également co-réalisé ce fameux Trésor avec un homme-à-tout-faire mieux portant que lui et physiquement capable de tenir une caméra, un faiseur dont le nom est déjà oublié. On peut facilement imaginer ce qu'ont pu être les derniers jours de Claude Berri, ou disons ses dernières années, en regardant ce film qui a tout d'une autobiographie. Et, partant, se dire heureux de sa disparition devient non pas une pensée criminelle mais au contraire une caresse bienveillante pour un vieux monsieur. J'ai une éthique, contre toute attente. D'ailleurs j'ai lu "Ethique à Nicomouque" de Spinoza (prononcez Spinocha).



C'est l'histoire d'un type (Alain Chabat, 52 ans), qui décide d'offrir un chien à sa femme (Mathilde Seigner, 42 ans), pour l'anniversaire de leur quatre ans de vie commune. Au début du film un collègue de travail de Chabat, d'une surprenante perspicacité, lui demande s'il préfèrerait pas faire un gosse à sa grosse, mais Chabat lui répond texto : "Non c'est trop tôt, on veut profiter un peu de notre couple". Notre homme a 52 ans et ça fait quatre ans qu'il vit sous le même toit que sa femme, et ce type affirme mordicus vouloir profiter de son couple et de sa jeunesse histoire de faire un gamin à 60 ans, quand on lui aura annoncé qu'il collectionne trois cancers du pancréas et que sa femme est quatre fois ménopausée. Donc c'est tout naturellement et le sourire aux lèvres qu'il offre un gros clébard à sa femme, et le plus affreux possible (il paraît que ces choses-là ressemblent à leur maître...). Sa femme justement, le personnage féminin le plus odieux, le plus débile, le plus dérangeant, le plus minable et le plus horripilant de l'Histoire des personnages féminins, devient complètement frappée de son chien au point de traiter ce dernier comme un amant et de considérer en contre-partie son amant en véritable clébard humain. Et ainsi on assiste pendant une heure et vingt longues et inépuisables minutes à cette lente et douloureuse séparation du couple qui a pour chef d'orchestre un gros bulldog puant. Or, bien qu'il s'agisse prétendument d'une comédie puisque tout le film se présente sous ce jour, du monstrueux générique d'ouverture aux acteurs en présence en passant par le pitch qui sert de moteur à cet engin sans pilote qu'est le film, il n'y a pas le soupçon d'une vanne d'un bout à l'autre de ce gigantesque merdier filmé, ce qui tend à en faire une tragédie hyper-réaliste ultra glauque qui vous colle le cafard de votre chienne de vie en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, et pour plusieurs jours à mon avis.

Au fond c'est l'histoire d'un pauvre mec qui aime coûte que coûte une femme qui n'est autre que le diable incarné, la femme faite monstre irascible, la chienne de Renoir sans Renoir, un amas de débilité et de laideur d'âme, un estron de chien fumeux coincé dans un "devenir-canasson" dément et putride. La suite du film c'est la séparation de ces deux amoureux de Peynet, après quoi Chabat, qui passe la totalité du film à difficilement contenir dans un froc XS, va acheter un autre chien de race identique auquel il s'attache aussi tristement que sa femme s'est amourachée du premier, et devient donc tout aussi horriblement con et détestable que son ex-compagne.



Dans cette dure période de célibat, que le personnage semble tout de même appréhender avec une certaine joie, ce dernier rencontre aussi une voisine d'une trentaine d'années, séduisante et célibataire comme lui (interprétée par Marine Delterme), qui lui fait tendancieusement de l'œil. Mais notre Chabat national reste fidèle à sa sardine qui l'a plaqué pour un chien. Un mot sur Chabat : non rien... Je reviens immédiatement au film. Avec ce pivot narratif bien risible qui consiste à nous faire admirer la constance d'un homme pourtant mal marié et ô combien mal plaqué, on se demande si Claude Berri n'a pas voulu certifier à son épouse et collaboratrice qu'il n'a jamais cédé aux tentations féminines que subissent tous les hommes de pouvoir, et on le félicite.



Je dis "homme de pouvoir" à bon escient parce que le personnage joué par Chabat, alter-ego fictionnel de Claude Berri, exerce le beau métier d'architecte. Je crois qu'on peut affirmer que c'est là le métier de tous les Français si l'on en croit le cinéma populaire hexagonal. Dans tous ces films qui nous pourrissent la vie les personnages sont invariablement architectes, métier de parigot par excellence qui permet au héros d'être "dans le coup", grisonnant mais puissamment actif, riche mais honnête, bourgeois mais branché, putois mais séducteur, charmant bien que largement laid. Séducteur mais fidèle veut nous faire croire Claudio Berri, qui nous montre un Alain Chabat acceptant de changer in extenso et radicalement pour retrouver les faveurs de sa femme quitte à devenir pour cela un abruti fini et à vivre une existence de vieux poux paumé dans la crinière gluante de sa conne d'épouse. Épouse qui, de son côté, profite de sa période de liberté acquise et se laisse tenter par un autre homme, ultra riche, taré de chiens lui aussi, et gay, avant de finalement repenser avec nostalgie à son ex-compagnon. Sa meilleure amie, bonne copine d'école, sous la peau de Macha Méril (70 ans), lui dit alors d'une voix geignarde : "Ah ! Fais chier ! Tu penses encore à lui ?". Elle pense à lui, oui. Ma foi ils ont vécu quatre ans ensemble et ils se sont séparés y'a pas quinze jours, et elle pense encore à lui, mazel tov !

Et puis finalement, fort de l'acquisition d'un autre chien d'anglais, répugnant comme un chien des quais, Chabat retrouve sa femme au détour d'une merde de chien dans un parc et ils repartent ensemble avec le sourire et deux clebs au lieu d'un, ce qui nous fait un total de quatre gros clébards si on compte ce couple comme faisant parti du monde bienheureux des canidés. En somme c'est un dogumentaire bourdonneux sur des bourgeois nauséabonds qui font partie du haut du panier de ce tas de fumier qu'est notre capitale. Pour quiconque est comme moi essoufflé d'accepter en silence de déambuler entre mille et un énormes étrons de clebs à chaque fois qu'il est question de mettre un pied dehors, ce film est largement contre-indiqué. Il est même à déconseiller vivement à quiconque rêve comme moi de voir tous les propriétaires de chiens du monde brûler de concert dans un brasier fabuleux.



C'est fou comme on a le sentiment d'observer en bonne mouche à merde la vie nauséabonde de ces personnages campés par Chabat Alain et de Seigner Mathilde, de les scruter dans leur quotidien qui donne envie de se faire sauter la cervelle, et de cramer toutes nos cellules saines pour en fabriquer autant de cancéreuses juste en partageant ces 110 minutes chrono de leurs vies.

Le film est dédié à un chien, celui de Claude Berri et de Nathalie Reims. A la fin un panneau vient nous apprendre qu'ils remercient amicalement la psychologue pour clebs qui a permis à Claude de s'ouvrir aux chiens et de leur parler. Aujourd'hui notre ami fume des mauves... Claude Berri... voila le type qui a marabouté le cinéma français avec pléiade de films de merde dédiés au quatrième âge jusqu'à devenir un pape tout puissant du film populaire indigent, et il s'est offert en fin de vie la petite gâterie de réaliser le film dont il avait envie sans se soucier de personne, sans la moindre justification commerciale ou artistique, en se payant d'ailleurs une chiée plus dix de seconds rôles à coller sur sa terrifiante affiche (Bruno Putzulu, Marine Delterme, Isabelle Nanty, Fanny Ardant, Stéphane Freiss etc.), avec une miette des milliards de dollars qu'il a planqué sous son matelas depuis des lustres passés à nous fait chier, histoire de causer de son chien ? Et ce film de famille amateur, réalisé pour un chien, sort au cinéma puis en dvd comme si Sir Claude Berri distribuait post mortem des pacsons de pognon à qui a la main tendue, comme si son fantôme venait se payer producteurs, acteurs, techniciens, distributeurs, diffuseurs, médias, et spectateurs ! Parce qu'il se paye nos tronches ma parole. Il nous présente un film réalisé pour son chien, de là à nous prendre pour des clébards y'a pas trois kilomètres. Monsieur Picsou, coupable d'avoir coincé le cinoche Français sous son propre cul, se paye qui il veut et fait son petit cinéma de papa à la mords-moi-mon-nœud. On se rappelle Coluche qui, quand il a reçu son César pour Tchao Pantin, réalisé par Claude Berri himself, remerciait Claude Berri, "comme tout le monde", et finissait son discours en murmurant qu'il fallait soutenir "les petits jeunes qui n'ont pas de magouille pour faire du cinéma car le cinéma ça reste de la magouille". Il croyait pas si bien dire. Il venait de remercier le dernier des nababs. Et on a pas fini d'en chier avec la dynastie Berri... Son fils, sans doute un tantinet aigre depuis qu'il a vu le film-testament de son père dédié non pas à son fils mais à son chien de compagnie, est encore plus riche et bien plus incompétent que feu son paternel et il nous fait déjà ultra chier. Mais je ne souhaite certainement pas sa mort, car je sais ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.


Trésor de Claude Berri avec Alain Chabat et Mathilde Seigner (2009)

4 mai 2008

Roman de gare

Lelouch, en voilà un autre qui fait tourner son petit manège, toute la famille Lelouch appelée sous les drapeaux pour prendre part au massacre. Eh bien c'est surprenant mais pour une fois Lelouch ne nous envoie pas à la boucherie. C'est un film sans grande prétention qu'il nous livre et il se défend plutôt. Sans grande prétention mais quand même un brin prétentieux, ça reste Lelouch. Le film commence en nous menant par le bout du nez. Le personnage principal, Pierre Laclos, interprété par un Dominique Pinon en grande pompe, a trois identités possibles et Claudio Lelouch nous ballade de la première à la troisième en revenant à la seconde selon son bon gré. Pierre Laclos est-il le tueur en série pédophile qui attire ses proies avec des tours de magie et qui vient de s'évader de la prison de la Santé ? Est-il un simple prof de lettres qui a abandonné sa femme (Michèle Bernier) et ses enfants depuis trois jours sans mot dire pour se lancer à l'aventure sur l'autoroute du sud ? Ou bien est-il le nègre de la grande écrivaine Judith Ralitzer (Fanny Ardant) invitée sur le plateau d'une émission littéraire présentée par Serge Moati pour parler de son dernier best-seller ? On ne le sait pas encore et on sera baladé sur différentes pistes à intervalles réguliers par un Lelouch auteur de polar, et ce au gré d'une rencontre peu anodine. Sur une aire d'autoroute, Pierre Laclos rencontre Huguette (Audrey Dana), une jeune femme midinette et un peu dépressive que son amant et supposé futur mari de médecin vient de larguer sur une aire après une scène de ménage. Honteuse de rentrer chez elle sans le chéri qu'elle avait prévu de présenter à sa famille, et surtout bien emmerdée pour rentrer chez elle sans bagnole, elle demande à un Pierre Laclos étrangement serviable et plein de mystères de bien vouloir l'accompagner la conduire dans sa maison familiale pour jouer le rôle de l'amant auprès des siens. Et puis une fois que l'on connaîtra la véritable identité de Pierre Laclos, une seconde intrigue pourra commencer. 
 
 
Il reste un peu de prétention en cela que Pierre Laclos est finalement en train d'écrire le prochain roman de Judith Ralitzer en se basant tout bêtement sur le scénario que l'on est en train de suivre et que le personnage vit sous nos yeux, et qu'il est dit et répété que cette histoire est fameuse, que ce sera forcément un best-seller alléchant, que c'est le roman parfait. Lelouch ne se refait pas et je doute que son best-seller ait attiré les foules en salles. Mais c'est un détail. Au final le film, s'il n'est pas un best-seller, est en tout cas un roman de gare typique et atypique à la fois, un bon polar, qui fonctionne bien (c'est déjà pas mal), et rien de plus. Notons néanmoins une certaine fraîcheur dans le style, une fluidité pas négligeable, quelques bonnes idées et de fameux acteurs. Que ce soit Fanny Ardant, qui fait le boulot, la jeune Audrey Dana, très peu connue et très prometteuse, et puis surtout Dominique Pinon, enfin voué à un premier rôle et qui déploie une palette de comédien très réjouissante et une présence qui a comme qui dirait quelque chose d'évident. Et puis au fil du film on pense en le regardant se débattre dans son rôle à Clovis Cornillac, on y pense très fort, de plus en plus. On se surprend même à se demander si Corniflax n'aurait pas par hasard refusé le film pour laisser son vieux collègue se faire les dents dans un premier premier rôle. Toujours est-il que tout dans le jeu - excellent par ailleurs - de Pinon, rappelle absolument les méthodes, intonations et autres grimaces de l'acteur à gueule carré qui cumule les têtes d'affiches. Et quand on note la présence au casting de Myriam Boyer (la maman de Clovis Cornillac), on comprend enfin que Dominique Pinon est en réalité de toute évidence le papa caché du petit Clovis. Et ça c'est un scoop.
 
 
Roman de gare de Claude Lelouch avec Dominique Pinon, Fanny Ardant et Audrey Dana (2007)