23 avril 2013

Ensemble, c'est tout

C'était le dernier film non-posthume de Claude Berri, avant l'affreux Trésor. En vedettes, tous les acteurs qui à l'époque bataillaient pour avoir la carte Claude Berri, le pass allociné qui leur donnerait l'accès à tous les rôles, tous les Césars, tous les Oscars, bref à tout ce dont rêvent tous les Tautou et les Canet du monde. Lisez l'affiche et vous entrerez dans la même dépression qui semble frapper tous les personnages qui la décorent : d'après un roman d'Anna Gavalda, déjà. Combien de "a" dans Anna Gavalda ? Cinq fois plus que de talent en tout cas. Assise devant une feuille blanche à remplir le plus vite et le plus connement possible pour engranger des biffetons, c'est la meilleure. On dirait que cette femme écrit tous ses bouquins dans la situation où se trouve James Caan au plus fort de Misery : verrouillée sur un lit, pieds et poings liés, les chevilles broyées, le moral à zéro et, forcément, parce que ça joue un peu : l'inspiration en berne. Alors qu'en réalité elle écrit ses torchons sur un matelas de gros billets, tout en déféquant dans la soie. Avec Musso, Foenkinos et Levy entre autres, Gavalda est la reine du roman de grande surface écrit le temps d'une lessive à 30 degrés et à 600 tours minutes. Cette "écrivaine" n'entretient rien de la flamme révolutionnaire jadis allumée par son aïeul latino Ché Gavalda.



Sans entrer dans le détail, l'affiche jette tout de suite un gros froid. Ce halo flou de taches marronnasses en fond et, collés les uns sur les autres, tous ces acteurs à l'air malade... Sans parler de la petite vieille au milieu, qui gâche moins l'affiche qu'elle ne gâche le film. Eh oui car Ensemble, c'est tout fait partie de cette flopée de films français des années 2000 mettant en scène un personnage de vieillarde en bout de course, obsédée par sa mission, qui consiste à faire croquer son mal-être à tout le plateau. Comme les autres, ce film de Berri donne des envies d'euthanasie. Pour le reste, c'est un jeu du chat et de la souris dans un immense appartement glauque entre Canet et Tautou, dont on sait très bien qu'ils vont tôt ou (décidément elle est partout !) tard finir par se rentrer dedans avec pour spectateur Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie Française, qui dans ce film nous donne plutôt l'impression d'être sociétaire du Conseil Régional de la région PACA et d'avoir envie de se pendre en allant tous les matins faire son office administratif.



Un mot sur ses cheveux de paille, qui l'empêchent d'incarner un quelconque personnage principal dans quelque film que ce soit (récemment encore il brillait en bon second rôle dans L'Exercice de l’État ou L'Art d'aimer). Cet acteur ne pourra jamais être un héros. Pour la petite histoire, il a d'abord tenté Médecine après avoir obtenu un bac S avec mention AB, croyant que ça allait être "un boulevard". Dès les premiers mois, enfermé dans une cité U avec comme seule échappatoire le spectacle offert par son micro-ondes, d'énormes pellicules sont apparues sur ses épaules sous le coup du stress intense et de l'absence de femme dans son entourage depuis sa naissance. Il a cru devoir exterminer ces pellicules massives à coups de Head & Shoulders et de Desktop. Son shampooing antipelliculaire était indiqué pour un usage hebdomadaire, hélas la posologie perso de Laurent Stocker le contraignait à un usage quotidien de ce pur désherbant capillaire, et son rendu graphique en a pris un coup pour toujours. Au terme de sa première année de Médecine, Laurent Stocker culminait à 5,09/20, et il a terminé sa deuxième première année aux alentours de 259ème sur 270 étudiants (les 11 derrière lui se sont réunis et ont formé un club de foot à Petit-Quevilly). Après cet échec cuisant sur tous les tableaux Laurent Stocker s'est tourné vers la comédie. Il rêve toujours d'incarner Dracula sans maquillage dans une adaptation du célèbre roman de son homonyme Bram Stoker et, pas bégueule, se satisfait déjà de ce qu'il a : chaque jour plusieurs piétons foutent le camp quand ils le croisent, persuadés d'être tombés sur le Comte de Dracula, aka Vlad l'Empaleur de Pennsylvanie.



Ensemble, c'est tout fait partie de ces films où Audrey Tautou fait penser à Fantomas. On a tous dans nos familles un cousin, un frère ou un neveu qui culminent à des milliards de "sessions" (comprenne qui pourra) sur Audrey Tautou, mais il est certain qu'aucun d'entre eux n'aura songé à battre son record devant ce film, y compris devant les scènes où l'actrice est alitée. Quant à Guillaume Canet, il a récemment déclaré qu'il a surtout accepté de tourner dans ce pire film pour prendre des notes sur le métier de cinéaste en admirant le maître aux manettes du film, et ça se ressent. Les Petits mouchoirs sont un véritable manuel du petit Claude Berri illustré. Certains ont dit que Trésor n'était pas vraiment à prendre en compte dans la filmo du grand magnat de la finance cinématographique française, et il est vrai que Claude Berri est décédé au début du tournage, mais il était par contre bel et bien aux commandes d'Ensemble, c'est tout, et en pleine possession de ses moyens vu qu'il disait "péter le feu", et pourtant ce film est également naze à mourir. Claude Berri n'a de toute façon jamais réalisé que des gros navets, sauf peut-être le diptyque Jean de Florette et Manon des Sources, les deux films préférés de ma tante aveugle, qui adore la "musicalité" de l’œuvre, musicalité qu'il faut davantage attribuer à Montand, Auteuil, Neuilly, Passy qu'à Berri himself, et dans tous les cas ça reste un drôle de compliment.


Ensemble, c'est tout de Claude Berri avec Guillaume Canet, Audrey Tautou et Laurent Stocker (2007)

12 commentaires:

  1. Jean de Florette23 avril 2013 à 12:42

    Film à chier, article génial :)

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  2. Manon des Sources23 avril 2013 à 15:32

    Article génial ! Cependant le film est à chier.

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  3. Si vous êtes fans d'Audrey Tautou ou de Guillaume Canet et que vous aimez les belles histoires romantiques, vous risquez d'apprécier ce film. Mais si comme moi, vous n'êtes amateurs d'aucune de ces trois choses, je vous plains sincèrement et vous souhaite beaucoup de courage devant cette insupportable purge.

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  4. Comment un livre si beau, généreux simple a t'il pu donner naissance a un film aussi naze???? Il manque de beaux moments, on a l'impression de voir un résumé raté d'un magnifique roman! J'ai longtemps hésité a le regarder le livre etait tellement bon... Audrey touttou n'est pas du tout convaincante dans le role de Camille je ne parle pas des roles de Philibert et de Paulette c'est pire... Seul peut être Canet reussit a tirer son epingle du jeu. Si certains on vu le film sans lire le livre courez chez votre libraire le plus proche et la vous ne serez pas décu Je ne comprend pas comment Anna Gavalda a pu accepter un si pietre film de son livre...

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    1. Le pognon, mec, le pognon. Les royalties comme on dit dans le milieu...

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  5. Je ne suis vraiment pas d'accord avec votre critique, je trouve que c'est un très beau film français avec des personnages authentiques comme on sait si bien le faire en France. Je pense sincèrement que Claude Berri réalise là un de ses meilleurs films. Le duo Tautou/Canet marche très bien. Et j'ai beaucoup aimé aussi Laurent Stocker qui joue super bien.

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  6. Vous m'avez tué de rire, j'adore quand vous co-écrivez à quatre pattes ! Vous m'avez flingué !

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  7. Ah tout à fait d'accord, toujours une vraie délectation de lire des articles cérébrés qui tirent non pas sur les ambulances, les vrais pauvres navetons que c'est pas de leur faute tellement c'est si pire, mais sur les gros blockbusters (enfin, les succès français, restons simples) estampillés qualité française, CNC et ses euros généreusement versés oblige. Donc "Ensemble c'est tout", vu en DVD (dieu merci) est assez imbuvable, cette comédie bien pensante pesant son poids de morale et de conformisme, oui il vaut mieux être jeune et joli, même dans un appartement mal chauffé, et les bons sentiments (à gerber bien entendu) à porter en bandoulière rassurent le chaland. Quant à Anna Gavalda, allez à la bibliothèque, changez de libraire, mais passez impérativement à la lettre "B", tiens Bukowski loin du cliché bourré fourgué par Pivot par exemple. Pour rester dans le film, je n'aurais qu'un mot sur Laurent Stocker : oui ses cheveux de paille empêchent ses ailes de géant, mais je viens de le voir sur scène à l'Odéon (Paris 6e) dans "Le prix Martin" de Labiche, il y composait un notable ahurissant, un histrion phénoménal, c'est un très très grand acteur, même en bègue il était crédible (dans la daube de Berri), c'est dire. Alors, Laurent Stocker, à regarder quoi qu'il se passe autour, même à côté de la môme Tautou qui joue au squelette ambulant à force de régime (les joues creuses, ça donnne l'air intelligent ?)ou du canasson Guillaume Canet, qu'il reste sur son cheval et s'enfonce ses petits mouchoirs bien profond. Mais gardons Laurent Stocker, au théâtre en tout cas. Il y a tout osé.

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  8. J'espère que vous ferez (un jour peut-être) une recension de "l'écume des jours", encore un de ces films qui rassemble tous les trépanés du cinéma français.

    Par contre, z'avez oublié de mettre Dracula dans les tags. Grand article, comme toujours, mais c'était couru d'avance pour un film avec Guillaume Cannet et Audrey Tautou...

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    1. oh oui oh oui oh oui. Allez voir Michel Gondry pour nous!
      Faites ensuite votre devoir de citoyen.

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  9. "L'empaleur de Pennsylvanie". tro for vrémen supér artikl pren sa dan ta sal guel guiyom kané a a i ton mi plin la geul

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