5 juin 2016

Un Moment d'égarement

Un moment d'égarement, ça pourrait être le titre du moment de la vie où JF Richet a décidé de faire du cinéma, ou celui où Claude Berri a eu un rapport sexuel neuf mois avant la naissance de son fils Thomas, ou encore le moment où Lisa Azuelos a commencé à écrire des histoires dans son petit cahier à spirales. Ces gens-là font tant de mal au cinéma... Quand on voit ce vilain remake, qui n'a rien à voir avec l'original, ça nous rappelle qu'on vit une époque d'une infinie tristesse. Dans les années 70, Marielle fautait avec la toute jeune et bustée Agnès Soral, il culpabilisait certes, il se rendait compte qu'il avait déconné. Agnès Soral s'amusait à le faire chanter pour avoir d'autres moments intimes avec lui (et y parvenait) mais il y avait tout de même une attirance mutuelle entre les deux protagonistes, une tendresse, ce n'était pas seulement à cause d'une soirée trop arrosée et d'une fille résolument en chaleur que le padre merdait, ça durait toutes les vacances sans que ça devienne un drame du niveau d'un mauvais fait-divers relaté sur NRJ12 par Morandini. Ici Cassel, une fois le moment d'égarement accompli, passe son temps à repousser avec les yeux exorbités et sans aucune délicatesse la jeune gourgandine, paniqué par son comportement, en fin psychologue qu'il est. Dès qu'elle s'approche de lui, on dirait un chat surpris qui se met à bondir toutes griffes dehors, alors que dans l'original Marielle avait son slip de bain trop serré à cause de son érection incontrôlable. Même triste constat pour la fille du quadragénaire égaré : la gamine de Marielle faisait la part des choses et finalement se réjouissait que son amie soit amoureuse de son père et partageait ce secret ; en 2015, la merdeuse de Cassel est seulement outrée, presque prête à aller dénoncer son père aux flics et à lui cracher à la gueule tout en considérant son amie comme une pute psychopathe. Autre temps, autres mœurs vous me direz. En tout cas il n'y a plus aucune légèreté, seulement les gros sabots plein de merde de Jeff Azuelos et Lisa Richet.

  


Mais parlons du pire de ce film (si on met de côté le trio infernal Langman-Richet-Azuelos), j'ai nommé Cluzet. Alors que dans l'original, Lanoux joue un homme plein de colère rentrée, qu'on sent bouillir et prêt à exploser, ici on a un Cluzet totalement et constamment sur 10 000 volts ! Il se caricature, il joue un père facho, vulgaire, avec 25 de tension, un insupportable connard. Il faut le voir le flingue à la main en train de se dire qu'il va ruiner le DJ qu'il soupçonne de harponner sa fille, ou encore courser des sangliers en pleine nuit autour de son jardin, toujours le flingue à la main. Et on se demande bien pourquoi Cassel finit par lui avouer que c'est lui le salaud qui a dégommé sa fille au moment où ces deux cons sont isolés dans le maquis et que Cluzet a (encore) une carabine chargée à la main. La seule fois où il a joué aussi mal, c'est dans Les Petits mouchoirs de sinistre mémoire.




Cerise sur le gâteau, le film se termine à la lueur ocre du soleil levant sur plusieurs gros plans des principaux protagonistes, souriants tous les uns aux autres alors que la veille au soir ils se battaient, se tenaient en joue ou s'insultaient sans réserves. Tout est bien qui finit bien, n'est-ce pas ? Même si ce qu'expriment les personnages dans cette minable scène de fin est en contradiction totale avec le reste du film. J'ai eu envie de jeter ma godasse sur la télé, mais je me suis rappelé qu'elle valait cher, contrairement au talent des gens derrière ce film.





Jeff Richet continue tranquillement et sûrement sa descente aux enfers. Lui donner les moyens, de temps en temps, de faire un film ne fait que confirmer ce constat. Il n'est pas étonnant de voir Lisa Azuelos au scénario quand on constate à quel point c'est mauvais, elle, la grande spécialiste des selles sur pellicule. Alors, avec elle et JF Richet qui se sont mis à deux sur ce scénario, la notion de synergie prend tout son sens. Je marcherais volontiers sur toute l'oeuvre de Lisa Azuelos du pied gauche, ça me porterait chance. La même chose avec les "films" de JF Pichet, j'aurais doublement de la chance et je trouverais peut-être un travail ! Mais n'oublions pas Thomas Langmann. A t-il voulu "tuer le père" en produisant ce remake navrant ? Quoi qu'il en soit, ce garçon continue avec brio son oeuvre de fossoyeur du cinéma.


Un Moment d'égarement de Jean-François Richet avec Vincent Cassel, François Cluzet, Lola Le Lann et Alice Isaaz (2015).

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