Affichage des articles dont le libellé est Laurent Stocker. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Laurent Stocker. Afficher tous les articles

26 octobre 2018

Garde alternée

Quel étrange film... Bon. D'abord on s'attend à une pure comédie, mais en réalité le film s'ouvre par des scènes plutôt lourdes, où Valérie Bonneton découvre que son mari, Didier Bourdon, la trompe depuis quelques mois avec Isabelle Carré. Je nomme les actrices et les acteurs au lieu des personnages, vous aurez compris. Je n'ai aucun souvenir des prénoms de ces personnages, tout le monde s'en fout. Excédée, Bonneton met son mari Bourdon, prof de littérature à la fac, au pied du mur devant tout un amphi. Ensuite, ça se déride un peu, mais on ricane quatre ou cinq fois maximum, grâce à une poignée de répliques qui font mouche, bien aidées par la tension qui s'empare du spectateur et lui provoque des spasmes nerveux incontrôlables. Mais surtout, le postulat de départ tire sur la corde de la crédibilité, puisqu'il faut bien accepter l'idée que Didier Bourdon dans ce film est irrésistible et subit les assauts répétés et insistants de toute la gent féminine comme de toute la gent masculine, sans que jamais rien, en dehors de sa beauté physique (l'éventuel côté brillant ou éloquent du prof émérite étant à oublier), n'explique la fascination et l'adoration qu'il suscite. Il est même assez puant, notamment avec son ami homo, interprété par Laurent Stocker, dernier vampire sociétaire de la Comédie Française. Dieu sait qu'on a une immense sympathie pour Didier Bourdon, mais de là à voir en lui un Dom Juan des années 2010, il y a quelques kilomètres (150³°°°km env.). Ce postulat de départ, qu'il convient d'épouser sous peine de passer à côté du film, nous amène tout droit vers de bien étranges scènes. 




En gros, l'épouse, Bonneton, professeur de violon, et la maîtresse, Carré, libraire, se disputent bec et ongle Didier Bourdon. La femme légitime, mise en échec, prétend alors qu'elle n'a plus de libido et qu'elle se fout que son mari tire ailleurs. Le propre père de Bonneton (Jackie Berroyer, un vrai tombeur lui aussi) trompe sa mère (Hélène Vincent) depuis des décennies, dans le plumard de toutes les femmes du quartier, avec le consentement tacite de sa chère et tendre. En fait, le film présente le couple comme obligatoirement voué à l'adultère et l'homme comme obligatoirement plié aux caprices anarchiques de son membre viril. Bonneton en a bien conscience, et n'a semble-t-il plus beaucoup de passion pour son homme après 15 ans de mariage, mais elle tient à garder un père à la maison pour ses enfants. Elle propose donc à la maîtresse une garde alternée de Bourdon : une semaine chez l'une, une semaine chez l'autre. En réalité, ce n'est qu'une manœuvre. Elle veut récupérer son mari. Et vu que la maîtresse est raide dingue de ce dernier, les deux femmes se livrent une guerre sans pitié pour l'obtenir.




Ce qui pousse les concurrentes à un comportement qui laisse songeur. On reste pantois, par exemple, quand Valérie Bonneton se trémousse et prend des poses ultra suggestives en lingerie fine devant sa propre maman improvisée photographe pour ensuite faire triquer son mari en lui envoyant ces images par texto, pimentées par quelques phrases comme "Je t'embrasse sur la raie. Sur ta petite raie" (sic).  Et cela fonctionne à ravir puisque le soir même Bourdon regagne ses pénates, laissant ses gosses dans les pattes de sa maîtresse pour s'envoyer en l'air avec son officielle, dans la chambre de leur petit garçon. L'étonnement redouble quand Isabelle Carré décide de passer toute sa semaine de "garde" à pomper Bourdon pour le décharger totalement afin qu'il ne touche plus sa femme la semaine suivante. Elle programme le réveil à 2h et à 4h du matin, avec une alarme nommée "PIPE" (sic encore) et se met à sucer Didier Bourdon. Elle le réveille deux fois par nuit, complètement dans le gaz, pour le pépom. Et rebelote chaque nuit. A la moindre occasion, dans la journée, elle le suce aussi. Y compris un dernier coup juste avant qu'il change de domicile, sur le pas de la porte. Je précise que je n'invente strictement rien.




A la fin du film, les deux prétendantes, devenues très proches (elles prennent leur bain ensemble), viennent à bout du plus si fringant Didier Bourdon, qui n'en peut plus de faire l'aller-retour entre les deux baraques et de se faire littéralement vidanger à chaque voyage. Le pauvre homme, toujours aussi ventripotent mais dont les noyaux sont secs comme l'amadou et dont le petit quinquin pompe trop de sang à longueur de journée pour permettre à son cœur et à son ciboulot de s'alimenter convenablement, fait un AVC sous les yeux de ses deux groupies incrédules et mortes de rire. La fin ne laissera pas de nous surprendre une fois de plus puisqu'on retrouve les deux ex-rivales ravies de partager une maison de vacances dans le Lubéron avec leur Didier Bourdon devenu un légume. Le film se termine quand Bourdon, sans raison, allongé sur une bouée dans la piscine, chope de nouveau le marbre, sous l'oeil réjoui de Bonneton et Carré, qui semblent soulagées que son calibre marche encore, car c'est bien l'essentiel, et c'est effectivement à l'extraordinaire pouvoir d'attraction de sa bite que se résume exclusivement ce bon vieux Didier Bourdon dans ce film dont on ressort différent.


Garde alternée d'Alexandra Leclère avec Didier Bourdon, Valérie Bonneton, Isabelle Carré, Laurent Stocker et Michel Vuillermoz, Hélène Vincent et Jackie Berroyer (2018)

23 avril 2013

Ensemble, c'est tout

C'était le dernier film non-posthume de Claude Berri, avant l'affreux Trésor. En vedettes, tous les acteurs qui à l'époque bataillaient pour avoir la carte Claude Berri, le pass allociné qui leur donnerait l'accès à tous les rôles, tous les Césars, tous les Oscars, bref à tout ce dont rêvent tous les Tautou et les Canet du monde, ainsi qu'à toutes les séances gratos à l'UGC des Halles. Lisez l'affiche et vous entrerez dans la même dépression qui semble frapper tous les personnages qui la décorent : d'après un roman d'Anna Gavalda, déjà. Combien de "a" dans Anna Gavalda ? Cinq fois plus que de talent en tout cas. Assise devant une feuille blanche à remplir le plus vite et le plus connement possible pour engranger des biffetons, c'est la meilleure. On dirait que cette femme écrit tous ses bouquins dans la situation où se trouve James Caan au plus fort de Misery : verrouillée sur un lit, pieds et poings liés, les chevilles broyées, le moral à zéro et, forcément, parce que ça joue un peu : l'inspiration en berne. Alors qu'en réalité elle écrit ses torchons sur un matelas de gros billets, tout en loufant dans la soie. Avec Musso, Foenkinos et Levy entre autres, Gavalda est la reine du roman de grande surface écrit le temps d'une lessive à 30 degrés et à 12000 tours minutes. Cette "écrivaine" n'entretient rien de la flamme révolutionnaire jadis allumée par son aïeul latino Ché Gavalda.



Sans entrer dans le détail, l'affiche jette tout de suite un gros froid. Ce halo flou de taches marronnasses en fond et, collés les uns sur les autres, tous ces acteurs à l'air malade... Sans parler de la petite vieille au milieu, qui gâche moins l'affiche qu'elle ne gâche le film. Eh oui car Ensemble, c'est tout fait partie de cette flopée de films français des années 2000 mettant en scène un personnage de vieillarde en bout de course, obsédée par sa mission, qui consiste à faire croquer son mal-être à tout le plateau. Comme bien d'autres, ce film de Berri donne des envies d'euthanasie. Pour le reste, c'est un jeu du chat et de la souris dans un immense appartement glauque entre Canet et Tautou, dont on sait très bien qu'ils vont tôt ou (décidément elle est partout !) tard finir par se rentrer dedans avec pour spectateur Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie Française, qui dans ce film nous donne plutôt l'impression d'être sociétaire du Conseil Régional de la région PACA et d'avoir envie de se pendre en allant tous les matins faire son office administratif.



Un mot sur ses cheveux de paille (récemment encore ils brillaient dans L'Exercice de l’État ou L'Art d'aimer). Cet acteur ne pourra jamais être un héros. Pour la petite histoire, il a d'abord tenté Médecine après avoir obtenu un bac S avec mention PB, "Pas Bien", croyant que ça allait être "un boulevard". Dès les premiers mois, enfermé dans une cité U avec comme seule échappatoire le spectacle offert par son micro-ondes, d'énormes pellicules sont apparues sur ses épaules sous le coup du stress intense et de l'absence de femme dans son entourage depuis sa naissance. Il a cru devoir exterminer ces pellicules massives à coups de Head & Shoulders et de Desktop. Son shampooing antipelliculaire était indiqué pour un usage hebdomadaire, hélas la posologie perso de Laurent Stocker le contraignait à un usage quotidien de ce pur désherbant capillaire, et son rendu graphique en a pris un coup pour toujours. Au terme de sa première année de Médecine, Laurent Stocker culminait à 5,09/20, et il a terminé sa deuxième première année aux alentours de 259ème sur 270 étudiants (les 11 derrière lui se sont réunis et ont formé un club de foot à Petit-Quevilly). Après cet échec cuisant sur tous les tableaux Laurent Stocker s'est tourné vers la comédie. Il rêve toujours d'incarner Dracula sans maquillage dans une adaptation du célèbre roman de son homonyme Bram Stoker et, pas bégueule, se satisfait déjà de ce qu'il a : chaque jour plusieurs piétons foutent le camp quand ils le croisent, persuadés d'être tombés sur le Comte de Dracula, aka Vlad Dracul l'Empaleur de Pennsylvanie. Sans rancune aucune, on t'aime bien quand même Laurent.



Ensemble, c'est tout fait partie de ces films où Audrey Tautou fait penser à Fantomas. Quant à Guillaume Canet, il a récemment déclaré qu'il a surtout accepté de tourner dans ce pire film pour prendre des notes sur le métier de cinéaste en admirant le maître aux manettes du film, et ça se ressent. Les Petits mouchoirs sont un véritable manuel du petit Claude Berri illustré. Certains ont dit que Trésor n'était pas vraiment à prendre en compte dans la filmo du grand magnat de l'industrie cinématographique française, et il est vrai que Claude Berri est décédé au début du tournage, mais il était par contre bel et bien aux commandes d'Ensemble, c'est tout, et en pleine possession de ses moyens vu qu'il disait "péter le feu", et pourtant ce film est également naze à mourir. Claude Berri n'a de toute façon jamais réalisé que des quasi-navets, plus ou moins glabres, sauf peut-être le diptyque Jean de Florette et Manon des Sources, les deux films préférés de ma tante aveugle, qui adore la "musicalité" de l’œuvre, musicalité qu'il faut davantage attribuer à Montand, Auteuil, Neuilly, Passy qu'à Berri himself, et dans tous les cas ça reste un drôle de compliment.


Ensemble, c'est tout de Claude Berri avec Guillaume Canet, Audrey Tautou et Laurent Stocker (2007)

24 avril 2012

L'Exercice de l'État

Ce que raconte L'Exercice de l'État, le quotidien d'un ministre des transports, est intéressant, et le point de vue aussi bien que le discours sont justes. La scène onirique initiale, métaphore fantasmagorique du pouvoir politique où une grande et belle femme nue digne des modèles d'Helmut Newton s'engouffre à quatre pattes dans la gueule d'un crocodile en plein Palais de l’Élysée, installe d'emblée une tension maintenue tout au long de l’œuvre par le rythme soutenu de ce qui suit, le portrait ultra réaliste d'un ministre en fonction. Véritable vaccin contre tout embryon d'ambition politique chez le spectateur, le film montre bien les immenses difficultés et autres emmerdements de la profession en même temps qu'il dresse un portrait peu reluisant de la France en tant qu'objet de pouvoir esquinté et qu'il dépeint l'ambiance répugnante des petits jeux de domination ridicules qui règnent dans les ministères et autres grandes instances, avec ces hommes de main traités comme des chiens et ces politiciens forcés au compromis, déconnectés bien que sympathiques, victimes de leur vision complètement biaisée de la vie des gens du commun qu'ils incitent à voter pour eux comme un commercial racole son client afin qu'il achète son triste produit.



C'est d'ailleurs ce rapport complètement faussé à l'autre et au langage, cet aspect complètement calculé de la parole politique que retranscrit et dénonce Pierre Schoeller en mettant dans la bouche de ses personnages des dialogues parfois très faux, auxquels on ne croit pas beaucoup, voire pas du tout. Par exemple dans la scène où le ministre, Olivier Gourmet, s'invite dans la caravane de son chauffeur et, complètement bourré, tient à ce dernier et à sa femme un discours fatiguant, plein de bons mots peu crédibles balancés au petit bonheur la chance avant d'aller travailler le béton sous la pluie en pleine nuit comme pour s'enivrer facticement de la vraie vie des vrais gens. Dans cette séquence le réalisateur prend un risque, celui de se mettre potentiellement le spectateur las et incrédule à dos en plaçant dans la bouche de son personnage aux agissements quelque peu caricaturaux des phrases toutes faites, bien préparées, étrangement déclamées dans l'urgence pour mieux en trahir l'aisance rhétorique bien huilée et complètement creuse. Schoeller fait le pari osé de ne pas perdre ou agacer son public en montrant à quel point la vie quotidienne d'un ministre ne passe que par les mots, plus par les mots que par les actes, avec ce personnage qui use sa vie entre quatre téléphones et quatre conversations simultanées où il glisse les mots d'un interlocuteur dans la conversation de l'autre tout en écoutant sa conseillère en communication qui lui en glisse de nouveaux à placer ici ou là sans écouter ce qu'on lui répond. Tout passe par le langage, le bon mot dit devant la caméra lors de l'accident de bus, les mots assassins du président, la belle formule lâchée à l'électeur de base, etc. Et c'est bel et bien triste à mourir qu'il y ait tant de paroles "fausses" dans un monde supposément de langage et en réalité de pur bavardage. Toutefois la gêne naît quand Olivier Gourmet, par ailleurs excellent une fois de plus ici (et supporté par de bons Michel Blanc et Laurent Stocker), semble réciter ces grandes phrases au spectateur lui-même, avec emphase et en toutes circonstances : "La Politique est une meurtrissure permanente…".



Typiquement avec ce dernier exemple on peut reprocher à Pierre Schoeller de tomber parfois dans ce qu'il dénonce, la phrase ou la scène trop faciles. Si le discours du cinéaste est juste, les moyens de ce discours ne sont pas toujours euphorisants, notamment cette métaphore scénaristique elle aussi sur-écrite quand, pour éviter les manifestants, c'est-à-dire la foule, pour éviter d'affronter le peuple, le ministre décide de faire prendre à son chauffeur une voie d'autoroute parallèle, déserte, en travaux, pas finie, et que survient l'accident. Et c'est le chauffeur-chômeur, homme du peuple taiseux, qui meurt, victime inutile du comportement absurde et irresponsable du politique, de sa prise de risque inconsidérée et de sa fuite face à ses obligations dans une tentative d'aller plus vite que la musique et de contourner la plèbe... L'idée est juste, c'est un fait, mais la façon de la délivrer est, permettez l'oxymore, légèrement lourde. Il y a aussi des scènes énervantes, comme celle un peu trop longue et trop insistante de l'enterrement du chauffeur avec ces chants corses insupportables. Et puis quelques belles fautes de goût qui font tache dans un film par ailleurs assez élégant, à l'image des incessants SMS qui s'affichent sur tout l'écran : c'est moche que ça n'en peut plus, et même si l'effet colle encore une fois avec le thème de l'omniprésence des mots tout-puissants et de la communication permanente, ça donne rapidement envie de foutre le camp. Bref L'Exercice de l'État est un film pertinent et intelligent, qui dresse un portrait assez exact et très parlant - c'est à dire très alarmant - de la pratique politique dans notre pays, sans être tellement visionnaire ni complètement bien réalisé. Un film à ne peut-être pas revoir, mais à voir une fois quand même.


L'Exercice de l'État de Pierre Schoeller avec Olivier Gourmet, Laurent Stocker, Michel Blanc et Zabou Breitman (2011)