Affichage des articles dont le libellé est Adam Wingard. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Adam Wingard. Afficher tous les articles

11 mai 2021

Godzilla vs. Kong

Satan-le-Tentateur aura eu raison de moi et d'une de mes soirées. Il m'a guidé vers ce film. Je n'ai pu résister. Je voulais peut-être répondre à cette question qui me hantait tant devant l'affiche : pourquoi Godzilla vs. Kong et pas Kong + Godzilla vs. le reste du monde ? Pourquoi ces deux-là ne seraient-ils pas d'emblée amis, étant donné qu'ils sont un peu seuls dans leur gabarit ? Normalement, ça devrait créer un lien très fort entre eux. Là, ça se traduit seulement par beaucoup d'animosité... Or je n'ai pas trouvé la solution à cette énigme devant ce film nul et non-avenu mais devant la bande-annonce de son ancêtre de 1962, King Kong contre Godzilla de Ishirō Honda, le fameux concessionnaire. On apprend dans ce teaser d'époque que les capacités cognitives des deux bêtes divergent grandement, d'où probablement des disparités de comportements et, au bout, inévitable, le conflit.
 
 

 
 
Kong a un cerveau de gorille, très proche de  celui de l'homme, mais démultiplié par sa taille phénoménale. Il possède donc les capacités intellectuelles d'un marsupial de bonne taille multipliées par 10 ou 15, peut-être plus ? Résultat, il étale le plus brillant des homo sapiens, y compris un type comme Pep Guardiola. Problème : il n'a toujours pas accès à la parole. Imaginez le bouillon de culture dans sa tronche. Kong a résolu tous les mystères de l'univers, mais il est incapable d'en parler à quelqu'un, ce qui le rend nerveux. Au contraire de lui, et toujours d'après le film-annonce de la version japonaise de 62,  le cerveau de Gozilla a la taille "d'une couille humaine" (sic.), et cette petite bille se balade dans sa gigantesque boîte crânienne comme une boule de flipper à chaque fois qu'il tourne la tête. C'est un pur et faramineux abruti. Un débile modèle géant. 
 
 

 
 
Kong et Godzilla sont donc comme deux gosses prématurés, l'un surdoué, l'autre attardé, tous les deux physiquement surdimensionnés, perdus dans une cour de récréation, à part et rejetés par le groupe des morpions humains, mais incapables de fraterniser, le plus malin des deux incarnant la tronche de turc idéale de l'autre jobastre atomique. Kong est un authentique génie mutique au physique ingrat. Godzilla est le beau gosse entièrement guidé par sa queue gigantesque, mieux innervée que le pois chiche qui roule des mécaniques dans sa casemate. Bilan, ils fracassent tous les mômes qui courent autour d'eux et, quand ils tombent l'un sur l'autre, ils se ruinent aussi la tronche...
 
J'arrive au bout de ce papier et je n'aurai guère parlé du film, gardant plus de souvenirs de la bande-annonce du prequel de 62, beaucoup trop cité ici, que du film d'Adam Wingard. Mais tout le monde sait, celles et ceux qui ont cédé à l'appel du Diable et l'ont regardé, comme moi, autant que tous les gens qui ont résisté à l'appel de Cthulhu, que ce film, qui d'après la bande-annonce de son homologue du passé devrait "nanifier tous les autres films", est une innommable merde. Gozilla et Kong, les deux géants du cinéma, au temps du COVID, auront fini leurs roulés-boulés sur toutes les petites lucarnes du monde. Ou quand l'infiniment petit (le virus) fait un pied de nez à l'infiniment gros (les deux cons).


Godzilla vs. Kong de Adam Ringard avec Kyle Chandler, Charles Dance, Millie Bobby Brown et tout le monde s'en fout (2020)

8 février 2015

The Guest

Avec un tel film, Adam Wingard va forcément asseoir sa petite réputation auprès des amateurs de bonnes vieilles séries b, directes et efficaces, comme on n'en fait plus guère, lui qui avait déjà conquis son monde avec le home invasion You're Next. Sans doute nourri du cinéma de genre des années 80, Adam Wingard s'inspire cette fois-ci de tous ces thrillers américains dans lesquels un individu a priori bien sous tous rapports s'introduit dans une famille et se révèle de plus en plus inquiétant et nocif... Ici, il s'agit d'un jeune soldat revenu du front qui débarque dans le foyer endeuillé d'un camarade tombé au combat. David, c'est son nom, ou en tout cas celui qu'il se donne, va devenir le protecteur de la famille, le grand frère de substitution, aux méthodes expéditives mais appréciées. On ignore le but réel de ce personnage mais, ne faisant jamais dans la dentelle et encore moins dans l'étude de caractères, le réalisateur ne nous permet à aucun moment de douter de sa réelle sagesse...




L'intrigue est cousue de fil blanc, le film ne surprend à peu près jamais, mais il a au moins le mérite de ne pas s'embarrasser d'explications fastidieuses et de retournements de situation grandiloquents. Adam Wingard sait très bien que nous ne sommes pas venus là pour ça. Il cherche simplement à nous amuser et il y parvient aisément, à condition, bien sûr, d'être dans les dispositions adéquates. Il faut alors bien reconnaître que l'on suit tout ça avec un certain amusement. On ressent très exactement ce plaisir un peu coupable, gentiment régressif, que seules des films de (ce) genre sont capables de procurer. C'est assez idiot, ça n'élève pas vraiment les esprits et c'est le moins qu'on puisse dire mais, une fois de temps en temps, un film comme ça est drôlement appréciable !




On sent qu'Adam Wingard n'aime quant à lui rien de plus que filmer des moments de violence cocasses et sanglants lors de scènes d'action pas si mal exécutées et toujours très lisibles. Je pense tout particulièrement à cette soudaine mais très attendue bagarre dans le bar où notre "guest" étale une bande de jeunes en deux temps trois mouvements, et à cette grande fusillade où toute l'équipe de tournage a semble-t-il pris un malin plaisir à transformer une maison entière en passoire géante. Les acteurs, à commencer par le bellâtre Dan Stevens dans le rôle du mystérieux parasite, ont l'air de bien s'amuser aussi. La jeune Maika Monroe, remarquée dans It Follows, est une présence agréable, elle parvient sans souci à se différencier des bimbos qui hantent habituellement ces films-là.




Il faut également reconnaître que le jeune cinéaste n'est pas manchot et qu'il a parfois quelques idées. Le final, qui se déroule dans un grand décor de foire spéciale Halloween aux lumières flashy et plongé dans un brouillard artificiel, où les personnages parcourent un labyrinthe avant de se retrouver au palais des glaces, propose ainsi de belles trouvailles visuelles et une ambiance soignée. Bref, si, comme moi, vous aimez, à l'occasion, vous envoyer ce genre de films, The Guest est carrément fait pour vous ! Ce sont des titres comme celui-ci que Tarantino devrait placer dans ses fameux tops annuels...


The Guest d'Adam Wingard avec Dan Stevens, Maika Monroe, Leland Orser et Lance Reddick (2014)

17 septembre 2013

Entretien avec Justin Benson et Aaron Moorhead



Ayant particulièrement apprécié Resolution (accédez à la critique en cliquant sur le lien), film fantastique original et bien pensé signé Justin Benson et Aaron Moorhead, nous avons proposé à ces jeunes cinéastes américains de nous accorder un entretien. Nos hôtes se sont pliés à l'exercice avec un tel enthousiasme et une telle générosité que nous sommes ravis d'inaugurer une nouvelle rubrique du blog consacrée aux interviews par celle de ce joyeux et ambitieux duo d'auteurs de films de genre plein de promesses. Mais laissons-leur plutôt la parole :


-    Que diriez-vous pour vous présenter au public français ?  

A : [en français] Bonjour, je suis Aaron. Nous avons fait un film qui est tout aussi effrayant, drôle et dramatique. C'est le film parfait qui vous aidera à avoir des relations sexuelles. Aussi, je suis seul.

J : [en français]  Bonjour, je suis Justin et je voudrais être un citoyen de l'Union européenne. 
  

Justin Benson / Aaron Moorhead

-    Quel a été votre parcours avant la réalisation de ce film ?  

A : J’ai commencé à faire des films quand j’avais environ 14 ans. Je suis allé à la Florida State University pour étudier le cinéma, puis j’ai immédiatement déménagé à Los Angeles où j’ai rencontré Justin après seulement quelques jours. J’ai été chef opérateur et créateur d’effets spéciaux pendant un moment, mais je continuais à réaliser à côté de ça, aussi souvent que possible. Pas aussi souvent que j’aurais dû ceci dit. Dieu merci pour ce film, maintenant je ne suis plus que réalisateur. 

J : J’ai grandi à San Diego, je suis allé à UCLA, puis j’ai fait tout un tas de petits boulots qui payaient pour mettre de l’argent de côté afin d’écrire/réaliser/monter/etc.  

-    Quels sont vos modèles, vos réalisateurs favoris ?  

A : Alfonso Cuaron, George Clooney, Ben Affleck, Steven Spielberg, Ciaran Foy, Nicolas Winding Refn. 

J : Richard Linklater, Peter Jackson, Guy Ritchie, Christopher Nolan, Park Chan-Wook.  

-    Le film n'est pas distribué dans les salles en France. Comment l'expliquez-vous ? Qu'en est-il dans les autres pays ? Comment est-il reçu ?  

A : D’après la rumeur la France devrait voir Resolution bientôt, c’est juste très long pour que tous les pays reçoivent le film et montent un plan de distribution. Resolution est montré dans presque tous les pays d’Europe, dans tout un tas de festivals de cinéma, et nous sommes humblement surpris de découvrir que pratiquement tout le monde semble vraiment l’apprécier, malgré les différences de langue et de culture. C’est un immense soulagement pour un film d’horreur plutôt bavard.  

-    Votre film a fait le tour des festivals, notamment américains, quel rôle les festivals jouent-ils dans la mise en lumière d’un film tel que le vôtre ?  

A : En fait, le film est beaucoup plus montré à l’international qu’aux USA ! C’est pas un hasard si on a proposé le film aux festivals européens de cinéma de genre international : la Fondation Melies, réseau gigantesque qui regroupe tous ces festivals, est très prestigieuse et touche énormément de publics. On n’a pas pu concourir pour la Fondation Melies (n’étant pas européens), mais on a finalement passé près de la moitié de l’année dernière en Europe. C’est la belle vie ! Quant au rôle que jouent les festivals, notez bien ça : les festivals sont TOUT. Nous n’aurions aucun buzz et pas de carrière si ce film n’était sorti qu’en VOD. Les programmateurs des festivals et le public, autant que la presse, sont absolument essentiels pour que des films comme le notre aient une chance de rencontrer le succès. C’est la meilleure forme de publicité, parce que sans ça il n’y a aucun moyen de se faire connaître. Il s’agit juste d’essayer d’apporter du bon cinéma aux gens qui aiment le bon cinéma.  

-    Comment s'organise le travail de mise en scène pour un binôme ? Allez-vous continuer à travailler ainsi ou vos chemins vont-ils désormais se séparer ?  

A : On se considère à vrai dire comme co-cinéastes plutôt que comme co-réalisateurs. On se salit les mains tous les deux dans chaque aspect de la production. Justin est plutôt au stylo, je suis plutôt à la caméra, mais l’un n’existe pas vraiment sans l’autre. Nous sommes bien plus que la somme de nous deux en tant que simples co-réalisateurs. Depuis l’avant-première de Resolution à Tribeca on a travaillé presque exclusivement en équipe, et on envisage de continuer ainsi dans un futur proche. 

J : Nous sommes une sorte de gros monstre tentaculaire qui écrit/réalise/produit/monte/mixe/crée des effets spéciaux et sort des profondeurs avec une troupe de collaborateurs grandissante et tout aussi dangereuse. Y compris, entre autres, notre producteur David Lawson et notre ingénieur du son Yahel Dooley.  

-    Qualifieriez-vous Resolution de film d'horreur ?  

A : Oui. Mais d’un autre côté on se moque pas mal des définitions génériques. Le genre dans lequel le film s’inscrit, honnêtement, c’est bon pour les équipes marketing. Notre seul boulot c’est de faire un bon film, et on ne pense pas au genre en le faisant. Mais nous sommes fiers de qualifier Resolution de film d’horreur, tout comme nous le qualifions de drame psychologique, ou de buddy-movie détendu. 

J : On n’y a jamais pensé en ces termes avant que les gens ne commencent à poser la question, mais c’est marrant d’être des sortes de punks marginaux sous une étiquette marketing, donc oui, appelez ça un film d’horreur. C’est sans nul doute un film qui fait peur. 


Vinny Curran / Peter Cilella

-    Dans notre critique, nous avons souligné la qualité et la finesse de votre film en le comparant notamment à La Cabane dans les bois, autre film de genre métadiscursif récent. Que pensez-vous de ce film ? Resolution est-il d’une manière ou d’une autre pensé comme une réponse à celui de Drew Goddard ?   

A : On adore La Cabane dans les bois. Quand il est sorti – c’était une semaine avant la première de Resolution à Tribeca – on a réalisé toutes les comparaisons qui pouvaient être faites. Les deux films ont à peu près le même point de départ, et tous les deux ont un aspect « méta », mais en dehors de ça on ne peut pas faire plus différent. Nous sommes fiers d’être comparés à un film aussi cool, même si je suis certain que personne ne regarderait les deux films en pensant que l’un a pompé sur l’autre. Ils sont très différents dans l’approche. On pense qu’ils pourraient faire un formidable double-programme. 

J : La Cabane dans les bois est l’une de mes meilleures expériences de spectateur de ces dernières années. Les mecs derrière ce film assurent.  




-    Par un drôle de hasard, votre film et le nouvel Evil Dead ont le même point de départ (des jeunes gens coincés dans une cabane isolée pour sauver l’un d’entre eux d’une addiction à la drogue). Que pensez-vous de la vague de remakes actuelle et, plus largement, de l'état du cinéma de genre US ? La fracture semble de plus en plus grande entre des films invisibles mais dignes d'intérêt comme le vôtre et des films à budgets plus conséquents qui ne prennent aucun risque (remakes, reboots, prequels, etc.), avec à la clé des résultats souvent médiocres. Partagez-vous ce constat ?  

A : Les remakes et les reboots peuvent être bons et même très bons (voyez Batman), mais globalement, ils sont horribles. Nous vivons une époque dangereuse où ceux qui possèdent l’argent sont obligés de limiter les risques financiers dus aux difficultés économiques du moment – ce qui se comprend parfaitement –, mais vu que les gens continuent de retourner dans les salles pour voir les films issus des franchises qu’ils adorent et qui sont dénués de toute imagination, nous ne quitterons jamais le sillon créatif qui est le nôtre. Je pense qu’il appartient aux cinéastes indépendants sans le sou, qui ont tout à gagner et pas grand chose à perdre, d’innover, et au public qui les suit de voter pour eux avec leur porte-monnaie.  

J : D’un point de vue général ce serait vraiment cool que les investisseurs et surtout les cinéastes prennent plus de risques. Il y a cette idée qui veut que tous les films doivent obligatoirement rendre un hommage…  

-    Nous avons l’impression que le système empêche des auteurs de films de genre de se faire connaître, de travailler avec plus de moyens et de s’installer durablement afin d’élever le genre et de lui rendre ses lettres de noblesse, comme ont pu le faire John Carpenter ou Dario Argento par le passé. Qu’en pensez-vous ?  

A : Nous en faisons encore l’expérience. Même après le succès de Resolution, accoucher de notre second film est plus qu’un travail à plein temps. On y travaille en permanence et on est deux à ne pas dormir. J’ignore à quel point il était difficile il y a quelques temps de passer de petits films de genre à de plus gros. Je pense que c’est probablement plus facile de faire des films de nos jours, honnêtement, parce qu’il y a plus de réalisateurs que jamais depuis qu’on est allés vers des productions abordables et une certaine technologie facile de post-production. Et les films de genre sont toujours appréciés au box office. On a récemment observé pas mal de gros succès pour des films d’horreur à petits budgets comme The Conjuring, American Nightmare et You’re Next, donc je pense qu’il n’est pas tout à fait juste de dire que le système essaie de nous tuer.  

J : Le cinéma de genre se porte mieux que jamais. Certains cinéastes actuellement en activité sont capables d’aller même plus loin que ce que des gars comme Argento ou Carpenter ont fait. Et quand vous regardez le box office, pour des titres comme ceux cités par Aaron, nous vivons une époque FORMIDABLE. Il y a des trucs vraiment cool, rafraichissants et excitants qui vont venir d’ici peu.  

-    Nous sommes un blog français, vous êtes américains, quel est votre regard sur le cinéma d’horreur actuel français ?  

A : J’aimerais pouvoir me prononcer si j’en avais une meilleure connaissance. Mais malheureusement tout ce que je connais c’est le cinéma de genre français très populaire, donc mon opinion est sûrement un peu biaisée par la comparaison. J’ai vu Enter the Void récemment, qui n’est pas vraiment un film d’horreur, mais c’est clairement l’un des films les plus singuliers et innovants que j’aie vus. Ca bosse de l’autre côté de l’Atlantique ! 

J : J’ai pas mal d’estime pour Frontière(s) de Xavier Gens, et sa participation dans ABC’s of Death est la meilleure avec D for Dog Fight de Marcel Sarmiento. Et Insensibles de Juan Carlos Medina est un film MERVEILLEUX réalisé par un grand réalisateur. Je sais qu’il est d’origine espagnole mais il a vécu à Paris pendant longtemps donc disons qu’il est français.  

-    Justement, il est question dans le film de chercheurs français. Pourquoi français ?

A : (Justin, je te laisse répondre) 

J : Nous voulions faire comprendre que notre créature invisible a été détectée en dehors de cette zone de la Californie du Sud. Que c’est un monstre dont la menace est internationale, universelle. L’idée d’un parisien qui habite dans une caravane au milieu des campagnards white trash du fin fond de l’Amérique a quelque chose de fascinant. De plus, le scénario de Resolution est en partie inspiré de films d’horreur européens tels que La Maison aux fenêtres qui rient ou L’Echine du diable. Et l’une des mes scènes favorites dans Apocalypse Now Redux est celle dans la plantation française. C’est comme une sorte d’histoire bizarre et flippante de fantômes en plein milieu d’un film de guerre !  

-    On sent un intérêt pour les « histoires extraordinaires » dans votre film, aviez-vous des références littéraires en vous lançant dans l’écriture du script ?  

A : (Justin, encore à toi) 

J : Pas vraiment. Tout ce qui dans l’histoire concerne les bouquins, les diapositives, les peintures rupestres, la plaque sensible photographique et ainsi de suite, était là pour montrer que notre monstre a évolué avec la technologie des supports narratifs pendant des dizaines de milliers d’années. Quant à la bizarrerie de ces épisodes, Aaron et moi sommes morts de trouille à l’idée de faire un truc que quelqu’un a déjà fait. Le plus grand des crimes cinématographiques à notre avis c’est de ne pas être original. Donc, oui, on débarque avec des trucs bizarres. 





-    L’aspect métadiscursif est crucial dans Resolution, quels sont les films de ce genre que vous appréciez le plus ? Et au fait, pourquoi ce titre, "Résolution" ?  

A : "Résolution" a un triple sens. "Résolution" peut faire référence à la qualité de la définition d’une image, comme celle de toutes les vidéos que trouve Michael. Cela fait également référence à la force mentale que l’on a quand on est décidé à faire quelque chose, comme Michael quand il se résout à enchaîner Chris. Et enfin, la résolution de l’histoire, dans le sens de conclusion, et c’est toute la question du film. 

J : En fait je ne savais même pas ce que signifiait « méta » jusqu’à ce que je lise des critiques du film. Nous avons juste essayé d’embrouiller le spectateur et de lui foutre une bonne trouille.     

- On assiste ces temps-ci à l’émergence discrète d’une jeune génération de cinéastes portés sur le genre horrifique, tels que Ti West, Adam Wingard, Simon Barrett, etc. Avez-vous l’impression de faire partie de ce mouvement d’une manière ou d’une autre ? 

A : Absolument. Nous sommes très honorés que des gens nous mettent dans ce lot. Ce sont des artistes qui tentent enfin d’innover dans le genre. 

J : Je suis d’accord. De grands cinéastes. Cependant il faut aussi préciser que Aaron et moi n’avions rencontré aucun d’entre eux jusqu’à très récemment. C’est assez fascinant d’ailleurs comme nous avons pratiquement tous germé de notre côté, indépendamment les uns des autres, avant que le public ne trouve des similitudes dans nos travaux.  


Aaron Moorhead

-    Comment envisagez-vous de vous inscrire dans l’histoire du genre ? Ou plutôt, comptez-vous poursuivre dans le fantastique ou bien êtes-vous attirés par d’autres genres cinématographiques ?  

A : On va tout simplement faire le film qui nous semblera bon. Que cela s’avère être un film de genre ou non nous importe peu, même si je pense que Justin et moi sommes naturellement attirés vers le fantastique, et qu’il est donc plus que probable que des éléments de films de genre se glissent dans notre travail. On espère que Resolution deviendra un film culte quand il se sera mieux répandu dans le monde de la distribution. 

J : Nous ne tournerons sans doute jamais un hommage aux slashers, ou rien de ce genre, mais nous repousserons les limites de l’innovation dans l’art de raconter et dans le domaine de la technologie cinématographique aussi loin que nous le pourrons. Nous tâcherons de vous rendre curieux du sort de chaque personnage pour que l’aspect fantastique fonctionne le mieux possible.  

-    Quand on regarde votre film, on est constamment surpris par les tournures que prend le scénario. Etait-ce un désir de votre part de vous éloigner des canons du genre et de surprendre le spectateur à chaque instant, ou bien était-ce plus inconscient ?  

A : Ce n’était pas vraiment conscient ni inconscient. C’est juste notre façon de faire des films, elle nous plaît et ça fait sens pour nous. Par exemple, s’il y a un moment drôle, même s’il se trouve au milieu de ce qui s’appelle une « scène de peur », on le garde et ça fonctionne pour nous. La vie ressemble à ça. 

J : Nous voulons juste faire en sorte que les moments drôles soient drôles, les moments flippants carrément effrayants, et l’histoire efficace. Ignorer les règles des « jump scares » et compagnie, et rester intéressant par-dessus tout.  

-    Est-ce que c’était une règle de tourner le film de genre que vous aviez envie de voir en tant que spectateurs ?  

A : Oui. Nous ne voulons faire que les films que nous aimons nous-mêmes. Sinon pourquoi les faire ?   

-    La scène de dialogue dans la caravane nous a particulièrement séduits, et l’acteur qui fait face à Peter Cilella, Bill Oberst Jr., n’y est pas pour rien. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cet acteur, qui dans le film ressemble vaguement à Roger Waters des Pink Floyd ?  

A : Vous êtes les premiers à mettre le doigt là-dessus, mais c’est VRAI qu’il ressemble à Roger Waters ! Nous ne savions pas du tout qu’il était un peu une sorte d’icône du film d’horreur quand nous l’avons engagé, mais quand il est venu à l’audition en connaissant par cœur les six pages de son monologue, et quand on a réalisé qu’on avait tous les deux et par pure coïncidence un rapport lointain avec lui, le rôle lui était réservé à coup sûr. Sa gravité et son intensité sont incroyables. 


 Bill Oberst Jr.

-    Il y a une vraie alchimie entre vos deux acteurs principaux. Pourriez-vous les présenter rapidement ?  

A : On avait tourné une pub pas chère pour de la bière avec ces deux-là et une amitié fusionnelle en est ressortie. Justin a écrit le scénario en pensant à eux – ça ne pouvait être personne d’autre. Peter Cilella (Michael) est un acteur de Los Angeles qui a fait beaucoup de publicité, des courts métrages et du théâtre. Vinny Curran est un acteur de San Diego qui est peut-être le type le plus drôle et le plus gentil de la planète. 

J : Ces gars-là sont des génies. Nous avons une sacrée veine d’avoir ni plus ni moins engagé les meilleurs acteurs pour ces rôles. C’est une chance unique. Et nous les apprécions infiniment.  

-    Les dialogues du film étaient-ils très écrits ou avez-vous laissé vos comédiens improviser, notamment dans ces séquences plus apaisées du film où on les voit se remémorer quelques anecdotes ?  

A : Nous devons ça à la fois au talent d’écriture de Justin et au talent des acteurs. La majorité du scénario a été écrit plus ou moins tel qu’il est dit dans le film, et les deux bonshommes à l’écran lui ont donné vie. On y croit quand ils le disent. Mais nous avons aussi piqué pas mal de choses, pendant les répétitions et sur le plateau, à Pete et Vinny, des choses trop bonnes pour ne pas les inclure dans le film. 

J : Ouais. Le problème avec les très bons comédiens qui offrent des performances brillantes c’est qu’après personne ne vous croit quand vous dites que c’est vous qui avez écrit. Tout ce temps passé seul dans mon appartement dégueulasse, aux oubliettes…  

-    Il y a un humour très appréciable qui parcourt votre film, notamment dans les répliques du personnage incarné par l’excellent Vinny Curran. Quels sont les comiques qui vous font rire ?   

A : J’aime juste regarder mes amis qui sont drôles. J’ai cette terrible habitude de me mettre à parler comme mes amis quand je suis avec eux trop longtemps. Je préfère regarder Justin, Pete et Vinny que n’importe quel spectacle de stand-up au UCB [café-théâtres à New-York et Los Angeles, ndlr].  

-    Avez-vous des recommandations de films de genre méconnus qui valent le détour ?  

A : Avez-vous entendu parler de Kill List ? Merde, j’adore ce film ! Ben Wheatley est brillant. 

J : KILL LIST, American Mary, Citadel, The Battery… Il y en a pas mal pour être honnête. Encore une fois, nous vivons une belle époque.  

-    Quels sont vos projets pour l’avenir ?  

A : Hier nous avons finalisé la production d’un court métrage qui devrait faire partie d’un plus vaste projet, et dans quelques mois nous partons pour l’Italie tourner notre prochain film, Spring. Cette fois-ci c’est un genre de drame comique romantique d’horreur et de science-fiction. Comme Resolution, mais avec de l’amour et des vrais monstres. 

J : Nous n’arrêtons pas de travailler. On est TRÈS chanceux. 



Entretien réalisé par mails le 9 août 2013.
Merci à P-E Geoffroy pour son aide à la traduction.




Et pour les anglophones, voici la version originale de l'entretien :

- How would you introduce yourselves to the french audience ? 

A : Bonjour, je suis Aaron. Nous avons fait un film qui est tout aussi effrayant, drôle et dramatique. C'est le film parfait qui vous aidera à avoir des relations sexuelles. Aussi, je suis seul. 

J : Bonjour, je suis Justin et je voudrais être un citoyen de l'Union européenne. 
  

Justin Benson / Aaron Moorhead

- What experience did you have prior to your making movies ? 

A : I started making movies when I was about 14, went to Florida State University to study film, immediately moved out to Los Angeles and met Justin on one of my first days out here. I was a cinematographer and visual effects artist for a while, but always directed on the side as often as I could. But not nearly as often as I should have. Thank god for this movie, now all I do is direct. 

J : I grew up in San Diego, went to UCLA, and then just worked any job that paid to save money to write/direct/edit/etc. films. 

- Who are your favourite directors ? 

A : Alfonso Cuaron, George Clooney, Ben Affleck, Spielberg, Ciaran Foy, Wendig Refn. 

J : Richard Linklater, Peter Jackson, Guy Ritchie, Christopher Nolan, Chan-wook Park 

- What do you think are the reasons why Resolution is not distributed in France ? Has it been shown in other countries and if so how has it been received ? 

A : Rumor has it France will be seeing Resolution quite soon, it just takes a long time for all of the territories to receive each film and set up a distribution plan. It's shown in almost every country in Europe at a bunch of film festivals, and we're humbly surprised to find that pretty much everybody seems to really love it, despite the language/cultural differences. A huge sigh of relief for a pretty chatty horror film. 

- Your movie has been shown in a number of film festivals, especially in the US : what role do festivals play in the process of bringing light to a movie such as yours ? 

A : Actually, it's shown much more internationally than in the USA! It's no coincidence we submitted the film to European international genre film festivals, because the Melies Federation, a gigantic network of those festivals, is very prestigious and has incredible built-in audiences. Although we couldn't compete for Melies competitions (being non-European) we still ended up spending about half of last year in Europe. Not a bad life. As for the role they play, mark my words: festivals are EVERYTHING. We would have no buzz and no careers had this film just snuck out on VOD. Festival programmers and audiences, as well as the press, are absolutely essential to being able to succeed with films like ours. They're the best form of advertising, because there's no angle to it at all. It's just about trying to bring good cinema to people that like good cinema. 

- How do you direct a movie as a duet ? Do you plan on working together again or will you go different ways ? 

A : We truly consider ourselves more just co-filmmakers than co-directors. We both get our hands very dirty in every aspect of production. Whereas Justin is more of the writer, I am more the cinematographer, but one of us doesn't really exist properly without the other. We are much more than the sum of our parts as a co-directing team. Ever since Resolution's premiere at Tribeca we've worked pretty much exclusively as a team, and plan to do so for the foreseeable future. 

J : We're like a writing, directing, producing, editing, sound designing, vfx'ing multi-tentacled massive monster rising from the deep with an increasingly equally dangerous group of collaborators. Including but not limited to our producer David Lawson and our sound mixer Yahel Dooley. 

- Would you call Resolution a horror movie ? 

A : Yes. But we also don't really give much of a damn about genre definitions. What genre it fits into, honestly, is for the marketing team. Our only job is to make a good movie, and we don't think about genre while we make them. But we proudly call Resolution a horror movie, as well as a character drama, as well as a light-hearted buddy movie. 

J : Never thought about until people started asking, but it's fun being the punk outcasts of film marketing terms, so sure, call it a horror film. It is without a doubt a scary film. 




- In our review, we underlined the quality and subtlety of Resolution by comparing it to other films and in particular The Cabin in the Woods, another recent metadiscursive film de genre. What do you think of this other film ? Has Resolution been thought of as a response to Drew Goddard's movie ? 

A : We absolutely love The Cabin in the Woods. When it came out, it was a week before Resolution's premiere at Tribeca, and we realized how many comparisons that would be. Both films take roughly the same starting point, and both have a meta-aspect, but otherwise couldn't be more different. We are proud to be compared to such a fine film, although I'm sure that nobody would watch both and think that one ripped off the other. They're just very different in execution. We think they would make an incredible double feature someday. 

J : The Cabin in the Woods is one of my favorite movie going experiences of the last few years. Those guys killed it. 

- Strangely enough, your film and the new Evil Dead share the same starting point (young people stuck in an isolated cabin in order to save one of them from a drug addiction). What do you think of the current remake "wave", and in a larger sense, what do you make of the state in which lies the US genre film cinema ? There seems to be a wider and wider gap between invisible-but-worthy movies such as yours and budgeted-and-unrisky ones (remakes, reboots, prequels, etc) which often end up being mediocre at best. Do you share this appreciation ? 

A : Remakes and reboots can be good or even great (see Batman), but by and large, they are awful. We're in a very dangerous time where the people with the money are obligated to mitigate financial risk due to such a bad economy, which is completely understandable, but because everyone keeps on going back to the theaters for the franchises they love with unimaginative execution, we are never going to get out of the creative slump that we are in. I think it's up to low-budget indie filmmakers with a lot to gain and little to lose to innovate, and the audiences that want that to vote with their wallets. 

J : In general it would be really cool if investors and especially filmmakers took more risks. Seems like there's this assumption that everything must be an homage. 

- We're under the impression that the system prevents genre films authors to get known, work with larger budgets and find their place in order to bring the genre up and give it back its nobility, like John Carpenter or Dario Argento could, a few decades ago. What do you think of this ? 

A : We are still finding out. Even with the success of Resolution, getting our second film off the ground is more than a full-time job, working at it all the time even with two of us that never sleep. I don't know how hard it was a while ago to make the jump from small genre films to large ones. I do think it is probably easier to make films nowadays, honestly, because there are more people making films than ever with the advent of affordable production and postproduction technology. And genre films are always appreciated in the box office. We've recently seen some incredible successes in low budget horror with The Conjuring, The Purge, and You're Next, so I think it's not really true that the system is out to get us. 

J : Genre filmmaking is better than it has ever been. There are filmmakers working now who are capable of progressing even further what guys like Argento and Carpenter did. And when you look at the box office recently with the movies Aaron said, this is a VERY exciting time. There is some really cool, fresh, thrilling shit coming very soon. 

- We're french bloggers, you're american : do you have an opinion on french horror cinema, as it is today? 

A : I wish I could weigh in if I had more of a scope of it. But unfortunately all I know is the very popular French genre cinema, so my opinion is probably a bit misguided by comparison. I saw Enter the Void recently, which isn't exactly horror, but it was definitely one of the most unique and innovative films I've ever seen. They're doing something right across the Atlantic! 

J : Really respected Frontier(s) by Xavier Gens, and his segment in ABC's of Death was the best one next to Marcel Sarmiento's D for Dog Fight. And Juan Carlos Medina's Insensibles is a WONDERFUL film by a great director. We know he's originally Spanish but he's been in living in Paris for a very long time so let's call him French. 

- French scientists are mentioned in your film : why french ? 

A : (Justin, answer this one) 

J : We wanted to reveal that our unseen antagonist has been detected outside this one area in Southern California. That it is a monster with a international, universal threat. The idea of a Parisian living in a trailer in the white trash boonies of America is fascinating. Also, the Resolution script is slightly inspired by European horror such as The House with the Laughing Windows and The Devil's Backbone. And one of my favorite scenes in Apocalypse Now Redux is the French plantation seen. It's like this odd, creepy ghost story in the middle of a war movie. 
 
- There seems to be an interest for weird fictions in your film. Did you have any literary references when you started writing the script ? 

A : (Justin, you again) 

J : Not really. All of the story stuff from the books, to the slides, to the cave paintings, to the wet plate photography, and so forth, was just to show that our monster has been evolving with the technology of storytelling mediums for tens of thousands of years. As for how weird those fictions are, Aaron and I are deathly afraid of doing something someone has already done. The biggest filmmaking crime to us is failing to be unique. So, yeah, we come up with some weird shit.

- Resolution is crucially centered on metadiscourse : what metadiscursive films do you like the most ? By the way, why did you choose "Resolution" as the title ? 

A : Resolution is a triple entendre. Resolution can refer to the quality or definition of an image, like all of the footage that Michael finds. It also means the mental strength you have when you decide to do something, like what Michael has when he resolves to chain up Chris. Thirdly, the resolution of the story is another word for its ending, which is what the movie is all about. 

J : I actually didn't know what "Meta" was until I started reading the reviews. We were just trying to mind-fuck people and really scare them. 

- These days, a young generation of american filmmakers digging the horror genre has discreetly emerged. People like Ti West, Adam Wingard, Simon Barrett, etc. Do you feel like you belong to this movement ? 

A : Absolutely. We are honored when people consider us among them. They are artists that are finally making an attempt to innovate in genre. 

J : Second that. Great filmmakers. It should also be noted though, Aaron and I didn't meet any of those dudes until very recently. It's pretty fascinating though how we all for the most part sprouted up independently and then audiences found similarities in the work. 

- How do you envision your contribution to the history of genre ? Do you plan on keeping on with fantastic aspects or do you feel attracted by other cinematographic genres ? 

A : We'll just make any movie that we think is good. Whether or not it ends up being a genre film is unimportant, although I think Justin and I both are inherently attracted to things that are fantastic, so more than likely we will always have some genre element weaved into what we're making. We are hoping that Resolution becomes a cult hit after it sinks into the distribution world a little more. 

J : We'll probably never make an homage to slasher movies or anything like that, but we will push the boundaries of innovation in storytelling and film technology as far as we possibly can. We'll make you care about every character so the fantastic aspects work that much better. 

- When watching your movie, one feels constantly surprised by the turns of the story. Was it intentional on your part to move away from standards and confuse the spectator, or was it an unconscious process ? 

A : It wasn't exactly conscious or unconscious. We just kind of have a way that we like to make movies, and it makes sense to us. For example, if a moment is funny even if it's in the middle of what is typically called a "scary" scene, we just do it and it works for us. Life's like that. 

J : We just want to make the funny parts funny, the scary parts actually frightening, and the drama effective. Ignore rules about having jump scares or whatever and remain interesting above all else. 

- Did you make it a rule to film what you wanted to watch ? 

A : Yes. We only want to make movies that we like ourselves. Otherwise, why do it? 

- We particularly enjoyed the dialogue scene in the trailer which relies on Bill Oberst Jr. Can you tell us a few words about this actor ? We think he looks a bit like Roger Waters, from the Pink Floyd. 

A : You're the first person to point that out, but he DOES look like Waters! We had no idea that he was a bit of a horror icon when we cast him, but when he came into the audition with all six pages of his monologue memorized and we realized that we each individually had a previous connection to him by coincidence, he was a shoo-in for the role. His gravitas and intensity is incredible. 

- There is a real alchemy between your two leading actors. Could you introduce them briefly ? 

A : We did a low-budget beer commercial with those two and their lived-in-friendship thing emerged from that. Justin wrote the script with them in mind -- it never was going to be anyone but them. Peter Cilella (Michael) is an actor in LA who has been doing a lot of commercials, shorts, and stage shows. Vinny Curran is an actor in San Diego who might be the funniest and nicest dude on the planet. 

J : Those guys are geniuses. We were lucky enough to get to simply cast the best actors for these rules. It's a rare opportunity and we appreciate them to no end. 

- Were the dialogues entirely (pre-)written or did the actors improvise ? Especially in these more quiet sequences where we see them remember a few anecdotes. 

A : This is a testament to both Justin's writing skill and the actors' talents. The majority of the script was written roughly as it was said, and those two guys onscreen gave it real life. You just believe them when they talk. But we also found a lot in rehearsal and on set from Pete and Vinny that was too good not to include or change. 

J : Yeah. The problem with really good actors giving brilliant performances is that then people don't believe you wrote it. All that time by myself in my crappy apartment right down the drain. 

- There's a very appreciated touch of humour all throughout the movie, especially in the lines of Vinny Curran's character. Are there any particular comics or stand-up comedians that make you laugh ? 

A : I just like watching my funny friends. I have that terrible habit of starting to talk like my friends when I'm around them for too long. Justin, Pete, and Vinny are the guys I'd rather watch than a stand-up special at UCB. 

- Would you have any recommandation of some unknown or underground genre film which we should know about ? 

A : Have you heard of Kill List ? Damn, I love me some Kill List. Ben Wheatley is brilliant. 

J : KILL LIST, American Mary, Citadel, The Battery... There' s a lot right now to be honest. Again, an exciting time. 

- What are your future plans ? 

A : Yesterday we wrapped production on a short film that should be part of a larger project, and in a couple months we head to Italy to shoot our next feature, Spring. This time it's a romance-horror-scifi-drama-comedy thing. Like Resolution, but with love and real monsters. 

J : We never stop working. We are VERY lucky.



August 9th 2013.


5 septembre 2013

You're next

Comment commencer ? C'est toujours le plus dur. La première phrase. Toujours délicat de cracher dans la soupe. Le pied droit en premier, toujours. Le pied droit dans la merde. On vous l'avoue tout net, on a envoyé un pigiste ciné voir ce truc en salle en avant-première. Il est revenu bredouille, ne jurant que par Cochon qui s'en dédit, qu'il avait vu la veille dans le cadre d'un ciné-club dont il est le seul adhérent. Il est aussi sorti de la séance avec un rhume qui a duré 15 jours, véridique. Deux jours après l'avant-première, la boîte de distribution l'a appelé pour lui demander ce qu'il en avait pensé. Ne sachant pas répondre, notre pigiste souhaite le faire aujourd'hui dans une lettre en recommandé, postée ici même. C'est comme quand on va bouffer chez quelqu'un et qu'on n'ose pas dire de vive voix que la bouffe était merdique, on règle ses comptes par courrier :

Cher Le Public Système Cinéma,

Merci. Grâce à toi je suis allé voir le "home invasion" horrifique tant attendu sur les écrans français. D'autant plus attendu qu'il date de 2011. Malheureusement, son titre, "You're next", a longtemps joué en sa défaveur. On est bien peu de choses... Je voulais d'abord te remercier avant de m'en prendre à toi comme un sagouin.

Objet : désinscription à la newsletter de Das Public Système Cinéma.

Corps du message : 
 Je, soussigné(e), m'interroge sur ce que c'est qu'un film d'horreur. J'ai passé la soirée devant une bonne scaloppina al limone à me poser cette question, assis entre deux blogueurs ciné docteurs ès cinéma, cinéphages et cinéphiles. Toujours pas de réponse. On en a conclu qu'il y avait autant d'écoles de pensée que de spectateurs de ciné. En tout cas je ne sais pas pourquoi You're Next, pourquoi ce titre ? Sachant que dès l'intro du film y'a une chanson en mode "repeat" : jamais la touche "next" n'est enfoncée. Toujours ce même morceau de pop indé bien comme il faut, comme on aime s'en imprégner. Métaphore ? Ce film est le "repeat" de tout le cinéma d'horreur-slasher/home-invasion. Il vient d'ailleurs après du lourd dans la catégorie du "home invasion", de Black Christmas à Straw Dogs en passant par Home Alone et Panic Room. Autant dire que le genre se cherche encore. Plus récemment, le fameux Doug Campbell a essayé de ruiner le genre en réalisant Home Invasion, le film éponyme (?).

Adam Wingard, le réalisateur du film, qui vient d'apprendre aujourd'hui qu'il a eu son BEPC (félicitations !), a un pur blaze, mais il faut aussi un physique, et s'il a bien des yeux de malade, ça ne suffit pas. Petite anecdote : il faisait partie d'une fine équipe de volley-ball féminine jusqu'à ce que, ayant atteint la puberté, on lui dise : "Arrête-toi !". Il est devenu cinéaste et est resté un pur usurpateur.

Nouveau paragraphe :
Mise en contexte. Qu'est-ce que You're Next ? Ce document est une vidéo. Cette vidéo est un film. Ce film est un film de cinéma. C'est un long métrage cinématographique. Plus communément appelé "film". Plus précisément un "ethumentaire", c'est-à-dire un documentaire animalier, puisqu'on y voit régulièrement un lapin et autres gallinacés. Ces animaux sont armés. Donc c'est un "éthumentaire" de fiction, puisqu'en réalité, vous l'aurez remarqué, ce sont des animaux assez paisibles. A partir de là, ce qui est montré à l'écran est faux et donc à la fois naïf et caduque. Réalisé en décembre 2010, plus ou moins dans le mid-west (Ohio), You're Next traite du survivalisme. Phénomène fort documenté par Capital sur M6, le survivalisme consiste à se préparer au pire, à ne pas laisser pisser, à pioncer dans un bunker, à mettre des clous sous les fenêtres, à s'acheter trois paquets de Weetos au lieu d'un à chaque fois qu'on va au supermarché et à trouver du charme aux boîtes de conserve. Le film nous apprend aussi que le survivalisme consiste également à apprendre à tuer des êtres humains en mexican stand-off et en loucedé, voire par erreur, ce qu'Emmanuel Chain, planqué sous ses gros sourcils, avait omis de nous apprendre.

Tous les personnages du film sont des salops, même si certains se sauvent en montrant une sensibilité artistique de par leur goût affirmé pour le land art. On les voit régulièrement bâtir des constructions artistiques éphémères réalisées pour être immortalisées sur film à partir de matériaux naturels (glaise, tripailles, sang coagulé, arbustes, sable, ongles arrachés, intestins déroulés et tapis de cheveux, bref, tout ce qui est autodégradable). "Greed" est le dernier mot du film et c'est aussi l'un des sept péchés capitaux, autre référence à Capital donc. Adam Wingard, avec une subtilité de bûcheron, exprime son mépris des riches et des arrivistes, des cons, des femmes, de la musique et des animaux. Cet homme souffre probablement d'un complexe thanato-érotique (référence à Thalassa).

Accompagné d'une bonne réputation et d'une bonne résolution d'image (1280x1024), remarqué dans différents festivals, You're next est-il la pelloche de pétoche annoncée ? On attendait mieux de la part de celui qui fait partie des rares auteurs de films d'horreur indépendants américains contemporains, aux côtés de Ti West, et qui finalement n'a strictement rien d'intéressant à dire ni à montrer. On ne sait sur quel pied danser devant ce film. En tout cas pas sur sa troisième jambe, car l'actrice principale n'amasse pas mousse. Là aussi on attendait mieux. C'est la base du slasher. En tout cas, c'est la première fois que je mets plus de temps à écrire la critique qu'à voir le film. Je vais donc m'arrêter ici cher Le Public Système Cinéma. Une fois de plus je te le dis : j'étais invité à cette avant-première, je n'ai pas aimé le film, j'ai profité quand même, j'ai pris froid mais je ne t'en veux pas. Sans rancune. C'est simplement la dernière fois que je home-envahis les cinémas dans lesquels tu m'invites. J'ai 89 ans et j'ai vraiment plus l'âge pour ces conneries.

Cordialement,
Veuillez agréer, Monsieur Le Public Système Cinéma, mes plus sincères.

René(e) "la canne" Durand

2 pièces jointes :

Le premier wallpaper Adam Wingard au monde. Ne nous remerciez pas. "Rotation à gauche" conseillée (en mode "mosaïque").

 Sharni Vinson fait du land art. Si vous ne pensez pas à mille films en regardant cette image, vous êtes un nouveau-né. Bienvenue sur le blog !

Voici donc la lettre de notre pigiste. Mea culpa auprès de Le Public Système Cinoche, on aurait peut-être dû envoyer un homme (invasion) plus jeune.


You're Next d'Adam Wingard avec Sharni Vinson, Nicholas Tucci, AJ Bowen (2013)