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27 mai 2023

Something in the Dirt

J'aime beaucoup Justin Benson et Aaron Moorhead mais je dois reconnaître que j'ai eu un peu de mal à les suivre dans leur dernier délire. Something in the Dirt est leur cinquième long métrage réalisé en duo et, contrairement aux précédents, il ne marque guère, hélas, une évolution positive en termes d'ambition et de maîtrise. Une première déception, pour moi, dans leur sympathique filmographie. En raison de son côté un peu brouillon et de l'économie de moyens très palpable pour une fois, on sent un peu trop que ce film-là a été imaginé en plein confinement. Il aurait même pu être réalisé pendant, puisque nous sommes quasi coincés entre les quatre murs d'un appartement du début à la fin, mais je ne me suis pas intéressé d'assez près aux conditions de sa fabrication pour vous l'affirmer. On y suit donc principalement deux zigotos, incarnés par Benson et Moorhead, qui sont témoins de phénomènes paranormaux dans leur appartement, se donnent pour objectif de les documenter du mieux possible en les filmant rigoureusement et cherchent, dans le même temps, des explications. Ces phénomènes se caractérisent surtout par un drôle de cendrier en verre à la forme bien particulière qui entre en lévitation alors qu'il était posé sur le rebord de la fenêtre : un effet simple, accompagné de jeu de lumières séduisants, qui aurait pu avoir quelque chose de fascinant mais qui est trop redondant pour réellement captiver. Il y a aussi cette forme géométrique que notre duo aux aguets retrouve partout en ville et s'exprime aussi également dans leur logement. 




Bref, il se passe des trucs pas nets et de plus en plus dingos chez Benson & Moorhead, mais force est de reconnaître que ça a l'air de bien plus les impressionner eux que nous autres spectateurs devant leur petit film, qui n'a rien de très vilain ni de honteux, loin de là, mais qui a échoué à me choper, une fois n'est pas coutume. Leurs œuvres ont jusqu'à présent toujours été fragiles, inégales, mais pleines de charme, d'audace et portées par la singulière personnalité de leur couple, au four et au moulin. Cette fois-ci, les failles d'un scénario trop peu engageant et l'aspect également confus de la forme, qui pioche vers le faux documentaire sans réelle conviction, ne permettent pas d'apprécier le reste et de remporter la mise. Something in the Dirt apparaît progressivement comme un catalogue sagement illustré de ces théories conspirationnistes qui pullulent sur le net, une énumération qui ne parvient que trop rarement à nous intriguer. En outre, le duo fait moins qu'à l'accoutumée l'éloge de l'amitié puisqu'ils nous mettent ici en présence de deux types régulièrement méfiants l'un de l'autre, moins aimable que d'habitude, et dont la relation ne prend pas le chemin escompté. On aime encore leur côté têtes brûlées du ciné indé de genre américain, leur ferme croyance dans le genre, toujours abordé avec quelques bouts de ficelles et la fleur au fusil, mais la forme manque trop de cohérence, aboutissant à un drôle de gloubi-boulga difficile à suivre qui m'a effectivement paumé en cours de route. Dommage donc. J'espère qu'ils se rattraperont sur leur prochain projet. Je me sens presque un peu désolé d'avoir été moins emballé par le dernier bébé de ce duo attachant que l'on suit ici depuis ses débuts...


Something in the Dirt de Justin Benson & Aaron Moorhead avec Aaron Moorhead & Justin Benson (2022)

2 mars 2021

Synchronic

C'est chouette aussi, les choses qui ne changent pas, qui restent les mêmes, qui n'évoluent pas beaucoup. Justin Benson et Aaron Moorhead font partie de ces choses-là. Il m'est toujours plaisant de lancer un de leurs nouveaux films car il existe, malgré tout, au fond de moi, une légère crainte que le duo ne finisse par dévier de sa trajectoire singulière et se planter. Une crainte systématiquement balayée tant leurs films, variations malines autour des mêmes thèmes, se ressemblent et portent leur patte, désormais familière et très vite identifiable. Il y a en effet quelque chose de terriblement rassurant, de réconfortant, dans les choses qui durent. Le temps a beau passer, rien n'y fait. Depuis leur premier long métrage, Resolution, en 2012, Justin Benson et Aaron Moorhead continuent leur petit bonhomme de chemin et il est à chaque fois agréable de les retrouver. Dans ce drôle de croisement entre l'Altered States de Ken Russell, pour les bad trips imprévisibles au psychédélisme tribal, et le Bringing Out the Dead de Martin Scorsese, pour l'enchaînement de déboires paramédicaux au cœur de la nuit et de la ville, ils nous proposent cette fois-ci de suivre les mésaventures de deux meilleurs amis, Steve (Anthony Mackie) et Dennis (Jamie Dornan), qui travaillent en binôme en tant qu'ambulanciers, à la Nouvelle-Orléans. Les deux hommes comprennent progressivement qu'une nouvelle drogue de synthèse, la Synchronic, est à l'origine de toutes les scènes horribles qu'ils découvrent chaque nuit durant leur service. Les soucis prennent une tournure plus personnels quand la fille de Dennis est portée disparue après avoir pris un pilule de la fameuse came. Se sachant de toute façon condamné par une tumeur au cerveau, Steve se lance à la recherche de la gamine, devant pour cela expérimenter la drogue sur lui-même...



 
Dès l'intrigante et accrocheuse scène d'introduction, où des effets spéciaux numériques plutôt réussis laissent libre cours à l'imagination galopante du duo, nous sommes à la fois surpris et en terrain connu. Pas de doute possible : Benson & Moorhead sont toujours aussi perchés, c'est à croire qu'ils ont eux-mêmes écrit leur script sous influence. Leur nouveau film est pêchu, osé, animé d'une vive énergie créatrice et émaillé d'un humour décalé, ironique, qui contraste avec le sérieux plombant de plus grosses productions. Toujours aussi généreux et ambitieux, les deux réalisateurs font preuve d'une belle audace visuelle, flirtant parfois avec le kitsch mais ne tombant strictement jamais dedans. Sont ainsi invités aux festivités pêle-mêle : mammouth de l'âge de glace, conquistador en armure, homme de Néandertal en peau de bête, rednecks mal lunés, crotales et alligators ancestraux, etc, mais jamais cela ne dérape vers le grand n'importe quoi que pouvait nous laisser légitimement craindre le pitch et la bande-annonce. En outre, les deux compères peuvent de nouveau compter sur l'ambiance sonore peaufinée par le désormais fidèle au poste Jimmy LaValle dont la musique, parfois un peu trop emphatique, enveloppe régulièrement le film d'une aura ténébreuse.



 
Benson & Moorhead semblent avoir gagné en assurance : leur mise en scène est plus ample, plus fluide. A ce titre, ce moment, tourné en plan-séquence, où les deux ambulanciers découvrent, dans une résidence craignos de la capitale de Louisiane, le premier carnage dû à la drogue, fait montre d'une virtuosité inédite. La caméra accompagne les personnages sur les lieux, navigue avec légèreté entre eux, sans effet outrancier, sans la volonté d'en mettre plein la vue, mais au seul service de l'efficacité du récit et au profit d'une entrée en matière immersive. Tout le long, le film est ponctué de petites idées formelles franchement plaisantes et parfois surprenantes, à l'image de ce montage syncopé et de ces visions oniriques quasi subliminales qui nous placent, en douceur, dans la tête du héros malade et drogué. On retrouve bien cette envie de style, flagrante mais sans esbroufe, à laquelle les deux partenaires nous ont habitués depuis leurs débuts et qui rend la découverte de leurs œuvres successives si agréable. 
 
 
 
 
Mais si les deux auteurs sont toujours portés par des intentions louables et attestent encore des mêmes qualités, ils ont aussi les mêmes travers. Ils progressent, certes, mais trop peu, ou en tout cas pas assez. Bien qu'il soit très séduisant sur de nombreux points, Synchronic ne sera pas encore le film qui leur permettra de conquérir une audience plus vaste, ni de s'affirmer davantage comme des cinéastes incontournables pour le genre. C'est évident : leur flatteuse réputation, bien que grandissante, ne dépassera pas encore le cercle des amateurs aux aguets. Leur scénario aguicheur fourmille d'idées et joue avec bien plus d'intelligence et d'humanité que d'autres la carte du paradoxe temporel, mais il reste fragile et recèle quelques grosses facilités (je pense tout particulièrement à cette fumeuse histoire de tumeur cérébrale qui préserverait la glande pinéale du héros, lui permettant de profiter à fond de la drogue...). Des ficelles voyantes qui ne pardonneront pas auprès de spectateurs qui seront moins charmés par le reste, moins acquis à leur cause, moins sensibles à leur voix singulière. 
 
 
 
 
Le duo aurait peut-être gagné à moins expliciter les effets de leur drogue, quand bien même toute la partie consacrée aux expérimentations menées par Steve est sans doute la plus grisante du film. Et s'ils auraient dû s'éloigner davantage de ce gloubiboulga pseudo scientifique contre-productif et trop maladroitement amené, on aurait presque aimé qu'ils poussent le concept de leur came spatiotemporelle encore plus loin, qu'ils s'en servent pour autre chose qu'un simple secours d'adolescente rebelle. C'est cependant oublier que Benson & Moorhead se consacrent de nouveau et avant tout à dépeindre une amitié, celle de deux hommes proches de la quarantaine que bien des choses opposent, mais qui ont un tel vécu en commun qu'ils semblent à jamais liés par une solidarité inaltérable, un besoin vital d'aborder les épreuves de la vie ensemble. Un double portrait plutôt touchant, servi par deux acteurs solides, en particulier le charismatique Anthony Mackie, qui vient s'ajouter et compléter leurs précédents opus où l'on s'intéressait systématiquement à des paires : couple, frères ou amis. En toute logique, le film s'ouvre et se clôt sur un plan fixe, à la mise au point contrariée : une poignée de mains, amoureuse puis amicale.


 
 
Sous ses allures engageantes de stoner movie mâtiné de voyages temporels, Synchronic est donc, d'abord et encore, une histoire d'amitié. Et mis à part quelques dialogues un poil naïfs (ou trop lourdingues, je pense ici à cette inévitable leçon de vie finale du malade incurable qui vient un peu gâcher la conclusion...), c'est bel et bien dans ces moments de camaraderie, faisant place large aux échanges introspectifs entre vieux trentenaires en plein doute, que Benson & Moorhead se montrent étonnamment à l'aise et justes. C'est aussi l'occasion de quelques répliques bien senties, qui viennent désamorcer de façon salutaire la gravité de certaines situations. Il y a là une sincérité indéniable, quelque chose de forcément personnel, d'authentique, qui rend assez attachant ces deux bougres dans le pétrin, dont la fraternité, voire l'interdépendance, fait écho à celle de leurs inséparables auteurs. En fin de compte, l'antagoniste, qui menace ces deux amis, est le temps, ou plutôt le passé, un passé où il est d'autant plus périlleux de s'aventurer quand on n'a pas la peau blanche, en particulier dans un état du Sud...


 
 
En raison de ses faiblesses indéniables (mais aisément pardonnables), Synchronic n'est pas la réussite franche et totale espérée. Celle-ci se fait encore attendre... Et je dois avouer que j'envisage l'avenir de notre duo éternellement prometteur avec un peu moins de sérénité depuis que j'ai appris qu'ils ont signé pour mettre en boîte une série Marvel, Moon Knight, programmée pour Disney+. Mais j'essaie de me rassurer, en me disant que ce n'est pas comme si ces deux-là n'avaient pas déjà pu prouver toute leur intelligence et démontrer l'intégrité de leur démarche artistique. Je compte donc sur eux pour qu'ils se servent de cette expérience future à des fins plus personnelles et originales. Car en l'état, Justin Benson et Aaron Moorhead ont tout de même su prolonger avec Synchronic une filmographie dont l'ensemble est supérieur à la somme de ses parties et demeurent en bonne place parmi les réalisateurs les plus originaux et doués ayant émergé ces dernières années dans le paysage, en réalité pas si morose, du cinéma fantastique.
 
 
Synchronic de Justin Benson & Aaron Moorhead avec Anthony Mackie et Jamie Dornan (2020)

8 mars 2020

The Endless

Fervent supporter du duo Benson & Moorhead depuis leur tout premier film, Resolution, me voici un petit peu gêné par The Endless. Les deux compères continuent de creuser leur sillon dans le cinéma de genre, persévérant dans une voie personnelle, originale, indépendante, plutôt que de céder à la facilité et aux appels des grands studios. The Endless est leur troisième long métrage et celui qui, à ce jour, a bénéficié de la meilleure visibilité et des critiques les plus positives — en attendant le prochain, Synchronic, dont le pitch a l'air alléchant et qui s'est déjà fait remarquer aux différents festivals où il est passé. Cette reconnaissance, à laquelle nous avons essayé de participer à notre très modeste hauteur et qui se limite encore toutefois aux cercles des initiés, est pleinement méritée. Oui mais voilà, pour moi, The Endless est peut-être leur film le plus faible, et ce n'est pas faute de lui avoir laissé sa chance, en bon blogueur ciné consciencieux et méthodique.




Après avoir réalisé une première œuvre déroutante difficile à cerner (Resolution) puis mis en scène une histoire d'amour fantastique contrariée assez touchante (Spring), le troisième film du duo s'inscrit plus trivialement dans l'horreur sectaire. Cela constitue déjà un choix moins audacieux, puisqu'on ne compte plus les films récents que l'on peut également ranger dans cette catégorie (de Kill List à Midsommar en passant par The Ritual ou The Sacrament et tant d'autres), tradition bien établie du cinéma de genre et toujours en pleine effervescence. Alors pourquoi pas, encore faut-il réussir à se démarquer de la masse et proposer quelque chose de neuf. L'approche très humaine et sincère de Justin Benson et Aaron Moorhead joue en leur faveur. Dès les premières minutes, on les sent soucieux de leurs personnages, attentif à décrire le lien spécial qui les unit. Après s'être intéressé à deux amis (Resolution) puis deux amants (Spring), notre duo dépeint cette fois-ci la relation de deux frères, qu'ils incarnent eux-mêmes, ce qui ne manque pas de donner une résonance particulière et intéressante à leur relation. Justin Benson incarne l'aîné, protecteur, serein, plus prudent et méfiant vis-à-vis de la secte, tandis qu'Aaron Moorhead joue le cadet, plus naïf, moins costaud, aussi bien physiquement que psychologiquement. Ce dernier est déprimé par le marasme de leur vie quotidienne et donc désireux de retourner dans la communauté qu'ils ont quittée, dont ils reçoivent un beau jour une mystérieuse VHS annonçant le "jour de l'ascension"...




Il y a du sens à ce que Justin Benson et Aaron Moorhead incarnent les premiers rôles, ces deux frères soudés et isolés, qu'ils arrivent facilement à faire exister. Nous croyons ainsi encore plus immédiatement à leur fraternité, et à leur côté marginal. Hélas, force est de reconnaître que nos deux compères sont plus doués à l'écriture et avec une caméra que devant l'objectif... en particulier Justin Benson. Il est peut-être beau gosse, bien bâti, mais question acting, c'est pas encore tout à fait ça : son jeu paraît assez limité, il tire souvent la même tronche pour exprimer la perplexité, le doute, c'est presque risible et cela dessert le film. Premier gros problème, que je vous avoue avoir presque du mal à exprimer tant j'éprouve de la sympathie pour le duo, bref. Nous suivons donc ces deux frangins dans leur retour à la secte qu'ils ont fuit, dans un coin de Californie écrasé par le soleil mais plutôt charmant, où tout le monde s'avère très accueillant, oubliant le passé et ne jugeant aucun des deux zigotos pour avoir fait une très mauvaise pub de leur communauté dans les médias. Sous cette couche de normalité et derrière ces sourires bienveillants, se cachent évidemment une bizarrerie discrète et naît une inquiétude sourde qui se manifeste notamment lors des drôles de jeux nocturnes auxquels sont invités à participer les deux frères. C'est là que l'inventivité du duo fait de nouveau plaisir à voir et se rappelle à notre bon souvenir. Il suffit d'une corde, tendue vers le ciel, qui disparaît dans la nuit, sur laquelle on essaie de tirer tant bien que mal, ne sachant pas ce qu'il y a au bout, hors champ, pour créer une situation purement fantastique et pour qu'une peur lancinante s'installe. C'est une idée visuelle aussi simple qu'excellente, qui nous offre l'une des meilleures scènes du film.




Il y a là encore quelque chose de très lovecraftien dans le scénario imaginé par Justin Benson, et ce n'est jamais pour me déplaire, avec cette idée d'une entité supérieure, qui nous dépasse et que l'on ne peut pas tout à fait comprendre, et ce culte que lui vouent quelques sympathiques illuminés. L'écrivain est même directement cité dans l'un des dialogues, pour une filiation encore plus évidente et assumée que dans leurs deux précédents longs métrages. Malheureusement, malgré une toile de fond qui donne envie de s'enthousiasmer, d'accrocher, d'y croire, les enjeux du scénario apparaissent bien maigres et redondants. Le film ne prend pas comme il devrait, s'essouffle, perd régulièrement en intérêt, on a du mal à s'y passionner. Les tergiversations du duo (l'un veut partir, l'autre rester), assez platement filmées, finissent par lasser un peu, on peine à s'y intéresser vraiment. C'est frustrant tant, par ailleurs, le film réserve bel et bien quelques chouettes moments, agréablement perturbants, souvent marqués par une brillante utilisation du hors champ et d'excellentes idées visuelles toujours placées sous le sceau de la simplicité, de l'évidence, de la bricole, avec, à la clé, deux trois scènes aussi bonnes que celle du jeu nocturne brièvement évoquée plus haut.




Mais malgré ces qualités indéniables, The Endless est donc un peu laborieux, trop long, le rythme est problématique, tout cela tarde bien trop à décoller et l'idée centrale du scénario, avec ces boucles temporelles délimitées dans des zones géographiques adjacentes plus ou moins grandes (en plus de Lovecraft, les deux acolytes ne seraient-ils pas aussi des lecteurs assidus de Christopher Priest ?), apparaît insuffisamment exploitée. En outre, si le film garde une bonne tenue malgré une photographie parfois douteuse, bizarrement étalonnée en post-prod, le bât blesse lorsqu'Aaron Moorhead et Justin Benson délaissent la simplicité et ont recours à de vilains CGI qui tachent. Je pense par exemple à ces flammes numériques hideuses et, surtout, à ce filtre chelou qui vient gâcher le climax, pourtant plaisant en soi puisqu'il s'agit tout simplement d'une déclaration fraternelle entre les deux personnages, qui retrouvent leur solidarité et reviennent à l'essentiel en plein chaos. 




Benson & Moorhead persévèrent ainsi dans leur univers bien à eux, qu'ils enrichissent plus ou moins habilement, ressassant les mêmes thèmes, et The Endless se révèle en fin de compte être une suite de Resolution. C'est d'ailleurs cette révélation qui survient à point nommé et qui donne un nouveau souffle (enfin !) au film, bien qu'elle ne soit pas mise en scène comme un twist mais comme une continuité, une jonction tout à fait naturelle, ce qui est encore un choix malin et judicieux. Cependant, on aurait peut-être souhaité qu'ils apportent plus de réponses, donnent moins l'impression d'entasser mécaniquement les couches de mystère, car cela finit par nous perdre un peu. Il n'y a somme toute rien de véritablement honteux là-dedans, loin de là, et The Endless demeure un film de genre bien au-dessus de la moyenne, où l'on retrouve l'intelligence et l'ingéniosité qui caractérise le cinéma du duo depuis ses débuts. Mais nous sommes désormais en droit d'attendre mieux de Benson & Moorhead et j'espère que leur prochain film sera plus consistant, à la hauteur de leur talent, qu'il leur permettra de franchir un palier et confirmera pour de bon les espoirs placés en eux. 


The Endless de et avec Aaron Moorhead et Justin Benson (2018)

31 octobre 2015

Spring

On avait drôlement envie de s'enthousiasmer sans réserve et de défendre encore avec ardeur le deuxième long métrage de Justin Benson et Aaron Moorhead, ce jeune duo dont nous avions déjà si vivement salué les remarquables débuts. Hélas, force est de reconnaître que, si l'on y retrouve bien des qualités qui en font un nouveau film de genre tout à fait recommandable et au-dessus du lot, Spring n'est pas tout à fait à la hauteur de Resolution. Nous suivons cette fois-ci Evan, un jeune homme qui fuit la Californie après y avoir perdu sa mère, seule famille qu'il lui restait, et, accessoirement, son job, pour atterrir en Italie. Là-bas, il fera la rencontre d'une étrange mais charmante fille dont il tombera rapidement amoureux, découvrant peu à peu son monstrueux secret...




Encore une fois, un scénario au premier abord très simple offre la possibilité aux deux américains de mêler les genres et de jouer avec les attentes du public. On ressent cette même volonté de surprendre et de désorienter l'audience qui semblait dicter continuellement l'étonnante progression de Resolution, même si c'est cette fois-ci un peu moins déroutant. Spring se présente comme une romance, faite de longues scènes de dialogues intimes entre les deux personnages, progressivement parasitée par des éléments horrifiques de plus en plus envahissants, eux-mêmes situés dans un décor inhabituel pour notre héros comme pour nous-mêmes. La ville italienne fantasmée par nos deux américains est réellement filmée comme s'il s'agissait d'une nouvelle planète. Benson et Moorhead réussissent assez bien à y faire naître un sentiment d'étrangeté, légèrement angoissant, par de simples inserts répétés sur des insectes et autres végétaux qui grouillent sur les murs et sous les pavés. Par des moyens très simples, Spring développe une ambiance assez originale et captivante.




En outre, le duo ose et ose encore, quitte à proposer des effets parfois limite, à commencer par cette première rencontre dans les rues italiennes, au ralenti et accompagnée par la musique de Jimmy Lavalle (plus connu sous le nom de The Album Leaf). Ça passe ou ça casse, ici ça passe tout juste. Une fois n'est pas coutume, les effets spéciaux numériques, lors des transformations horrifiques, sont globalement réussis. Ces mutations morbides et incontrôlables tendent tour à tour vers le zombie, le loup-garou, le vampire ou, moins banal, la créature lovecraftienne, innommable et tentaculaire, Benson et Moorhead s'attachant, là encore, à faire en sorte que le spectateur ne puisse jurer de rien. Aussi, certaines scènes parviennent à instaurer une tension sourde de façon très originale et inattendue, ce qui était déjà l'un des atouts de leur premier film. Je pense par exemple à ce moment dans l'église où la jeune femme, se transformant sans qu'elle en ait conscience, menace malgré elle son compagnon d'un tentacule épineux que nous voyons se tendre en direction de son cou dans le fond de l'image. Notre binôme a également ce petit souci du détail qui fait souvent tout le sel de l'horreur au cinéma, comme ce dernier plan sur un tentacule encore gesticulant suite à une mutation avortée.




Chose aujourd'hui rare et d'autant plus agréable, Moorhead et Benson prennent vraiment leur temps pour installer leur personnage principal. Ils ont bien conscience qu'il est indispensable que nous l'apprécions pour que leur film ait une chance de fonctionner. Ils ont toujours le même talent pour dépeindre des jeunes protagonistes auxquels nous avons aucun mal à croire et à nous attacher. Ils sont toujours doués de la même acuité dans le choix et la direction de leurs acteurs. Lou Taylor Pucci dégage une douceur agréable, une vulnérabilité attachante et une belle sincérité. Nadia Hilker, sa compagne à l'écran, s'en tire plutôt bien dans un rôle vraiment pas évident, elle apparaît d'abord comme une beauté tapageuse avant de dégager un charme plus subtile. Notons qu'au début du film, nous recroisons avec bonheur la grosse tronche barbue de Jeremy Gardner, l'acteur-réalisateur qui nous a récemment offert The Battery, autre perle récente de l'horreur indé US.




Sur le thème archi rebattu de l'amour impossible, Spring fait preuve d'un romantisme naïf ma foi plutôt rafraîchissant et plaisant. En voyant ce jeune couple débattre des habitudes féminines ou masculines, se livrer l'un à l'autre, et exprimer la complexité des sentiments tout en déambulant dans les rues d'une métropole européenne, il est vrai qu'on ne peut s'empêcher de penser à la trilogie amoureuse de Richard Linklater. Ces dialogues sont pour la plupart réussis, ils semblent naturels, crédibles et spontanés. Malheureusement, il leur arrive aussi de tomber dans une certaine lourdeur et, une fois le film terminé, on pourrait d'ailleurs s'interroger sur l'image qui est ici donnée des femmes à travers ce portrait d'un personnage monstrueux, condamné à enfanter pour espérer mener une existence normale... Plaçons ceci sur le compte d'une simple maladresse juvénile et préférons retenir le beau personnage d'amoureux total que Benson et Moorhead mettent ici en scène. L'essentiel est que la conclusion, que l'on sent bien venir, atteint son but, tout simplement car nous sommes attachés à notre jeune amoureux et qu'il s'en dégage une réelle sincérité.




Avant cela, nous pouvons clairement regretter que le film de Benson et Moorhead nous perde dans son dernier acte, quand le scénario se risque à une explication scientifique de la situation de la jeune fille, par des dialogues difficiles à suivre, assez mal écrits et sans grand intérêt. Cela donne un peu l'impression que Justin Benson, scénariste attitré, a trouvé son inspiration dans un article de vulgarisation accrocheur déniché au hasard de ses errements sur la toile, et que celui-ci lui est monté à la tête. Cette histoire de cellules souches à remplacer tous les 20 ans est à dormir debout. Il aurait franchement été plus judicieux de ne pas dévoiler le pourquoi du comment et de nous laisser avec cette créature bâtarde sans grande explication... C'est dommage car cela nous sort un peu du film et nous empêche de nous sentir pleinement concernés par son dénouement. Si Spring s'avère donc moins maitrisé et laisse comme un goût d'inachevé, il confirme néanmoins les belles intentions et le talent évident d'un duo de cinéastes ambitieux et amoureux du fantastique dont nous continuerons à suivre la carrière de très près.


Spring de Justin Benson et Aaron Moorhead avec Lou Taylor Pucci, Nadia Hilker et Jeremy Gardner (2015)

17 septembre 2013

Entretien avec Justin Benson et Aaron Moorhead



Ayant particulièrement apprécié Resolution (accédez à la critique en cliquant sur le lien), film fantastique original et bien pensé signé Justin Benson et Aaron Moorhead, nous avons proposé à ces jeunes cinéastes américains de nous accorder un entretien. Nos hôtes se sont pliés à l'exercice avec un tel enthousiasme et une telle générosité que nous sommes ravis d'inaugurer une nouvelle rubrique du blog consacrée aux interviews par celle de ce joyeux et ambitieux duo d'auteurs de films de genre plein de promesses. Mais laissons-leur plutôt la parole :


-    Que diriez-vous pour vous présenter au public français ?  

A : [en français] Bonjour, je suis Aaron. Nous avons fait un film qui est tout aussi effrayant, drôle et dramatique. C'est le film parfait qui vous aidera à avoir des relations sexuelles. Aussi, je suis seul.

J : [en français]  Bonjour, je suis Justin et je voudrais être un citoyen de l'Union européenne. 
  

Justin Benson / Aaron Moorhead

-    Quel a été votre parcours avant la réalisation de ce film ?  

A : J’ai commencé à faire des films quand j’avais environ 14 ans. Je suis allé à la Florida State University pour étudier le cinéma, puis j’ai immédiatement déménagé à Los Angeles où j’ai rencontré Justin après seulement quelques jours. J’ai été chef opérateur et créateur d’effets spéciaux pendant un moment, mais je continuais à réaliser à côté de ça, aussi souvent que possible. Pas aussi souvent que j’aurais dû ceci dit. Dieu merci pour ce film, maintenant je ne suis plus que réalisateur. 

J : J’ai grandi à San Diego, je suis allé à UCLA, puis j’ai fait tout un tas de petits boulots qui payaient pour mettre de l’argent de côté afin d’écrire/réaliser/monter/etc.  

-    Quels sont vos modèles, vos réalisateurs favoris ?  

A : Alfonso Cuaron, George Clooney, Ben Affleck, Steven Spielberg, Ciaran Foy, Nicolas Winding Refn. 

J : Richard Linklater, Peter Jackson, Guy Ritchie, Christopher Nolan, Park Chan-Wook.  

-    Le film n'est pas distribué dans les salles en France. Comment l'expliquez-vous ? Qu'en est-il dans les autres pays ? Comment est-il reçu ?  

A : D’après la rumeur la France devrait voir Resolution bientôt, c’est juste très long pour que tous les pays reçoivent le film et montent un plan de distribution. Resolution est montré dans presque tous les pays d’Europe, dans tout un tas de festivals de cinéma, et nous sommes humblement surpris de découvrir que pratiquement tout le monde semble vraiment l’apprécier, malgré les différences de langue et de culture. C’est un immense soulagement pour un film d’horreur plutôt bavard.  

-    Votre film a fait le tour des festivals, notamment américains, quel rôle les festivals jouent-ils dans la mise en lumière d’un film tel que le vôtre ?  

A : En fait, le film est beaucoup plus montré à l’international qu’aux USA ! C’est pas un hasard si on a proposé le film aux festivals européens de cinéma de genre international : la Fondation Melies, réseau gigantesque qui regroupe tous ces festivals, est très prestigieuse et touche énormément de publics. On n’a pas pu concourir pour la Fondation Melies (n’étant pas européens), mais on a finalement passé près de la moitié de l’année dernière en Europe. C’est la belle vie ! Quant au rôle que jouent les festivals, notez bien ça : les festivals sont TOUT. Nous n’aurions aucun buzz et pas de carrière si ce film n’était sorti qu’en VOD. Les programmateurs des festivals et le public, autant que la presse, sont absolument essentiels pour que des films comme le notre aient une chance de rencontrer le succès. C’est la meilleure forme de publicité, parce que sans ça il n’y a aucun moyen de se faire connaître. Il s’agit juste d’essayer d’apporter du bon cinéma aux gens qui aiment le bon cinéma.  

-    Comment s'organise le travail de mise en scène pour un binôme ? Allez-vous continuer à travailler ainsi ou vos chemins vont-ils désormais se séparer ?  

A : On se considère à vrai dire comme co-cinéastes plutôt que comme co-réalisateurs. On se salit les mains tous les deux dans chaque aspect de la production. Justin est plutôt au stylo, je suis plutôt à la caméra, mais l’un n’existe pas vraiment sans l’autre. Nous sommes bien plus que la somme de nous deux en tant que simples co-réalisateurs. Depuis l’avant-première de Resolution à Tribeca on a travaillé presque exclusivement en équipe, et on envisage de continuer ainsi dans un futur proche. 

J : Nous sommes une sorte de gros monstre tentaculaire qui écrit/réalise/produit/monte/mixe/crée des effets spéciaux et sort des profondeurs avec une troupe de collaborateurs grandissante et tout aussi dangereuse. Y compris, entre autres, notre producteur David Lawson et notre ingénieur du son Yahel Dooley.  

-    Qualifieriez-vous Resolution de film d'horreur ?  

A : Oui. Mais d’un autre côté on se moque pas mal des définitions génériques. Le genre dans lequel le film s’inscrit, honnêtement, c’est bon pour les équipes marketing. Notre seul boulot c’est de faire un bon film, et on ne pense pas au genre en le faisant. Mais nous sommes fiers de qualifier Resolution de film d’horreur, tout comme nous le qualifions de drame psychologique, ou de buddy-movie détendu. 

J : On n’y a jamais pensé en ces termes avant que les gens ne commencent à poser la question, mais c’est marrant d’être des sortes de punks marginaux sous une étiquette marketing, donc oui, appelez ça un film d’horreur. C’est sans nul doute un film qui fait peur. 


Vinny Curran / Peter Cilella

-    Dans notre critique, nous avons souligné la qualité et la finesse de votre film en le comparant notamment à La Cabane dans les bois, autre film de genre métadiscursif récent. Que pensez-vous de ce film ? Resolution est-il d’une manière ou d’une autre pensé comme une réponse à celui de Drew Goddard ?   

A : On adore La Cabane dans les bois. Quand il est sorti – c’était une semaine avant la première de Resolution à Tribeca – on a réalisé toutes les comparaisons qui pouvaient être faites. Les deux films ont à peu près le même point de départ, et tous les deux ont un aspect « méta », mais en dehors de ça on ne peut pas faire plus différent. Nous sommes fiers d’être comparés à un film aussi cool, même si je suis certain que personne ne regarderait les deux films en pensant que l’un a pompé sur l’autre. Ils sont très différents dans l’approche. On pense qu’ils pourraient faire un formidable double-programme. 

J : La Cabane dans les bois est l’une de mes meilleures expériences de spectateur de ces dernières années. Les mecs derrière ce film assurent.  




-    Par un drôle de hasard, votre film et le nouvel Evil Dead ont le même point de départ (des jeunes gens coincés dans une cabane isolée pour sauver l’un d’entre eux d’une addiction à la drogue). Que pensez-vous de la vague de remakes actuelle et, plus largement, de l'état du cinéma de genre US ? La fracture semble de plus en plus grande entre des films invisibles mais dignes d'intérêt comme le vôtre et des films à budgets plus conséquents qui ne prennent aucun risque (remakes, reboots, prequels, etc.), avec à la clé des résultats souvent médiocres. Partagez-vous ce constat ?  

A : Les remakes et les reboots peuvent être bons et même très bons (voyez Batman), mais globalement, ils sont horribles. Nous vivons une époque dangereuse où ceux qui possèdent l’argent sont obligés de limiter les risques financiers dus aux difficultés économiques du moment – ce qui se comprend parfaitement –, mais vu que les gens continuent de retourner dans les salles pour voir les films issus des franchises qu’ils adorent et qui sont dénués de toute imagination, nous ne quitterons jamais le sillon créatif qui est le nôtre. Je pense qu’il appartient aux cinéastes indépendants sans le sou, qui ont tout à gagner et pas grand chose à perdre, d’innover, et au public qui les suit de voter pour eux avec leur porte-monnaie.  

J : D’un point de vue général ce serait vraiment cool que les investisseurs et surtout les cinéastes prennent plus de risques. Il y a cette idée qui veut que tous les films doivent obligatoirement rendre un hommage…  

-    Nous avons l’impression que le système empêche des auteurs de films de genre de se faire connaître, de travailler avec plus de moyens et de s’installer durablement afin d’élever le genre et de lui rendre ses lettres de noblesse, comme ont pu le faire John Carpenter ou Dario Argento par le passé. Qu’en pensez-vous ?  

A : Nous en faisons encore l’expérience. Même après le succès de Resolution, accoucher de notre second film est plus qu’un travail à plein temps. On y travaille en permanence et on est deux à ne pas dormir. J’ignore à quel point il était difficile il y a quelques temps de passer de petits films de genre à de plus gros. Je pense que c’est probablement plus facile de faire des films de nos jours, honnêtement, parce qu’il y a plus de réalisateurs que jamais depuis qu’on est allés vers des productions abordables et une certaine technologie facile de post-production. Et les films de genre sont toujours appréciés au box office. On a récemment observé pas mal de gros succès pour des films d’horreur à petits budgets comme The Conjuring, American Nightmare et You’re Next, donc je pense qu’il n’est pas tout à fait juste de dire que le système essaie de nous tuer.  

J : Le cinéma de genre se porte mieux que jamais. Certains cinéastes actuellement en activité sont capables d’aller même plus loin que ce que des gars comme Argento ou Carpenter ont fait. Et quand vous regardez le box office, pour des titres comme ceux cités par Aaron, nous vivons une époque FORMIDABLE. Il y a des trucs vraiment cool, rafraichissants et excitants qui vont venir d’ici peu.  

-    Nous sommes un blog français, vous êtes américains, quel est votre regard sur le cinéma d’horreur actuel français ?  

A : J’aimerais pouvoir me prononcer si j’en avais une meilleure connaissance. Mais malheureusement tout ce que je connais c’est le cinéma de genre français très populaire, donc mon opinion est sûrement un peu biaisée par la comparaison. J’ai vu Enter the Void récemment, qui n’est pas vraiment un film d’horreur, mais c’est clairement l’un des films les plus singuliers et innovants que j’aie vus. Ca bosse de l’autre côté de l’Atlantique ! 

J : J’ai pas mal d’estime pour Frontière(s) de Xavier Gens, et sa participation dans ABC’s of Death est la meilleure avec D for Dog Fight de Marcel Sarmiento. Et Insensibles de Juan Carlos Medina est un film MERVEILLEUX réalisé par un grand réalisateur. Je sais qu’il est d’origine espagnole mais il a vécu à Paris pendant longtemps donc disons qu’il est français.  

-    Justement, il est question dans le film de chercheurs français. Pourquoi français ?

A : (Justin, je te laisse répondre) 

J : Nous voulions faire comprendre que notre créature invisible a été détectée en dehors de cette zone de la Californie du Sud. Que c’est un monstre dont la menace est internationale, universelle. L’idée d’un parisien qui habite dans une caravane au milieu des campagnards white trash du fin fond de l’Amérique a quelque chose de fascinant. De plus, le scénario de Resolution est en partie inspiré de films d’horreur européens tels que La Maison aux fenêtres qui rient ou L’Echine du diable. Et l’une des mes scènes favorites dans Apocalypse Now Redux est celle dans la plantation française. C’est comme une sorte d’histoire bizarre et flippante de fantômes en plein milieu d’un film de guerre !  

-    On sent un intérêt pour les « histoires extraordinaires » dans votre film, aviez-vous des références littéraires en vous lançant dans l’écriture du script ?  

A : (Justin, encore à toi) 

J : Pas vraiment. Tout ce qui dans l’histoire concerne les bouquins, les diapositives, les peintures rupestres, la plaque sensible photographique et ainsi de suite, était là pour montrer que notre monstre a évolué avec la technologie des supports narratifs pendant des dizaines de milliers d’années. Quant à la bizarrerie de ces épisodes, Aaron et moi sommes morts de trouille à l’idée de faire un truc que quelqu’un a déjà fait. Le plus grand des crimes cinématographiques à notre avis c’est de ne pas être original. Donc, oui, on débarque avec des trucs bizarres. 





-    L’aspect métadiscursif est crucial dans Resolution, quels sont les films de ce genre que vous appréciez le plus ? Et au fait, pourquoi ce titre, "Résolution" ?  

A : "Résolution" a un triple sens. "Résolution" peut faire référence à la qualité de la définition d’une image, comme celle de toutes les vidéos que trouve Michael. Cela fait également référence à la force mentale que l’on a quand on est décidé à faire quelque chose, comme Michael quand il se résout à enchaîner Chris. Et enfin, la résolution de l’histoire, dans le sens de conclusion, et c’est toute la question du film. 

J : En fait je ne savais même pas ce que signifiait « méta » jusqu’à ce que je lise des critiques du film. Nous avons juste essayé d’embrouiller le spectateur et de lui foutre une bonne trouille.     

- On assiste ces temps-ci à l’émergence discrète d’une jeune génération de cinéastes portés sur le genre horrifique, tels que Ti West, Adam Wingard, Simon Barrett, etc. Avez-vous l’impression de faire partie de ce mouvement d’une manière ou d’une autre ? 

A : Absolument. Nous sommes très honorés que des gens nous mettent dans ce lot. Ce sont des artistes qui tentent enfin d’innover dans le genre. 

J : Je suis d’accord. De grands cinéastes. Cependant il faut aussi préciser que Aaron et moi n’avions rencontré aucun d’entre eux jusqu’à très récemment. C’est assez fascinant d’ailleurs comme nous avons pratiquement tous germé de notre côté, indépendamment les uns des autres, avant que le public ne trouve des similitudes dans nos travaux.  


Aaron Moorhead

-    Comment envisagez-vous de vous inscrire dans l’histoire du genre ? Ou plutôt, comptez-vous poursuivre dans le fantastique ou bien êtes-vous attirés par d’autres genres cinématographiques ?  

A : On va tout simplement faire le film qui nous semblera bon. Que cela s’avère être un film de genre ou non nous importe peu, même si je pense que Justin et moi sommes naturellement attirés vers le fantastique, et qu’il est donc plus que probable que des éléments de films de genre se glissent dans notre travail. On espère que Resolution deviendra un film culte quand il se sera mieux répandu dans le monde de la distribution. 

J : Nous ne tournerons sans doute jamais un hommage aux slashers, ou rien de ce genre, mais nous repousserons les limites de l’innovation dans l’art de raconter et dans le domaine de la technologie cinématographique aussi loin que nous le pourrons. Nous tâcherons de vous rendre curieux du sort de chaque personnage pour que l’aspect fantastique fonctionne le mieux possible.  

-    Quand on regarde votre film, on est constamment surpris par les tournures que prend le scénario. Etait-ce un désir de votre part de vous éloigner des canons du genre et de surprendre le spectateur à chaque instant, ou bien était-ce plus inconscient ?  

A : Ce n’était pas vraiment conscient ni inconscient. C’est juste notre façon de faire des films, elle nous plaît et ça fait sens pour nous. Par exemple, s’il y a un moment drôle, même s’il se trouve au milieu de ce qui s’appelle une « scène de peur », on le garde et ça fonctionne pour nous. La vie ressemble à ça. 

J : Nous voulons juste faire en sorte que les moments drôles soient drôles, les moments flippants carrément effrayants, et l’histoire efficace. Ignorer les règles des « jump scares » et compagnie, et rester intéressant par-dessus tout.  

-    Est-ce que c’était une règle de tourner le film de genre que vous aviez envie de voir en tant que spectateurs ?  

A : Oui. Nous ne voulons faire que les films que nous aimons nous-mêmes. Sinon pourquoi les faire ?   

-    La scène de dialogue dans la caravane nous a particulièrement séduits, et l’acteur qui fait face à Peter Cilella, Bill Oberst Jr., n’y est pas pour rien. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cet acteur, qui dans le film ressemble vaguement à Roger Waters des Pink Floyd ?  

A : Vous êtes les premiers à mettre le doigt là-dessus, mais c’est VRAI qu’il ressemble à Roger Waters ! Nous ne savions pas du tout qu’il était un peu une sorte d’icône du film d’horreur quand nous l’avons engagé, mais quand il est venu à l’audition en connaissant par cœur les six pages de son monologue, et quand on a réalisé qu’on avait tous les deux et par pure coïncidence un rapport lointain avec lui, le rôle lui était réservé à coup sûr. Sa gravité et son intensité sont incroyables. 


 Bill Oberst Jr.

-    Il y a une vraie alchimie entre vos deux acteurs principaux. Pourriez-vous les présenter rapidement ?  

A : On avait tourné une pub pas chère pour de la bière avec ces deux-là et une amitié fusionnelle en est ressortie. Justin a écrit le scénario en pensant à eux – ça ne pouvait être personne d’autre. Peter Cilella (Michael) est un acteur de Los Angeles qui a fait beaucoup de publicité, des courts métrages et du théâtre. Vinny Curran est un acteur de San Diego qui est peut-être le type le plus drôle et le plus gentil de la planète. 

J : Ces gars-là sont des génies. Nous avons une sacrée veine d’avoir ni plus ni moins engagé les meilleurs acteurs pour ces rôles. C’est une chance unique. Et nous les apprécions infiniment.  

-    Les dialogues du film étaient-ils très écrits ou avez-vous laissé vos comédiens improviser, notamment dans ces séquences plus apaisées du film où on les voit se remémorer quelques anecdotes ?  

A : Nous devons ça à la fois au talent d’écriture de Justin et au talent des acteurs. La majorité du scénario a été écrit plus ou moins tel qu’il est dit dans le film, et les deux bonshommes à l’écran lui ont donné vie. On y croit quand ils le disent. Mais nous avons aussi piqué pas mal de choses, pendant les répétitions et sur le plateau, à Pete et Vinny, des choses trop bonnes pour ne pas les inclure dans le film. 

J : Ouais. Le problème avec les très bons comédiens qui offrent des performances brillantes c’est qu’après personne ne vous croit quand vous dites que c’est vous qui avez écrit. Tout ce temps passé seul dans mon appartement dégueulasse, aux oubliettes…  

-    Il y a un humour très appréciable qui parcourt votre film, notamment dans les répliques du personnage incarné par l’excellent Vinny Curran. Quels sont les comiques qui vous font rire ?   

A : J’aime juste regarder mes amis qui sont drôles. J’ai cette terrible habitude de me mettre à parler comme mes amis quand je suis avec eux trop longtemps. Je préfère regarder Justin, Pete et Vinny que n’importe quel spectacle de stand-up au UCB [café-théâtres à New-York et Los Angeles, ndlr].  

-    Avez-vous des recommandations de films de genre méconnus qui valent le détour ?  

A : Avez-vous entendu parler de Kill List ? Merde, j’adore ce film ! Ben Wheatley est brillant. 

J : KILL LIST, American Mary, Citadel, The Battery… Il y en a pas mal pour être honnête. Encore une fois, nous vivons une belle époque.  

-    Quels sont vos projets pour l’avenir ?  

A : Hier nous avons finalisé la production d’un court métrage qui devrait faire partie d’un plus vaste projet, et dans quelques mois nous partons pour l’Italie tourner notre prochain film, Spring. Cette fois-ci c’est un genre de drame comique romantique d’horreur et de science-fiction. Comme Resolution, mais avec de l’amour et des vrais monstres. 

J : Nous n’arrêtons pas de travailler. On est TRÈS chanceux. 



Entretien réalisé par mails le 9 août 2013.
Merci à P-E Geoffroy pour son aide à la traduction.




Et pour les anglophones, voici la version originale de l'entretien :

- How would you introduce yourselves to the french audience ? 

A : Bonjour, je suis Aaron. Nous avons fait un film qui est tout aussi effrayant, drôle et dramatique. C'est le film parfait qui vous aidera à avoir des relations sexuelles. Aussi, je suis seul. 

J : Bonjour, je suis Justin et je voudrais être un citoyen de l'Union européenne. 
  

Justin Benson / Aaron Moorhead

- What experience did you have prior to your making movies ? 

A : I started making movies when I was about 14, went to Florida State University to study film, immediately moved out to Los Angeles and met Justin on one of my first days out here. I was a cinematographer and visual effects artist for a while, but always directed on the side as often as I could. But not nearly as often as I should have. Thank god for this movie, now all I do is direct. 

J : I grew up in San Diego, went to UCLA, and then just worked any job that paid to save money to write/direct/edit/etc. films. 

- Who are your favourite directors ? 

A : Alfonso Cuaron, George Clooney, Ben Affleck, Spielberg, Ciaran Foy, Wendig Refn. 

J : Richard Linklater, Peter Jackson, Guy Ritchie, Christopher Nolan, Chan-wook Park 

- What do you think are the reasons why Resolution is not distributed in France ? Has it been shown in other countries and if so how has it been received ? 

A : Rumor has it France will be seeing Resolution quite soon, it just takes a long time for all of the territories to receive each film and set up a distribution plan. It's shown in almost every country in Europe at a bunch of film festivals, and we're humbly surprised to find that pretty much everybody seems to really love it, despite the language/cultural differences. A huge sigh of relief for a pretty chatty horror film. 

- Your movie has been shown in a number of film festivals, especially in the US : what role do festivals play in the process of bringing light to a movie such as yours ? 

A : Actually, it's shown much more internationally than in the USA! It's no coincidence we submitted the film to European international genre film festivals, because the Melies Federation, a gigantic network of those festivals, is very prestigious and has incredible built-in audiences. Although we couldn't compete for Melies competitions (being non-European) we still ended up spending about half of last year in Europe. Not a bad life. As for the role they play, mark my words: festivals are EVERYTHING. We would have no buzz and no careers had this film just snuck out on VOD. Festival programmers and audiences, as well as the press, are absolutely essential to being able to succeed with films like ours. They're the best form of advertising, because there's no angle to it at all. It's just about trying to bring good cinema to people that like good cinema. 

- How do you direct a movie as a duet ? Do you plan on working together again or will you go different ways ? 

A : We truly consider ourselves more just co-filmmakers than co-directors. We both get our hands very dirty in every aspect of production. Whereas Justin is more of the writer, I am more the cinematographer, but one of us doesn't really exist properly without the other. We are much more than the sum of our parts as a co-directing team. Ever since Resolution's premiere at Tribeca we've worked pretty much exclusively as a team, and plan to do so for the foreseeable future. 

J : We're like a writing, directing, producing, editing, sound designing, vfx'ing multi-tentacled massive monster rising from the deep with an increasingly equally dangerous group of collaborators. Including but not limited to our producer David Lawson and our sound mixer Yahel Dooley. 

- Would you call Resolution a horror movie ? 

A : Yes. But we also don't really give much of a damn about genre definitions. What genre it fits into, honestly, is for the marketing team. Our only job is to make a good movie, and we don't think about genre while we make them. But we proudly call Resolution a horror movie, as well as a character drama, as well as a light-hearted buddy movie. 

J : Never thought about until people started asking, but it's fun being the punk outcasts of film marketing terms, so sure, call it a horror film. It is without a doubt a scary film. 




- In our review, we underlined the quality and subtlety of Resolution by comparing it to other films and in particular The Cabin in the Woods, another recent metadiscursive film de genre. What do you think of this other film ? Has Resolution been thought of as a response to Drew Goddard's movie ? 

A : We absolutely love The Cabin in the Woods. When it came out, it was a week before Resolution's premiere at Tribeca, and we realized how many comparisons that would be. Both films take roughly the same starting point, and both have a meta-aspect, but otherwise couldn't be more different. We are proud to be compared to such a fine film, although I'm sure that nobody would watch both and think that one ripped off the other. They're just very different in execution. We think they would make an incredible double feature someday. 

J : The Cabin in the Woods is one of my favorite movie going experiences of the last few years. Those guys killed it. 

- Strangely enough, your film and the new Evil Dead share the same starting point (young people stuck in an isolated cabin in order to save one of them from a drug addiction). What do you think of the current remake "wave", and in a larger sense, what do you make of the state in which lies the US genre film cinema ? There seems to be a wider and wider gap between invisible-but-worthy movies such as yours and budgeted-and-unrisky ones (remakes, reboots, prequels, etc) which often end up being mediocre at best. Do you share this appreciation ? 

A : Remakes and reboots can be good or even great (see Batman), but by and large, they are awful. We're in a very dangerous time where the people with the money are obligated to mitigate financial risk due to such a bad economy, which is completely understandable, but because everyone keeps on going back to the theaters for the franchises they love with unimaginative execution, we are never going to get out of the creative slump that we are in. I think it's up to low-budget indie filmmakers with a lot to gain and little to lose to innovate, and the audiences that want that to vote with their wallets. 

J : In general it would be really cool if investors and especially filmmakers took more risks. Seems like there's this assumption that everything must be an homage. 

- We're under the impression that the system prevents genre films authors to get known, work with larger budgets and find their place in order to bring the genre up and give it back its nobility, like John Carpenter or Dario Argento could, a few decades ago. What do you think of this ? 

A : We are still finding out. Even with the success of Resolution, getting our second film off the ground is more than a full-time job, working at it all the time even with two of us that never sleep. I don't know how hard it was a while ago to make the jump from small genre films to large ones. I do think it is probably easier to make films nowadays, honestly, because there are more people making films than ever with the advent of affordable production and postproduction technology. And genre films are always appreciated in the box office. We've recently seen some incredible successes in low budget horror with The Conjuring, The Purge, and You're Next, so I think it's not really true that the system is out to get us. 

J : Genre filmmaking is better than it has ever been. There are filmmakers working now who are capable of progressing even further what guys like Argento and Carpenter did. And when you look at the box office recently with the movies Aaron said, this is a VERY exciting time. There is some really cool, fresh, thrilling shit coming very soon. 

- We're french bloggers, you're american : do you have an opinion on french horror cinema, as it is today? 

A : I wish I could weigh in if I had more of a scope of it. But unfortunately all I know is the very popular French genre cinema, so my opinion is probably a bit misguided by comparison. I saw Enter the Void recently, which isn't exactly horror, but it was definitely one of the most unique and innovative films I've ever seen. They're doing something right across the Atlantic! 

J : Really respected Frontier(s) by Xavier Gens, and his segment in ABC's of Death was the best one next to Marcel Sarmiento's D for Dog Fight. And Juan Carlos Medina's Insensibles is a WONDERFUL film by a great director. We know he's originally Spanish but he's been in living in Paris for a very long time so let's call him French. 

- French scientists are mentioned in your film : why french ? 

A : (Justin, answer this one) 

J : We wanted to reveal that our unseen antagonist has been detected outside this one area in Southern California. That it is a monster with a international, universal threat. The idea of a Parisian living in a trailer in the white trash boonies of America is fascinating. Also, the Resolution script is slightly inspired by European horror such as The House with the Laughing Windows and The Devil's Backbone. And one of my favorite scenes in Apocalypse Now Redux is the French plantation seen. It's like this odd, creepy ghost story in the middle of a war movie. 
 
- There seems to be an interest for weird fictions in your film. Did you have any literary references when you started writing the script ? 

A : (Justin, you again) 

J : Not really. All of the story stuff from the books, to the slides, to the cave paintings, to the wet plate photography, and so forth, was just to show that our monster has been evolving with the technology of storytelling mediums for tens of thousands of years. As for how weird those fictions are, Aaron and I are deathly afraid of doing something someone has already done. The biggest filmmaking crime to us is failing to be unique. So, yeah, we come up with some weird shit.

- Resolution is crucially centered on metadiscourse : what metadiscursive films do you like the most ? By the way, why did you choose "Resolution" as the title ? 

A : Resolution is a triple entendre. Resolution can refer to the quality or definition of an image, like all of the footage that Michael finds. It also means the mental strength you have when you decide to do something, like what Michael has when he resolves to chain up Chris. Thirdly, the resolution of the story is another word for its ending, which is what the movie is all about. 

J : I actually didn't know what "Meta" was until I started reading the reviews. We were just trying to mind-fuck people and really scare them. 

- These days, a young generation of american filmmakers digging the horror genre has discreetly emerged. People like Ti West, Adam Wingard, Simon Barrett, etc. Do you feel like you belong to this movement ? 

A : Absolutely. We are honored when people consider us among them. They are artists that are finally making an attempt to innovate in genre. 

J : Second that. Great filmmakers. It should also be noted though, Aaron and I didn't meet any of those dudes until very recently. It's pretty fascinating though how we all for the most part sprouted up independently and then audiences found similarities in the work. 

- How do you envision your contribution to the history of genre ? Do you plan on keeping on with fantastic aspects or do you feel attracted by other cinematographic genres ? 

A : We'll just make any movie that we think is good. Whether or not it ends up being a genre film is unimportant, although I think Justin and I both are inherently attracted to things that are fantastic, so more than likely we will always have some genre element weaved into what we're making. We are hoping that Resolution becomes a cult hit after it sinks into the distribution world a little more. 

J : We'll probably never make an homage to slasher movies or anything like that, but we will push the boundaries of innovation in storytelling and film technology as far as we possibly can. We'll make you care about every character so the fantastic aspects work that much better. 

- When watching your movie, one feels constantly surprised by the turns of the story. Was it intentional on your part to move away from standards and confuse the spectator, or was it an unconscious process ? 

A : It wasn't exactly conscious or unconscious. We just kind of have a way that we like to make movies, and it makes sense to us. For example, if a moment is funny even if it's in the middle of what is typically called a "scary" scene, we just do it and it works for us. Life's like that. 

J : We just want to make the funny parts funny, the scary parts actually frightening, and the drama effective. Ignore rules about having jump scares or whatever and remain interesting above all else. 

- Did you make it a rule to film what you wanted to watch ? 

A : Yes. We only want to make movies that we like ourselves. Otherwise, why do it? 

- We particularly enjoyed the dialogue scene in the trailer which relies on Bill Oberst Jr. Can you tell us a few words about this actor ? We think he looks a bit like Roger Waters, from the Pink Floyd. 

A : You're the first person to point that out, but he DOES look like Waters! We had no idea that he was a bit of a horror icon when we cast him, but when he came into the audition with all six pages of his monologue memorized and we realized that we each individually had a previous connection to him by coincidence, he was a shoo-in for the role. His gravitas and intensity is incredible. 

- There is a real alchemy between your two leading actors. Could you introduce them briefly ? 

A : We did a low-budget beer commercial with those two and their lived-in-friendship thing emerged from that. Justin wrote the script with them in mind -- it never was going to be anyone but them. Peter Cilella (Michael) is an actor in LA who has been doing a lot of commercials, shorts, and stage shows. Vinny Curran is an actor in San Diego who might be the funniest and nicest dude on the planet. 

J : Those guys are geniuses. We were lucky enough to get to simply cast the best actors for these rules. It's a rare opportunity and we appreciate them to no end. 

- Were the dialogues entirely (pre-)written or did the actors improvise ? Especially in these more quiet sequences where we see them remember a few anecdotes. 

A : This is a testament to both Justin's writing skill and the actors' talents. The majority of the script was written roughly as it was said, and those two guys onscreen gave it real life. You just believe them when they talk. But we also found a lot in rehearsal and on set from Pete and Vinny that was too good not to include or change. 

J : Yeah. The problem with really good actors giving brilliant performances is that then people don't believe you wrote it. All that time by myself in my crappy apartment right down the drain. 

- There's a very appreciated touch of humour all throughout the movie, especially in the lines of Vinny Curran's character. Are there any particular comics or stand-up comedians that make you laugh ? 

A : I just like watching my funny friends. I have that terrible habit of starting to talk like my friends when I'm around them for too long. Justin, Pete, and Vinny are the guys I'd rather watch than a stand-up special at UCB. 

- Would you have any recommandation of some unknown or underground genre film which we should know about ? 

A : Have you heard of Kill List ? Damn, I love me some Kill List. Ben Wheatley is brilliant. 

J : KILL LIST, American Mary, Citadel, The Battery... There' s a lot right now to be honest. Again, an exciting time. 

- What are your future plans ? 

A : Yesterday we wrapped production on a short film that should be part of a larger project, and in a couple months we head to Italy to shoot our next feature, Spring. This time it's a romance-horror-scifi-drama-comedy thing. Like Resolution, but with love and real monsters. 

J : We never stop working. We are VERY lucky.



August 9th 2013.