16 septembre 2009

Les Regrets

La grande question posée par Cédric Kahn est la suivante : Peut-on être heureux au présent sans faire table rase du passée. Et le cinéaste répond : "non". Chacun aura sa réponse. Le film m'a beaucoup déçu. J'attendais mieux de Cédric Kahn après Feux rouges, qui n'était certes pas un grand chef-d'œuvre mais qui réservait son lot de bonnes surprises et faisait preuve de pas mal d'originalité et de finesse. Jusqu'au premier quart des Regrets, j'étais emporté plus ou moins par la même envie de voir plus loin. Je retrouvais un peu du talent de Kahn pour donner une sacrée envie par de petits riens (l'intelligence du cadre, la création d'un temps singulier, telle direction d'acteur ou tel mouvement de caméra), pour susciter le désir de voir le plan suivant et celui d'après. Il y avait bien cette histoire avec la mère mourante du héros qui faisait un peu chier (combien de films français s’appesantissent ces dernières années de tels personnages séniles et souffreteux sans rien tirer de bon sur la question de la filiation ou du deuil), mais rien de trop embarrassant. Et puis ces scènes pesantes étaient vite balayées par les véritables séquences motrices du récit. Mais arrive le personnage interprété par Philippe Katerine qui vient perturber les relations des deux personnages principaux et le spectateur en même temps, lequel faisait alors presque partie du couple formé par les protagonistes. Le film n'en finira pas de s'égarer dans des méandres narratifs ennuyeux et dans un immobilisme (va-viens-va-viens) soporifique, avec répétition des scènes de passion sexuelle, de culpabilité, de retrouvailles et de séparations de quais de gare en stations services et d'hôtels en hôtels.



De quoi largement décrocher. Et personnellement j'ai été aidé dans ce décrochage malheureux par des personnages auxquels je ne croyais pas, ou dont je me foutais éperdument. Leur amour passé, éternel et évident, l'est peut-être pour eux (et ça n'est pas un mal que le cinéaste nous évite un laborieux retour en arrière psychologique), mais cet amour-là n'était pas si évident que ça pour moi. J'ai eu du mal à saisir cette évidence en voyant ce couple se contenter de faire marche arrière puis marche avant et de nouveau marche arrière mais encore marche avant, avec un coït brutal et rien d'autre (ou si peu) à chaque embrayage. Sans parler d'Yvan Attal qui passe le film à remettre sa mèche folle en arrière, et Valéria Bruni-Tedeschi, à tout jamais coincée dans le même rôle, qu'une petite armée de coiffeurs et maquilleurs fantômes ont aidée à entrer dans celui-ci comme dans les autres : blafarde, hagarde et mal coiffée, pour qu'on y croie, et on n'y croit que trop. Le seul personnage auquel on serait tenté de s'intéresser, avec lequel on serait même prêt à compatir s'il n'était pas là pour servir la soupe aux deux principaux, c'est bien celui de la femme d'Yvan Attal, assez charmante, quittée pour une tarée mal attifée, et qui fera tous les sacrifices pour tâcher d'attirer les derniers regards de son abruti de mari.



L'idée était intéressante mais à force de nous égarer, de nous détacher de ces pauvres personnages et de s'enliser dans une mise en scène gauche et cliché, contre quoi Kahn semblait sobrement se battre dans son précédent film et dans le premier quart d'heure de celui-ci, Les Regrets, beaucoup trop longs, commencent rapidement à beaucoup, beaucoup ennuyer. Reste que le film est parfois intéressant ou touchant, et que c'est déjà pas si mal dans le cinéma français populaire actuel. Mais il l'est beaucoup trop peu pour compter en-dehors de ce type de considération.


Les Regrets de Cédric Kahn avec Yvan Attal, Valéria Bruni-Tedeschi et Arly Jover (2009)

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