12 novembre 2008

The Visitor

Voilà la petite discussion qu'on a eu, Félix et moi, juste avant de mater ce film :

Félix : J'ai téléchargé un film peut-être pas mal. C'est par Thomas McCarthy, le réalisateur de Station Agent, et y'a un acteur que j'aime bien dedans, qui avait déjà joué dans Fous d'Irène, Richard Jenkins. J'avais bien aimé Station Agent, tu te rappelles, ce film avec le nain qui débarque en ville et fout la merde dans tout son voisinage ?

Rémi : J'avais aimé moyen Station Agent. C'est quand même un long métrage sur un nain qui s'encule des géants.

Félix : Arrête c'est un chouette film.

Rémi : Aussi chouette que Sideways, ton autre film de chevet...

Félix : Ouais il est trop bien Sideways. Paul Giamatti rulez.

Rémi : On parle bien de cet acteur qui a "éclaté" dans La Planète des singes version Tim Burton ?

Félix : Moi je le trouve cool. Dans ce film il me fait penser à mon frère puiné. Mon middle brother. Il a les yeux globuleux pareil, il s'habille avec des gros pulls en guenilles rentrés dans son jean. Il a une "barbe de trois jours" qui en réalité date de sa puberté. C'est celui de mes frères qui te fout la race au ping-pong.

Rémi : Ah tu veux parler de ce jour où il m'a battu trois fois d'affilé dont une où je jouais à ses côtés ? Celui qui propage des racontars dans mon dos ?

Félix : Il a ça dans le sang cet enculé. Rappelle-toi que la première fois qu'il t'a vu, il était convaincu que t'étais un dealer et que tu faisais pousser de la beuh sur notre balcon.

Rémi : Non la première fois qu'il m'a vu, il t'a glissé à l'oreille : "Si un jour vous vous battez, tu vas prendre cher".

Félix : Bon on se met le film ?

Rémi : Dégueule.



Une demi heure plus tard:

Rémi : Tu viens de casser un truc.

Félix : Je préférais quand il faisait des films sur des nains découvrant l'amitié que sur des vieillards séniles découvrant l'ouverture d'esprit via l'apprentissage du steal drum.


The Visitor de Thomas McCarthy avec Richard Jenkins (2008)

Wanted : choisis ton destin

Je fais le topo. Timur Bekmambetov, je ne suis pas ton nègre. Je ne vais pas écrire ton script à ta place sur ce blog. Timur Bekmambetov, tu as choisi ton destin. Quant à l'acteur principal de ton film, le dénommé James McAvoy, après avoir tutoyé le meilleur du ciné grand public avec Atonement, il a décidé en jouant dans ton film de se forger une crédibilité artistique, un palmarès d'acteur, il a décidé de se choisir un destin, qui aura pris la forme d'une balle tirée dans son pied. Après avoir joué dans Le monde de Narnia chapitre 1 tome 2 partie 3 verset 4: Le lion, la sorcière blanche, l'armoire magique, le golden compas et le seigneur des anneaux d'Harry Potter (prisonnier d'Azkaban), McAvoy a lu les scripts de Dark knight (pour le rôle du Joker), de There will be blood (pour le rôle finalement attribué à Jerry Lee Lewis), et de No country for old men (pour le rôle de Javier Bardem). McAvoy a déclaré au micro d'ABC News, en pleine cérémonie de remise des Oscars, une larme au bord de l'œil tandis que Javier Bardem brandissait son trophée: "J'ai choisi Wanted pour faire plaisir à mes enfants. Mon plus jeune fils, qui est complètement con et fan du comic book, m'a dit et répété : 'Papa ça ne se rate pas Wanted, fais-le pour moi'. J'avais déjà fait Narnia pour cette raison là. Systématiquement, après un an de tournage, je rentre chez moi les bras en cœur, la bouche en croix, quelques goodies et le dvd de mon nouveau film dans la valise, et pour tout remerciement mes enfants disent de mes films qu'ils sont pourris". Triste sort que celui de ce McAvoy. Dernièrement on a vu le nom de McAvoy sur la working list de High School Musical 2, la suite du 1, le prequel du 3. Au bas de son contrat, à côté de sa signature, on pouvait voir ce smiley : " : ( ".
 
 
Wanted : choisis ton destin de Timur Bekmambetov avec James McAvoy, Angelina Jolie et Morgan Freeman (2008)

10 novembre 2008

Tout pour plaire

J'ai adoré ce film. À tel point que je l'ai vu deux ou trois fois. C'est en quelque sorte le pendant féminin du diptyque de Marc Esposito, Le cœur des hommes 1, 2 et 3, mais en un seul tome compact et supra-riche en anecdotes. Ou pour éclairer votre lanterne c'est un peu le miroir avec un -e à la fin du fameux 15 août, où Richard Berry et deux autres mecs profitaient du départ de leurs femmes pour s'occuper de leurs enfants, chier la porte ouverte et faire du ski en plein mois d'août. En somme c'est aussi, pour les plus cinéphiles, un équivalent de Comme t'y es belle, ce pastiche avec Michèle Laroque qui reprenait La vérité si je mens au féminin, le temps de quelques bobines dignes d'une œuvre du démon, si ce dernier se s'inscrivait un jour en fac de cinéma et tournait un premier long métrage de fin d'études.



Bref vous l'aurez compris, j'ai adoré suivre les aventures insipides de ces trois personnages. Mathilde Seigner joue une avocate incapable de trouver un homme (et ça se comprend), qui se croit supérieure à des types assez communs qu'elle qualifie imperturbablement de "chauves" quand bien même ils ont sur le crane la tignasse à Christobal Karembeu. Cette avocate vit dans un appartement immense dont le loyer s'élève à 2600 euros par mois (tout ce que j'avance est mentionné dans les dialogues), qui gère son découvert bancaire en allant s'acheter chaque jour plusieurs tonnes de vêtements de luxe, qui touche un chèque de "150 000 euros" pour sa première affaire plaidée et perdue (elle dit être débutante), et qui reproche à son banquier (l'infatigable Pascal Elbé) de ne faire que peu de cas des "pauvres" comme elle. Ce personnage adorable et si vrai, qui porte le nom de Juliette, finit par trouver le grand amour en la personne de son banquier.



D'un autre côté Anne Parillaud vit avec un homme qui n'aime que la réussite sociale et copule extrêmement mal. C'est le personnage de la femme qui se fait marcher dessus, se fait insulter pendant 5 minutes non-stop, au début du film, dans la voiture de son mari. Je quote : "Une merde, t'es qu'une merde, une grosse merde, t'es une merde, rien qu'une merde, ma parole mais t'es une pure merde ! Grosse conne de merde." (sic). Elle se fait ensuite rudoyer sexuellement par son supérieur direct, dans son bureau, en simulant un orgasme comme elle a appris à le faire avec son tendre époux. Finalement, quand elle s'approche de son tout petit enfant qui regarde sagement la télévision aux côtés de sa babysitter Samira, pour lui faire un bisou, celui-ci lui crache un mollard sur la bouche (dont on sent bien qu'il le mijotait depuis un fameux bail) avant de lui demander de foutre le camp car il mate Naruto. Ce personnage de femme malmenée quittera finalement son immense appartement et son travail grassement rémunéré pour s'émanciper et refaire sa vie avec un homme un peu plus doué pour la considération d'autrui. Ouf !



Enfin il reste à évoquer le cas du personnage interprété avec génie par Judith Godrèche, qui a encore dû rafler une nomination aux Césars avec ça, à tous les coups. Bordel mais qui l'arrêtera ? C'est certainement notre plus grande... elle fait partie de nos plus grandes actrices. Son personnage est celui d'une médecin généraliste qui insulte invariablement tous ses patients de façon assez ostentatoire et un peu choquante - il faut bien le dire - pour le spectateur qui pourrait voir là une certaine gratuité dans l'emploi du mot doux, un certain zèle dans le goût pour la grossièreté la moins fine. Cette femme médecin dit à ses patients (de vieilles gens malades) : "Votre mari n'en fout pas une, c'est un connard et un vieux débris", ou : "Remuez vous le cul, déchets humains, enfoirés gériatriques de mes deux !" Mais cette vulgarité, cette lassitude angoissée qui caractérise notre chère doctoresse et qui se manifeste sur son lieu de travail sont à mettre sur le dos de son mari. Son homme est pourtant le seul personnage à peu près normal et appréciable du casting. C'est un peintre du dimanche, certes un peu tire-au-flanc, mais aimant, bonhomme, agréable et à peu près drôle. Seulement voilà, notre sage-femme n'en peut plus d'être à la charge de la famille, de ramener l'argent et la pitance. Son mari est à ses yeux un paria, un pouilleux, un va-nu-pieds, un clochard, une sous-merde, parce qu'il n'est que peintre, "et pas célèbre en plus" (sic et resic). Du coup elle va le tromper avec le premier zonard venu. Mais évidemment elle finira par se rendre compte que son époux est plutôt sympa et qu'il ne méritait peut-être pas ça, quand il acceptera d'apprendre à remplir les fiches d'imposition et de revendre le grand et bel atelier où il vivait (en mémoire de son grand-père, peintre avant lui), pour acheter une grande maison ou un grand appartement de luxe (comme ceux des deux copines fortunées de notre femme médecin) où ils pourront élever un enfant insupportable de plus.



Bref je ne vais pas m'étendre davantage. Pourtant le ciel m'est témoin qu'il y aurait tellement plus à dire sur ce film. Après tout c'est vrai, je n'ai même pas parlé de la bande originale. Je n'ai pas parlé des vannes du film, qui donnent à penser qu'un trio de grandes comiques est peut-être né, allez savoir, peut-être les nouvelles Inconnus. Ou bien Cécile Telerman serait-elle la réincarnation féminine du grand Mel Brooks ? Qui sait ? Quant à moi, j'ai adoré.


Tout pour plaire de Cécile Telerman avec Mathilde Seigner, Judith Godrèche, Anne Parillaud et Pascal Elbé (2005)

9 novembre 2008

Hellboy 2 : les légions d'or maudites

J'ai tenté de regarder Hellboy 2 ce week-end et j'ai pas tenu bien longtemps. C'est quand même mortellement con comme film, avec seulement des types tous plus laids les uns que les autres qui se battent sur fond vert je ne sais même pas pour quelles raisons tant l'histoire m'a saoulé. La palme de la laideur revenant tout de même à la version juvénile d'Hellboy, qui choque le spectateur dès la première scène, attribuée ex-æquo au personnage de Selma Blair, qui a la particularité d'entrer en combustion dès qu'elle s'énerve ce qui, à l'image, se traduit par l'un des effets les plus ratés qu'il m'ait été donné de voir sur un écran. Je crois que je deviens simplement allergique à ce genre de films, qui ne sont qu'enchaînements de scènes d'actions ridicules à peine justifiées, où les effets spéciaux sont si envahissants qu'ils ne pensent même plus une seconde à passer inaperçus ou à créer l'illusion, ce qui est pourtant leur nature propre.



J'ai arrêté le film juste après la scène où l'affreux prince cerné à la mine mauvaise et aux cheveux couleur pisse tue son propre père après une cabriole ridicule afin de lui chiper le bout de plastique doré manquant pour faire à nouveau chier le monde. Avant cela, il avait éliminé à lui seul toute une armée minable lors d'une chorégraphie lamentable. La scène de l'interminable attaque des "fées mangeuses de dents" (évidemment, en anglais, leur nom est moins ridicule, mais tout paraît moins ridicule en anglais, c'est bien connu) avait déjà failli avoir ma peau. Rien que l'idée de savoir que, d'après le scénario, Selma Blair est enceinte d'Hellboy me donne la nausée. J'imagine la tronche du gamin et le spectacle hideux qu'a dû être leurs ébats et je recule d'une heure ou deux mon repas du soir. Vous allez croire qu'il m'en faut peu, mais mon imagination a bien moins de limites que l'équipe de techniciens derrière ce foutu film.



Guillermo Del Toro croit mener avec brio une double carrière, avec d'un côté ses films hollywoodiens, qui sont de grosses machines à fric aux budgets colossaux (Blade 2, Hellboy 1 et 2) ; et de l'autre ses films plus "européens", beaucoup plus personnels et souvent mieux reçus par la critique (L'Échine du Diable, Le Labyrinthe de Pan). Son nom est désormais gage d'une certaine qualité, d'une certaine crédibilité artistique, et on a fini de le confondre avec l'acteur Benicio. Il ne sait pas qu'il échoue dans les deux tableaux et que ses films, quelle que soit leur nature, portent les mêmes défauts. A savoir, pour résumer, une certaine puérilité voire une grande naïveté dans la façon qu'a Del Toro d'aborder de la même façon un comic merdeux et des sujets autrement plus sérieux, d'aucuns diront plus graves (la guerre d'Espagne, où l'on retrouve son bestiaire habituel avec ses méchants monstres et ses gentilles fées). Son film peut-être le meilleur reste Cronos, qui remonte à une époque où il n'avait pas encore le cul entre deux chaises.



En apprenant que notre ami Guillaume désire prochainement s'attaquer à l'adaptation d'une nouvelle d'H.P. Lovecraft, j'ai la mâchoire qui tremble. Si c'est un prétexte pour nous étaler d'autres spécimens de son affreux zoo, résultats d'SFX miteux, j'en connais un qui risque de se retourner dans sa tombe.


Hellboy 2 : les légions d'or maudites de Guillermo Del Toro avec Ron Perlman et Selma Blair (2008)

6 novembre 2008

Substitute

Ce film je l'ai vu y'a six mois, et ça fait six mois que je suis incapable d'avaler la pilule, je l'ai dans la bouche depuis tout ce temps, et le pire c'est que c'est une pilule effervescente, du genre qu'il faut pas essayer de gober, du coup je bave toute ma race. J'écris ce texte en guise de catharsis, comme une sorte d'ascèse pour mettre un terme à cette pénible torture.

Un après-midi, alors que je venais de revoir Les Yeux dans les bleus (plus grand documentaire jamais réalisé, devant Shoah de Claude Lanzmann et devant le making-of du dernier Astérix par Thomas Langmann), désireux de me plonger encore et encore dans l'univers du ballon, de me repaître de foot, je suis parti à la recherche (et c'était pas gagné, finalement j'ai mis la main dessus à la Fnac après l'avoir cherché en vain chez Decathlon) du dvd du film tant décrié de Vikash Cristina Barcelona Dhorasoo (ne faîtes pas l'erreur coutumière, prononcez Dora zoo).


On est à l'ère du DV !

Quel ne fût pas mon effroi en découvrant ce film de merde. Ce film affreux où deux zigotos en tongs, armés de caméras Super 8, se filment dans la banlieue Berlinoise la plus déserte, errant dans des parcs, l'âme en peine. Déjà quelle idée de choisir le Super 8 ? C'est vraiment des intérêts de petit filmeur du dimanche que d'utiliser ce format désuet dans le simple but de faire artiste et de tourner la plus quelconque image de trottoir en œuvre d'art à la manque. Je me doutais bien que jamais ce documentaire (qui d'ailleurs se veut être davantage un film d'auteur qu'un véritable document d'information) n'arriverait à la cheville des Yeux dans les bleus, ou même de Rendez-vous le 9 juillet, j'ai acheté ça en tout connaissance de cause. Ou disons en toute relative connaissance de cause. Je m'attendais pas quand même à une telle avalanche de connerie. Ce film sent le soufre. Il est sulfureux dans le vrai sens du terme.


Si vous aimez le film, vous aimerez cette tof. Si vous aimez cette tof après l'avoir matée dix minutes sans bouger, vous aimerez ipso facto au moins une scène du film

À quel moment ça devient intéressant de voir Freddy Poulard et Vicky Rasodoo en train de débattre de si oui ou non ils filmeront leurs voyages en train respectifs ou s'ils se limiteront aux voyages en voiture ? À quel moment on s'intéresse à ce footballer, pour qui on avait quand même pas mal de sympathie au départ, du fait de sa gueule d'ange et de son franc parler, mais qui se révèle ici un footballer gaucher, de gauche et un peu gauche, très sûr de lui et revanchard, pas très malin, pleurnichard, nullard, tocard, crevard, rasoir, criard, vachard. À quel moment se passionne-t-on pour Freddy Cougar qui filme ses chaussures Puma tandis qu'il fait réparer sa caméra perso chez un couple de nazis retraités, parce que Fred Pulet réserve bel et bien 35 minutes du montage de ce film d'une heure et demi (qui paraissent une vie) à la réparation par des particuliers Allemands méticuleux et zélés de sa caméra en bois. À quel moment peut-on supporter de voir pendant dix minutes montre en main nos deux cons se chercher à 100 mètres de distance dans un parc désert, et se filmer l'un l'autre en train de se filmer l'un l'autre, fiers de cette mise en abîme du pauvre.

C'est le seul dvd que j'ai foutu en revente sur PriceMinister avant d'avoir fini de le mater. Je l'ai revendu à un Port-de-Boucain mort de faim. Je l'ai revendu au prix fort à un miséreux de la région PACA fan de l'OM qui n'avait pas pris le temps d'aller faire un tour à la fnac où il aurait pu le trouver, bradé en prix vert deux fois moins cher. Et comme je l'avais chouravé à la Fnac, ça s'appelle du recel. Et ça se traduit accessoirement par un big up de 10 euros sur mon compte en banque perso.


Substitute de Fred Poulet et Vikash Dhorasoo avec Vikash Poulet et Fred Dhorasoo (2008)

Tonnerre sous les Tropiques

Sans doute touché par les intempéries qui ont ravagé la Nouvelle-Orléans (État d'origine de sa famille), Ben Stiller a cru bon de réaliser un film là-dessus, sobrement intitulé Le tonnerre des tropiques. Ce film fait aussi écho aux continuelles inondations qui frappent régulièrement certains villages Français à proximité de nos grands fleuves. En ce moment même, 4 départements sont en alerte rouge sur Bison Futé : la Loire menace d'emporter la moitié du pays. Moi ce que je ne pige pas c'est tous ces paysans qui s'installent dans les lits des fleuves. Ils bâtissent leurs villages au beau milieu des cours d'eau, avec des maisons pas étanches et aucun système d'évacuation des eaux usées. Tu m'étonnes que les assurances refusent de leur rembourser leurs taules insalubres pour cause de catastrophe naturelle. Quand tu parles à ces gens-là et qu'ils te décrivent leur village sous-marin avec amour, ils disent, fiers d'eux : "au milieu coule une rivière", en versant une larme comme si y'avait pas suffisamment d'eau dans leur bled. Quelle idée d'aller vivre sous un fleuve et de se plaindre quand il déborde. Votre terroir de merde, il prend l'eau mes amis, il est grand temps de faire votre baluchon et de nourrir les rangs de l'exode rural. À côté de ces deux mois de l'année où ils sont un peu emmerdés par la météo et qu'ils passent les pieds dans la boue, la gueule à ras l'écume, période durant laquelle on note un taux d'adultères ruraux impressionnant vu que les pompiers se payent les paysans du coin en guise de médailles, les mêmes paysans, que je respecte à mort, se font des couilles en or en vendant leurs poivrons et leurs tomates importés de Hollande et d'Espagne à 6 bâtons le kilo.
 
  
Alors que les recettes de Tropic Thunder devaient aller tout droit dans la poche des sinistrés de l'Alabama et du Gard, et conscient de cet état de fait, j'ai fièrement téléchargé le film sans dépenser un kopeck. Je ne suis pas meilleur qu'un autre, mais faut pas abuser. Je suis sorti du film fou de joie. En fait c'est un film de guerre, d'action, et comique. C'est le meilleur film de Ben Stiller. Sur 10 je lui mettrais 1. Le début est bien. Ben Stiller a pour seul mérite de ridiculiser la scientologie en faisant du générique de fin une lap dance maléfique de son plus fidèle et dévoué représentant en la personne de Tob Cruise.  
 
 
Tonnerre sous les Tropiques de Ben Stiller avec Ben Stiller, Jack Black, Robert Downey Jr, Tom Cruise, Steve Coogan, Nick Nolte et Matthew McConaughey (2008)

3 novembre 2008

WALL-E

C'est l'histoire d'un PC qui s'encule un MAC. On m'avait dit que la première demi heure était très audacieuse, presque muette. En réalité le film s'ouvre sur une chanson Walt Disney dégueulasse et poursuit avec une pluie de bruits et de chansons habituelles du genre. Ce soir j'ai eu l'impression d'être dépucelé, et que mon violeur a pris mon globe oculaire pour mon hymen. Avant ce film, j'ai vu Shoah de Claude Lanzmann, qui dure 9 heures, et c'est passé en un battement de cil, surtout en regard du viol sans fin qu'a pu être Wall-e en fin de soirée. Le film est à la fois très réaliste et complètement chimérique (je ne parle pas de Shoah). Je m'explique, le film se veut sans concession dans sa façon de dépeindre son personnage féminin (Ève, prononcez Yves avec l'accent Audois), qui commence par vouloir cramer la gueule à son prétendant puis lui tourne largement le dos avant de finalement lui tomber dans les bras quand il lui offre une plante dans une godasse (le film est-il involontairement réaliste ou volontaire chimérique ?) ; et par opposition, l'animé se veut très nébuleux quant au comportement de son personnage masculin (wall-e, prononcez comme tous les autres connards français qui parlent du film), qui n'a qu'une idée en tête : attraper la poigne de sa dulcinée. Si les personnages étaient humains (suivons jusqu'au bout le processus anthropomorphiste du film), admettons donc qu'il ne reste qu'un seul homme sur terre et qu'une femme new age débarque à l'improviste, notre Dom Juan à la manque n'aurait donc pas perdu une minute (quitte à se faire incendier le crâne par le bras bionique de sa nouvelle égérie) pour lui sauter à la gorge et lui régler son compte (il s'agirait ici encore d'un viol donc)... De quoi méditer pour les gosses du monde entier.




Peut-être que cette vision manichéenne des rapports amoureux (sous forme de guerre des sexes, l'un belliqueux, l'autre le disque dur en surchauffe, et pas ceux que l'on croit), viendrait du fait que les êtres vêtus de baskets blanches et de casquettes à visières opaques à l'effigie de Tenacious D qui écrivent des scripts aussi cons pour Pixar sont des geeks en mal d'amour, et des obsédés du fion. Comme des condamnés de droit commun dessinent des vulves à la craie sur les murs de leur cellule, eux le font sur la toile du net. Ces gens-là sont gavés jours et nuits par des gros sketches pornos ricains bangbros à la mode du site Bigtitsatwork.com. Ils ont des imaginaires d'enfants de 5 ans qui auraient eu une puberté de malades mentaux. Ils voient l'homme avec des yeux d'enfant, et la femme avec des yeux de vieillard moribond sorti tout droit d'une guerre de Corée qui aurait duré 65 ans. À ce titre, ils ne se privent pas pour glisser dans l'image des représentations de bites en veux-tu en voilà, comme cette image sans trucage, qui survient sauvagement à la 33ème minute :


(Suis-je le seul à voir dans cette image au moins deux queues ?)

Mais qui sont ces créateurs qui se régalent de dépeindre le futur cataclysmique de l'humanité, où tous les Hommes sont réduits à des gros lards vautrés dans des fauteuils, incapables de bouger, la tête enfoncée dans leurs écrans d'ordinateurs. Ils nous font un spot manger-bouger tout en dépeignant comme repoussoir leur propre existence diabolique. Au fait, le message écolo signé Gore Al ne passe pas. Pire, il se contredit. D'abord, le film nous fait la promesse (rappelons qu'il s'adresse d'abord aux enfants avant de devenir l’œuvre phare de 2008 de tout un tas d'adultes inquiétants), qu'une fois la planète transformée en gros conteneur à ordures et autres détritus, l'Homme ira faire un tour de l'autre côté du soleil, dans un vaisseau-planète maxi-modèle, en atteignant un niveau intellectuel inespéré (vitesse de la lumière apprivoisée, chaleur du soleil domptée, apesanteur masterisée, robotique pulvérisée, absence d'atmosphère vaincue, ingénierie banalisée, informatique sodomisée, etc.) où il se la coulera douce, vautré dans un fauteuil, comme décrit précédemment, dans un monde où le confort est roi, le travail n'est plus, les conflits n'existent plus. Au prix certes d'un manque total de communication, abrogé précisément par une hyper-présence de moyens de communications, critique ici en demi-teinte d'un phénomène de société actuel et primordial qu'un enfant balaye du bout du coude en réclamant un autre soda. En sus on constatera l'absence (totale ?) de gens de couleur dans ce vaisseau peuplé uniquement d'américains dont on peut penser que leur niveau de vie leur a pas permis d'être sauvés (sélectionnés pour constituer une colonie de repopulation de la planète) au moment du cataclysme. Le plan final, équivalent visuel et sonore d'un gros dégueulis sous forme de zoom arrière, nous rappelle d'ailleurs que Wall-e vit au départ sur le sol des États-Unis, le reste du monde semblant avoir disparu sous un épais nuage vert-de-gris (il est bien connu que les ricains, eux, ceux de la Silicon Valley, ne polluent pas notre monde de merde). Le détenteur d'œil avisé placé au bout d'un canal rétinien guidé par un cerveau non-totalement liquéfié peut certes jeter des objets sur son écran, mais un enfant de CE2, encore une fois, n'a cure de ces éventuelles pistes scénaristiques à demi ébauchées par une bande de bras cassés. Dans le même genre ruez-vous plutôt sur le dernier Shyamalan qui, bien que véritablement pourrave, véhicule le même message avec un poil plus d'habileté. Pour qu'on en vienne à conseiller ça...



Au-delà du réel de ces considérations que certains jugeront inopportunes, le film est en plongée sous-marine, se noie dans les goofs, se prend les pieds dans d'innombrables traquenards et nous immerge dans un ennui de chaque instant. Cette fameuse ouverture de 30 minutes, soi disant muette ou tout au moins audacieuse, la survivance de l'esprit de Buster Keaton dans le cinéma contemporain à en croire la critique, est un clip lamentable. Montrez-là à vos gosses, et s'ils tiennent le crachoir à l'écran de votre télévision sans toucher à la télécommande pour passer sur le clasico OM-VA du soir, préférant attendre fiévreusement la suite de ce navet pixelisé la bave aux lèvres et les mains dans le dos, alors dites-vous bien qu'ils sont prêts à endurer l'intégrale Tarkovski, et si tel est le cas, vos enfants sont des putains de prodiges ! Des freaks de première ! Remerciez le Seigneur. Où sont les débuts réellement accrocheurs des films de notre enfance ? Où sont les scènes d'ouverture telles celle de Qui veut la peau de Roger Rabbit, mise en abîme frauduleuse et riche de sens pour les moutards que nous fûmes. C'est grâce à cela que nous sommes devenus ce que nous sommes, bon sang ! En voilà des manières de commencer à bander, d'apprendre à triquer. Comment voulez-vous qu'un gosse chope le marbre devant Ève et sa copine Wall-e ? Tout ce que ces films inculqueront aux gosses d'aujourd'hui c'est le début d'une conscience politique misérable, l'envie de voter Dominique Voynet et un goût douteux pour le spectacle le plus nerveux et abrutissant possible.



Blague à part, ce film m'a sapé le moral. Il m'a ramené à un des plus tristes épisodes de mon enfance passée derrière les wagons, à repeindre les trains. J'avais un chat à l'époque, nommé Matou. Je m'étais fait de sa personne mon plus fidèle ami. Un matin, en nettoyant les chiottes d'un TEOZ, j'ai trébuché dans mon chat qui avait pris une allure fort cubique. Il avait dû se coincer quelque part, ou se faire compresser Dieu sait où. Le mystère est intact. Comment s'est-il retrouvé compacté en cube parfait et solide, avec une boîte de conserve à jamais unie à son petit corps, et une capsule de bouteille de bière plantée entre les deux yeux à la mode hindoue ? Je n'ai jamais percé le secret de cette mort sans pareille, mais j'ai chialé tous mes morts en matant Wall-e, lui et sa manie de merde de faire des cubes compacts d'ordures et de déchets. Matou était tout sauf un détritus.


WALL-E de Andrew Stanton (2008)