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29 août 2016

Sir ! Yes Sir ! - Les meilleurs sergents-instructeurs




Je vous propose, sans aucune raison particulière (sinon que le service militaire risque de revenir à la mode dans les années qui viennent), un petit tour d’horizon, non-exhaustif, d’une figure récurrente du cinéma, et plus particulièrement du cinéma américain : le sergent-instructeur. Je ne sais pas si je suis seul dans ce cas, mais j’ai beaucoup d’affection pour ce personnage. Il ne doit pourtant pas exister beaucoup de catégories socio-professionnelles auxquelles j’aimerais moins avoir affaire. Cependant, je l’avoue, quand j’ai eu à me rendre au Pôle Emploi, je me suis fabriqué un profil de garde-chiourme sans pitié, de maton homophobe, dans l’espoir qu’on me propose un poste de sergent-instructeur et de pouvoir ensuite aller fouetter des culs en portant un chapeau vert. Tout ça grâce au cinéma et à quelques films bien précis. J’ai un faible, un gros faible, je vous le dis, pour les sergents-instructeurs de tous poils. Aussi, voici un classement des 10 meilleurs sergents instructeurs au cinéma selon moi.



10
 
Thuram et Zizou en plein échauffement à Bellefontaine ? Non Gossett Jr. et Richard Gere, qui s'est mis au yoga sur ce tournage.

A la 10ème place, le Sergent Emil Foley, interprété par Louis Gossett Jr., dans le médiocre Officiers et gentleman de Taylor Hackford. Gossett Jr. y mène la vie dure à Richard Gere, fils d'un sous-officier de marine alcoolique et putanier. Le bellâtre aux yeux d'oriental, sosie officiel de Zizou et horrible comédien, vient de s'inscrire sur les listes de l'armée pour devenir aviateur. Tout du long, Foley en fait baver à Dick Gere, jusqu'à ce que ce dernier en perde son bouddhisme et que les deux hommes s'affrontent sur un tatami, tout nus, dans un corps-à-corps troublant. D'autant plus troublant qu'en ce qui me concerne la véritable figure mémorable de ce film (qui ne l'est pas pour un dinar, mémorable) reste plutôt celle de la jolie Debra Winger, compagne de Gere et véritable bouffée d'air frais entre deux parcours du combattant et autres sauts de haies avec feu de barrage à balles réelles.


La belle Debra Winger, délaissée pour un grand noir avec une chaussure blonde...



9

La 9ème place revient à Warren Oates dans la faiblarde comédie signée Ivan Reitman en 1982, Les Bleus, avec Bill Murray et Harold Ramis. C'était la toute fin de carrière du grand Warren, qui comme son ami Peckinpah n'avait sans doute pas sa place dans les années 80. Il est assez effacé dans son rôle de sergent-instructeur sur le retour un rien grognon, taquiné par ces sales gosses de Muray et Ramis, qui se sont engagés pour parer leur ennui et quitter une vie d'échecs multiples et variés (l'intro évoque très vite fait celle de Dumb & Dumber). A moins que ce soit le script qui batte de l'aile. Quoi qu'il en soit, Warren, au final, prendra parti pour ses bêtes noires, en pseudo-père de substitution, partant les tirer des griffes communistes où ils se sont égarés par bêtise. Belle époque, dite "classique", du cinoche ricain !


Warren Oates incarne Hulka, un sergent-instructeur trop cool pour porter pareil blaze.



8

Le sergent Zim, incarné par Clancy Brown, n'est pas le personnage le plus mémorable de Starship Troopers, malgré ses méthodes originales et bon enfant (par exemple quand il transperce la main d'un de ses novices avec un jet de couteau sublime pour lui donner une leçon de modestie), et malgré toute l'estime que semble lui porter Paul Verhoeven, qui le laisse mystérieusement disparaître du film (telle Lea Massari dans L'Avventura, hommage évident) au moment où les personnages principaux ont terminé leur stage d'entraînement et foncent attaquer les Arachnides, pour le faire revenir en grande star inattendue dans un finale en fanfare : engagé comme simple soldat, c'est lui qui parvient à capturer le cerveau ennemi (une grosse couille gluante) dans une grotte de la planète P. Néanmoins, ce comeback délirant paraît un peu forcé et marque moins les esprits que celui de Jean Rasczak (Michael Ironside), professeur d'arts plastiques un rien prosélyte dans la première partie du film, reconverti meneur intraitable des Francs-Tireurs dans la deuxième.


 Le sergent Zim, grand pédagogue, a lui-même lancé ce couteau à beurre sur son élève.



7

Changeons de registre avec un sergent-instructeur aux antipodes de la figure autoritaire dessinée par Verhoeven : le sergent Cass d’Opération Shakespeare, rôle tenu par le mémorable Gregory Hines, un beau noir moustachu (morphotype idéal du sergent-instructeur, comme cet article tend à le prouver). Le sergent Cass est emblématique de l’autre grande catégorie de sergents-instructeurs, les grandes gueules au grand cœur. Cass commence par casser les couilles de Danny DeVito, prof de littérature improvisé dans une caserne, bien décidé à faire entrer Shakespeare dans la tronche des gosses des cités venus apprendre le pas de l'oie. A la fin du film, le sergent Cass, avec ses yeux de clebs battu, finit quasiment en larmes, sous la pluie et sous son chapeau de scout, planté là parmi la bleusaille (dont Marc Whalberg dans le rôle d'un demi-demeuré) à écouter un soldat lui réciter la plus belle tirade du Henry V de Shakespeare, celle de la St Crépin (« Encore une fois sur la brèche, mes amis… »). Bouleversant.


Avec une gueule d'amour pareille, Gregory Hines ne pouvait pas tenir son rôle d'enflure bien longtemps. Ce type-là aime forcément la littérature.



6

Il ne s'agit peut-être pas à proprement parler d'un sergent-instructeur, puisqu'il est adjudant-chef, mais il tient quand même un rôle assez similaire. Il s'agit de l'adjudant-chef Picard (François Darbon, Darbon qui sera d'ailleurs dans le film le nom de la fiancée d'Antoine Doinel, Christine Darbon). Il apparaît brièvement au tout début de Baisers volés, unique film non-américain de la liste. Doinel sort du trou, convoqué par Picard, qui termine une entrevue avec ses hommes où il leur recommande de manipuler leur arme avec délicatesse (c'est comme les femmes, "on leur met pas tout de suite la main au cul"). S'ensuit un dialogue savoureux, où Picard compare Doinel au chien de Nivelle, "celui qui fout le camp quand on l'appelle", et le renvoie à la vie civile avec des piques bienveillantes qui font sourire un Jean-Pierre Léaud muet et aussi rieur, mais plus couillon, que dans Les 400 coups ou Antoine et Colette.


 François Darbon, paysan dans Le Caporal épinglé de Renoir, adjudant-chef chez Truffaut.



5

Le plus célèbre, celui qui vient à l’esprit de chacun quand on parle de sergent-instructeur et de cinéma, l’incontournable Gunnery Sergeant Hartman (Ronald Lee Ermey) de Full Metal Jacket est appelé à la barre des enculés. Il est l'incarnation pure et dure du taré militaire, de la teigne en uniforme, du formateur jobard qui file des surnoms humiliants, dresse les futures recrues les unes contre les autres, forme plus des assassins que des fantassins, hurle des horreurs sur ses bleus et les torture quotidiennement avec un plaisir non-dissimulé avant de retourner coucher avec son fusil-mitrailleur. Le chapeau posé sur les sourcils, Ronald Lee Ermey vocifère sur sa bleusaille à chaque fois qu'il apparaît, comme M. Massol, mon prof de physique-chimie en classe de Terminale L. Kubrick, en forçant le trait pour tendre vers une rigoureuse caricature du personnage, a sans doute visé assez juste, et nous a quoi qu’il en soit livré une référence, le portrait le plus terrible mais le plus mémorable du sergent-instructeur type.


Soit son pantalon de pyjama kaki est un taille haute, soit Ronald Lee Ermey rivalise avec Titi Henry dans la catégorie des prétendants au surnom de "Cobra".



4

Quelques films nous ont ceci dit offert des sergents-instructeurs plus fréquentables, de ceux dont on se délecte encore et encore, et sans se lasser. Par exemple le sergent-instructeur de Hot Shots !, « Red » Herring, incarné par Bruce A. Young, parodie de la parodie de sergent-instructeur fournie par Kubrick quatre ans plus tôt. Malheureusement peu présent dans la célèbre comédie menée par Charlie Sheen, Valeria Golino et Cary Elwes, Bruce A. Young l’illumine néanmoins par une performance inoubliable. Sa seule apparition consiste à entrer dans le dortoir des jeunes pilotes en hurlant des tas de trucs plus ou moins débiles, émaillés de répliques cinglantes, dont un « Sors les pectoraux ! » lancé à la blonde de l’équipe, au garde-à-vous en soutien-gorge, ou encore le génial : « Tu ferais mieux de pas signer le chèque si t’as pas le fric en caisse ! ». Je cite notre homme en français pour la bonne raison que c’était encore l’époque où les traducteurs et les doubleurs y mettaient du cœur, y compris avec un accent "noir" douteux, et où la VF avait du bon pour ce genre de film.


Ce qui accapare mon regard ici consiste en deux obus proéminents et fièrement rebondis, qui se situent dans le coin inférieur gauche de l'image.



3
En 3, le génial Lt. Thaddeus Harris, instructeur de Police Academy interprété par le non moins génial G.W. Bailey. La peau de vache par excellence, qui déteste toutes ses recrues sans exception et se fait un plaisir de les pousser vers la sortie en leur rendant la vie impossible. Notamment à coups d'injures qui révèlent chez lui une forme de génie. Quand il accompagne les bleus dans les dortoirs, Harris s'en donne à cœur joie, et son chouette doubleur avec. Après avoir gueulé son classique "Plus vite ! plus vite !", il chantonne : "Nous devons trouver à ces chers petits merdeux un endroit pour dormir !", et il vient juste de finir sa mélodie, et personne n'a répondu, qu'il enchaîne déjà : "Vous feriez mieux d'écouter au lieu de ramener votre fraise, bande de connards !" Une fois qu'il a attribué une chambre à Mahoney, le personnage principal, il continue : "Tous les autres pédés, venez avec moi !" C'est tellement gratuit, laid, et dit avec le cœur qu'on aimerait être dans la bande. Idem un peu plus tard : "Vous faites partie de la section F., F. comme Fumiers. Quand je dis "Hey, les fumiers", vous comprenez que c'est vous". Un discours à retenir pour tous les profs qui débutent. Harris finit le film la tête tanquée dans le trou de balle d'un cheval et il en sort grandi. Sacré mec.


Le Lt. Harris, génie de l'insulte.



2

Mais le Drill Sergeant de Forrest Gump marque aussi des points dans la catégorie des sergents-instructeurs ultra grossiers, d'autant que lui se veut sympathique. Il faut dire que, dans le film de Robert Zemeckis, le rôle du supérieur irascible et vociférant est confié au conducteur du bus de l’armée (Kenneth Bevington), qui, quand Forrest Gump lui donne son nom avant d’aller s’asseoir, comme il avait l’habitude de le faire dans le bus de l’école, se met sans prévenir à lui hurler dessus : « Tout le monde s’en tape le coquillart de ton blase, couille molle ! T’es même pas digne de me lécher mes bottes de merde ! Gare tes grosses miches de tantouse dans ce bus, tu es à l’armée maintenant ! ». A noter que l’ultra-violence de ce propos homophobe littéralement hurlé, poussé le cou en avant par un chauffeur sur-énervé, chauffé à blanc sans raison apparente, vers la nouvelle recrue Gump, est multipliée par deux via les gouttes d’eau que projettent les essuies-glaces du bus et qui semblent sortir de la bouche du type, comme autant de postillons énormes. Sans doute la plus grande idée de mise en scène de toute la filmographie de Bob Zemeckis. 


Moustache ? Pas moustache ? Impossible à dire. Le sergent-instructeur de Forrest Gump est toujours filmé à contre-jour, ou dans la pénombre, ou les deux, de telle sorte qu'il constitue un trou noir dans l'image, d'où n'émanent que des paroles d'amour hurlées sur son 1ère classe préféré.

La part de débilité militaire (pléonasme ?) étant entièrement et fièrement assumée par le chauffeur du car, le véritable sergent instructeur du film, interprété par le magnifiquement nommé Afemo Omilami, peut quant à lui se montrer parfaitement agréable, et même encourageant. Mais tout le génie de ce personnage, c’est de prendre le parfait contrepied de son rôle tout en le tenant sans faillir : il hurle, mais pour louer les talents de sa nouvelle recrue. C’est ce qui en fait l’un des meilleurs sergents-instructeurs de l’histoire du cinéma. Il faut voir ce type (encore une fois trop vite évacué du film alors qu’il en est la principale attraction) s’émerveiller des réponses débiles de Gump (qu'il invective toujours en gueulant : "GUUUUUUUUMP") à des questions au moins aussi débiles. Quand on lui demande pourquoi il a remonté son arme aussi vite, question faramineusement conne au départ, le soldat répond, tout penaud, « Parce que vous me l’avez demandé sergent-instructeur », et l’autre de trouver ça putain de brillant. Le génie d’Afemo Omilami tient dans cette scène. Il promet au deuxième classe Gump qu’il sera général un jour, le traite de génie et mise sur un QI de 160, le tout en lui gueulant au visage comme si l’autre lui avait chié dans les pompes. C’est là toute la noblesse des meilleurs sergents-instructeurs, et je crois sincèrement que tout bon film devrait en compter au moins un dans son casting. Imaginez un personnage de sergent-instructeur dans Shakespeare in Luv.



1

En numéro 1, un autre sergent-instructeur assez colérique mais très drôle, l’inégalable Sergent Apone, sous les traits d’Al Matthews. Il n’est pas qu’un sergent-instructeur d’ailleurs, c’est aussi un vrai sergent sur le terrain, mais il tient son rôle à la perfection dans le Aliens de James Cameron. Noir et moustachu, comme Louis Gossett Jr., Gregory Hines, Bruce A. Young et Afemo Omilami, Al Matthews jouit lui aussi d’un doublage au poil, et disparaît également trop vite de l’écran, massacré par un alien particulièrement détestable dès la première escarmouche du film. Mais le sergent Apone a quand même eu le temps de nous faire rêver avant de crever, et ce dès sa première apparition, quand les capsules d’hyper-sommeil du vaisseau de guerre Sulaco s’ouvrent pour nous présenter tour à tour les différents membres du commando de marines. Apone, à peine réveillé, enfourne un cigare sous sa moustache et au moins jusqu’à sa glotte, puis nous gratifie d’un discours savoureux : « Alors mes cailles vous attendez quoi ? Votre café au pieu ? Encore une jolie journée de soleil ! Être dans les marines c'est comme des vacances à la ferme, chaque repas est un banquet, chaque fin de mois, on est millionnaire, chaque corvée est une partie de plaisir ». Et quand Hudson (l’indispensable Bill Paxton), mettant le pied au sol, se plaint du froid, Apone conclut l’échange en tirant le dessous de sa paupière avec son index : « Regarde-moi dans l’oeil ! ». Ca n’a l’air de rien comme ça, mais c’est du grand numéro d’acteur.



Le sergent Apone dans toute sa splendeur. Je me suis mis à fumer le cigare après avoir vu le film pour la première fois, vers 7 ans.

Le sergent-instructeur est aussi un homme de discours, c’est lui qui doit motiver les troupes avant la bataille, et Apone est un modèle du genre, notamment à chaque fois qu’il s’en prend à Hudson (« Ta gueule Hudson »). On se rappelle aussi de ce moment magique où Ripley (Sigourney Weaver) lui demande s’il y a quelque chose qu’elle peut faire, et où il répond, presque sans lui laisser le temps de terminer sa phrase : « Y’a quelque chose que vous savez faire ? ». Le doubleur mérite à lui seul un Oscar. Quand la jeune femme lui prouve qu’elle sait manipuler un robot de charge et lui demande où elle doit mettre une roquette, Apone lui répond de sa voix rugueuse et sur ce ton rigolard inimitable en avalant quasiment tout son cigare. Grâce aux quelques courtes scènes marquées par la prestation d’Al Matthews, et presque exclusivement grâce à elles (disons grâce à son tandem avec Bill Paxton), Aliens a fini par devenir une comédie à mes yeux, une armored-car-comédie, un véritable chef-d’œuvre.


Officiers et Gentleman de Taylor Hackford avec Louis Gossett Jr. (1982)
Les Bleus d'Ivan Reitman avec Warren Oates (1981)
Starship Troopers de Paul Verhoeven avec Clancy Brown (1998)
Opération Shakespeare de Penny Marshall avec Gregory Hines (1994)
Baisers volés de François Truffaut avec François Darbon (1968)
Full Metal Jacket de Stanley Kubrick avec Ronald Lee Ermey (1987)
Hot Shots ! de Jim Abrahams avec Bruce A. Young (1991)
Police Academy de Hugh Wilson avec G. W. Bailey (1984)
Forrest Gump de Robert Zemeckis avec Afemo Omilami (1994)
Aliens de James Cameron avec Al Matthews (1986)

17 septembre 2015

Last Days of Summer

A la sortie de Young Adult, nous faisions un petit point autobiographique pour avouer que notre plus grand regret dans la vie est sans doute d'être au rendez-vous à chaque sortie d'un nouveau film signé Jason Reitman. Après avoir vu Labor Day puis Men, Women & Children à quelques jours d'intervalle, on se dit que la malédiction est tenace, que nous sommes condamnés, tels des Prométhée modernes, à vivre une vie jalonnée par l’œuvre de Jason Reitman. On se pose alors la question du libre arbitre. A quel point sommes-nous maîtres de notre propre destin ? Et surtout, tout bêtement, comment choisissons-nous les films qu'on regarde ?... Car pour rappel Jason Reitman est... comment le traiter d'enfant de salaud poliment, et alors que son père Evan Reitman (auteur de Jumeaux, avec De Vito et Schwarzy, mais aussi de SOS Fantômes 1 et 2) nous a quelques fois fait marrer ?




Jason Reitman nous l'a faite à l'envers une fois encore. Suite à l'échec commercial inattendu de Labor Day, l'homme est allé présenter ses excuses publiques auprès d'un parterre de commerçants ambulants sur le marché de St Aubin. Et pourtant ce mélo minable pour mamans, inoffensif et scolaire, est son meilleur film, d'assez loin. On vous conseille aussi de le mater d'assez loin, avec un petit bouquin à portée de main, la sono à fond, une immense baie vitrée face à vous, offrant le spectacle d'un grand paysage dans lequel se perdre, et le vieux chocolat chaud à l'ancienne, épais comme du cambouis, disposé sur la tablette non loin, qu'on peut attraper juste en tendant le bras, ainsi que les galettes bretonnes au beurre demi-sel qui fondent dans le lait sans se désagréger ni éponger toute la tasse en un seul voyage. Dans ces conditions-là, on peut sans doute passer un super moment devant Labor Day, ou d'ailleurs devant n'importe quel navet. C'est plutôt les traducteurs français qui auraient dû s'excuser, car le titre original, "Fête du travail", autrement dit "1er mai", est légèrement trahi par le titre "français" : Last Days of Summer, aka "Derniers jours d'août". 




L'affiche, qui entretient un amalgame pernicieux avec les Noces Rebelles de Sam Mendes, met en avant Kate Winslet, les mains plongées dans la farine, et, collé à son dos, Josh Brownie, préparant sans doute un sacré brolin. C'est un clin d’œil à la scène clé du film, largement commentée sur les réseaux sociaux, où Kate Winslet et le taulard qui lui redonne goût à la vie concrétisent la nouvelle famille qu'ils forment avec le larbin de Winslet, âgé de 14 ans, en se lançant dans une production industrielle de brownies. C'est un travail à la chaîne que nous dépeint Reitman, suivant les grands préceptes de John Ford et son fameux "fordisme", chacun a sa tâche, chacun se spécialise dans un artisanat, dans un savoir-faire, un geste. A sauver dans tout ça, une assez jolie scène où les personnages vont faire les courses en famille. Seul bémol, Josh Brolin n'est pas tout à fait tranquille, de par son passif d'ancien taulard : il a sa liste, il s'y tient, mais il zone dans les rayons sa casquette vissée sur le crâne pour passer incognito sous les caméras de surveillance, et il semble très très anxieux. Sans ce détail, cette scène serait vraiment une belle scène de courses.




C'est le genre de scène qu'on regarde avec bonheur si on n'a pas fait les courses depuis un bail. La scène qu'on mate en faisant soi-même sa liste, et pour une fois on notera de changer l'ampoule grillée de l'entrée de notre T1, morte depuis un bail, et qui a fait dire à nos parents, lors de leur première visite de l'appart, le jour de l'état des lieux : "C'est cool, t'as donc une cave, t'es dans les bonnes conditions pour réussir ton année à l'université, pour tout péter à la fac, t'as un bon lieu de travail, ici". Mais aussi les sacs congélation ! Ces foutus sacs congélation qu'on oublie à chaque fois, et qui seraient bien utiles pour se débarrasser des plats qu'on a laissé pourrir sur notre comptoir américain, ainsi que du chat du voisin. On pense même à rajouter un ultime tiret sur la liste pour la petite touche légumineuse : le petit corbac (c'est comme ça qu'on appelle les cornichons) qui te sauve une tartine de pâté un peu fade et qui permet de respecter la règle des cinq ou six fruits et légumes par jour, vu que tu te fais cinq ou six corbacs par jour. Les petits aigre-doux de chez Amora, ils sont bons... Ils rappellent le goût du Big Mac, la grosse tranche de lard du Big Mac. Mieux, si y'a des Malossol au Liddl, ça te fait un repas complet. Quand on a appris que le corbac était une petite courgette, gros big up pour la courgette dans notre cœur (on savait pas que ça pouvait être si bon ! Pourquoi diable les faire vieillir ?). Bref, Jason Reitman a au moins le mérite de nous remplir le frigo.




A la fin du film le spectateur n'est pas malheureux que les amants se retrouvent. On se dit : "tant mieux pour eux", et c'est bien le signe que tout cela fonctionne à peu près. On aurait aimé consacrer le dernier paraphet à établir une relation de causalité entre ce film et deux autres longs métrages contemporains, issus du même pays (beaucoup de points communs donc), à savoir Joe et Mud. Mais en dehors du gamin obnubilé par une vieux taulard, très peu de rapports... Ça se passe l'été le plus souvent... On trouve un pistolet au moins dans chaque film, mais ça marche pour tous les autres films ricains... On va peut-être changer de paragraphe du coup. C'est une piste, vous nous voyez contents de l'ouvrir (nous sommes pionniers sur cette approche analytique du film), on est les premiers à nommer cette mouvance (peut-on parler de mouvance ?), à pointer du doigt ce phénomène, on sera ravis si on finit en note de bas de page à la fin DU mémoire de master 1 qui sera consacré à ce sujet en 2168, quand l'étudiant de base inscrit en fac de socio car refusé en fac de ciné suite à la mise en place d'un numerus closus impliqué par la réduction des budgets de l'université aura eu le recul suffisant pour se rendre compte de ce lien qu'on pointait déjà un siècle avant lui, presque deux siècles...




Le mea culpa de Jason Reitman, qui avait signé un film propre sur lui, mauvais mais appliqué, tel un cancre qui sue sur sa rédac de fin d'année pour dérocher enfin une note non-négative, ce mea culpa est d'autant plus triste et incompréhensible qu'il range automatiquement Jason Reitman dans la catégorie des fumiers pur jus. Défendre son film contre vents et marées ? Assumer un peu ce qu'on vient de chier ? Non... Pas quand on n'a pas de roustons... Autant directement chialer et lécher le sol devant quelques maraîchers qui n'ont rien demandé. Reitman ne doit pas être au courant que, dans l'histoire du ciné, une poignée de films sympas n'ont pas reçu l'accueil escompté et mérité. Exemple : Titanic, que l'on est à peine en train de remettre à sa place d'assez bon film. Idem pour Autant en emporte le vent qui, malgré un petit coup de pouce de l'Académie des Oscars, n'a pas marché, et qui finalement a eu droit à sa petite édition collector, puis à son bluray... Certains malins ont flairé un public potentiel pour ce truc, surfant sur la vague Obama pour sortir le film de l'oubli.




Après cet échec très mal vécu par Jason Reitman, qui affirme avoir passé une après-midi entière dans sa chambre, coupé du monde, la porte fermée à clé de l'extérieur, avec l'intégrale de Leonard Cohen en boucle sur son Itunes, le cinéaste avait à cœur d'enchaîner très très vite avec un sujet qui l'obsédait, à savoir le médium qui nous permet de suivre sa carrière de si près : internet. 


Last Days of Summer (Labor Day) de Jason Reitman avec Josh Brolin et Kate Winslet (2014) 

27 mars 2012

Young Adult

J'ai 26 ans. Je ne pratique aucune activité sportive. Quand je monte les escaliers pour me rendre à mon appartement situé au 2ème étage, je suis essoufflé. Je ne parviens plus à digérer le lait, je bois donc du lait écrémé, sans saveur, et mes céréales en pâtissent. Je perds mes cheveux, je serai chauve d'ici 4 ou 5 ans. J'ai naturellement mauvaise haleine, "un truc de ouf". Je ne sais jouer d'aucun instrument de musique. Je ne sais à peu près rien faire de mes 10 doigts. Je suis au chômage et je n'ai aucune perspective d'embauche. Je suis sujet au stress et aux migraines. J'ai régulièrement des aphtes, une peau à problème, des pellicules. J'ai obtenu mon permis de conduire au bout de la troisième fois. Je prends des capsules d'Omega 3, une le matin, une le soir, en pensant que cela peut me rendre plus intelligent, moins anxieux, mais cela participe surtout à mon haleine terrible, où la vieille morue côtoie le maquereau faisandé.




Mais pire encore, j'ai vu tous les longs métrages de Jason Reitman et tous les films tirés de scénarios signés Diablo Cody. Tous. Juno, In the Air, Thank you for Smoking, Jennifer's Body... Ne cherchez pas, je les ai tous vus. Tous les Diabolo Cody, tous les Ivan Reitman Jr. Tous vus. Il fallait que ça sorte, je suis désolé, mon but n'était pas de vous porter un tel coup au moral. Ayez pitié de moi. Je mérite le fouet. Je me suis même envoyé Bliss, l'affreux film de Drew Barrymore où Ellen Page apprenait à faire du patin à roulettes dans un remake déguisé, sans énergie et soi-disant féministe du très sympathique Rollerball. J'étais persuadé que ce film était lui aussi issu de l'imagination putride de la triste Diablo Cody tant il ressemble comme deux gouttes d'eau à tous ces autres films indé épouvantables et diablocodiques. On y retrouve en effet la même nostalgie dégueulasse, la même Ellen Page, le même amour déplacé pour les geeks, les mêmes t-shirts "mignons", le même culte voué à la radio-cassette, les mêmes personnages "décalés", la même zik insupportable, etc. Et je viens donc de regarder le petit dernier, Young Adult, attiré par la présence en tête d'affiche de l'agréable Charlize Theron, dans la peau d'une adulescente de 37 ans tout bonnement pitoyable, refusant de mûrir et restée coincée au lycée. Mêmes ingrédients, même recette. C'est du pur Reitman-Cody. Ce film est la somme de leurs talents, c'est à dire qu'il n'est rien.


Young Adult de Jason Reitman avec Charlize Theron et Patrick Wilson, écrit par Diablo Cody (2012)

4 août 2008

Six jours sept nuits

Un jeune couple absolument amoureux, Robin Monroe (Anne Heche) et Frank Martin (David Schwimmer), décide de partir six jours et sept nuits en voyage sur une île paradisiaque afin d'oublier le travail. À peine arrivée, Robin est appelée par son patron pour aller reprendre son taff sur une île assez proche d'où elle se trouve : Tahiti. Elle hésite longuement puisque Frank vient juste de la demander en mariage et qu'elle a légitimement peur de sa réaction à l'annonce d'un départ en solo pour le boulot signifiant la mort prématurée de leurs vacances. Mais elle finit par accepter sous la pression de son patron. Elle va donc chez Quinn Harris (Harrison Ford), le pilote qui les a amenés sur l'île dans son vieux carlingue pourri, afin de lui demander un petit service : la conduire par les airs à Tahiti. Le vieil homme plus séduisant que jamais accepte de l'amener en échange de 700 dollars. Il dit à Robin : "Je veux 700 dols". Robin accepte donc de se délester de la totalité de son compte en banque et les voilà partis.



Quelques temps après le départ, et tandis qu'un orage se prépare, Quinn et Robin sont contraints et forcés de faire demi-tour, mais, pris de court par la tempête, ils doivent atterrir d'urgence sur une île déserte minuscule et sauvage. C'est là que commence le film. Cette aventure naissante ne fera qu'accumuler des péripéties plus folles les unes que les autres et ne sera au bout du compte qu'un prétexte pour montrer les deux protagonistes se prendre le bec sans fin. Jusqu'à ce que, sans crier gare, Harisson Ford se propulse en avant vers Anne Heche, la plaque au sol, et la baise à sec contre un tronc d'arbre tombé là fort à propos durant l'ouragan. Point d'adultère ici puisque Frank, le futur époux de Robin, qui aura passé une grosse heure à se morfondre en imaginant sa femme qu'il aime dans les bras du vieux pilote (ce qui se déroule effectivement en montage alterné dans des plans salaces qui défient tout bon sens), finit, pris de désespoir au bout d'une heure et quart, par troncher la petite-amie occasionnelle de Quinn, originaire des Maldives et restée près de lui sur l'île paradisiaque des vacances.



L'histoire se résume donc à deux couples créés par la tempête. Une sorte de rectangle amoureux sur deux îles désertes. Le couple du début du film, qui s'aimait follement, s'effiloche sous nos yeux tandis qu'Anne Heche prodigue à Harrison Ford la première fellation sans filets, plein écran, de l'histoire d'Hollywood, dans un avion dépourvu de train d'atterrissage, tandis que le montage alterné, procédé cinématographique si cher à Ivan Reitman, nous montre David Schwimmer sirotant un martini sec, allongé sur un transat en bord de piscine, les panards en éventail devant une lapdance bien rythmée qu'effectue devant lui et contre rémunération une thaïlandaise probablement mineure. Oubliez l'austère blowjob que Chloë Sevigny prodiguait à Vincent Gallo dans The Brown Bunny, on est ici dans devant une débauche de passion et d'envie ! Bref, c'est l'histoire d'amours naissantes entre un touriste et une prostituée infantile d'une part, et entre deux naufragés coincés sur une île déserte qu'un paysage hostile et des trafiquants de drogue armés jusqu'aux dents amèneront tout naturellement à se rapprocher pour un final amoureux tout en apothéose, d'autre part. À noter pour les fans que l'émission de télé-réalité intitulée "L'île de la tentation" est l'adaptation télévisée de ce long métrage d'Ivan Reitman. Ce film m'a fatigué, et le critiquer m'a fatigué aussi. J'ai comme une mauvaise habitude, un vice, une manie un peu encombrante, qui consiste à voir des films de cul là où y'en a pas, mais quand Hollywood se met à faire du porno grand public, j'ai plus le choix, et je peux que choper la perche au vol. C'est ce que j'ai fait, mais ça m'a fatigué.

Déjà que perso il me faut entre six jours et sept nuits pour arriver au bout d'une simple seigue...


Six jours sept nuits de Ivan Reitman avec Harrison Ford, David Schwimmer et Anne Heche (1998)