14 août 2008

Smart People

Vous connaissez le jeu vidéo Sims ? Parce que moi je viens juste de mater l'adaptation ciné, et je n'étais pas du tout au courant qu'il en existait une. J'aurai toutefois pu m'en douter, à la vue de l'affiche du film qui plagie la pochette du jeu. Pour vous mettre au parfum rapidement, sachez que les Sims c'est un incontournable du domaine vidéo-ludique. C'est carrément l'un des jeux vidéos préférés des 8-12 ans. Il consiste à gérer une famille, du matin jusqu'au soir ; il s'agit d'organiser tant bien que mal la vie quotidienne de personnages que nous avons nous-mêmes créés. C'est rudement bien trouvé comme principe. C'est donc un jeu de qualité et son succès immense en est la preuve. Mais l'adapter au cinéma, c'était risqué ! Car s'il peut être parfois amusant de jouer à Sims, il est plutôt ennuyeux de regarder quelqu'un y jouer pendant 2 heures sans pouvoir dire un mot...




Derrière le titre Smart People se cache donc l'adaptation du jeu Sims, le premier film signé EA Sports. Son scénario se résume donc au quotidien d'une famille pendant environ un an. Une famille américaine monoparentale et recomposée où, en début de partie, l'ambiance et le moral ne sont pas au beau fixe.




Comme dans le jeu, les personnages ont chacun des objectifs et des aspirations propres. Le père est prof de lettres à l'université, mais il n'est pas épanoui dans son travail, il fout des sales notes à tous ses élèves et envoie tout le monde balader. Dennis Quaid le joue impeccablement, sans doute parce qu'il était effectivement d'une sale humeur dès qu'il devait foutre les pieds sur le plateau pour les besoins d'un film dont il n'avait pas lu le scénario car il n'avait pas su l'installer sur son PC. Son personnage aspire à une certaine reconnaissance professionnelle, mais il aimerait surtout trouver un nouvel amour pour définitivement faire le deuil de sa femme. Sa fille, une adolescente de 17 ans qui a les traits délicats d'Ellen Page, n'est pas très heureuse non plus et noie sa détresse silencieuse dans ses études. Son but est avant tout de surmonter ses peines mais aussi de réussir à l'école afin d'être prise dans une bonne université l'année suivante. Quant à l'oncle, interprété sans souci par un Thomas Haden Church en mode pilotage automatique, il s'agit d'une sorte de bug du jeu. Le personnage a été mal conçu. L'erreur s'est sans doute produite au moment même de sa création. Je le sais car cela m'est moi-même arrivé plein de fois quand je jouais à Sims. Je m'amusais à créer des individus aux caractères anormaux, antisociaux, totalement saugrenus, juste pour rigoler et les voir faire n'importe quoi. A la longue, ces individus s'avéraient injouables car beaucoup trop abrutis, alors je les supprimais et je recommençais une partie. Ici c'est plus embêtant, car la partie est filmée, et sauvegardée sous le titre présomptueux de "Smart People". Mais paradoxalement, ce personnage original nous offre les moments les plus intéressants du film, comme par exemple quand il tente de violer sa nièce en la faisant boire ou qu'on le voit pioncer à poil dans son hamak, dehors, en plein hiver.




A part ça, le film ne surprend à aucun moment : les objectifs des personnages seront évidemment atteints, ce qui aura le seul effet positif de mettre en terme à la partie et de libérer le spectateur de son ennui. Toutefois, en tant qu'adaptation d'un jeu vidéo, il faut bien reconnaître que Smart People se positionne sans difficulté dans le peloton de tête, très loin devant les Tomb Raider, Street Fighter, Mortal Kombat, Super Mario Bros et autres Indiana Jones 4.


Smart People de Noam Murro avec Dennis Quaid, Ellen Page et Thomas Haden Church (2008)

10 août 2008

Ratatouille

Voila qui va peut-être en étonner certains mais j'ai adoré Ratatouille. Je n'ai vu que la bande-annonce du film sur Youtube et Dailymotion, mais il faut dire qu'elle est tellement représentative du film que j'ai le sentiment de l'avoir vu, d'en avoir vu un condensé génial, un compte rendu parfait, un glossaire idéal, un best-of coolos. En fait, je dois bien le dire, j'ai surtout aimé Ratatouille parce qu'il est super bien foutu, et de plus, il m'a fait penser à mon job. J'aime beaucoup les films d'animation et je les aime beaucoup plus quand ils sont estampillés Pixar, alors quand j'ai su que le nouveau long métrage Pixar allait se dérouler dans une cuisine gastronomique, je dois bien avouer que j'attendais de voir ça avec une certaine impatience. Pourquoi ? Parce que je suis cuistot.



Ratatouille fait malheureusement aussi partie des films estampillés "Cérémonie des Césars", et sauf quelques exceptions à la règle, j'ai beaucoup de mal avec les films qui sont présentés dans cette compétition cinématographique. Ainsi toute l'année je mate les films en espérant qu'ils seront pas aux Césars histoire de ne pas avoir à les détester. Et ça n'a pas raté. Ratatouille a été nominé pour le César du meilleur film étranger d'animation. Du coup le film est à la fois estampillé Pixar et estampillé César. Un vrai dilemme pour moi. Mais je crois que j'ai choisi de l'aimer.

"L'amour est l'élixir du cinéma." (Will Smith)

Pour information, "Ratatouille" est le titre de ce film aussi bien en version française qu'en version originale. En fait "Ratatouille" est le titre du film partout dans le monde. Comme tous les films de James Cameron (Titanic, Terminator, Abyss, True Lies), Ratatouille a le privilège d'avoir un titre universel. Voici cependant les différents titres que ce film possède en fonction du pays où l'on se trouve :

* L'ecsó (Hongrie),
* O Ratatouis (Grèce),
* Ratatuy (Turquie),
* Rattatouille (Suède),
* Ratattouille (Australie),
* Rattattouille (Pologne),
* Rattat (Australie),
* Ouille (Nouvelles-Zélandes),
* Bukkake (Bulgarie),
* Remy no oishii restaurant (Japon),
* Rottatouille (Finlande)
* Untitled Rodent Project (titre de travail en Amérique)



Pour ceux qui seraient intéressés par l'achat du film en dvd, sachez que c'est un attrape-couillon. Un ami l'a acheté et a regardé le film avec les commentaires audio du réalisateur. Ceux-ci se limitent à une phrase, pendant le générique d'ouverture : "Bienvenue dans mon film, j'espère que celui-ci vous plaira". Puis plus rien après. C'est un poil court. Enfin bref j'ai adoré ce film, Ratatouille, parce qu'il m'a complètement replongé dans mon taff, en effet je suis un putain de rat de BU !


Ratatouille de Brad Bird avec des rats de laboratoire (2007)

5 août 2008

L'Ours

Je voulais faire voir Gremlins à ma nièce, mais je ne retrouvais pas le dvd. Alors je ne savais plus du tout quoi lui mettre. Je tenais à ce qu'elle regarde un vrai film, et pas un dessin animé ou une suite crétine mise en boîte en 5 jours comme les 102 Dalmatiens ou La Belle et le Clochard 2. Puis j'ai mis la main sur L'Ours, en disant à ma nièce "ce sont de véritables ours, t'imagines un peu ? c'est autre chose qu'un dessin animé, non ?", elle était d'accord, alors hop, on a maté L'Ours.

Je l'ai tout de suite prévenue que le début était triste. Avant même que ça arrive à l'écran, j'ai annoncé à ma nièce "Oui oui, la maman ours va se faire destroyer la tronche par tout un tas de rochers. Ils vont lui tomber sur le coin de la gueule l'un après l'autre, d'une façon trop méthodique pour être naturelle, tout ça parce qu'elle est trop gourmande et veut à tout prix bouffer un peu de miel. Et alors qu'un seul cailloux aurait suffit à la tuer, elle en prendra bel et bien une cinquantaine dans le dos, gratos." Je préférais prévenir ma nièce en employant des mots moins cruels et moins durs que cette terrible scène d'ouverture, et ma méthode a été efficace, puisque ma petite nièce a bien su surmonter cette première épreuve.




Après cette première scène, et pour ne rien vous cacher, sachez que j'ai très rapidement pioncé. Je me suis foutu en boule contre ma nièce, un peu à l'image de l'ourson malheureux contre le cadavre de sa mère ratatiné, puis j'ai tapé un gros roupillon peinard. J'ouvrais parfois un œil pour m'assurer que ma nièce suivait bien le film, puis je repartais illico dans les panards d'Orphée. Parfois je me réveillais un peu car je devais aider ma nièce, répondre à ses questions, elle est encore jeune, c'est normal. Elle me demandait "Mais cet ours-là, il est gentil ou méchant ?", "Oh c'est un ours tu sais, il est un poil rustre mais au fond il est pas méchant, enfin tu verras, il est cool celui-ci je crois", je répondais souvent au hasard car je ne me souvenais pas très bien du film et, avec chance, je me trompais jamais.




L'Ours, pour moi, c'était la première scène, et uniquement la première scène. Je ne me souvenais de rien d'autre. Et le reste donc, c'est tout simplement une tranche dans la vie d'un ours. 24h/24 dans les pattes poilues et maladroites d'un ourson. Le quotidien de petit ours brun, épisode "petit ours brun a paumé sa mère sous un tas de caillasse". Les déboires au jour le jour d'un jeune carnassier tristounet. Même ses nuits ne nous sont pas épargnées, puisqu'on a droit à ses rêves à travers de très jolies scènes d'animation. Il y a donc peu de dialogues, le rythme du film est celui d'un ours, assez lent donc ; il se vautre bien une fois ou deux dans des pentes trop abruptes, mais le reste du temps, il évolue à la vitesse d'un gros animal pataud. Tout ça n'est que pure logique et malgré cela, ma nièce a regardé le film du début à la fin, sans manquer la moindre seconde, avec les yeux grands ouverts ; car L'Ours dispose tout de même d'une réelle trame et se termine sur un plan rassurant qui fait oublier la défunte mère et son tombeau naturel. Après avoir échappé à des chasseurs eux-mêmes rattrapés par leurs bonnes consciences, puis à un formidable cougar dont on se demande bien ce qu'il vient faire au beau milieu des Pyrénées, l'ourson rencontre un gros ours sympa, son nouveau papa, qui l'accueillera avec le sourire dans sa tannière et contre lequel il hibernera, heureux.




Personnellement, je continue à penser qu'il s'agit d'un sacré film, et je suis content de l'avoir fait voir à ma nièce. Rien que pour l'idée de s'être pourri la vie à tourner une histoire qui met en scène de véritables ours, je dis "chapeau". Parce qu'il a fallu les faire jouer, sûrement, ces cons d'ours. On sait à quel point ce genre de bestiole peut être tétue et débile. Il en fallait du courage pour se lever chaque matin et se dire "Bon, est-ce que Konrad acceptera de tendre la patte à Volvik pour la scène du bar qu'il me faut mettre en boîte depuis 15 jours ?". En regardant Sa Majesté Minor récemment, on a bien pu constater que Jean-Jacques Annaud avait, hélas, un caractère de cochon, déterminé et volontaire, qui lui permettait de mener à bien les projets les plus improbables. Mais il ne faut pas oublier que ces mêmes qualités l'avaient rendu coupable de jolies choses par le passé, lorsqu'il tournait L'Ours accompagné d'une ribambelle de dresseurs de bêtes à cran, ou qu'il filmait de véritables attardés mentaux se battant autour d'une brindille pour les besoins de La Guerre du Feu.


L'Ours de Jean-Jacques Annaud avec Bart l'Ours et Tchéky Karyo (1988)

4 août 2008

300

Un ami m'a raconté il y a trois jours une histoire. Il est allé acheter l'intégrale de Rimbaud aux éditions de la Pléiade pour l'anniversaire de sa mère. Les éditions de la Pléiade, à tort ou à raison, et sans doute à raison, c'est pas donné. De sorte que ce cadeau a coûté à mon ami la modique somme de 45 euros, ou pour parler franchement, l'équivalent d'un bras. Mais quoi de plus normal et de plus honorable ? Après tout il aime sa maman qui l'aime en retour, c'est bien heureux. Mais l'un dans l'autre, mon ami n'avait plus assez de sous pour se payer deux films de Jean-Luc Godard vendus ensemble, à savoir L'éloge de l'amour et Notre musique, coffret qui coûtait pas moins de 30 euros. Alors mon ami a pris l'étiquette ainsi que le code-barre d'un dvd du film 300 qui traînait là, parmi 150 autres exemplaires du même dvd, en tronche de gondole, et il les a soigneusement collés par-dessus ceux du boîtier contenant les deux films de Godard afin de ne payer le coffret que 10 euros (le prix du dvd de 300, donc). Mon ami a volé. Et le connaissant on peut encore se féliciter qu'il n'ait pas sommairement déchiré les blisters des deux dvds pour les intervertir au petit bonheur la chance et se faire défoncer par un vigile chauve et costaud peu fana des grands blonds intellos.



Si les films de Godard coûtaient 30 euros (soit 15 euros par film), et si celui du publicitaire Zack Snyder n'en coûtait que 10, le geste de mon ami fut noble et réparateur. Il serait en effet attendu que 300 coûte 3(00) fois plus cher que L'Éloge de l'amour et Notre musique réunis, puisqu'il a dû coûter 300 fois plus cher à ses producteurs, et puisqu'il a dû rapporter 3000 fois plus d'argent, et je pense être loin du compte, on ne pourra pas me taxer d'exagération, il doit s'agir en réalité d'un écart bien plus éloquent, mais je suis un vrai tocard en économie du cinéma, ce qui place cet article sous le sceau du soupçon. En somme, le geste de mon ami (parfaitement condamnable dans tout autre cas), est un geste digne d'Antoine Doinel (par ailleurs toujours condamné), qui volait dans les magasins, qui arrachait des photos d'Harriet Andersson dans Monika aux devantures des cinéma, qui dérobait la culture, celle que l'on devrait donner et qui se vend 3 fois plus cher que le divertissement populaire de la plus basse qualité, à moins que la valeur des choses soit proportionnelle à leur prix, mais l'on sait que cette équation, qui se vérifie dans cette histoire, est fausse presque partout ailleurs. Mon ami, qui a toujours une longueur d'avance, m'a dit : "on devrait payer 3 fois plus cher pour voir des merdes comme 300, pas l'inverse".



Au final c'est une histoire de Truffaut qu'il faudrait filmer comme Godard, avec politique et déductions, histoires de production, de coûts et de bénéfices en salles. On pourrait croire que le héros de cette histoire se paye Rimbaud, cadeau ou pas, pour 45 euros, alors que Rimbaud est mort il y a 118 ans, et que ce faisant il retire 20 euros à Godard. Que dis-je 20 euros, il retire 30 euros à Godard, puisqu'en caisse c'est 300 qui a été enregistré pour 10 balles. Godard se serait donc vu retirer 30 euros - même si je ne suis pas sûr de mon calcul et rappelle que je suis une buse non seulement en économie mais en calcul - lui qui vit encore et qui n'a pas beaucoup d'argent pour faire ses films. Lui qui a vendu les droits d'auteur d'un certain nombre de ses œuvres aux rapaces de chez Gaumont qui refusent de les sortir en dvd aujourd'hui. Mais l'argent qu'on donne à la fnac n'arrive jamais à Godard, ou des miettes, tout ça se passe avant. Notre Doinel grand et blond a volé la fnac, pas Godard Jean-Luc. Encore moins 300 et Snyder Zack, dont le distributeur dvd a vu rentrer 10 euros sans lâcher de dvd, mais tout ça ne compte pas pour 300. Godard aurait volé son propre film pour le donner au héros de cette histoire, et il aurait montré son majeur tendu, vieux de 78 ans, aux gens de la fnac. "Pour la gloire" comme n'a de cesse de le hurler le triste Gérard Butler tout au long de ce film prodigieusement laid et consternant qu'est 300.


300 de Zack Snyder avec Gerard Butler (2007)

Six jours sept nuits

Un jeune couple absolument amoureux, Robin Monroe (Anne Heche) et Frank Martin (David Schwimmer), décide de partir six jours et sept nuits en voyage sur une île paradisiaque afin d'oublier le travail. À peine arrivée, Robin est appelée par son patron pour aller reprendre son taff sur une île assez proche d'où elle se trouve : Tahiti. Elle hésite longuement puisque Frank vient juste de la demander en mariage et qu'elle a légitimement peur de sa réaction à l'annonce d'un départ en solo pour le boulot signifiant la mort prématurée de leurs vacances. Mais elle finit par accepter sous la pression de son patron. Elle va donc chez Quinn Harris (Harrison Ford), le pilote qui les a amenés sur l'île dans son vieux carlingue pourri, afin de lui demander un petit service : la conduire par les airs à Tahiti. Le vieil homme plus séduisant que jamais accepte de l'amener en échange de 700 dollars. Il dit à Robin : "Je veux 700 dols". Robin accepte donc de se délester de la totalité de son compte en banque et les voilà partis.



Quelques temps après le départ, et tandis qu'un orage se prépare, Quinn et Robin sont contraints et forcés de faire demi-tour, mais, pris de court par la tempête, ils doivent atterrir d'urgence sur une île déserte minuscule et sauvage. C'est là que commence le film. Cette aventure naissante ne fera qu'accumuler des péripéties plus folles les unes que les autres et ne sera au bout du compte qu'un prétexte pour montrer les deux protagonistes se prendre le bec sans fin. Jusqu'à ce que, sans crier gare, Harisson Ford se propulse en avant vers Anne Heche, la plaque au sol, et la baise à sec contre un tronc d'arbre tombé là fort à propos durant l'ouragan. Point d'adultère ici puisque Frank, le futur époux de Robin, qui aura passé une grosse heure à se morfondre en imaginant sa femme qu'il aime dans les bras du vieux pilote (ce qui se déroule effectivement en montage alterné dans des plans salaces qui défient tout bon sens), finit, pris de désespoir au bout d'une heure et quart, par troncher la petite-amie occasionnelle de Quinn, originaire des Maldives et restée près de lui sur l'île paradisiaque des vacances.



L'histoire se résume donc à deux couples créés par la tempête. Une sorte de rectangle amoureux sur deux îles désertes. Le couple du début du film, qui s'aimait follement, s'effiloche sous nos yeux tandis qu'Anne Heche prodigue à Harrison Ford la première fellation sans filets, plein écran, de l'histoire d'Hollywood, dans un avion dépourvu de train d'atterrissage, tandis que le montage alterné, procédé cinématographique si cher à Ivan Reitman, nous montre David Schwimmer sirotant un martini sec, allongé sur un transat en bord de piscine, les panards en éventail devant une lapdance bien rythmée qu'effectue devant lui et contre rémunération une thaïlandaise probablement mineure. Oubliez l'austère blowjob que Chloë Sevigny prodiguait à Vincent Gallo dans The Brown Bunny, on est ici dans devant une débauche de passion et d'envie ! Bref, c'est l'histoire d'amours naissantes entre un touriste et une prostituée infantile d'une part, et entre deux naufragés coincés sur une île déserte qu'un paysage hostile et des trafiquants de drogue armés jusqu'aux dents amèneront tout naturellement à se rapprocher pour un final amoureux tout en apothéose, d'autre part. À noter pour les fans que l'émission de télé-réalité intitulée "L'île de la tentation" est l'adaptation télévisée de ce long métrage d'Ivan Reitman. Ce film m'a fatigué, et le critiquer m'a fatigué aussi. J'ai comme une mauvaise habitude, un vice, une manie un peu encombrante, qui consiste à voir des films de cul là où y'en a pas, mais quand Hollywood se met à faire du porno grand public, j'ai plus le choix, et je peux que choper la perche au vol. C'est ce que j'ai fait, mais ça m'a fatigué.

Déjà que perso il me faut entre six jours et sept nuits pour arriver au bout d'une simple seigue...


Six jours sept nuits de Ivan Reitman avec Harrison Ford, David Schwimmer et Anne Heche (1998)

Un Baiser s'il vous plaît

Je suis allé voir ce film avec Rémi. Comme d'hab. Entre gadjos. A la sortie du cinoche on se matait en chien de faïence car on avait tous les deux envie de niquer ; comme ça nous arrive tous les soirs entre midi et 7h du mat'. Moi je regrettais d'être un mec et lui, il regrettait que je sois un mec. Puis on en est venu à causer du film, et on s'est dit que, bon sang, apprécier réellement les films d'Emmanuel Mouret, comme on le fait nous deux, ça devrait être une sacrée carte de visite auprès des filles, si seulement le monde tournait rond ! Car ces films-là sont faits pour leur plaire. Ils racontent des histoires d'amour compliquées, avec des personnages romantiques, sensibles, délicats et maladroits, joliment humains, tout simplement. Les dialogues sont toujours très soignés, écrits et dits avec une très grande application ; chose rare : ils sont agréables à l'oreille en plus de sonner justes. A travers ces dialogues, Mouret fait preuve d'un talent et d'un goût du langage qui rappellent inévitablement Eric Rohmer.



Les acteurs, et Emmanuel Mouret lui-même, sont toujours impeccables, ils semblent prendre autant de plaisir à se renvoyer la balle que le spectateur à les regarder faire. Mouret a décidément l'art de choisir ses actrices, ainsi, il nous a fait découvrir la ravissante Fanny Valette dans Changement d'Adresse, puis il a dirigé les sublimes Virginie Ledoyen et Julie Gayet dans Un Baiser s'il vous plaît, sans parler de Frédérique Bel, présente dans les deux films, et d'autres interprètes moins connues mais toutes aussi chouettes et idéales dans leurs rôles respectifs. Mouret a également le talent de savoir mettre en images des fantasmes universels auxquels nous avons tous pensé un jour. Dans Un Baiser s'il vous plaît, le personnage principal demande à sa meilleure amie de faire l'amour avec lui, par simple amitié, afin qu'il se sente mieux dans sa peau. Avant cela, et dans le même but, il était allé voir une charmante prostituée étudiante, sans succès. Alors bien sûr, ces films ne sont pas parfaits, ils ont tendance à commencer très fort puis à perdre le rythme peu à peu, voire même à décevoir sur la fin. Mais Un Baiser s'il vous plaît semble échapper à la règle et après avoir commencé sur des chapeaux de roues, il ne s'essouffle pas et se termine joliment. Ces films ont peut-être bien quelques défauts, mais trop peu pour nous faire oublier la qualité globale remarquable des œuvres d'Emmanuel Mouret. Hélas, ses films ne sont pas encore assez connus, et les filles d'aujourd'hui semblent préfèrer la filmographie intégrale de Tim Burton. Tim Burton, celui qui a écrit "Triste fin du petit enfant huitre". Dans quel monde vivons-nous ?


Un Baiser s'il vous plaît d'Emmanuel Mouret avec Julie Gayet, Virgine Ledoyen, Frédérique Bel et Emmanuel Mouret (2007)

28 juillet 2008

Elephant

Ou quand l'espace privé dégueule sur un blog. En début de soirée j'ai discuté avec une fille à qui je sers de vidéo-club, à propos d'Elephant de Gus Van Sant, que je lui ai prêté et qu'elle a regardé hier soir. Je crois que cette petite discussion, que je n'ai pas tellement retouchée sinon pour corriger une ou deux fautes de frappe, parle pas mal du film au final, en même temps qu'elle m'évite un article plus compliqué pour parler de ce chef-d’œuvre si complexe et si indescriptiblement poétique qui fait partie des plus beaux films de notre début de siècle :

" - Elephant j'avoue j'ai été déçue un peu. Je comprends la logique du film, des prises de vue, mais j'ai du mal a adhérer. Pour moi on rentre pas assez dans ce que ressentent les personnages.

- Je vois ce que tu veux dire. Il a essayé de ne pas faire de psychologie, de montrer les choses simplement, sans vouloir les expliquer. Elles s'expliquent peut-être d'elles-mêmes, en les montrant et en les regardant, ou pas, c'est tout le jeu.

- Ouais mais disons que là j'avais l'impression vraiment d’être une spectatrice, j'arrivais pas a m'identifier. C'est pas forcément le truc principal dans un bon film mais ça fait qu'un film te touche ou non. Et là j'avoue ça m'a rien fait, même la fusillade du coup perd de sa dimension parce qu'il manque le contexte. J'ai trouvé que c'était trop superficiel. Mais c'est mon point de vue, je préfère essayer de comprendre, ressentir ce qu'il s'est passé.



- Sans user de distanciation, Gus Van Sant nous rappelle bien, justement, qu'on est spectateur, et uniquement spectateur, du film et de l'évènement. On n'a pas à s'identifier. Quand on a l'impression d'y parvenir, dans le cas d'un tel fait divers, c'est du chiqué. On s'identifie jamais, on le supporterait pas. Le cinéma n'est pas de l'ordre de la pitié, ni même de l'ordre de la compassion (qui veut dire "souffrir avec", c'est pas rien), il est peut-être davantage du côté de l'empathie. On n'a pas vécu la chose (la fusillade, le reste) et n'importe comment on ne ressentira jamais rien de cette fusillade. On doit se contenter d'être en dehors, d'être spectateur, d'observer. Et c'est peut-être comme ça qu'on comprend le mieux, en n'obtenant aucune réponse claire et rassurante et n'entendant pas des dialogues faux et racoleurs supposés nous faire croire qu'on y était. On est en dehors. À l'extérieur. Et on recompose.

- Ouais mais c'est pas parce que t'y es pas que t'as pas envie de savoir.

- Ta gueule...

- Hein ?

- Non rien, je me suis trompé de fenêtre MSN.

- C'est pas parce que t'y es pas que t'as pas envie de comprendre se qui s'est passé, et je pense qu'on s'identifie tous a un moment donné, ça rappelle une situation qu'on a vécue ou une personne qu'on a connue, c'est obligé qu'un film joue un minimum là-dessus, sinon le public viendrait pas.

- Plutôt que de faire une enquête et de savoir la raison exacte (impossible à connaître en l'occurrence), Gus Van Sant a décidé de mettre dans son film toutes les raisons envisageables : jeux vidéos violents, homosexualité honteuse, humiliations scolaires, folie, appât de la vente d'arme légale, ignorance de l'Histoire, etc. etc. Personnellement je ne me suis identifié à aucun des personnages du film. Ce qui me touche c'est le temps que crée Gus Van Sant, et qui lui est propre. Il crée un temps, des durées, où s'inscrit la vérité du corps adolescent, et il te permet d'habiter ces durées. Et puis il te met pas n'importe où avec sa caméra, il crée un espace logique, un espace-temps brillant, et il te met dedans pour te montrer (d'un certain point de vue), ce qu'il a à te montrer.

- Moi j'ai trouvé ça trop long honnêtement quand on suit les personnages et qu'il se passe rien. J'ai pas aimé. Il l'aurait fait une fois ça serait passé, mais à chaque fois pour moi c'était trop.

- Mais dans la vie il y a ces moments vides de marche. Et d'habitude on ne les voit pas au cinéma, on ne voit que les points A et B, où les personnages s'arrêtent et discutent et où il se passe quelque chose. Là il décide de montrer le chemin entre A et B. Et j'ai tendance à penser qu'il se passe peut-être plus de choses finalement dans le chemin qui mène aux actes, que dans les actes mêmes. Il y a ceux qui filment des gens, qui font un champ/contrechamps, ils filment un personnage, puis l'autre. Et il y a ceux qui essaient de filmer ce qu'il y a entre les gens.

- Je crois pas que dans la vie il y ait ces moment de vide. Et moi je trouve qu'au contraire cet espace-temps il est centré uniquement sur le personnage et pas sur les interactions entre le personnage et les autres.



- Je sais pas... Par exemple, ce soir, tu as dû rentrer chez toi. Faire le chemin qui sépare ton lieu de travail de chez toi. La plupart des réalisateurs à qui on aurait demandé de filmer ce qui t'est arrivé entre 18h50 et disons 19h30, auraient filmé la fin de ta journée de travail, et puis ensuite l'arrivée chez toi. Alors que, et peut-être que tu ne seras pas d'accord, il est possible, je dis bien possible, que montrer le trajet, entièrement, que tu as fait à pied toute seule entre les points A et B, soit finalement beaucoup plus révélateur de ta personnalité, de ton être tout entier, par ta démarche, par ta seule présence. Peut-être parce que tu étais seule, déjà, rien que ça. Parce que plus personne ne te regardait et que tu ne regardais plus personne, parce que tu venais de quelque part et allais autre part etc.

- Ouais c'est pas faux. J'avoue.

- Et peut-être tout simplement que ce temps-là compte. Qu'il n'est pas négligeable. La banalité du quotidien est peut-être plus frappante que tel ou tel événement soi-disant majeur de la vie des gens. C'est du temps, et de l'espace, et il a compté dans ta journée, peut-être moins que d'autres moments et d'autres lieux, mais il a existé, et pourquoi ne pas le montrer, pour une fois.

- Oui mais uniquement s'il est intéressant.

- Il l'est forcément.

- Pas toujours.

- Alors pas toujours mais comme il n'est jamais montré, pour une fois qu'il l'est, j'aime le film de Gus Van Sant. Cet après-midi je lisais un livre qui disait : "Deux personnes qui se regardent dans les yeux ne voient pas leurs yeux mais leurs regards. (Raison pour laquelle on se trompe sur la couleur des yeux ?)". C'est un peu la même chose, il y a les cinéastes qui filment les yeux et ceux qui filment les regards, ce qui passe entre deux personnes, entre deux lieux et ainsi de suite.

- Ciao.

- :-/ ".


Elephant de Gus Van Sant avec Alex Frost, John Robinson et Elias McConnell (2003)