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18 août 2014

Retreat

Présenté au PIFF (Paris International Film Festoche) en 2011, Retreat n'a pas été jugé suffisamment bon pour sortir en salles dignement. Y'a-t-il une justice à cela ? Oh que oui ! Quid du pitch ? Cillian Murphy et Thandie Newton forment un couple de derrière les fagots. Profitant des vacances, ils décident de se "retrouver" sur une île au large de la Grande-Bretagne pour vivre, isolés, dans une chaumière typique, histoire de faire rejaillir l'étincelle entre eux. De temps en temps, un vieillard loquace, pêcheur de son état, vient leur apporter quelques légumes et du poisson frais. Jamais rien de bien excitant, jusqu'au jour où le vieux pêcheur ne donne plus aucun signe de vie et la radio CB implose. Tout contact avec le continent est ainsi perdu et nos deux tourtereaux se trouvent bien emmerdés.




Condamné à une colocation forcée, le couple bat plus que jamais de l'aile. Thandie Newton est toujours collée à son écran d'ordinateur pendant que Cillian Murphy, tête basse, prépare la bouffe et fait la vaisselle. Cette situation pénible nous vaut quelques dialogues savoureux quand Cillian Murphy, à cran, se laisse un peu aller et relâche la pression. "Ooohooh ! Passe pas ta vie sur le net, y'a une vie en dehors du net !" se met-il soudainement à hurler, les manches remontées et les mains, sur les hanches, encore pleines de savon, à la 14ème minute du film. "T'es marrant, c'est toi qui m'as amenée sur cette île à la con, assume ! Moi je reste connectée !" lui rétorque son impitoyable compagne. Murphy insiste : "Barre-toi du net ! Ras-le bol du net ! Décroche ! Décolle ! Déconnecte !". "C'est ça ouais, cause toujours tu m'intéresses. Et fous l'camp de devant mon ordi, tu nuis au wifi !" enchaîne Newton. Une autre scène de ménage particulièrement tendue se termine sur un dialogue plus étonnant encore. Alors qu'elle se tient assise en face de lui, Thandie Newton réplique à un Cillian Murphy totalement impuissant, qui lui demandait timidement de bien vouloir mettre le couvert : "Je ne peux pas te répondre, je n'ai plus beaucoup de batterie", ce à quoi son penaud compagnon répond, médusé, "Mais on n'est pas au téléphone ni sur MSN Messenger ! Je suis là ! Pile en face ! Pile en face ! Lààà !". Suite à cet échange étrange et fort en décibels, Newton chausse ses bottes et claque la porte. C'est alors qu'en se promenant seule sur la plage, elle découvre un drôle de type en tenue de militaire échoué sur le rivage, inanimé. Croyant bien faire, elle le ramène à l'auberge. A son réveil, l'homme annonce à ses hôtes qu'un terrible virus s'est répandu sur la planète : l'île sur laquelle ils se trouvent serait ainsi l'un des rares coins du globe qui n'aurait pas encore été atteint par la pandémie. C'est à partir de ce moment que le scénario du film devient de plus en plus fou !




Tout le jeu du réalisateur, qui signe là son premier film, consiste bien entendu à nous faire douter de l'honnêteté du nouvel arrivant, incarné par un Jamie Bell méconnaissable, qui semble avoir pris 10 ans dans la tronche depuis son rôle très remarqué de danseuse étoile dans Billy Elliott ! Régulièrement surpris en train de mater le ferme boulard de Thandie Newton, l'attitude de Jamie Bell déplaît beaucoup à Cillian Murphy et la tension monte très rapidement entre les deux hommes. De son côté, Thandie Newton a l'air bien contente d'être devenue le centre de toutes les attentions et, quand le générateur pète et les prive d'électricité, elle vit étonnamment bien le fait d'être coupée, une bonne fois pour toutes, de son petit monde virtuel. Quant à nous, on regrettera que ce personnage méprisable soit incarné par une si misérable actrice, qui justifie mal que deux gaillards se plient en quatre pour s'accorder ses faveurs. Thandie Newton passe tout le film à singer de façon très ridicule l'accent anglais, elle qui est, si je ne m'abuse, d'origine latino-zambienne. Cela donne quelque chose de tout à fait insupportable aux oreilles. A la vue, par contre, il faut bien reconnaître que l'actrice conserve un peu de ce charme qui lui a ouvert les portes des studios de cinéma hollywoodiens à l’orée des années 2000. Elle est encore l'une de ces rares actrices blacks que tout le monde s'arracherait, avec peut-être Jada Pinkett-Smith, Whoopie Goldberg et Zoe Saldana. C'est très moche de ma part de dire ça comme ça, alors prions pour que ça passe inaperçu.




Le reste du film est une vaste partie de poker menteur où tout est fait pour que l'on pense que Jamie Bell n'est pas un type fiable. Le spectateur un peu éclairé aura donc tôt fait de comprendre qu'il l'est bel et bien et ne raconte pas de cracks. Une terrible pandémie s'est effectivement abattue sur la Terre et c'est pour cette raison que Jamie Bell veut barricader la maison. Pour ce faire, il s'en prend à tous les objets en bois qui lui passent sous la main. A commencer par de belles chaises en osier, sacrifiées, qu'il casse sans relâche, pendant près d'une heure de film ! Le plus insupportable étant qu'il s'en prend vraiment à de très belles chaises, on se dit forcément "Ah putain, j'en cherchais justement une comme ça pour mon living room !". Face à la folie destructrice de son nouveau colocataire, Cillian Murphy décide d'un commun accord avec Thandie Newton de s'enfuir par le vélux pour aller vérifier l'état du monde extérieur. A son retour, il tousse du sang et vomit de la bile, mais "No problemo, ça m'arrive souvent" dit-il. Ok... Il crève peu de temps après. Un flingue sur la tempe, Jamie Bell avoue alors à Thandie Newton qu'il est un véritable bouillon de culture sur pattes. Un microbe ambulant qui s'est échappé d'une base secrète et qui a échoué sur cette île perdue. Twist ! S'il barricadait la maison et empêchait par tous les moyens aux deux autres de fuir, c'était pour mieux protéger la Terre entière du danger mortel qu'il porte en lui. Pourquoi ne s'est-il pas immolé par le feu, se demande-t-on alors. Jamie Bell est un soldat qui a la notion de sacrifice dans le sang, en particulier quand cela implique de véritables bijoux en osier, mais quand ça le concerne lui directement, faut pas pousser. Tu parles d'un film à la con ! Le dernier plan du film est un hélico qui surgit derrière une falaise et abat froidement Thandie Newton alors qu'elle essayait de s'échapper à la nage. Au large les contagieux !


Retreat de Carl Tibbets avec Cillian Murphy, Jamie Bell et Thandie Newton (2011)

6 juillet 2014

L'Empire des ombres

Retour à l'horreur pour Brad Anderson après Session 9. Comme toujours, on retrouve à l'affiche une tripotée d'acteurs en manque de reconnaissance mais bien décidés à relancer leur filmographie avec le petit film d'horreur "culte" qui va bien, et croyant sonner à la bonne porte chez le réalisateur de The Machinist. C'est oublier que Brad Anderson, livreur de pizzas de son état, est plutôt habitué à faire du porte-à-porte lui-même, et à ramener la marchandise en bonne et due forme, sans oublier la petite sauce piquante indispensable, celle qu'on finit par balancer dans la gamelle du chat, pour le voir réclamer une douche froide en miaulant à la mort. Sont allés sonner chez Brad : Hayden Christensen, le Raazad-gul de Star Wars (deuxième trilogie, première dans l'ordre chronologique, soit la première trilogie) ; Thandie Newton, le sosie de Marion Jones, l'athlète camée qui a définitivement arrêté sa carrière après être passée sous les 5 secondes au 100 mètres haies, départ arrêté ; John LeGuizamo, la fameuse tête brûlée, au sens propre, qui chante ses dialogues avec son accent de marriachi et son sombrero sur la tête et nous transporte dans les favellas de Rio de Janeiro dès qu'il ouvre la bouche. Soit un casting black-blanc-beur bien trouvé vu que l'idée était de réunir un panel de la race humaine confrontée à la peur ancestrale du noir, concrétisée ici par un phénomène paranormal flippant faisant disparaître tout être vivant happé par l'obscurité, y compris les chauves-souris et les mannes, espèces pourtant rodées à la pénombre.


Photo volée de Brad Anderson, après une dure journée de tournage.

Filez un script pareil à Carpenter (ou à n'importe quel grand cinéaste) et il vous chie des lingots d'or, jouant sur le hors-champ, sur la profondeur de champ, sur la profondeur du champ, sur le champ, le contrechamp, le champ-contrechamp, le tout en allant à Auchan (pour régaler son équipe technique de plats mitonnés aux petits oignons). Toute la grammaire la plus simple du cinéma y passerait, le b.a.ba au service de l'effroi et d'un concept minimaliste mais permettant toutes les expérimentations formelles de France et de Navarre. Quand il a lu le script, script qui pour ne rien gâcher était exceptionnellement écrit en noir sur fond noir, John LeGuizamo déclare s'être écrié "Hé carràmba !". Thandie Newton, renouant tout-à-trac avec le bonheur connu sur le tournage de Collision, aurait quant à elle tapé un sprint. Rien sur la réaction à chaud de Hayden Christensen, qui affirme en revanche ne pas savoir lire. Et pourtant le scénario tourne vite au banal et au grand guignol (c'est paradoxal mais vrai, dans le sens où l'on prend conscience que le type aux manettes est un grand guignol). Passées les premières séquences un peu étonnantes, dans lesquelles on voit le noir envahir l'image (et qui poussent le spectateur à ouvrir ses volets), on nage dans un énième film post-apo, post-nuke, peuplé par une bande de survivants malodorants, antipathiques au possible, qui se retrouvent dans une cave où, par hasard, l'ampoule tient bon, à jouer aux cartes et au billard pour tuer le temps, et à se demander comment trouver de la bouffe dans un Harlem plus que jamais plongé dans le black.


John Leguizamo tétanisé par sa peur des noirs dans un film limite.

Ultime et seule surprise de cet Empire des ombres : le dernier plan, qui nous montre, dans un monde définitivement vidé de toute vie, un pont sur lequel une main maladroite a tagué "Josué wuz here". Cette scène, dépourvue d'explications, qui tombe comme un cheveu sec et cassant sur une soupe de merde, a cependant l'effet pervers d'amener les spectateurs les plus curieux, ou du moins ceux qui refusent de rester comme des cons après une heure et demi passée à maudire le frère de Sonny Anderson, le festival de Gerardmer et le cinéma tout entier, à taper "Josué wuz here" sur google (après avoir fait un arrêt sur image pour déchiffrer ce tag maléfique). Cette phrase rappelle directement l'un des plus grands mystères irrésolus de la vie et de l'histoire humaine, en l'occurrence la disparition de la 13ème colonie de pionniers quaker wasps partis à la découverte du nouveau monde. Le chiffre 13 portant malheur, la colonie était mal barrée d'office et se volatilisa sans crier "gare !", du jour au lendemain. Aucun cadavre ne fut retrouvé, aucune trace de combat, de catastrophe, aucune télé allumée sur Ruquier qui expliquerait une fugue collective, aucun google-image resté tanqué sur le décolleté de Laury Thilleman pour justifier qu'on abandonne tout vêtement et qu'on aille se foutre à l'eau en groupe. Bref, pas l'ombre d'une explication ou du moindre indice. Seule demeura l'écorce d'un arbre où quelqu'un avait griffonné, on vous le donne en mille, et Brad Anderson s'en est souvenu au moment opportun : "Josué wuz here"... Cet événement reste et restera un phénomène inexpliqué, dont l'énigme aura alimenté des tonnes de mémoires, de thèses, de pages web, de critiques ciné et de documentaires, ainsi qu'un beau film en bois signé Bradley Michigan Anderson. Le cinéaste a toujours réussi à sauter la haie de la diffusion salles, sauf pour ce film, sorti directement en dvd après un accueil glacial à Gerardmer, où Brad Anderson, juge et parti puisqu'il était à la fois en compétition et membre du jury, déclare avoir passé deux semaines "calfeutré dans une chambre d'hôtel". A la fin du festoche, n'ayant aucune nouvelle du cinéaste, les organisateurs ont forcé la porte de sa chambre pour découvrir qu'il s'était volatilisé. Griffonné sur le miroir de la salle de bain avec un rouge-à-lèvres, on pouvait lire : "Brad Anderson wuz here".


L'Empire des ombres de Brad Anderson avec Hayden Christensen, Thandie Newton et John Leguizamo (2011)

21 février 2012

Collision

Je me demande parfois si je suis normal. En effet, quand j'ai vu ce film au cinéma, il y a près de 7 ans, l'ensemble des gens dans la salle avait l'air extrêmement satisfait. Je m'en souviens comme si c'était hier, cela m'avait particulièrement choqué. Une fois la séance terminée, un homme brun âgé d'une quarantaine d'année avait même levé les poings au ciel en signe de victoire. Véridique ! Pour ma part, je me rappelle avoir baissé la tête en signe de dépit. Je souhaitais quitter la salle le plus vite possible ; mais, cinéma d'arts et essais oblige, les lumières prirent leur temps pour se rallumer, uniquement une fois le générique terminé, et je ne tenais pas à gâcher ce moment de plaisir intense à mon voisin qui semblait si heureux et qui prenait littéralement son pied. Il me fallut donc patienter, en encaissant cette musique de fin très cliché, un peu comme les trois quarts des situations de ce film choral d'une lourdeur sans nom.




Malgré un nombre de stars impressionnant à l'affiche, le film se noie. Je vous énumère les acteurs : Don Cheadle (entr'aperçu dans Hotel Rwanda), Jennifer Esposito (un hymne aux bienfaits du métissage), Matt Dillon (abonné aux rôles de connards pas malins et qui devrait se poser des questions), Ryan Phillippe (deux "p", deux "l" répète-t-il toujours à longueurs d'interview tout en lâchant deux caisses façon mitraillette et en mimant un oiseau qui décolle), Sandra Bullock (dans un rôle très difficile qui a dû souvent lui faire dire "What the fuck am I doing here ??") et d'autres comme Brendan Fraser (peu crédible mais qui s'en sort dans son rôle de procureur libéral) ou Thandie Newton (qui, dans la vraie vie, a nommé son premier enfant Ripley Scott, en forme de double hommage très appuyé au papa d'Alien). Les scènes-choc s'enchaînent jusqu'à ne plus rien provoquer chez le spectateur ; surtout qu'à la fin, ou disons la dernière demi heure de ce film si long, elles sont toutes au ralenti ! J'avais vraiment l'impression de regarder une pub EDF-GDF, sans oublier la bande-son omniprésente, composée essentiellement de chants plaintifs où une femme vraisemblablement très malheureuse ne s'exprime que par des "Ooooooh-oooouuuhh-yèèè". Cela doit être la même bonne femme triste qui a signé tous les ignobles jingles pubs de France Télévision, vous savez, ceux que l'on peut seulement entendre en milieu d'après-midi et qui nous flinguent la journée. Affreux.




Ce chassé-croisé de destins comme Hollywood en raffole finit donc par ennuyer copieusement, par agacer sévèrement, ou par faire rire franchement, quand on décide, dans un réflexe d'auto-défense salvateur, de prendre tout ça au second degré. Bien sûr, quand on rigole à la mort d'un personnage, on peut se poser des questions quant à la qualité de ce film, où la psychologie est traitée à "coups de haches", comme le dit mon paternel, à tel point qu'on a la sensation de regarder la pire des séries télé. Il faut revoir cette scène où Sandra Bullock, se trimballant dans son immense baraque en chaussette, le téléphone vissé à l'oreille, glisse honteusement dans l'escalier et manque de se briser la nuque. Ce passage atteint un sommet de ridicule ! Pas grand chose à reprocher aux acteurs finalement, je préfère tout mettre sur le dos de Paul Haggis, qui signait là son premier film après avoir été le scénariste attitré de Clint Eastwood. Pour la subtilité, Paul, il faudra repasser. Ton film est une enclume ! Tout ça pèse des tonnes ! Et dire que certaines critiques, à l'époque, avaient parlé d'"un parfait mélange de Magnolia et Short Cuts"... Pauvre Altman, il a dû prendre un coup de vieux, et il n'y avait aucune raison d'insulter si cruellement le jeune Paul Thomas Anderson. Télérama avait raison !




Élevé au rang de film faisant partie des "meilleurs de tous les temps" par les votes parfois très difficilement compréhensibles du site IMDb, Collision s'avère au final être une arnaque totale et une fausse alerte pour moi qui, à l'époque, espérais réellement quelque chose de bon. Jeune et innocent, j'y allais vraiment avec les meilleures intentions et les plus grands espoirs. Il faut dire que le film passait pour une vraie pépite fraîchement remise au goût du jour. Il avait été auréolé de l'Oscar suprême, à la surprise générale, et il était même ressorti en salles outre-Atlantique spécialement pour concourir à cette prestigieuse cérémonie. La preuve que celle-ci n'est qu'une vaste blague, des ententes et des arrangements entre les studios les plus puissants. Avec du recul, Collision apparaît comme l'infâme porte-drapeau de ce cinéma américain post 11-septembre qui cherche à nous dépeindre une société cloisonnée et qui se veut lourdement réconciliateur, dépassant les clivages à coups de bazooka et de scènes larmoyantes indigestes. Avec ce cocktail explosif dont il avait trouvé l'odieuse formule, Paul Haggis signait là des débuts en fanfare derrière les caméras. Depuis, le réalisateur canadien n'a jamais su renouer avec le succès et j'en suis ravi. Il s'est perdu Dans la vallée d'Elah, réquisitoire contre la guerre encore une fois très lourdaud, puis il a tourné le remake d'un thriller français efficace, Pour elle, en le rendant long et chiant. Deux mots qui résument très bien ce qu'était déjà Collision. A fuir.


Collision de Paul Haggis avec Don Cheadle, Thandie Newton, Sandra Bullock, Jennifer Esposito, Matt Dillon, Brendan Fraser, Terrence Howard, Ryan Philippe et Michael Peña (2005)