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8 novembre 2015

Un homme idéal

Pierre Niney est un écrivain raté qui ne rêve que d'une chose : être publié et voir son nom en vitrine chez Ombres Blanches. Essuyant les refus successifs des maisons d'édition auxquelles il envoie son premier roman ("Un Homme de dos", tu parles d'un titre accrocheur), il survit en bossant en tant que déménageur. Pierre Niney. Déménageur. Premier goof ! Bon, passons. Sachez toutefois qu'à partir de ces premières informations, vous devriez déjà être en mesure de deviner toute la suite des événements... En vidant l'appartement d'un vieillard décédé en pleine solitude, Niney tombe par hasard sur un manuscrit bien épais, négligemment emballé dans une couverture au-dessus d'une armoire : le saisissant journal de guerre du défunt. Le sang de Niney ne fait alors qu'un tour : il a trouvé sa première œuvre ! Après l'avoir soigneusement recopié sur word sans en changer le moindre mot (nous assistons à cela via une succession de plans hideux qui nous montrent Niney sur son portable essayer toutes les positions et toutes les pièces de son T1bis), ce dur labeur mènera enfin notre ambitieux romancier sur la route du succès, aussi bien auprès du public que des critiques avec, en guise de consécration, le si convoité prix Renaudot. Un bonheur n'arrivant jamais seul, Niney flashera sur le visage anguleux d'Ana Girardot, une zonarde à la fois chercheuse et critique littéraire (quel que soit son réel métier, nous n'y croyons pas), lors de la remise du prix.




Une ellipse maladroite, brutale mais bienvenue (simplement car elle donne la fausse impression que le film passe plus vite) nous amène quelques mois plus tard, sur la Côte d'Azur. Nous découvrons que Pierre Niney a été assez dégourdi pour se foutre dans une merde noire auprès de son éditeur, auquel il a promis un nouveau livre qu'il n'arrive évidemment pas à commencer, rattrapé par son réel talent, c'est à dire le néant absolu. Niney a cependant été assez agile pour se mettre en ménage avec Ana Girardot, un très bon parti, puisque sa famille pleine aux as possède une sorte de manoir gigantesque avec plage et golf privés. C'est dans ce coin ensoleillé que se déroulera d'ailleurs l'essentiel du film, énième variation autour du thème de l'usurpateur, personnage progressivement mis dos au mur qui finira bien sûr par éveiller tous les soupçons avant d'entrer malgré lui dans une spirale criminelle fatale.




Tout est terriblement prévisible dans ce thriller de bas étage, second exercice en la matière du cinéaste Yann Gozlan après le déjà pénible Captifs. Nous sommes seulement étonnés quand le personnage principal s'enfonce davantage en prenant des décisions et en adoptant un comportement encore plus débiles que ce à quoi on s'attendait, ce qui arrive de plus en plus fréquemment à mesure que l'intrigue avance. La fin du film a tout de même le mérite de nous apprendre une chose utile : en cas d'énormes emmerdes, il existe une solution pour échapper à toutes représailles. Faites confiance à votre ceinture et à votre airbag, et proposez à un naïf quidam un petit tour en bagnole sur des routes sinueuse en ayant au préalable bien pris le soin de désactiver le système de sécurité du siège passager. Dès que possible, encastrez vous à pleine vitesse contre un obstacle quelconque, ce faux accident de voiture provoquera la mort instantanée de votre invité. Inversez alors les positions en plaçant le cadavre sur le siège conducteur, attachez votre montre autour de son poignet et mettez votre portefeuille dans sa poche. Ultime effort : videz un bidon d'essence entier sur le macchabée et partout sur le véhicule, un grand brasier vous lavera de tout soupçon et vous garantira une nouvelle vie d'homme libre, quand bien même tous les flics du pays étaient à vos trousses. Tenez-vous le pour dit. Si vous êtes au fond du trou, il existe ce moyen, même s'il faudra ensuite vous créer une nouvelle identité (Yann Gozlan ne nous en dit pas beaucoup plus là-dessus, les dernières images nous apprennent simplement que Pierre Niney est redevenu déménageur à temps plein).




Drôle de coïncidence, le scénario pourri d'Un homme idéal rappelle étonnamment celui du récent The Words, piètre mais plus habile thriller américain sorti directement en vidéo où Bradley Cooper trouvait son premier bouquin dans une sublime besace en cuir achetée pour trois fois rien dans une friperie parisienne. Le bellâtre scribouillard luttait ensuite pour cacher son mensonge au monde et, surtout, à sa dulcinée, la fameuse actrice na'avi Zoé Saldana. Je crois bien que j'avais pris plus de plaisir devant The Words, je garde même un souvenir assez net de la fameuse besace... On pense aussi beaucoup au célèbre Plein Soleil, que je n'ai pas encore vu, mais dont je sais suffisamment de choses pour reconnaître une évidente filiation ; en outre, une bonne partie du film se déroule effectivement en plein soleil. La mise en abyme d'usurpation ne s'arrête pas là : rappelez-vous que Pierre Niney a remporté le César du Meilleur Acteur au moment même où le navet de Yann Gozlan sortait en salles, une nouvelle imposture qui tombait à point nommé... Et, autre effet spécial étonnant, Ana Girardot n'est pas Barbara Schulz. C'est pourtant ce que j'ai cru tout le long !


Un homme idéal de Yann Gozlan avec Pierre Niney, Ana Girardot et André Marcon (2015)

18 août 2014

Retreat

Présenté au PIFF (Paris International Film Festoche) en 2011, Retreat n'a pas été jugé suffisamment bon pour sortir en salles dignement. Y'a-t-il une justice à cela ? Oh que oui ! Quid du pitch ? Cillian Murphy et Thandie Newton forment un couple de derrière les fagots. Profitant des vacances, ils décident de se "retrouver" sur une île au large de la Grande-Bretagne pour vivre, isolés, dans une chaumière typique, histoire de faire rejaillir l'étincelle entre eux. De temps en temps, un vieillard loquace, pêcheur de son état, vient leur apporter quelques légumes et du poisson frais. Jamais rien de bien excitant, jusqu'au jour où le vieux pêcheur ne donne plus aucun signe de vie et la radio CB implose. Tout contact avec le continent est ainsi perdu et nos deux tourtereaux se trouvent bien emmerdés.




Condamné à une colocation forcée, le couple bat plus que jamais de l'aile. Thandie Newton est toujours collée à son écran d'ordinateur pendant que Cillian Murphy, tête basse, prépare la bouffe et fait la vaisselle. Cette situation pénible nous vaut quelques dialogues savoureux quand Cillian Murphy, à cran, se laisse un peu aller et relâche la pression. "Ooohooh ! Passe pas ta vie sur le net, y'a une vie en dehors du net !" se met-il soudainement à hurler, les manches remontées et les mains, sur les hanches, encore pleines de savon, à la 14ème minute du film. "T'es marrant, c'est toi qui m'as amenée sur cette île à la con, assume ! Moi je reste connectée !" lui rétorque son impitoyable compagne. Murphy insiste : "Barre-toi du net ! Ras-le bol du net ! Décroche ! Décolle ! Déconnecte !". "C'est ça ouais, cause toujours tu m'intéresses. Et fous l'camp de devant mon ordi, tu nuis au wifi !" enchaîne Newton. Une autre scène de ménage particulièrement tendue se termine sur un dialogue plus étonnant encore. Alors qu'elle se tient assise en face de lui, Thandie Newton réplique à un Cillian Murphy totalement impuissant, qui lui demandait timidement de bien vouloir mettre le couvert : "Je ne peux pas te répondre, je n'ai plus beaucoup de batterie", ce à quoi son penaud compagnon répond, médusé, "Mais on n'est pas au téléphone ni sur MSN Messenger ! Je suis là ! Pile en face ! Pile en face ! Lààà !". Suite à cet échange étrange et fort en décibels, Newton chausse ses bottes et claque la porte. C'est alors qu'en se promenant seule sur la plage, elle découvre un drôle de type en tenue de militaire échoué sur le rivage, inanimé. Croyant bien faire, elle le ramène à l'auberge. A son réveil, l'homme annonce à ses hôtes qu'un terrible virus s'est répandu sur la planète : l'île sur laquelle ils se trouvent serait ainsi l'un des rares coins du globe qui n'aurait pas encore été atteint par la pandémie. C'est à partir de ce moment que le scénario du film devient de plus en plus fou !




Tout le jeu du réalisateur, qui signe là son premier film, consiste bien entendu à nous faire douter de l'honnêteté du nouvel arrivant, incarné par un Jamie Bell méconnaissable, qui semble avoir pris 10 ans dans la tronche depuis son rôle très remarqué de danseuse étoile dans Billy Elliott ! Régulièrement surpris en train de mater le ferme boulard de Thandie Newton, l'attitude de Jamie Bell déplaît beaucoup à Cillian Murphy et la tension monte très rapidement entre les deux hommes. De son côté, Thandie Newton a l'air bien contente d'être devenue le centre de toutes les attentions et, quand le générateur pète et les prive d'électricité, elle vit étonnamment bien le fait d'être coupée, une bonne fois pour toutes, de son petit monde virtuel. Quant à nous, on regrettera que ce personnage méprisable soit incarné par une si misérable actrice, qui justifie mal que deux gaillards se plient en quatre pour s'accorder ses faveurs. Thandie Newton passe tout le film à singer de façon très ridicule l'accent anglais, elle qui est, si je ne m'abuse, d'origine latino-zambienne. Cela donne quelque chose de tout à fait insupportable aux oreilles. A la vue, par contre, il faut bien reconnaître que l'actrice conserve un peu de ce charme qui lui a ouvert les portes des studios de cinéma hollywoodiens à l’orée des années 2000. Elle est encore l'une de ces rares actrices blacks que tout le monde s'arracherait, avec peut-être Jada Pinkett-Smith, Whoopie Goldberg et Zoe Saldana. C'est très moche de ma part de dire ça comme ça, alors prions pour que ça passe inaperçu.




Le reste du film est une vaste partie de poker menteur où tout est fait pour que l'on pense que Jamie Bell n'est pas un type fiable. Le spectateur un peu éclairé aura donc tôt fait de comprendre qu'il l'est bel et bien et ne raconte pas de cracks. Une terrible pandémie s'est effectivement abattue sur la Terre et c'est pour cette raison que Jamie Bell veut barricader la maison. Pour ce faire, il s'en prend à tous les objets en bois qui lui passent sous la main. A commencer par de belles chaises en osier, sacrifiées, qu'il casse sans relâche, pendant près d'une heure de film ! Le plus insupportable étant qu'il s'en prend vraiment à de très belles chaises, on se dit forcément "Ah putain, j'en cherchais justement une comme ça pour mon living room !". Face à la folie destructrice de son nouveau colocataire, Cillian Murphy décide d'un commun accord avec Thandie Newton de s'enfuir par le vélux pour aller vérifier l'état du monde extérieur. A son retour, il tousse du sang et vomit de la bile, mais "No problemo, ça m'arrive souvent" dit-il. Ok... Il crève peu de temps après. Un flingue sur la tempe, Jamie Bell avoue alors à Thandie Newton qu'il est un véritable bouillon de culture sur pattes. Un microbe ambulant qui s'est échappé d'une base secrète et qui a échoué sur cette île perdue. Twist ! S'il barricadait la maison et empêchait par tous les moyens aux deux autres de fuir, c'était pour mieux protéger la Terre entière du danger mortel qu'il porte en lui. Pourquoi ne s'est-il pas immolé par le feu, se demande-t-on alors. Jamie Bell est un soldat qui a la notion de sacrifice dans le sang, en particulier quand cela implique de véritables bijoux en osier, mais quand ça le concerne lui directement, faut pas pousser. Tu parles d'un film à la con ! Le dernier plan du film est un hélico qui surgit derrière une falaise et abat froidement Thandie Newton alors qu'elle essayait de s'échapper à la nage. Au large les contagieux !


Retreat de Carl Tibbets avec Cillian Murphy, Jamie Bell et Thandie Newton (2011)