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4 octobre 2017

Monsieur & Madame Adelman

Avant toute chose, l'affiche est une souffrance. D'abord on dit "Madame & Monsieur" plutôt que "Monsieur & Madame" quand on n'est pas un gros porc dégueulasse. Ensuite, il y a cette image toute retouchée, où Bedos semble faire du cheval sur le dos de sa femme qui exhibe un sourire abominable et dont les cheveux découpés sur Photoshop sont une pure et simple horreur. Et puis on lit les mots des revues publicitaires, et notamment ce mot, "Sexy", accolé aux horribles personnes apparentes. Mais après l'affiche, normalement, vient le film. Or, ce film de Nicolas Bedos, je ne le regarderai pas. Je pense qu'il pourrait me faire vriller, me faire passer de l'autre côté, me faire tout lâcher, vivre seul, dans les égouts, en sortir une fois tous les six mois pour tabasser des gens gratuitement et me faire tabasser par eux, aller au poste, me faire enculer, sortir et recommencer, en attendant de tomber sur un passant moins rigolo armé d'un calibre et prêt à bien vouloir me flinguer. Donc je ne le regarderai pas.


Monsieur esperluette Madame Adelman de Nicolas Bedos avec Nicolas Bedos et Doria Tillier (2017)

12 novembre 2015

L'Art de la fugue

L’Art de la fugue fait partie de ces trucs qu’on a tellement vus et revus qu’à chaque fois, et tant pis pour la redite, le même besoin se fait ressentir : comment se retenir, devant un film qui nous a tant pompé l’air, de lui lâcher ne fût-ce qu’une petite vesse* dans la gueule ? D'abord, vous présenter l’affaire... Le résumé hallucinant d’Allociné donne une assez rapide idée du désastre : « Antoine vit avec Radar, mais il rêve d’Alexis... Louis est amoureux de Mathilde alors il va épouser Julie... Gérard, qui n’aime qu’Hélène, tombera-t-il dans les bras d’Ariel ?… Trois frères en pleine confusion... Comment, dès lors, retrouver un droit chemin ou ... échapper à ses responsabilités ?… C’est là tout L’Art de la Fugue… ». Normalement j’aurais dû ponctuer cette citation de quelques points de suspension mais je crois que ça va aller.


Nestor Burma passe tout le film dans cette position.

En fait, dès l’affiche, mons-tru-euse, on sait que L’Art de la fugue sera un film choral, donc un film d’acteurs. Et quels acteurs. Au centre, Antoine (Laurent Lafitte), puis ses deux frères, Louis et Gérard (Nicolas Bedos et Benji Biolay : on se demande qui de plus exaspérant aurait pu se glisser dans cette fratrie de la mort, qui ? Yann Barthes ? Il a failli faire partie du casting, véridique). Ils incarnent trois fils. De pute, certes. Mais aussi trois fils de commerçants acariâtres (Marie-Christine Barrault et Guy Marchand, ou Guy Charmand pour les intimes, déjà papa accablé du duo de frères Romain Duris et Louis Garrel dans Dans Paris ; film pénible jusque dans son titre, qui force la répétition, "dans Dans" : lourd...). Le premier fils, Lafitte, est un galeriste bobo, homo, amoureusement instable et sensible, le deuxième, Bedos, un homme d’affaire égoïste, putanier et traitre, et le dernier, Biolay, un chômeur sentimental suicidaire. Ils vivent et pensent forcément l’amour très différemment. C’est pas mal original. Et assez surprenant, ces tempéraments, associés à ces statuts sociaux. Du jamais vu. Et puis autour d’eux gravitent quelques tronches connues, comme Agnès Glaoui (pardon à elle, je l'adore) ou Bruno Puducu (désolé, on se connaît pas). On se demande comment un scénario aussi immonde (adapté d’un bouquin de l’américain Stephen McCauley, auteur déjà porté à l’écran par Sam Karmann dans le tout aussi choral et fumeux La Vérité ou presque, film culte dans lequel Dussolier et Cluzet échangeaient leurs sexes) a pu attirer autant de gens. Ce type de film devrait se tourner à deux ou trois, par des crève-la-faim, dans des caves. Il paraît qu’on n’attire pas les mouches à merde avec du vinaigre, mais ce long métrage prouve, et il n’est malheureusement pas le seul, qu’on peut les attirer avec d’autres mouches. Lequel, parmi ce brillant casting, a signé le premier ? Mystère. Mais les autres, en voyant son blaze qui tache associé au projet, ont cru flairer le bon plan et se sont jetés dans la gueule du loup.


 Élodie Frégé, dans l'émission Au Battle Field Earth de la Nuit, présentée par Michel Battle Field Earth.

Et puis le copinage n’y est sans doute pas pour rien : on va faire mumuse avec les copains. Benjamin Biolay avait déjà joué pour et avec Agnès Jaoui dans Au bout du conte. Comme on se retrouve ! Et cette fois-ci il a ramené avec lui Elodie Frégé, qui n’est là que pour la fermer. Contrairement à l'horripilant Nicolas Bedos**, dont on espère quant à lui qu'il ne s'acharnera pas davantage à devenir acteur, et qui se contente de s’admirer beaucoup et de s’écouter parler, comme d’hab'. Les autres ne sont pas tous détestables en règle générale, et peuvent même se montrer plutôt bons, y compris Laurent Lafitte (que j’ai peut-être la naïveté de ne pas condamner tout de suite à la chaise électrique, mais il est à ça...) et Bruno Putzulu, sôciétaires la cômédie frônçaise, mais le film est si atroce qu’ils ne peuvent que l’être aussi. On devine d’ailleurs qu’ils le savent, que le réalisateur le sait. Que tous ces gens sont au courant qu’ils sont en train de tourner une minuscule chose hideuse et absolument nulle, mais ils le font quand même, parce que c'est sans doute moins désagréable que de ne rien faire. De notre côté, on préférerait ne rien voir.

* petit pet silencieux et malodorant.
** petit pet silencieux et malodorant.


L'Art de la fugue de Brice Cauvin avec Laurent Lafitte, Nicolas Bedos, Benjamin Biolay, Bruno Putzulu, Agnès Jaoui, Guy Marchand, Marie-Christine Barrault et Élodie Frégé (2015)

8 novembre 2013

L'Amour dure trois ans

Frédéric Beigbeder, salopard de première auto-proclamé, est un être digne du plus profond mépris. Après s'en être pris à la chose littéraire, en la pratiquant tout simplement, l'homme s'en prend à la cause des femmes avec son ignoble Manifeste des 343 salauds. Et entretemps, bien décidé à salir tout ce que ce monde a de beau, cette sangsue médiatique n'a pas hésité non plus à s'en prendre au cinéma. D'abord en animant l'infâme émission du Cercle sur Canal+, seule émission du PAF entièrement consacrée au cinéma et qui donne légitimement envie de se passionner pour tout ce qui n'en est pas ; ensuite en tournant lui-même un film. Aussi modeste que talentueux, l'auteur de ce parfait immondice filmique qu'est L'Amour dure trois ans s'est estimé tout à fait légitime en cinéaste et crut bon de justifier sa morgue ainsi : "Dix ans de pub, quinze ans de télé, je suis le romancier français qui a le plus d'expérience avec l'image", notre imbuvable guignol national ignorant sans doute que toute image n'est pas de cinéma, et que publicité comme télévision, médias du formatage, de l'abrutissement et du commerce, ne font guère bon ménage avec l'art cinématographique (les publicitaires passés cinéastes sont d'ailleurs parmi les pires criminels cinématographiques, sauf exceptions : combien de Jeunet pour un Jerry Schatzberg ?).




Rappelons surtout à cet infiniment triste et médiocre commercial, crâneur parmi les vaniteux, qu'en matière de rapports non pas à la vague "image" mais au cinéma, quelques noms de romanciers français viennent à l'esprit avant le sien, et de vrais romanciers, pas les misérables David Foenkinos (La Délicatesse, lol), Yann Moix (le brillant Prix Renaudot 2013, prolongateur du génie célinien, a réalisé Podium et Cinéman !), Nicolas Bedos (émule de Beigbeder, acteur chez lui et dans Amour & Turbulences, qu'il a co-écrit) et Frédéric Beigbeder lui-même, donc, qui pourrissent les écrits et les écrans français. On ne citera qu'Emmanuel Carrère et Jean-Philippe Toussaint, cela suffit amplement.




Répondons enfin à l'outrecuidance de cet empaffé par les mots d'un autre écrivain et romancier français, Eric Chevillard, qui ne s'est pas fait prier, à la sortie de cette comédie romantique merdique, pour crucifier le vulgaire publicitaire mondain putanier et phallocrate reconverti grand fossoyeur de la littérature et du cinéma :

"Après Alexandre Jardin ou David Foenkinos, c’est donc Frédéric Beigbeder qui s’apprête à sortir son film. La littérature laissée pour morte derrière eux, sus au cinéma ! On s’étonnera un instant que ce soit justement les écrivains les plus calamiteux qui disposent des moyens de réaliser des films (ces sommes colossales englouties consciemment par les producteurs dans des abîmes de niaiserie), avant d’admettre qu’ils ont obtenu ces moyens grâce à ce même entregent, ces mêmes stratégies de séduction et de conquête qui leur avaient permis déjà de publier des livres malgré l’absence de toute espèce de talent à l’exception précisément de celui-ci, séduire, conquérir, noyauter le système, faire tourner cette industrie de bandits cyniquement vouée à détrousser les pauvres d’esprit". Tout est dit.


L'Amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder avec Louise Bourgoin, Gaspard Proust, Nicolas Bedos et Joey Starr (2012)