9 septembre 2013

Pain & Gain

Avec seulement 20 millions de dollars en poche, Michael Bay s'essaie au film d'auteur indépendant d'art et essai underground. Ses acteurs, très impliqués dans le projet, ont accepté un paycheck anormalement maigre, à commencer par Marky Mark Wahlberg, dont l'amitié avec Michael Bay est telle qu'il est déjà annoncé dans les prochains Transformers. L'acteur semble se faire un malin plaisir à malmener le cinéphile qui a reconnu quelque chose en lui et qui cherche à le cerner depuis maintenant près de vingt ans, ce cinéphile qui l'a croisé dans quelques bons films, notamment chez James Gray, James Gray qui a dit un jour que l'acteur était d'une intelligence supérieure et que l'on n'avait pas fini de découvrir toutes les facettes de son talent. Ce même cinéphile qui pleure en suivant le fil RSS consacré à la star bodybuildée, jamais lassée d'enchaîner les projets testostéronés avares en propositions de cinéma tels que le Pain & Gain dont il est ici question. Wahlberg et The Rock y incarnent deux abrutis obnubilés par le sempiternel "rêve américain" et bien décidés à le vivre de toutes les façons possibles. Et Michael Bay, pas plus malin que ses personnages, se plaît à nous rappeler, à chaque nouvel épisode plus débile que le précédent des aventures de Tête de nœud et Tronche de con, que tout cela est tiré d'une histoire vraie. Rappelez-vous que le cinéaste avait voulu utiliser la même technique de persuasion dans Bad Boys 2 et dans Transformers 3, jusqu'à ce que son ami et tuteur Jerry Bruckheimer lui dise : "Là ça ne passera pas, y'a que toi qui y crois".




Le film durant 2h20 (rassurez-vous il y a 20 minutes de générique de fin, nouvelle tendance du cinéma de merde hollywoodien, Star Trek Into Darkness est un autre exemple), on pense d'abord avoir affaire à ce qu'on peut typiquement appeler un "plaisir coupable", volontairement régressif et bête, où les acteurs s'en donnent à cœur joie. En ce sens, Mark Wahlberg confirme son aisance dans le registre comique après Very Bad Cops, et montre qu'il est capable d'asséner avec le plus grand sérieux du monde des répliques d'une débilité achevée. Il faut aussi reconnaître quelques lueurs de génie à The Rock (qui avait justement côtoyé Wahlberg sur le tournage de Very Bad Cops, où il n'était pas le dernier à donner dans l'autodérision de bon aloi), permettant de pouffer une fois ou deux. On aimerait voir ces acteurs dans une vraie comédie (sauf si c'est pour subir Ted 2, le premier, à pleurer, étant bien loin de la folie comique de Will Ferrell), car le film de Bay se révèle vite tourner en rond (à l'image de ces travellings circulaires, seul outil de la grammaire cinématographique maîtrisé par Bay, qui en use et en abuse), et se contente de montrer des débiles de façon débile, avec à la clé quelques effets de manche bien pitoyables baignés par des voix-off incessantes. On s'ennuie ferme devant ce chapelet de connards imbuvables, pourtant presque attachants au départ, et on mate sa montre en attendant que ça passe, tristes de croiser Ed Harris dans un tel taudis, un merdier de film dont on n'a aucune envie de gratter le fond d'idéologie rance et gerbante (car étant donné la manière qu'a Michael Bay de dépeindre les femmes, les juifs et les homosexuels, on se dit qu'on ne l'inviterait pas à dîner tous les dimanches, parce qu'il ferait sacrément la paire avec tonton Scefo le gros facho). On imagine très bien ce film trôner fièrement au sein du top 2013 de Quentin Tarantino aux côtés de Pacific Rim, Young Adult, Django UnchainedThe Bling Ring, Hobbo with a Shotgun et quelques autres merdes.


Pain & Gain de Michael Bay avec Marc Wahlberg et The Rock (2013)

32 commentaires:

  1. Sur qu'il est bien.
    La vanne sur TED ca va 5 minutes!

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  2. Je vous trouve un peu dur en affaires.

    C'est un film auto-référencé qui, s'il confirme le talent limité de metteur en scène de Bay, permet néanmoins de découvrir une facette pleine de second degré et d'autodérision, encore inconnue chez le réalisateur.

    La force - si on peut toutefois parler de force - du film c'est justement de donner ce visage abruti au rêve américain ; la perception des juifs, des homosexuels et des femmes confirment ce propos. Ce n'est pas la vision de Bay, c'est celle de trois types bercés par un présupposé simpliste : "in fitness we trust" ; le culte du corps. Mais leur Dieu ne leur a pas accordé un niveau de vie proportionnel à leur degré de dévotion. C'est le titre, le marteau qui annonce de toute façon l'issue inévitable du film.

    Et on se gargarise du jeu stupide des trois acteurs et particulièrement de celui de Dwayne Johnson.

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  3. Vincent Malausabdos9 septembre 2013 à 11:35

    Ed Harris traîne aussi sa gueule enfarinée de vieux de la vieille en roues libres et en cameo dans le Transperceneige, film de merde s'il en est !

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    1. Ce pseudo :D:D

      Sinon j'ai eu un retour très positif sur le Transperceneige ce matin. En même temps cette personne m'a parlé de "film d'action d'auteur" donc je me méfiatz.

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    2. Dany Boon Joon Ho9 septembre 2013 à 19:55

      Quand tu dis "un retour", tu veux dire "un renvoi" ?

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    3. Si un film d'action d'auteur est un film avec des séquences de baston au ralenti, ouais c'est un film d'action d'auteur.

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  4. Comme d'hab, ça crache sur Bay, réalisateur épidermique par excellence. M'en fous, moi j'l'aime bien, et puis j'aime bien son film à prendre au dixième degré où il se fout de tout le monde, même des victimes. Un nihilisme crasse caché sous une carrosserie clinquante : un autre l'aurait fait, tout le monde aurait applaudi.

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    1. Faux. A ta dernière phrase, faux. N'imp', mymp.

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  5. Bonjour,

    Avez-vous une explication quant au titre français de ce film "No pain, no gain"?

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    1. Re-bonjour,

      Votre réponse ne me satisfait pas. En effet, on part de "Pain & Gain" pour obtenir "No pain, no gain" en France. Ne trouvez-vous pas ça idiot, voire même totalement crétin?
      Une autre remarque: vous avez l'habitude de titrer vos articles des titres "version française" des films que vous "analysez". Pourquoi ne pas avoir intitulé cet article "No pain, no gain". Est-ce cela parle du painqu'on mange? Vous n'êtes pas cohérents, et je mets là le doigt sur un sujet qui fâche, j'en suis conscient.

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    2. Aussi totalement idiot que totalement crétin, mais c'est devenu si banal dans le doux paysage de la distribution française qu'on ne relève même plus...

      Nous avons décidé de garder le titre anglais cette fois-ci, la (non-)traduction étant vraiment pitoyable, mais sachez qu'il y a eu conciliabule dans la "rédaction" ce matin et que l'incohérence que vous pointez est tout à fait consciente, ce qui ne l'explique pas mais tant pis.

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    3. Re-re-bonjour,
      Je suis totalement satisfait de votre réponse, et pour vous prouver mon contentement, je vous adresse ce smiley :)

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    4. Triviax Purxuit édixion Geniux9 septembre 2013 à 20:05

      L'explication est que les mongoliens qui ont traduit le titre ont d'abord pensé le garder intact, mais leur boss qui a fait LV2 suédoises n'a pas vraiment saisi que c'était de l'anglais. Du coup ils se sont dit "on va mettre un mot en anglais que tout le monde connait pour bien faire comprendre que c'est à lire en anglais".

      Ainsi, après avoir écarté "Yes Pain Yes Gain", "Kitchen Pain Kitchen Gain" "Asian Slut Dildo Pain Asian Slut Dildo Gain" ou encore "Max Pain Max Gain", ils se sont rabattus sur ce morne "No Pain No Gain".

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    5. Master Panisssssss9 septembre 2013 à 20:59

      C'est vrai que sans les "no" on aurait pu croire à un film narrant l'incroyable ascension sociale d'un boulanger !

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    6. Bonjour une dernière fois pour aujourd'hui (ou devrais-je dire bonsoir),
      La remarque de Monsieur Panisse, maitre boulanger, me paraît tellement juste et pétrie de bon sens que je peux dorénavant m'estimer comblé. Je n'ai ainsi plus de question à vous poser mais je compte visionner ce film car il reste un cinéma courageux qui diffuse encore No Pain, No Gain près de chez moi !

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    7. Le titre français replace le film dans un contexte de soumission à l'église chrétienne apostolique et romaine. Tout accomplissement doit se faire dans la douleur. C'est un coup des intégristes!

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    8. Finement observé.

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  6. Y'a un scénario à écrire là-dessus : "Asian Slut Dildo Pain Asian Slut Dildo Gain"

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  7. Vous êtes gentils mais Michael Bay vient d'une famille juive, et s'il y a bien des gens qui ont le droit de faire des blagues sur les juifs.
    Vous avez pas vu la vérité si je mens?
    Donc je vous propose, pour faire état de votre juste indignation, d'écrire un article qui se consacrera spécifiquement à ce sujet!
    Deuzio, faut vraiment être un pisse-froid sans nom pour y voir de la misogynie, de l'homophobie et pas la satire, pourtant évidente.

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    1. Je te suggère la lecture de cet article :
      http://ilaose.blogspot.com/2012/04/la-verite-si-je-mens-3.html

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  8. haha que c'est bon ^^ aucune chance que je me retape un autre film de Michael Bay ! Plutôt crever. Il m'a déjà bien assez pris la tête sur...tous ses films. arf, il parait que ROCK avec le guignol Cage est à revoir quand même. Par-contre j'aime bien HOBO WITH A SHOTGUN moi ^^ bon d'accord, Rutger Hauer est l'attraction du film... mais quand même, je le trouve bien assumé là où plein d'autres gens essayent de faire la même chose sans y arriver (comme Tarantino qui commence à me les péter grave).

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  9. Vous avais taurt lé maics cé tro un chez d'heuvre j'ador la culturre en pluss The Rock cé le mailleur actheur du monde <3 jé ate qu'il pacce sur TF1 qui cé ma chene préféré

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  10. Michael Bay, sur le tournage de son prochain film (Transformers 4) :

    http://www.comingsoon.net/nextraimages/bayhem-new.jpg

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    1. Oh putain il se sert de sa caméra comme d'une mitraillette !

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  11. Par ailleurs, la durée interminable des génériques de fin commence à dater : pour la petite histoire, je me rappelle avoir projeté le 'Godzilla' de l'immortel Laurent Emerick, sorti en 1998, et la dernière bobine du film n'avait pas été envoyée au cinéma dans lequel je travaillais. Mais cela n'avait pas trop posé de problème puisque les quinze minutes de ladite dernière bobine étaient entièrement consacrées au générique de fin !

    Cette durée infernale s'explique quand on sait que contractuellement, même le conducteur des toilettes mobiles peut apparaître au générique (parfois sous le doux nom de « Honeypot Driver »).

    Du coup, la pratique cinéphile qui voudrait qu'on se coltine le générique de fin en entier devient carrément grotesque (d'autant que pour meubler, on accompagne souvent celui-ci d'une soupe musicale qui achèverait le spectateur le plus indulgent). Inversement, on peut juger le manque d'autorité d'un film sur son public à l'extrême rapidité avec laquelle celui-ci quitte la salle dès le début du générique de fin : quand j'ai vu le 'King Kong' de Peter Jackson en salle, il n'y avait plus personne au bout de quinze secondes. Un film de trois heures censé être un monument de grand spectacle et de philosophie simiesque (ou d'apologie zoophile), incapable de laisser son spectateur pensif dans son fauteuil plus d'une demi-minute...

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    1. Oui, cependant, à choisir, je préfère presque ces génériques classiques interminables et sans intérêt, parfaitement chiants même, aux tentatives récentes d'esthétisation du générique de fin (ou de début), qui donnent la plupart du temps des envies de meurtre. Quid de ces génériques (récemment pour moi celui de "Jeff who lives at home", film indé horrible) où les noms des acteurs et techniciens se fondent les uns dans les autres, quand ce n'est pas une seule lettre tirée de chaque patronyme qui reste quand le nom s'efface pour former un autre blaze, etc.

      Il est loin le temps de Saul Bass. D'ailleurs l'autre jour je suis resté émerveillé par le générique de fin du "Masque de la mort rouge" de Roger Corman, magnifique.

      Quant à King Kong...

      http://ilaose.blogspot.com/2012/11/king-kong.html

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  12. Ah oui, les génériques clipés, c'est une autre forme d'horreur...

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  13. Quant au premier beau générique de fin qui me vient à l'esprit, sans trop y réfléchir, c'est celui de 'Frontière chinoise', de John Ford. Il ne s'y passe rien de surprenant (graphiquement parlant), mais le caractère élégiaque du court thème musical composé par Elmer Bernstein vient y parachever l'émotion intense de la dernière scène du film, et du fondu au noir sur Ann Bancroft attendant la mort (par la même occasion, cela parachève une des plus belles filmographies qui soient, puisqu'il s'agit du dernier film de Ford !).

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  14. Juliette Boniche26 avril 2014 à 17:43

    Michael Bay, dans toute sa splendeur :
    https://scontent-b-lhr.xx.fbcdn.net/hphotos-prn2/t1.0-9/10176187_10154044488485468_4766765351374923972_n.jpg

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