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21 octobre 2017

Zero Dark Thirty

A l'occasion de la sortie exceptionnelle de Detroit, nous avons l'honneur d'accueillir Eric Hilbert, professeur de cinéma émérite à l'Université Blois 4 et éminent spécialiste du cinéma d'action américain des années 2010. Il est l'auteur de la remarquable thèse Le cinéma américain d'action des années 2010 : étude sur le cinéma d'action américain des années 2010 parue fin décembre 2010 et dont nous vous recommandons chaudement la lecture. Il revient pour nous sur Zero Dark Thirty, précédent métrage de Kathryn Bigelow : l'un des titres les plus importants du cinéma US du XXIème siècle, une oeuvre que l'on ne pouvait pas se permettre d'ignorer plus longtemps sur notre blog consacré au meilleur du 7ème Art. Dr Eric Hilbert est accompagné pour cet article par son étudiant, Pierre-Hugo Mouskevitch, actuellement en stand-by, et dont la thèse consacrée au cinéma d'action américain des années 2020 devraient être défendue dans les prochains mois/années. Voici leur contribution :





Alors que le susnommé Zero Dark Thirsty va bientôt souffler sa sixième bougie, soit l'âge de raison et le temps de recul nécessaire pour juger convenablement d'une oeuvre d'art, nous pouvons désormais établir un bilan honnête et nous mettre d'accord sur les apports concrets de ce film fleuve. Il faut tout d'abord replacer le contexte historique dans lequel le film est sorti. En 2013, le cinématographe n'en est qu'à ses balbutiements, l'art ayant tout juste fêté ses 117 ans. Si des œuvres messianiques (Strange Days) ont pu annoncer le virage à 380° pris par Mme. la réalisatrice Katherine Gerthrud Bigelow (Hilbert et al., Jour. Ciné. Contemp. 11, 2010), le renouveau impulsé par ce film fait date, en l’occurrence 2013, et a lancé une nouvelle vague, suivie d'embruns capricieux, l'exemple le plus marquant étant la trilogie Batman de Mr. Christopher Nolan [1,2,3]. Évacuons dans un premier temps un des aspects les plus triviaux de ce corpus, surtout pour le spectateur averti de 2017 : Mme Katherine Bigelow a eu le mérite de relancer pour de bon la carrière de Jessica Chastain, la plus belle actrice de sa génération (Hilbert, Pla. Boy. Cine. Mag 11, 2010). Zero Dark Thirsty s'impose pour les spécialistes (Hatterford, Munchkin, Hopper) comme le premier long-métrage sur pellicule à oser mettre en vedette une actrice rousse, adressant ainsi un joli pied-de-nez aux trop nombreux détracteurs de cette population si souvent marginalisée et pourtant affable (sur laquelle la réalisatrice consacre son film Point Break). Le photogramme numéro 1 montre que Mme. Bigelow, K., traînant son courage en bandoulière, cherche à se rapprocher de la démarche choisie par le regretté et grand (près de 2m au garot) George A. Romero dans son classique La Nuit des Morts Vivants où un homme noir affrontait vaillamment des hordes de zombies avant d'être sommairement tué par la police.




S'il fut un véritable coup de tonnerre, dont les déflagrations se font encore aujourd'hui ressentir dans tous les studios hollywoodiens (New York Time du 10 octobre 2010), Zero Dark Thirsty apparaît comme le film définitif sur l'armée américaine et ses pratiques "borderline" (en français dans le texte). Le film est une mine de renseignements pour ceux qui souhaitent comprendre la mécanique intrinsèque et extrinsèque des agences de renseignements américaines (De la mécanique intrinsèque et extrinsèque des agences de renseignements américaines dans Zero Dark Thirsty, Hatterford et al., Mad. Mov. 11, 2010) . Armée d'une équipe de spécialistes expérimentés et d'anciens employés du CIA à la retraite, Miss. Bigelow ne laisse aucun détail au placard et nous montre même l'indicible (photogramme 2). La technique d’interrogatoire renforcée (enhanced interrogation technique) nous est dépeinte sans détour (photogrammes 3 à 5 - censurés par blogspot ndlr). A contre-courant des intentions décrites dans les pamphlets de certains collègues (De l'abjection de la bigleuse, Kettlemans, Cah. du. Cin. 11, 2010), Miss Katherine ne s'affiche pas comme une pro-torture mais préfère adopter une position plus nuancée. Certes, les simulacres de noyade (waterboarding en anglais) ont permis de débloquer bien des situations et Katherine avoue même pratiquer cette technique dans son foyer, mais elle s'affaire également à nous montrer les dangers de cet acte pour la personne qui le pratique (éclaboussures d'eau, brûlures...) (lire à cet effet son interview dans le Washington Post du 10 octobre 2010).




Au-delà de ces considérations idéologiques qui ont fait les choux gras de la presse de l'époque et France Football, Zero Dark Thirsty se présente comme un modèle de technicité. La maïeutique de Miss K.G.B. fonctionne à plein régime dans tous les aspects diégétiques et extradiégétiques de son oeuvre crépusculaire, pour faire simple. La majeure partie de l'action se déroule en effet à la tombée du jour (photogramme 6) et nous perdons la notion du temps devant ce métrage long, sombre, moite et violent. Les ellipses répétées que Kate, passée maîtresse dans l'art de raconter, glisse ça et là dans son récit participent à nous mener en bateau, à nous faire perdre toute notion du bien et du mal. Elle nous propose un témoignage aride, sec, dénué de tout élément superflu. Kathy parle le vernaculaire du grand cinéma des années 10, et un visionnage de la bande photo-imprimée sans le son permet d'en cerner toute la grandeur visuelle (extraits disponibles sur youtube).




Dans le même temps, Katoche nous livre un petit précis sur la vie de l'armée américain hors sol. S'inspirant des plus grands documentaires de la période naturaliste du cinéma scandinave de l'âge d'or, la stankhanoviste de la grande toile blanche n'oublie aucun élément du quotidien des soldats envoyés combattre loin de chez eux. Quelques arrêts sur image nous révéleront même jusqu'à leurs habitudes alimentaires ! On découvre alors que les militaires sont soumis au même régime que les sportifs de haut niveau : viande blanche et féculents à tous les repas, sous la forme de pâtes pour chien semi-complètes (Diets in Bigelow's Movies, Cine. Indep. Jour. 11, 2010). Alors que son titre fait référence à une opération d'arrestation classique, auxquelles les 45 dernières minutes sont pleinement consacrées en quasi temps réel, le 8ème long métrage de Catsou (officieusement, le 9ème) en profite pour tirer à boulets rouge sur le tout venant. La maman de Zero Dark Thirteen continue son sans faute : 8 films, 8 faits historiques dûment traités, même 0DT est plutôt inscrit dans la protohistoire, dans l'anodin, dans le vaille que vaille (Hilbert, ibid). Si ça n'est pas aux vieux singes que nous apprendrons un jour à faire la grimace, ça n'est pas non plus à Kamille que l'on apprendra que le récit d'une simple anecdote s'avère plus révélateur que bien des fresques historiques...




Techniquement surdouée, la maître des perspectives et des longues focales propose un véritable abécédaire des plus audacieuses techniques cinématographiques du moment, systématiquement mises au service de sa narration (Hilbert, ibid). Se tenant toujours à distance des personnages ambigus qu'elle filme avec tendresse et sans toutefois condamner leurs exactions, l'enchaînement des champs contre-champs à un rythme vertigineux plonge l'auditoire et le spectatoire au cœur de l'action, dans les ténèbres. Les scènes de tortures sont parmi les plus insoutenables vues à l'écran depuis Belle Lurette (1995) et invitent tous les réalisateurs de torture porn et de pacotille, à commencer par Monsieur Eli Roth, à aller se rhabiller en vitesse (il s'agira ici de ma seule remarque abdominem, mais il m'a saoulé avec ses films).




Notons, pour finir, que l'on retrouve aussi dans Zero Dark Thirsty les touches d'humour discrètes chères à l'auteure de Point Break et d'Aux Frontières de l'aube (deux autres classiques instantanés, dont j'invite le lecteur consciencieux à faire l’expérience). Nourrie aux slapsticks dès sa plus tendre enfance et connaissant les classiques de l'humour noir sur le bout des doigts, la Beagle ponctue son oeuvre de clins d’œil délicieux adressés à Franquin et Gotlib (Spirou, 2010). Des répliques cinglantes de soldats à cran et des gags grotesques dignes des plus belles heures du duo Laurel et Hardy jalonnent son récit, comme pour mieux nous faire respirer entre deux séquences chocs. Le moment préféré de l'auteur de ces lignes est surement celui où l'agent tout terrain Pointerclass Dan (Jason Clarke) demande un clope à son acolyte, le lieutenant sous-colonel Hassan Ghoul (Homayoun Ershadi), et que ce dernier lui tend une cigarette au chocolat pour l'inviter à stopper sa consommation de nicotine... Beau et indispensable moment de tendresse dans un film qui s'apparente davantage à un océan de rancœur qui explore les plus bas tréfonds de l'âme humaine. La chute terrible dans les escaliers du pauvre Abu Ahmed, volontairement poussé par un soldat zélé, est aussi un grand moment d'humour, un calembour visuel qui ravira petits et grands, faisant directement référence à Tex Avery (Hartmann C., "L'humour comme ultime sacrement : Katherine Bigelow", Résidences Universitaires Polytechniques, 2010)




Lors d'une masterclass mémorable donnée à Blois face à un spectatoire médusé, Katsouni avait insisté sur l'importance historique des films d'histoire. Son oeuvre personnelle inscrit la cinéaste dans la droite lignée des plus grands noms du genre. KB9 appartient maintenant à la famille des Eisenstein, Dreyer, Riefenstahl et, plus récemment, Stone, dont elle perpétue respectueusement la tradition. Son objectif est de témoigner modestement sur son époque tout en égratignant ses semblables et en dénonçant les inégalités sous-jacentes de la société occidentale. Pour faire une comparaison à la culture populaire et rendre mon discours plus accessible, je dirais que si ma Kathie n'est pas la Neymar du cinéma américain, elle en est assurément la Amandine Henry : pas la plus médiatique, pas la plus douée, mais plusieurs poumons et une ténacité sans pareil. Son Zero Dark Thirsty est un séisme qui a provoqué un raz de marée dans les salles outre-atlantiques, toujours fermées pour cause de dégâts des eaux (The Trafalgar Square, 10 octobre 2010).


Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow avec Jessica Chastain, Jason Clarke et Joel Edgerton (2013)

13 mai 2014

Mr Morgan's Last Love

Ce film pourrait être la suite d'Amour, la Palme d'Or de Michael Haneke. Pour moi, c'est la suite d'Amour. Même décor (un grand appartement parisien), même personnage (un vieillard dépressif et infréquentable, aux portes du trépas), même ambiance (feutrée, silencieuse, la mort qui rôde), même époque (actuelle et déphasée : aucune tablette ni phablette à l'écran), même saison (automne-hiver, mais il fait un temps magnifique sur Paris) même CSP (plutôt le haut du panier, de belles reproductions ornent les murs de l'appartement, un immense piano occupe le salon, autant d'indices qui ne trompent pas, sans compter la penderie démente du vieux schnock). Je pourrai encore allonger la liste tant les points communs entre les deux films sont légion. Rien de plus normal pour une suite directe ! Le cinéaste autrichien et ses acteurs couverts de trophées ont logiquement cédé leurs places. Comment oser, en effet, remettre le couvert après un tel succès ?! Rappelons-le, jamais un film n'avait accumulé autant de récompenses in a row qu'Amour en 2012-2013 :  d'abord la Palme d'Or cannoise, puis, coup sur coup, le Golden Globe, le BAFTA et l'Oscar du meilleur film étranger ainsi que l'European Award et, cerise sur le gâteau, le César du meilleur film, pour ne rien gâcher à la fête ! Du jamais vu ! Aucun cinéaste n'avait réussi cet exploit.




Il est par conséquent tout à fait logique que Michael Haneke se soit écarté de cette suite et qu'il ait même choisi de l'ignorer poliment afin, j'imagine, de ne pas "salir son bébé". Mais si son retrait est compréhensible, il est injuste et cruel d'ignorer un tel film, un tel projet, car il fallait vraiment ne pas avoir froid aux yeux pour s'attaquer au monument de l'austère autrichien ! C'est donc le prestigieux Michael Caine (rien que ça !) qui reprend le rôle lâchement délaissé par Jean-Louis Trintignant, tandis que la dénommée Sandra Nettelbeck, inconnue au bataillon mais dotée d'un courage immense, s'occupe de la mise en scène et du scénario. Le pari est sacrément osé, j'étais donc très curieux de voir ça, d'autant plus que je me devais de régler un souci d'ordre personnel avec le film de Haneke, qui avait occasionné chez moi quelques nuits blanches et des cauchemars terribles. Je devais panser la plaie béante qu'avait laissé en moi son final morbide. Il me fallait revoir tout ce beau monde pour mieux le quitter en de meilleurs termes. L'existence de ce Mr Morgan's Last Love (qui a pour véritable titre Last Love, ce qui fait évidemment sens), a priori sans intérêt, fut donc pour moi un véritable soulagement.




Pour ne pas perdre le spectateur, les premières minutes s'inscrivent dans le prolongement direct du film coup de poing de Mika Haneke avec, en guise d'introduction, un petit rappel des faits, un peu à la manière de la série Walking Dead (on entendrait presque une voix rauque prononcer avec entrain les mots "Previously on Michael Haneke's Amour !"). Après une longue agonie et une ultime échauffourée avec son mari, la vieillarde, qui était au cœur du premier film et le parasitait de bout en bout, n'est plus. Ouf ! Dès le départ, le film de Nettelbeck se déleste ainsi d'un vrai boulet, d'un sacré poids mort. Tout de suite après ça, c'est plus léger, on se sent mieux, on respire enfin un peu d'air pur. D'autant plus que Michael Caine, nouveau veuf, a tôt fait, lui aussi, de tourner la page et de profiter, en tout bien tout honneur, de la situation. On le voit bien pleurnicher quelques secondes, mais il le fait dignement, avec classe, en costard, en se tenant droit comme un I et en séchant ses larmes comme un homme, un vrai (bien que très vieux). On est à des années lumières du petit monde morbide de Haneke, où il est bon de pleurer à genoux en se flagellant, de s'apitoyer sur son sort pendant des lustres, puis d'étouffer un pigeon trop curieux pour marquer le coup.




Fraîchement débarrassé de sa femme, le vieil homme va se remettre progressivement à croquer dans la vie à pleines dents. Dès sa première sortie en ville, il va craquer pour Clémence Poésy croisée au détour d'un trajet en bus. On le comprend, la jeune actrice a un certain charme, une allure juvénile et pleine de vie qui tape forcément dans l’œil d'un homme désireux de repartir à zéro, quitte à défier sa mort certaine et prochaine. La première partie du film, la plus agréable, nous propose donc de suivre Michael Caine, zonant en plein Paris, tel le loup de Tex Avery, sur les traces de la demoiselle, dont il découvre qu'elle est danseuse de métier. Elle enseigne le cha-cha-cha à des individus ayant besoin d'un peu de pétillant dans leurs mornes existences. Là encore, ça tombe à pic ! Et quel beau pied de nez adressé à Michael Haneke... Quel toupet de la part de Sandra Nettelbeck ! Le morceau de piano macabre, mortuaire et funèbre du premier épisode laisse place à la plus joyeuse des danses, pleine de plaisir et d'enthousiasme. Quand il assiste, de loin, aux cours de la jeune fille, Michael Caine revit et nous avec lui. Une bosse se forme sur son pantalon. Quelque chose se réveille.




Sandra Nettelbeck sait toutefois apporter de la nuance à son récit. Tout n'est pas noir ou blanc. Certains passages sont là pour nous montrer que le vieil homme n'est pas tout à fait remis de la disparition de sa femme, qu'il est encore hanté par celle-ci. Je me souviens par exemple de cette très belle scène où, lors de leur premier rendez-vous, Michael Caine est temporairement abandonné, sur un banc, par Clémence Poésy, partie acheter une barbe à papa (là encore, notons que le triste œuf au plat que Trintignant glisse nonchalamment vers la gamelle d'Emmanuelle Riva dans l'une des premières scènes d'Amour est remplacé par une ravissante barbe à papa, attestant du retour en enfance d'un vieillard ravi, revenu à la vie). Se croyant réellement abandonné, ne sachant plus quoi faire, Michael Caine fait son fameux regard de chien battu, inspecte à sa droite, puis à sa gauche, tournant laborieusement la tête, perdu, puis se lève, prostré, et tourne les talons, repart, jusqu'à ce que Clémence Poésy, revenue en toute hâte, interrompe cet accablant moment d'égarement.




Il fallait un sacré acteur pour jouer cette scène sans faire tristement pitié. Michael Caine est impeccable, comme souvent, son élégance typiquement british remporte la mise. On a même aucun mal à croire qu'une chic fille comme Clémence Poésy s'entiche de lui. En outre, notons que durant toute cette savoureuse première partie, Michael Caine arbore une superbe barbe de trois jours (chez lui, comptez plutôt trois heures), qui lui donne un style "bad boy" revisité très enviable, ça lui va fort bien et ça le rajeunit d'une quinzaine d'années. Jean-Louis Trintignant pourrait un temps oublier ses noirs désirs en regardant son collègue britannique et concentrer toute son amertume et son courroux sur sa majestueuse pilosité. Je paierai cher pour avoir cette tronche-là à cet âge, croyez-moi ! Si Michael Caine est parfait dans cette suite d'Amour, rompant joliment la continuité et s'opposant même au marasme plombant du comédien français, il pourrait également assurer et reprendre sans souci son propre rôle dans une séquelle tardive de Get Carter, le film culte de Mike Hodges.




Hélas, le film de Sandra Nettelbeck ne tient pas la distance et s'effondre dans sa deuxième partie. Michael Caine se rase la barbe et tout part en sucette. Je me serais tout à fait contenté d'une petite romance entre un senior et une minette, le premier pouvant alors sereinement s'avancer vers la mort accompagné avec tendresse par la seconde ; cela aurait suffi à me réconcilier avec le film d'Haneke, à cicatriser mes plaies et, surtout, à faire mes nuits comme avant. La réalisatrice croit malheureusement bon d'ajouter à son film une sale histoire de famille très pesante et des plus inintéressantes. Surgit ainsi le fils de Michael Caine, campé par un acteur de seconde zone au profil d'aigle indélicat, Justin Kirk. Chargé de rancœur envers son vieux père, auquel il reproche principalement la mort de sa maman (ça peut se piger s'il a vu le premier film, se positionne contre l'euthanasie et croyait encore en un remède miracle), le fiston va pourrir toute cette deuxième partie. Bien évidemment, le gonze n'est pas insensible au charme typiquement franchouillard de Clémence Poésy, lui qui vit outre-Atlantique, entouré d'obèses.




Une rivalité va donc rapidement apparaître entre le jeune loup aux dents qui rayent le parquet et le vieil ours fatigué mais toujours sur le qui-vive. Leur confrontation s'effectue sous les regards embarrassés de la sœur, personnage totalement transparent incarné par une Gillan Anderson bien plus jolie qu'elle ne l'était en Dana Scully, et de Clémence Poésy, passablement agacée par ce pathétique combat de coqs qu'elle n'espérait pas provoquer. En ce qui me concerne, j'étais à fond pour Michael Caine, comme quiconque faisant preuve d'un peu de bon sens pourrait l'être, mais Nettelbeck choisit l'autre camp, celui du réalisme le plus crasse. Sans doute fan de vautours et autres charognards, Clémence Poésy finit par succomber aux avances du fils et décide de s'engager dans une relation à l'espérance de vie plus raisonnable, qui ne sera pas interrompue par une mort certaine. Dans le même temps, les rapports entre le père et le fils se normalisent, s'apaisent, ce qui donne notamment lieu à une scène intime autour d'une bonne omelette (clin d’œil à Haneke), toute en retenue, qui rappelle les bons moments du début. Tout est bien qui finit bien. Malgré ce gros ventre mou décevant, on retient donc le positif, d'autant plus que Sandra Nettelbeck a le bon goût de nous quitter sur une dernière image assez poétique sous-entendant avec pudeur que le vieil homme a enfin trouvé le repos éternel. Le traumatisant Amour est pratiquement oublié. Ouf !


Mr Morgan's Last Love de Sandra Nettelbeck avec Michael Caine, Clémence Poésy, Justin Kirk, Jane Alexander et Gillian Anderson (2013)