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16 juillet 2012

La Bande des quatre

Quatre jeunes hommes viennent de fêter leurs 19 ans. Cela fait un an qu'ils ne cirent plus les bancs du lycée et qu'ils occupent leurs journées entre petits boulots merdiques et purs moments de détente partagés. Ils se retrouvent généralement autour d'une immense carrière abandonnée, devenue un grand lac à ciel ouvert dans l'eau duquel ils plongent joyeusement, comme pour oublier leurs peines. Ne sachant pas vraiment quoi faire de leurs vies, ils traversent ensemble une drôle de période de transition, perdus quelque part entre l'adolescence et l'âge adulte. Ces quatre jeunes hommes forment une bande de potes inséparables. L'un d'entre eux est un peu moins paumé que les autres bien qu'il ait toujours la tête dans le guidon : toute sa vie tourne autour de sa grande passion, le cyclisme. Bien décidé à gagner quelques trophées, il s'entraîne chaque jour en vue de participer à une course locale où une équipe professionnelle italienne sera au centre de toute l'attention.




Voici donc le point de départ de Breaking Away, de Peter Yates, qui fut réintitulé La Bande des quatre pour sa sortie en France. Ce titre français, qu'il partage avec un film de Jacques Rivette, est moins bon que l'original mais tient tout de même la route étant donné la place considérable qu'occupe l'amitié qui lie ces quatre jeunes personnages, simplement désireux de pouvoir continuer à passer leurs journées ensemble, en chassant leurs responsabilités, bien loin des soucis adultes. Cette très sympathique bande de potes, pointée du doigt comme les "cutters" (tailleurs de pierre) par les étudiants de la ville issus de milieux plus favorisés, est constituée de personnages très attachants auxquels donnent brillamment vie chacun des acteurs. Le plus connu d'entre tous est Dennis Quaid, parfait dans un rôle de grande gueule au caractère de cochon qui lui va comme un gant. L'ex de Meg Ryan trouvait-il là son meilleur rôle ? Peut-être bien... C'est également le cas de l'acteur principal, l'impeccable Dennis Christopher : il n'a semble-t-il pas connu la carrière qu'il méritait suite à ce film, qui lui rapporta pourtant quelques récompenses précoces. On y retrouve aussi avec plaisir le dénommé Daniel Stern, celui dont on reconnaîtra tous la tronche d'enflure sans pareille pour l'avoir déjà croisée dans Maman j'ai raté l'avion, où il joue le second braqueur, le grand dadais idiot, souffre-douleur de Joe Pesci et du petit Macaulay. Le quatrième larron n'est autre que Jackie Earle Haley, devenu depuis un grand abonné des rôles de second plan (Shutter Island, Semi-Pro) grâce à son corps tout minable et reconnaissable entre mille. Sa ganache, très particulière aussi, lui a également permis d'être le successeur de Robert Englund dans le remake de Freddy. Le film de Peter Yates nous apprend qu'à 18 piges, cet acteur ne foutait pas encore trop les j'tons et avait une allure quasi normale, même si, évidemment, rien n'encourageait à lui prédire un avenir de beau gosse.




S'appuyant sur un scénario très justement récompensé d'un Oscar signé Steve Tesich, l'auteur du génial Karoo, le film de Peter Yates se focalise principalement sur ce personnage de jeune adulte accro au vélo, motivé par ses rêves de vitesse et féru de culture italienne. Sur un rythme trépidant, on suivra avec délectation sa vie familiale, ses joies éphémères, ses déceptions amoureuses et ses désillusions sportives. J'avais pour la première fois entendu parler de ce film dans une interview de Darren Aronofsky donnée à l'occasion de la sortie de Black Swan. Le cinéaste citait tout simplement l’œuvre de Peter Yates comme une influence majeure dans son travail et comme l'un de ses films de chevet. Assez peu étonnant, finalement, quand on voit comment y est traitée la passion dévorante du jeune homme pour la bicyclette : il s'y adonne corps et âme, ne vit que pour elle et à travers elle, un peu à la façon d'un Mickey Rourke dans The Wrestler ou d'une Natalie Portman dans Black Swan, en moins jusqu’au-boutiste, bien entendu. Voir Breaking Away en ayant connaissance de cela est donc aussi l'occasion de constater combien Aronofsky sait faire preuve de talent pour joliment puiser dans son inspiration cinéphile sans jamais manquer d'y apporter sa patte personnelle. En plus d'être un très beau film sur un personnage passionné, se consacrant pleinement à son art, à son but, Breaking Away est aussi une œuvre très réussie sur la fin de l'adolescence et le début de l'âge adulte. Peter Yates traite ce thème-là de façon très juste, avec une grande délicatesse, ce qui est une des plus frappantes qualités de ce précieux teen movie. Enfin, Breaking Away est des plus agréables à suivre grâce à une histoire menée tambour battant qui parvient à nous captiver totalement, du début à la fin. Vous pousserez forcément un soupir de soulagement après avoir assisté à la dernière course, climax génial d'un film adorable qui fut un pur plaisir à découvrir.


La Bande des quatre (Breaking Away) de Peter Yates avec Dennis Christopher, Dennis Quaid, Daniel Stern et Jackie Earle Haley (1979)

9 décembre 2010

Julie & Julia

Les films de Nora Ephron (Nuit blanche à Seattle, Vous avez un message, etc.), ça passe bien quand on est gosse et qu'on se demande qui nous rendrait le plus heureux en mariage entre Meg Ryan et Tom Hanks. D'ailleurs personnellement j'hésite encore. A leur place, Meryl Streep et Amy Adams. C'est très surfait, trop décoré, trop musical, trop. Et là je me lance dans une rapide affichographie : matez le haut du poster qui nous présente une Meryl Streep à bouclettes qui se décroche les bajoues de rire, au point qu'on ne voit plus le blanc de ses yeux, la star de toutes les stars est en roues libres mais elle se fend la banane, ça c'est pour que la ménagère et son ménager s'identifient, par contre dans le bas de l'image, la jeune Amy Adams, le regard en coin, mime une fellation avec ses doigts et ça c'est un objectif marketing plus étonnant. Revenons à Meryl. Pour ceux qui ont vu le sketch des Nuls dans lequel ils doublaient eux-mêmes la Reine d'Angleterre, sachez que Meryl Streep cause avec cette voix-là pendant tout le film.



Une fois de plus on a de quoi se plaindre des affres du principe d'adaptation cinématographique d'histoires vraies, survenues dans les vraies vies de personnages réels. Parce que la véritable Julia Child avait cette voix insupportable on nous l'inflige pendant deux heures, et, pire encore, on l'impose à Meryl Streep, cette immense actrice qui se complait dans une imitation gênante. Amy Adams n'est pas non plus au top de sa forme, piégée dans le maigre rôle d'une New-Yorkaise bien d'aujourd'hui dont le langage est pollué par quantité de tics verbaux et autres expressions accablantes, du style : "I can't write a blog, I mean... hello !". Pouah...



Curieux projet que ce film qui prétend tenir le spectateur non pas en haleine mais en salive. Le pari d'Ephron c'est de nous scotcher à nos canaps en nous refilant les crocs. Pour ce faire elle nous raconte avec maladresse l'histoire d'une jeune femme qui crée un blog (on retrouve après You've got mail tout l'amour de Nora Ephron pour le cliquetis du clavier d'ordinateur portable et pour le web en général), blog pour lequel elle testera jour après jour les 524 recettes de Julia Child (Meryl Streep donc), une anglaise fière comme Artaban d'avoir découvert la cuistance française dans les années 50. J'ai crevé la dalle pendant deux plombes. Voilà le résultat. Une des fâcheuses conséquences de ce scénario cocasse c'est que l'ingénieur du son a choisi de mettre l'emphase sur tous les sons de bouche, ces bruits de gueule à vomir, ce pur dégueulis sonore que chacun produit en mangeant et qui n'est supportable que si l'on est soi-même en train de grailler, ce qui n'était pas mon cas devant ce maudit film, tous ces gargouillis dégueulasses que les ingénieurs du son gomment habituellement sur leur table d'étalonnage afin de les réduire au silence.



Dans une scène particulièrement violente Amy Adams prépare la bouffe pour elle et son mari, faisant revenir du pain dans de l'huile avant de le recouvrir de tomates et de poivrons (un genre de bruschetta d'infrita), pour ensuite gober le tout sous forme de tartines ultra juteuses. Rien que d'en parler j'ai versé huit litres de salive sur mon clavier rétroéclairé macbookpro, on dirait la voie lactée par temps couvert. Seulement voilà... les bruits de pain craquant et de mastication saliveuse sont largement amplifiés, et on a l'impression de se faire bouffer aux petits oignons par un film omnivore sans prétention. Alors on subit, et on se réjouit que l'histoire ne porte pas sur les 524 façons de chier selon Julia Child.


Julie & Julia de Nora Ephron avec Meryl Streep, Amy Adams et Stanley Tucci (2009)

12 mai 2009

Un Homme d'Exception

Ce film est un biopic par Ron Howard de John Forbes Nash Jr., un brillant mathématicien qui élabora en 1947 une théorie économique des jeux. Me demandez pas ce que ça veut dire j'en ai rien à foutre. En tout cas ce que je sais et que vous devez savoir aussi si vous avez déjà vu cette merde, c'est que le gouvernement Américain s'est approché de ce jeune prodige pour l'embaucher. Son job consistait alors à étudier les messages codés publiés chaque jour dans les journaux Russes et censés prédire une attaque nucléaire du sol Américain. Le jeune puceau gaga des maths y passa toutes ses journées, vite largué par sa petite copine, enfermé dans un cabanon vétuste, traqué par des agents spéciaux communistes, et considéré comme fou à force de n'être jamais cru par personne, sa mission étant top secrète au point que même ses patrons oublièrent son existence et le job pour lequel ils le payaient une bouchée de pain.



Ho là, on arrête tout. Tout ça c'est un leurre. Un faux-semblant. Un gros traquenard. En réalité ce film est bel et bien un biopic, mais pas du tout celui d'un mathématicien génial atteint de priapisme et complètement maboule. C'est un biopic de Russell Crowe. Un biopic de Russell Crowe l'acteur. Russell Crowe n'était pas mathématicien en 1947, et il n'a jamais été black-listé pendant la chasse aux sorcières, cette histoire-là ça reste celle de John Forbes Nash Jr., c'est un biopic déguisé derrière un autre. Ron Howard rêvait depuis toujours de rendre hommage à son acteur favori, et en pensant à lui il n'a pu écrire qu'une chose sur son bloc-note : "Un homme d'exception". Son biopic du comédien s'est donc arrêté au titre et il a ensuite engagé une ribambelle de scénaristes pas chers pour concocter un autre biopic chiant à mettre en scène, prétexte pour filmer sous toutes les coutures l'homme de ses rêves.



Et en effet quel homme que Russell Crowe. Rappelons que cet homme-là a tourné dans L'Échange de Taylor Hackford. On pense toujours Gladiator ou Master and Commander quand on dit Russell Crowe, et pourtant on devrait penser L’Échange. Dans ce film de seconde zone dont le dvd est sorti dans le commerce directement dézonné (il n'appartenait à aucune zone et n'était donc lisible sur aucun lecteur dvd au monde, combien de nigauds se sont fait tirer 30 euros comme ça... moi le premier !), Russell Crowe était aux prises avec les FARCs qui kidnappent chaque année de pauvres cons promettant de les libérer moyennant finance. Crowe interprétait donc un spécialiste des enlèvements et autres négociations, riche en testostérone et en matière grise, que Meg Ryan employait pour l'aider à délivrer son époux des griffes de ses ravisseurs. Après des journées passées à rôder autour de l'actrice en mal d'amour, son cell phone collé à la tempe par des températures tropicales d'outre-tombe, en porte-à-faux avec des terroristes illettrés et affamés, dans une villa de touriste tout confort, sans cesse aguiché par la "tête blonde" la plus effarouchée d'Hollywood, nul besoin de préciser que Russell Crowe craqua. Désireux de conclure à sa façon une scène de baiser passionné supposée précéder de peu le départ du héros en hélicoptère vers les forêts vierges où les brigands détenaient l'époux déjà cocu de Meg Ryan, Russell Crowe dévora les joues de l'actrice en chaleur et fit mine de n'avoir pas entendu les douze coups de "clap" et les dizaines de "coupez !" hurlés à plein poumons par un Taylor Hackford éreinté par six mois de tournage.



Le coït eut lieu sous les yeux mouillés de toute une équipe technique plus en nages que jamais. Photographes de plateau et touristes venus assister au tournage se disputèrent les meilleurs "spots" comme on dit, les meilleurs angles de vue, les plus répugnants. La presse s'empara aussitôt du scoop. Russell Crowe et Meg Ryan venaient de se défoncer l'un l'autre sous les spots suintants de Taylor Hackford dans une Colombie déjà enflammée par un soleil de plomb, sous le regard du monde entier. Dans la soirée Meg Ryan et Denis Quaid, jusqu'alors en lice pour battre le record du plus long mariage d'Hollywood (toujours détenu et sans cesse pulvérisé par Sean Connery et sa femme hideuse qui se refusent tous deux à crever d'année en année), explosaient le record du divorce le plus rapide et le plus onéreux de l'histoire de l'humanité (même Spielberg fut détrôné). Et Russell Crowe de tourner son dernier plan du film encore débrayé avant de foutre les voiles vers de nouveaux biopics et de nouvelles vieillardes à tringler sans se retourner. Il n'est pas réellement fortiche en calcul, mais il a réellement une grosse bite dans le crane. Voire même une grande bite à la place de chacune de ses guiboles étant donné que c'est clairement la queue qui guide ses pas. Un homme d'exception vous dis-je. Quant à moi je vous laisse méditer là-dessus et je fais comme dans l'armée, je me tire ailleurs. Plus précisément aux chiottes. J'ai comme qui dirait une taupe au guichet !


Un Homme d'Exception de Ron Howard avec Russell Crowe, Ed Harris et Jennifer Connelly (2002)

12 mai 2008

Daredevil

Daredevil c'est l'histoire du super-héros le plus con de l'histoire du comic book. Daredevil à la ville c'est Matt Murdock un peu comme SpiderMan est Peter Parker, Batman est Bruce Wayne ou comme Flash est Barry Allen. Or quid de Matt Murdock, voila un type qui a eu une enfance peu commode. En effet le père de Matt le détestait carrément depuis sa naissance pour cause de délit de sale gueule. Il faut dire qu'avec sa tête de premier de la classe le petit Matt ne faisait pas tellement honneur à son boxeur de père, et je serais tenté d'écrire "boxer" tant le faciès disgracieux et anguleux du paternel de Matt évoque à brûle-poupoint la gueule baveuse et rageuse des clébards de cette espèce canine vouée aux coups de bâtons et autres traquenards dans les cages d'escaliers. Bref c'est comme ça que le vieux papa du petit Matt, après avoir passé la soirée de la veille dans un bar à tapas de Chihuahua, ville miteuse du Nouveau-Mexique (la vie de Murdoch Sénior portait déjà le sceau du chien et de l'infamie), où il s'était gavé de putes et de tout un assortiment de churros, chichis et autres chourossettes flambées au Grand Marnier, devait fêter le 8ème anniversaire de son cher fils en lui larguant, au levé du lit et sans prévenir, un pet monstrueux dans les narines. De fait, fort de son humour légendaire et de sa bonhommie rayonnante, Papa Murdock avait cru bon pour souhaiter un joyeux huitième anniversaire à son fils chéri assis sur le canapé et déballant joyeusement ses quelques cadeaux, de prendre sa petite tête innocente entre ses mains tout en lui tournant le dos pour mieux la coincer entre ses fesses nues remarquablement velues et lâcher un pet foireux venu tout droit du fond des âges et s'échappant de longues minutes durant dans le tissu rétinien du petit Matt, impuissant, condamné à subir cette indicible ignominie paternelle sans précédent.


Matt Murdoch Junior, souriant pour la dernière fois à la perspective de son huitième annif et ignorant que ses Ray-Ban lui seront indispensables après le pet flash aveuglant de son son père Jack "The Devil" Murdock

Le régime alimentaire du Père Murdock et la fermentation des dizaines de churros mal digérés toute la nuit durant dans l'abdomen purulent de ce boxeur professionnel impliquèrent un taux de méthane et de propane ahurissant contenu dans son seul pet matinal. Les radiations furent conséquentes pour les pauvres mirettes du petit Matt que le médecin de famille, appelé à la rescousse après l'évanouissement quasi instantané du gosse une fois son visage retiré du cul de son père, devait diagnostiquer comme "aveugle des suites d'une intoxication des pupilles et des deux globes oculaires complets suite à une trop longue exposition à une concentration de gaz zyklon B tout à fait considérable". Mais si Matt Murdock était condamné à la cécité par un père farceur et pétomane, il ignora tout d'abord que c'était un prêté pour un rendu. Car si ses yeux étaient réduits à l'état de petit globes bleus effrayants, ses cinq autres sens, l'odorat, l'ouïe, le toucher et le goût, allaient se voir par là même surdéveloppés. Enfin disons l'odorat, l'ouïe et le toucher, parce qu'il faut bien dire que le goût reste un sens bien peu usité, pas assez peut-être, dans les films de super-héros. Même si dans le cas qui nous concerne ici, Mark Steven Lindon Johnson, le réalisateur invétéré de ce long métrage, nous gratifie d'une sublime séquence faisant appel au goût extraordinaire de Daredevil lorsque ce dernier déguste un diabolo menthe à la terrasse d'un café, en tenue de travail (le costume à cornes de chèvre de l'affiche), dans une scène rendant directement hommage à celle de Quand Harry rencontre Sally où Meg Ryan en faisait des caisses pour simuler un orgasme sismique en plein restaurant.


Pina Bausch peut aller se rhabiller !

Matt Murdock devient avocat pour coller un procès au cul de son vieux, mais il entend bien mettre à profit ses nouvelles aptitudes surhumaines. Avocat le jour, juge la nuit, il passe avec une facilité déconcertante du costard cravate au costume une pièce moulant en simili cuir avec cagoule à petites cornes façon vachette. Et le soir venu, il bastonne toute la ville à qui mieux mieux, l'acuité spectaculaire de ses cinq sens restants lui permettant de voir mieux que quiconque et d'éviter aussi bien les balles de 22 long rifle que les lampadaires insidieusement placés sur son chemin en pleine course poursuite. Adepte inconditionnel des méthodes draconiennes de l'Actors Studio, le brillant Ben Affleck avait exigé qu'on lui applique des lentilles opaques, totalement aveuglantes, durant toute la durée du tournage, depuis le début des repérages pour les décors jusqu'à la première publique, lentilles qu'il devait porter jour et nuit pour s'impliquer à mort dans son rôle et entrer dans la peau d'un véritable vigilante aveugle. C'est d'ailleurs dans ces conditions qu'il rencontra Jennifer Garner à l'aveuglette sur le tournage et qu'il l'épousa dans les 15 jours sans jamais l'avoir vue de vive vue, pour découvrir lors d'une avant-première à enjeu, plus risquée que jamais, qu'il venait de passer la bague au doigt de la troisième actrice au visage le plus chargé en angles droits (à 90°) du 7ème art après Angelina Jolie et Vin Diesel.


Ci-dessus la nuit de noces du couple le plus glam' d'Hollywood

Tout ça pour dire que ce choix de technique dramatique carrément casse-gueule nous vaudra des scènes relativement contradictoires. En fin de compte dans les scènes de combat, où Benny Affleck est doublé par des cascadeurs doués de vue ou par un simple double informatique articulé via toute une série d'iMac G5, Daredevil fait preuve d'une dextérité sans pareille, il saute de pipeline en pipeline dague au point, il évite les balles d'un peloton d'exécution composé de quelques soixante-dix tueurs des balkans armés de gatlings et faisant feu comme un seul homme vers la carcasse enveloppée de cuir fin du valeureux super-héros, qui, bien qu'attaché à triple tour à un pylône, leur tend ses deux majeurs en souriant et en se dandinant libidineusement sur lui-même pour éviter les milliards de cartouches longues comme le bras qui le défient, lancées à plusieurs milliers de kilomètres par heures droit sur sa jolie petite gueule de con... il saute encore en rappel depuis l'aile d'un Boeing 747 et retombe sur ses deux panards pile au-dessus du nichon droit de la Statue de la Liberté où l'attend pour un combat féroce un Colin Farrell plus ingrat que jamais dans le rôle de Bullseye, un personnage assez captivant dans le fond puisqu'il ne rechigne pas à filer des rencards sur les nibards de la Statue de la Libertad à son pire ennemi plutôt que de choisir finalement un simple café ou un parc sympathique comme ça se fait usuellement.


Colin Farrell, aka Bullseye, qui mime un pistolet avec sa main en dernier recours suite à un énième combat de rue perdu de peu

En revanche, et dans un tragique effet de contraste, les séquences tournées avec l'acteur en personne dans les baskets d'un Matt Murdock endimanché nous montrent un Benoit Affleck aveugle et peu sûr de lui, qui marche dans la rue à tâtons balançant sa canne d'infirme à tout va jusque dans la gueule des enfants, se ramassant lamentablement par terre en trébuchant contre les poubelles, ou se faisant littéralement écraser la jambe par un bus scolaire dont le chauffeur le traite de "chien d'aveugle" tandis qu'il tâche péniblement d'extraire ce qu'il reste de son genou (un moignon sanglant) d'en dessous l'énorme pneu chauffé à blanc du car. Les points d'orgue de ces tristes séquences étant d'abord celle où Ben Affleck, devant serrer la grosse paluche d'un Mickael Clarke Duncan certes un peu trop grand et s'attendant à lui en "serrer cinq" ne lui en serre finalement qu'un, et un gros. On sent bien que ça n'était pas prévu à l'expression faciale de Michael Clarke Duncan qui, très professionnel, se contente de dévorer sa lèvre inférieure de douleur sans broncher tandis que Ben Affleck empoigne fermement sa bite. Le réalisateur a dû penser qu'il pouvait compter sur l'effet de surprise et le comique de situation pour laisser cette scène au montage. Mais quelle n'est pas notre surprise en regardant Daredevil malaxer longuement, à travers un pantalon beige en soie très léger, le gros pénis de Michael Clarke Duncan, qui interprète tout de même le Caïd, l'ennemi personnel de Daredevil, le méchant par excellence, la terreur de New-York !


Michael Clarke Duncan plus concupiscent que jamais avec l'acteur de second rôle Erick Avari. L'immense acteur noir, futur Oscar du meilleur acteur dans le probable biopic de Barry White à venir un jour ou l'autre, a viré sa cuti après s'être fait malaxer le chibre par un Ben Affleck aveugle et regrettant de l'être

L'autre passage affreusement embarrassant du film tient dans une scène où Benjamin Affleck prend un pot avec un Joe Pantoliano plus chauve que jamais, qui interprète le chef de la police locale. Et on ne peut que compatir quand on voit l'illustre acteur Pantoliano discrètement pleurer de tristesse tandis que face à lui Ben Affleck lui sert à boire, en tenant le thermos dix centimètres à côté de la table, versant consciencieusement un demi litre de café brûlant sur le genou de Pantoliano l'acteur (car à cet instant Joe n'est plus du tout dans le rôle), dont le pantalon a fondu sous l'effet de la chaleur et qui voit sa cuisse attaquée à vif par le liquide ébouillanté, alors que son mollet brûle au 9ème degré.


Une pluie battante permet à Darédévil de placer un coup de pied millimétré dans les bourses de son ennemi juré, que la pluie rend quant à lui plus aveugle qu'une taupe dans le trou du cul d'une autre

Enfin et pour en finir évoquons une autre faiblesse du film, perdue parmi tant d'autres, mais tout de même notable. Dès le début, alors qu'il apprivoise lentement sa cécité nouvelle, Matt Murdock se rend compte qu'il peut finalement voir. Les sons se répondent, les bruits se répercutent sur les parois, les échos évoquent la profondeur des sons : autant d'éléments qui lui permettent de voir. L'effet de cette "vision sonore" nous en est rendu par de minables images bleues et noires où l'on distingue les formes auxquelles Daredevil fait face et qui lui apparaissent au gré des ondes sonores bloquées ou non par les obstacles matériels de la rue. Bref, Matt Murdock se rend bien à l'évidence : un des moyens les plus sûrs de distinguer presque aussi clairement qu'un voyant ce qui se trouve devant lui est encore de l'appréhender sous la pluie, les bruits incessants et concentrés que produisent les gouttes d'eau en tombant sur les objets permettant de parfaitement les observer. Cela nous vaut d'ailleurs la scène la plus romantique du film dans laquelle Matt demande à sa nouvelle fiancée (Jennifer Garner) de laisser la pluie tomber sur son visage pour enfin la voir vraiment. Les bruits des gouttes d'eau ne lui auront pas permis de constater la rudesse d'angle caractéristique du visage taillé au marteau et au burin de la jeune actrice montante condamnée aux rôles de spécialiste des arts martiaux et de pute de luxe. Mais passons. Autant vous dire qu'après le succès de cette approche, Matt Murdock décide de se balader partout avec un tuyau d'arrosage, ou au pire avec de simples gourdes remplies à rabord pour tapisser de jets d'eau les rues de New-York au gré de ses promenades et mieux voir où il fout les pieds. S'ensuivent quelques bagarres de rue plus ou moins longues (dont une émeute générale de 20 minutes) avec des passants peu enjoués à l'idée de se faire asperger de pied en cap par un aveugle, et qui de facto n'hésitent pas une minute à le passer à tabac en groupes.


Colin Farrell n'a jamais aussi bien porté son surnom : asshole

Mais sachez-le, ces scènes-là sont un régal en comparaison de celle où Daredevil et sa bien aimée se retrouvent au lit pour la première fois. Oui parce que le film est aussi très porté sur des questions d'ordre plus graveleux. Le grand méchant ne s'appelle-t-il pas Kingpin (traduit ex-nihilo dans la version française par "Roi de la Pine"), alias Le Caïd ? Et son homme de main Bullseye, n'est-il pas mieux connu sous le doux sobriquet : Le Tireur ? Et ce dernier personnage, à qui Colin Farrell, maquillé comme une bagnole tirée, prête ses traits, ne porte-t-il pas une grande cible gravée au fer rouge à même le front qui ressemble comme deux gouttes d'eau à un gros trou de balle ? Et Daredevil n'aura-t-il pas raison de cet ennemi en pénétrant violemment son front, pile au milieu de ladite cible, au seul moyen de son diable de dard (Daredevil en VO) ? Enfin bref, revenons à nos moutons, ces séquences pas très tous publics ne sont rien comparée à celle où Matt Murdoch, faisant pour la première fois l'amour à sa fiancée, est bien décidé à l'admirer le plus clairement du monde et pour ce faire, en guise de tuyau d'arrosage, utilise, et n'utilise que ce que j'appellerai son tuyau perso dans une série de jets dramatiques.


Daredevil de Mark Steven Johnson avec Ben Affleck, Michael Clarke Duncan, Joe Pantoliano, Colin Farrell et Jennifer Garner (2003)

11 février 2008

Ne le Dis à Personne

Alors que le film se terminait au Multiplexe à côté de chez moi, mon voisin de gauche, un parfait inconnu, s'est tourné vers moi la bave aux lèvres pour me déclarer : "Les français aussi savent faire de mauvais thrillers américains, la preuve !" Pauvre con. Ce film est génial. Que des bons acteurs : Cluzet, Dussolier, Baye, Arditi, Berléand, Rochefort, Hands, Lellouch, Croze, Canet, Scott-Thomas et j'en passe et des meilleurs et des pas moins mûrs. C'est comme dans Zodiac, qui affichait Mark Ruffalo, célèbre pour son fameux rôle dans In the cut avec Meg Ryan en full frontal, qui affichait encore Downey Junior, meilleur personnage de la série Ally Macbille, et qui affichait de rechef jake guyllenhuitre, oscar du meilleur effet spécial à 12 ans dans Donnie Brasco. De plus, la bande originale de Ne le dis à personne est un petit bijou. On trouve en ouverture du film With or Without You, la plus jolie chanson de U2. On trouve encore un peu plus loin la chanson Grace de Jeff Buckley pendant que Cluzet cherche un web café avec son chien en laisse (la chanson dure 5m30 et Canet la passe en entier, c'est dire le temps que met Cluzet à trouver le web café avec son chien mort au bout de sa laisse). Mais surtout, on trouve une bande originale composée par -M-, qui n'est autre que -M-athieu Chédid, le fils de Jacques. Et le gars a composé la soundtrack en one-take !



Je vous situe la scène. On est à un jour de la sortie Parisienne du film, Canet vient de tuer son budget et une de ses deux clavicules sur la scène de course poursuite. À court de fric il appelle -M- et lui demande de venir voir son film au cas où il voudrait bien faire de la musique pour combler les trous entre wiz or wizout You Two et Grace. -M- dit banco, il vient, il s'installe sur un canapé, le film démarre et -M- taquine ses cordes au hasard en regardant le truc, il accorde son instrument. Canet lève le pouce à la fin du film. C'est dans la boîte. -M- a donc composé à même la pellicule, en voyant le film pour la première fois, sans le savoir. "Attends je peux t'écrire des morceaux si tu veux ça sera mieux !" lance -M- à tout hasard de sa voix de castrat. "Nan nan nan, j'ai pas de fric en caisse" réplique Guillaume Canet, "tes trois accords désaccordés feront l'affaire, par d'arpège dans mon manège !"



Un grand film quoi. Puis l'intrigue est vraiment bien ficelée, on comprend rien pendant tout le film et à la fin André Dussolier explique tout, posé dans son fauteuil, les jambes croisées, pendant 10 minutes (une intrigue difficile donc). Moi là j'ai eu carrément un éboulement de terrain dans mon slibard. Le doubleur main de Cluzet m'a tué. Idem pour la caméra qui, grâce à un effet spécial finchien (tout nouvel adjectif relatif à l'art unique de David Fincher), passe à travers la vitre d'une fenêtre pourtant ouverte. Les raccords sont tous faux sans exception, une gageure sur un film d'une heure et demi. Non vraiment Guillaume Canet a bien mérité son oscar du meilleur réalisateur français de toute l'année 2006, mai et avril compris.


Ne le dis à personne de Guillaume Canet avec François Cluzet et Guillaume Canet (2006)