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10 mai 2012

Le Président

Nous accueillons à nouveau notre pigiste indé Joe G., la tête pensante du webzine polémiste à tendance musicale (ou vice versa) C'est Entendu, véritable tête chercheuse de la pensée en mouvement, qui s'intéresse aujourd'hui, à l'heure où nous nous félicitons qu'un nouveau président vienne d'être élu pour nous gouverner, au Président d'Henri Verneuil, incarné par celui que beaucoup considèrent (à tort) comme le président de l'actorat français, Jean Gabin :

Posons-nous la question : comment montrer l'exercice de l'état par le biais du cinéma ? A notre époque, on a choisi de le faire de façon directe, crue, en appelant un chat un chat et un dircab un dircab, et ça s'intitule bien évidemment L'Exercice de l’État. En 1961, cependant, Henri Verneuil (qui est rappelons-le l'un des seuls cinéastes à s'être réellement intéressés de près à la politique, en tant que sujet), Henri Verneuil donc, choisissait de répondre d'une manière bien différente à cette question. Avec, selon moi, un résultat bien plus intéressant.



Le Président narre le récit de la vie politique d'un vieil homme respecté, le Président Émile Beaufort, joué par Jean Gabin. Tiré de l’œuvre de Georges Simenon, le film de Verneuil s'intéresse à la retraite de Monsieur Beaufort, retiré depuis vingt ans dans son domaine près d’Évreux et qui dicte à sa secrétaire ses mémoires tandis qu'à Paris, le gouvernement en proie à une crise économique s'apprête à être renouvelé par le Président de la République, qui selon toute vraisemblance devrait porter son choix concernant le futur Président du Conseil (soit le Premier Ministre tel qu'il était encore envisagé sous la 4ème République) en direction d'un certain Philippe Chalamont, joué par Bernard Blier. Tandis que Beaufort suit l'avancée du remaniement parisien par le biais de la radio et de la télévision, le récit de ses mémoires s'attarde sur les difficultés qu'il a rencontrées lorsque lui-même siégeait à la présidence du Conseil des Ministres, ce qui l'amène à se souvenir de deux mémorables expériences, lesquelles il se garde cependant d'énoncer à voix haute.



A travers ces deux souvenirs, on comprend les liens qui ont uni Beaufort et Chalamont, et la raison pour laquelle ils se sont éloignés l'un de l'autre de manière irrévocable, Beaufort conservant une preuve de la faute de celui qui fut son Directeur de Cabinet afin de l'empêcher de nuire à nouveau. Le second souvenir présente la dernière intervention de Beaufort devant l'Assemblée, son apothéose et sa sortie, face à une majorité menée par Chalamont dans une superbe scène que, comme l'un des journalistes présents le dit, "on pensait ne jamais voir arriver". Et puis vient le moment où Chalamont se présente à la porte de Beaufort, la veille du matin auquel il devra accepter ou non le poste de Président du Conseil, afin de convaincre Beaufort de le laisser diriger la France malgré la faute qu'il a commise dans le passé, pour la sortir de la crise, suivant les plans élaborés par Beaufort vingt ans plus tôt, les mesures-mêmes qui lui valurent de perdre la confiance de l'Assemblée.



Ce récit en deux temps d'un parcours politique est édifiant. A la façon d'une histoire à suspense, il nous tient en haleine jusqu'au dénouement de la rencontre tardive des deux hommes et nous peint avec intelligence l'envers du décor étatique, les difficiles choix, les secrets et les réunions qui font l'avenir d'une nation. Verneuil peint une réflexion sur l'intégrité par-dessus tout en même temps qu'il y aborde des thèmes aussi actuels que l'ambition de l'Europe, la crise de confiance libérale ou le dénigrement suicidaire des grands organes. Par opposition au trop réaliste, trop terre-à-terre et trop morose L'Exercice de l’État, c'est une voie romanesque qui, sans aller et à juste titre jusqu'au trop romancé d'un film comme La Révolution Française, où l'on essayait d'insuffler de l'héroïsme dans des faits réels avec tant de force que la grandeur de l'évènement se voyait siphonnée par le cinéma, permet au film de Verneuil d'être crédible en même temps qu'il est inspirant. Voilà un film que l'on pourrait qualifier de bien-pensant par ce qu'il propose comme morale et qui pourtant n'est qu'une source d'inspiration positive vis à vis de la démocratie, des valeurs et des institutions françaises. Un film qui émet un enthousiasme inhabituel, qui redonne foi. Un film "politique" avant d'être un film sur "la politique".


Le Président de Henri Verneuil avec Jean Gabin et Bernard Blier (1961)

11 février 2008

Reviens-moi

Atonement (salement retitré "Reviens-moi" en français) est le second film de Joe Wright après Orgueil et préjugés, sorti il y a peu. Joe Wright semble donc se faire un plaisir d'adapter des œuvres romantiques britanniques à l'écran et pour ce faire d'appeler sous les drapeaux la charmante Keira Knightley. Son nouveau long métrage est désormais en course pour l'Oscar du meilleur film. Je n'ai pas vu Orgueil et préjugés mais je me suis lancé dans ce film-là les yeux fermés. Allez savoir pourquoi. Il est étonnant que j'aie pu accorder ma confiance à Joe Wright, ayant souvent souffert la littérature romantique britannique et n'aimant guère les films de radasses.




Car oui, c'est un film de radasses. Comprenez un film de mamans, plein de romantisme, d'amours impossibles, de lutte des classes, de beaux paysans bien bâtis et de belles aristocrates curieuses d'apprendre ce que c'est qu'une bite, de grandes guerres qui séparent les amants éplorés et ainsi de suite. Et cependant j'ai plutôt apprécié ce film. Il faut ici introduire un élément assez convainquant. Vous l'aurez pigé, il s'agit de Keira Knightley. Le début du film nous la dévoile sortant de l'eau en sous-vêtements, presque nue. Puis Joe Wright, décidément attaché à faire de moi un de ses acolytes, se fait un devoir de filmer sous toutes les coutures les pieds de la belle, qu'elle a jolis. C'est un bon point, un très bon point pour m'achopper. Keira Knightley est d'une beauté assez remarquable dans ce film, et le regard que le réalisateur porte sur elle n'y est pas pour rien. Sans parler du talent d'actrice assez sobre mais notoire de la jeune femme. En plus d'être assez jolie, Knightley détient quelque-chose dans sa gracieuse et mince silhouette qui convient tout à fait à ce genre d'histoires où une femme subit des évènements qui la rendent totalement impuissante. L'acteur principal, James McAvoy, est également sympathique : suffisamment charismatique pour qu'on s'attache à lui, il n'est pas non plus de ces bellâtres complètement lisses qui polluent généralement ce type de films. Les acteurs sont globalement bien choisis, même quand ils changent en fonction de l'âge du personnage, tout ça reste très cohérent ; et ils sont tous impeccables dans leurs rôles.




La mise en scène n'est pas dégueulasse. Le dirlo photo a donné tout ce qu'il avait, une rumeur court selon laquelle il aurait même refusé son cachet pour acheter plus de bougies avec l'argent. Il y a en outre un long plan séquence au milieu du film qui, contrairement à beaucoup d'autres récemment (par exemple ceux, interminables, de Children of Men), semble avoir été fait sans l'aide (en tout cas trop appuyée ou trop visible) de Photoshop. Il n'est pas uniquement là pour donner un moyen au réalisateur d'exposer mochement son savoir-faire et d'étaler sa pseudo virtuosité. C'est d'ailleurs un des rares films où la débâcle de 41 à Dunkerque est montrée dans toute son ampleur, ou montrée tout court d'ailleurs. Je ne pense qu'à Week-end à Zuydcoote de Verneuil.... Ici un long plan séquence montre l'arrivée du soldat McAvoy sur la plage, et donne de l'événement une vision assez étrange, un peu romancée. On voit les soldats aller et venir, jouer et chanter, dans une approche assez édulcorée de ce que fut ce chapitre de la bataille de France, quand bien même l'arrivée du personnage principal est censée se faire entre deux raids atrocement meurtriers de la luftwaffe. Mais je crois me souvenir de la même ambiance en demi-teinte, tantôt réaliste tantôt idyllique dans le film de Verneuil. Et puis on peut penser, à la décharge du film, que c'est la vision de romancière de la vieille dame de l'épilogue qui nous est montrée, puisque ce passage du film est le fruit de son roman, comme nous l'apprenons à la fin. Cette séquence entre chien et loup est d'ailleurs opposable à la scène de l'hôpital en Angleterre, que la vieille femme a réellement vécue et qui s'avère très crue et très violente. À noter, car je parle de la scène de l'hôpital et cela m'y fait penser, un rôle de soldat Belge donné à Jérémie Rénier, qui a droit à sa longue scène d'agonisant, puis deux rôles de civils français donnés à Lionel Abelanski et Michel Vuillermoz...




Ceci étant dit n'allez pas croire que j'ai apprécié le film pour sa seule comédienne, si attrayante soit-elle. Non le récit est rondement mené et on ne s'ennuie pas une seconde malgré les 2 heures que dure le film. Le montage est chaotique, les ellipses sont légion (l'histoire se déroule sur bien des années) et il est quelques fois vaguement difficile de savoir quel flashback répond à quel flashforward quand comme moi on a un peu de mal avec tout ce qui est gros bordel narratif. Encore quelque chose que je supporte peu habituellement mais qui ne m'a pas plus dérangé que ça ici. Parce que le récit est prenant. C'est l'histoire d'un amour salement contrarié par la jalousie d'une petite sœur puis rendu tragiquement impossible par la guerre. Et à dire vrai les mouvements narratifs d'avant en arrière, comme d'ailleurs le grand romanesque de la tragédie, sont appréciables en ce sens que le film parle d'une fiction. Tout ça, c'est du roman, et c'est le principe même du film. Au début, la petite fille qui va ruiner l'amour naissant de sa grande sœur achève l'écriture de sa première pièce de théâtre, elle veut devenir écrivaine. Et tandis qu'elle cherche sa mère dans toute la maison, un thème musical s'installe qui reviendra tout au long du film, dont le rythme est donné par le claquement mélodieux des touches d'une machine à écrire. Et ça n'est pas seulement original, ça vaut à Joe Wright quelques jeux osés sur ces sons alliés à la lumière. Et si ce thème revient tout au long du film c'est parce qu'à la fin la petite fille devenue vieille dame est invitée sur un plateau de télévision pour y raconter son dernier livre auto-biographique (ou plutôt "autofictif") que nous venons de "lire" pendant 2 heures et où la fiction s'est largement immiscée dans la réalité pour des raisons que vous connaîtrez en voyant le film. C'est donc une petite surprise que cet Atonement, qui s'annonçait comme un strict mélo pour les mamans et autres mémés mais fait l'effort de sortir de sa petite catégorie.


Reviens-moi (Atonement) de Joe Wright avec James McAvoy et Keira Knightley (2007)