15 novembre 2014

Little Buddha

Little Buddha, film de Bernardo Bertolucci, raconte l'histoire du grand Bouddha et celle d'un little bouddha qui s'ignore. Le petit bouddha est un des dix petits enfants issus des quatre coins du monde que la Maison Bouddha invite à venir en Inde au moment où la réincarnation du grand Lama doit avoir lieu, et l'un d'eux sera l'élu. Ne demandez pas comment ils ont choisi les petits bouddhas potentiels, les voix du Buddha sont impénétrables. Moi par exemple, avec mon air con et ma vue basse, je ferais un beau buddha, mais manque de bol il ne doit pas être en période de réincarnation en ce moment. Si je me propose c'est que la ressemblance physique n'est pas un critère de sélection à en juger par le petit américain blond comme les blés et maigre comme un estoquefiche qui sera in fine le bouddha en herbe.


 Où est Charlie ?

Tout un tas d'enfants sont donc réunis dans la grande Maison Bouddha et vont suivre une initiation au bouddhisme, ce qui est bien évidemment l'occasion pour Bernardo Bouddhalucci de nous tenir tout un discours pompant sur les différences entre les cultures, à base de un gros vaut mieux que deux maigres, un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, l'argent ne fait pas le boner, et compagnie. On a droit à mille poncifs sur les valeurs bouddhistes, servis dans une tambouille qu'on nous a déjà servie cent fois. Rappelons que le film a été réalisé dans une période un peu bouddha sur les bords, et surtout très grunge, où les occidentaux n'avaient que le mot "nirvana" à la bouche, d'où la tentation d'aller fricoter du côté des indiens et du bouddhisme pour choper le marbre à tout jamais.


La sexualité de Gros Bouddha expliquée aux enfants en travaux pratiques. Tout simplement dégueu.

Entre-temps nous est racontée l'histoire du grand Bouddha, ou plutôt du prince Siddârtha, avant qu'il n'atteigne l'éveil et devienne ainsi Das Gros Bouddha pur et parfait. A l'époque Richard Gere était au top de sa forme, il pétait les flammes, ce rôle était fait pour lui, malheureusement il n'est pas dans le film. C'est Keanu Reeves qui incarne Siddârtha. Pourtant l'acteur eurasien le plus nul de sa génération ne ressemble pas franchement à un sumo, mais un Gros Bouddha souriant et obèse aux grandes oreilles qui traînent par terre n'ameute pas les foules, tandis qu'un playboy aux yeux légèrement bridés et au teint halé, oui. Donc Siddhârta est beau gosse, svelte, émacié, épilé et bronzé. C'est un surfer gay. On apprend dans ce film que si Bouddha avait souvent les jambes croisées, ce n'était pas pour prier mais pour se détendre les valises. Car Keanu Reeves tire tout ce qui bouge à l'écran, et il se fait littéralement liposucer dans ce film, d'où le nom de la position dite du "tailleur". La sexualité n'est pas que suggérée puisque le scénario nous apprend que la mère de Siddârtha a été fécondée par un grand éléphant blanc à six trompes. Malheureusement la scène n'apparaît pas dans ce softcore flick.

On peut quand même émettre quelques doutes sur un casting où Reeves est rejoint par le chanteur à minettes Chris Isaak dans le rôle du papa du futur petit bouddha. Le crooner à belle gueule joue cependant mieux la comédie que l'élu, qui après avoir déjà craché entre les pieds du mot "interprétation" dans le Dracula de Coppola l'année précédente, massacre le mot "comédie" dans chaque scène de ce film, et pourtant il y a des scènes extra dans Little Buddha : celle où Reeves est abrité de la pluie par un serpent cobra en latex qui élargit sa crête façon parapluie, celle où l'acteur galope sur des nénuphars, et tant d'autres. Quand on le découvre à 13 ans, le film a de quoi séduire en nous présentant une religion basée sur un mysticisme transcendantal loin de nos monothéismes répressifs et punitifs, mais Little Bouddha, comme la plupart des films de Bertolucci, consiste néanmoins en un clip indigeste pseudo-séduisant de touriste définitivement occidental aux inspirations esthétiques en berne. Little Bouddha, le supo qui fond dans le cul, pas dans les doigts, est un film Télé 7 Jours du dimanche soir encore inédit à la télévision.


Little buddha de Bernardo Bertolucci avec Keanu Reeves et Chris Isaak (1993)

7 commentaires:

  1. J'en garde aussi un pur souvenir de cinéma, dans le sens : un peu plus de films comme celui-ci dans ma jeunesse, et aujourd'hui, c'est une autre passion que je cultiverais. Loin du cinéma. Très loin.
    Son Dernier Empereur (subi très jeune) et son Thé au Sahara (un peu plus tard, mais toujours trop jeune, faut croire) m'avaient bien flingué aussi...
    Le Conformiste m'intéresse malgré tout, mais curieusement, je n'ai encore rien fait pour le voir...

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  2. J'aurais pu dire tout ça mot pour mot, en ajoutant "Les Innocents" aux films qui ont eu ma peau (malgré celle, assez largement étalée sur l'écran, d'Eva Green).

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  3. J'avoue même plus grave encore : je pense que Bertolucci n'est pas étranger à ma méfiance naturelle vis-à-vis des réalisateurs aux patronymes ritals. Ce qui fait que j'ai une culture très limitée en ce domaine, chose tout de même handicapante quand on s'intéresse au ciné, car ça concerne quelques très grands cinéastes... Bernardo Bertolucci est l'un des démons de ma cinéphilie, je lui reconnais une responsabilité importante dans mes lacunes actuelles. C'est bête, mais les peurs enfantines sont aussi les plus tenaces !

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  4. Je ne voudrais pas donner l'impression de tirer sur une ambulance en me joignant au concert de mauvais souvenirs rétrospectifs, mais 'Novecento' est également un film de Bertolucci qui fut incroyablement loué en son temps et qui, tout jeune cinéphile, me semblait pourtant dégueulasse, avant même que la cote de Bertolucci ne commence à baisser sévèrement, à partir de 'Un thé au Sahara'.

    Il y avait dans ce film un mélange de complaisance (tout ce qui tourne autour de la brutalité fasciste) et d'imagerie publicitaire s'érigeant en « grand style » (la représentation des foules communiste) qui aurait dû en faire, aux yeux de tous et dès sa sortie, l'exemple même du gros pudding académique. Si l'on songe au chat fracassé par Donald Sutherland (dans le rôle d'un nervi fasciste) en le comparant à l'épisode récent du chat balancé par un débile sur Youtube, on a là un cas d'école : d'un côté, un fait unanimement dénoncé, parce que « réel » (Youtube), et de l'autre une scène acceptée dans le cadre d'un film encensé, sous prétexte qu'elle serait simulée et qu'elle relèverait de « l'art ». Or on peut tout à fait imaginer une scène de film qui ne serait pas ignoble dans laquelle un personnage, comme dans 'Novecento', tuerait un chat par un accès de brutalité gratuite ; mais il faudrait pour cela qu'elle ne cherche pas à gagner sur plusieurs tableaux à la fois (chez Bertolucci : critique morale et politique, auto-satisfaction artistique et flatterie des penchants sadiques du spectateur). C'est peut-être cette façon de vouloir gagner sur tous les tableaux, à l'occasion de la représentation d'une forme de violence, que dénonçait Rivette chez Pontecorvo. Pontecorvo, à côté de Bertolucci, c'est Dreyer, mais il est significatif qu'il soit lui aussi italien. L'alternative typiquement italienne entre spiritualité est cynisme a engendré le plus méprisable (Lucio Fulci, Benetton et sa célèbre campagne de pub) comme le plus admirable (Rossellini — et là je sens que des esprits chagrins tels Stéphane Zagdanski m'opposeraient ses premiers longs métrages des années fascistes, mais ils n'auraient que très imparfaitement raison).

    Enfin, il est un peu facile d'opposer 'Novecento' à 'Salò', sorti la même année (1976), d'autant que j'ai également des réserves importantes à l'égard du film de Pasolini, mais la comparaison est tout de même accablante pour le film de Bertolucci.

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  5. Triviax, roi de l'arnax17 novembre 2014 à 10:44

    Par contre, vous avez omis de causer de Brid Patt, qui a pourtant passé 7 années entières dans les montagnes enneigées où Bouddha avait sa datcha, en vue de se préparer pour le rôle de Siddhârta, rôle qu'il s'est fait tirer par l'eurasien aux yeux étirés. Pas cool !

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