12 novembre 2014

Chroniques de Tchernobyl

S'il y avait une logique en ce bas monde, un film comme Chroniques de Tchernobyl aurait dû marquer la fin définitive d'une bien triste mode dans le cinéma d'horreur actuel : celle de ce que l'on a appelé les "found footage", ces films censés nous confronter à des enregistrements vidéos, amateurs ou non, retrouvés sur les lieux d'un massacre cannibale, d'une possession démoniaque ou, que sais-je, de l'apparition d'une bande de fantômes belliqueux. Initié par Cannibal Holocaust, popularisé par le succès phénoménal du Projet Blair Witch, puis relancé plus récemment par [Rec] et Paranormal Activity, le found footage vise systématiquement à proposer au spectateur désireux de se faire peur une immersion très facile dans une situation de panique, une ambiance et un décor angoissants, particulièrement propices aux sursauts. Il s'agit presque toujours de films aux budgets microscopiques qui rapportent souvent très gros. Un found footage ne représente donc jamais un pari risqué, on peut le réaliser avec trois fois rien (une petite caméra DV bon marché suffit amplement et participera même à l'aspect amateur et donc "réaliste" du film) et décrocher le jackpot sans forcer, d'où leur multiplication ces dernières années. Parmi ces films, rares sont ceux qui passent par la case "cinéma", mais une exploitation en VOD ou DTV permet à elle seule de dégager des profits largement satisfaisants, alors pourquoi s'embêter ? A ma connaissance, aucun chef d’œuvre n'a émergé de ce sous-genre en putréfaction et, au milieu de tant de nullités, un long métrage aussi médiocre que Cloverfield fait quasiment office de franche réussite (même si l'on s'éloigne du pur film d'horreur et que l'on est davantage dans le film catastrophe), c'est dire...




L'exemple le plus représentatif de ce que le found footage peut proposer de pire est sans aucun doute l'interminable saga Paranormal Activity, que le pétochard Steven Spielberg a cru bon d'imposer au monde entier après avoir fait dans son pantalon en regardant le premier épisode un soir de grande solitude (soit dit en passant, et sans pour autant vouloir en rajouter une couche sur ce sujet sensible, on tient là l'une des preuves les plus affligeantes de la sénilité et de la dégénérescence manifeste de celui que beaucoup considèrent comme un membre à part entière de leur famille...). Mais Chroniques de Tchernobyl, que l'on doit au même Oren Peli (ici producteur et scénariste, la tâche de réalisateur pouvant être confiée à n'importe quel animal sachant à peu près tenir une caméra), est bien le film qui symbolise le mieux la profonde vacuité du found footage. Surfant avec opportunisme sur la vague de peur provoquée par la catastrophe de Fukushima, ce film choisit a priori plutôt intelligemment de situer son action à Pripyat, la ville-fantôme d'Ukraine, abandonnée suite à l'accident nucléaire de 1986. De ce décor unique dont de nombreuses photographies visibles sur internet donnent une idée assez précise du très fort potentiel cinégénique, le film produit par Oren Peli ne tire absolument rien. On ne nous laisse qu'à peine entrevoir le petit effort de reconstitution, sans doute réalisé par une bande de décorateurs payés au noir, lors d'une ou deux scènes diurnes dans les rues de la ville déserte.




Pour le reste, on suit simplement les prises de bec fatigantes d'une bande d'abrutis congénitaux adeptes du "tourisme noir" qui finissent par disparaître un à un dans l'obscurité, au rythme de leurs escapades à l'extérieur du 4x4 où ils ont donc décidé de trouver refuge pour ne pas dévoiler que le tournage s'est réalisé à L.A., dans le garage du pavillon de banlieue d'Oren Peli. Mais ce qu'il y a de plus énervant dans Chroniques de Tchernobyl, c'est sa réalisation, qui bafoue totalement l'idée de point de vue, un principe fragile mais pourtant indispensable pour qu'un film de cette nature puisse au moins tenir la route et respecter son audience. Ici, on se moque du spectateur du début à la fin en le considérant simplement comme une bestiole imbécile à la recherche du frisson à tout prix. Le film n'est même pas présenté comme les restes d'un enregistrement retrouvé, il est simplement filmé exactement comme tel et, quand cela l'arrange, il abandonne un instant ce principe pour mieux s'y réfugier mochement dans la seconde suivante. C'est un foutage de gueule permanent, une insulte continue à l'amateur de trouille. Avec un tel film, Oren Peli flingue et enterre le sous-genre qu'il a lui-même amené vers une impasse fatale. C'est un attentat, un règlement de compte abject, qui aura rapporté une somme astronomique à son détestable auteur, tout en révélant aux yeux du monde entier la nature véritable de sa personnalité dangereuse et dénuée du moindre talent. 
 

Chroniques de Tchernobyl de Bradley Parker avec Devin Kelley, Ingrid Bolsø Berdal, Jesse McCartney et Olivia Dudley (2012)

12 commentaires:

  1. C'est du found-foutage de gueule alors?


    Putain je suis fier de ma blague ! Give me five !

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  2. Oui c est assez drole comme commentaire
    Comme le film d ailleurs

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  3. Après avoir subi Cannibal Holocaust, Cloverfield et Rec 1, autant de saloperies diverses et plus ou moins variées, c'est presque Le Projet Blairwitch que je sauverais, par charité, dans ce triste genre du found footage. Aussi suis-je ravi d'être passé à travers Paranormal Activity ou la daube ici crucifiée.

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  4. C'est une sale merde ce film !

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  5. Existe aussi le « foot foundage », dont le chef d'œuvre reste 'Chacun cherche son pied'.

    Cf. ici, à partir de 1:55 :

    https://www.youtube.com/watch?v=xv_4wlPhOBc

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  6. Avec ce style d'utilisation de la caméra , on tient surtout le retour du cinéma de papa ou de tonton qui faisait de nos réunions de famille un moment "inoubliable" au moment précis ou surgissait cette phrase qui depuis de longues années hante encore ma mémoire : "chérie on leur a pas montré le film des vacances de l'été 78 a Palavas les flots ?" non, papa, tu ne leur a pas projeté plus de 123 fois ! cette phrase je n'ai jamais pu la prononcer ,alors qu'elle aurait probablement fait de moi un héros auprès des autres membres de la famille , voire même peut être évité ce suicide collectif attribué a tort au gourou du temple solaire ! mais je vagabonde ...le found footage c'est l'anti cinéma par essence même , un carburant pour réalisateurs feignants en panne des sens ! cannibal holocaust , probablement le premier de l'histoire , n'aurait pas été avec un autre procédé qui retranscrit a "merveille" l'aspect séminal du faux docu . Blair witch project fut un retour a ce cinéma , sans oublié bien avant un "c'est arrivé prés de chez vous" qui en use pour servir parfaitement l'intrigue . le passage en caméra subjective dans le maniac de kalfoun , fonctionne pas trop mal meme si il nous épargne la psyché traumatique du tueur .Mais a présent on a fait le tour . Si Sergio leone , john ford et martin scorsese voyaientt ca ils se retourneraient dans leur tombe , face au sol !( ah , bon , il est pas mort ??! ah ben je suis surpris mais ca me fait vraiment plaisir de l'apprendre ! du coup ca serait bien s'il pouvait faire une suite ...au "le bon la brute et le truand "!)

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  7. Pourquoi dans les commentaires on ne peut plus répondre spécifiquement à un commentaire en particulier ? J'en suis marri.

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  8. Sans doute un bug de blogger. Les commentaires s'affichent mal sous les articles et ne s'affichent pas du tout dans l'encart qui leur est réservé dans la colonne de droite. Va savoir. Espérons que ce soit vite réparé.

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  9. C'est embêtant, oui. C'est un bug de la plateforme blogger, on dirait...

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  10. L'habitué toujours13 novembre 2014 à 18:56

    J'espère que vous avez sauvegardé dans un coin de vos ordis l'intégralité de vos articles, on sait jamais avec blogger...

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  11. À quand un vrai bon survival-horror ?
    Pourquoi ce genre est-il envahi par de la merde ? Y a quand même moyen de faire de bons films de temps en temps, quelle que soit l'idée ou le genre ?
    Tout fout le camp...

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  12. Ce sont aussi des questions que je me pose !
    Es-tu le 5ème mousquetaire ?

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