6 février 2013

Le Train sifflera trois fois

Tout a déjà été dit sur ce très solide western, métaphore bien sentie du maccarthysme dans laquelle un homme, Gary Cooper, se retrouve seul et abandonné de tous pour affronter un terrible criminel venu régler ses comptes avec celui qui l'a envoyé en prison cinq ans plus tôt. Tout, ou presque... Même les plus grands classiques du cinéma ont leurs faux raccords, leurs erreurs de montage, leurs gaffes de tournage et autres couacs en tous genres bien visibles à l'écran. Généralement, ces goofs sont autant d'anecdotes que les cinéphiles se plaisent à repérer, à raconter et à analyser. Finalement, ils participent pleinement à la légende de ces films. Le fameux western de Fred Zinnemann n'échappe pas à la règle, mais je dois vous avouer que je ne m'attendais tout de même pas à un tel festival de goofs !




On le sait, un film n’est jamais tourné dans l’ordre chronologique de sa narration. La scène d'introduction peut ainsi être mise en boîte le dernier jour d'un tournage, par commodité logistique, pour s'adapter à l'emploi du temps surchargé de la star, ou que sais-je. Pour éviter les erreurs dans la continuité de l'action, et même entre les raccords au sein de chaque scène, on a donc recours à une script-girl docile et, si possible, agréable à l’œil, qui note sur un calepin Rhoda tous les petits détails à respecter : de l'état de délabrement du blue-jean de monsieur jusqu'à la coiffure défraîchie de madame, en passant par les auréoles de sueur sous les aisselles de chaque personnage. Celle qui officiait sur le film de Fred Zinnemann a dû être distraite, à moins qu'il ne s'agisse d'un coup monté par des techniciens bien décidés à saboter un film écrit par un scénariste au passé écarlate de militant communiste... Tandis qu'à l'écran, Gary Cooper était délaissé par tout le monde et se retrouvait seul face à de sérieux ennuis, en coulisse, le réalisateur devait compter dans ses rangs des traîtres sans scrupules, des chasseurs de sorcières prêts à tout pour gâcher un film pas assez américain à leur goût, dont le scénario était donc signé Carol Foreman, placé sur la liste noire peu de temps après. Ces erreurs de tournage sont ici d'autant plus facile à repérer que l'action se déroule en temps réel, en continu. Cela aurait dû nécessiter une vigilance de chaque instant de la part de l'ensemble des techniciens impliqués, comme c'était le cas pour la série 24 : le tournage d'une saison s'étalant pendant des mois, ses producteurs n'hésitaient pas à engager de sacrés moyens pour que la continuité soit toujours respectée, avec par exemple des coiffeurs-visagistes qui avaient pour seule mission de veiller à ce que la barbe de trois jours de Kiefer Sutherland ne bouge pas d'un poil tout au long de sa journée de dingue.




Dans Le Train sifflera trois fois, les goofs les plus dommageables concernent surtout la fameuse étoile de shérif que porte fièrement Gary Cooper tout au long du film : elle n’est jamais épinglée sur sa chemise de la même façon d’un plan à l’autre ! Elle penche vers la gauche, vers la droite, est épinglée plus haut, plus bas, et il y a même un plan où elle est absente ! Rien de très grave, me direz-vous, mais c'est un peu plus gênant quand cette étoile de shérif se retrouve épinglée à la poche arrière de son futal dégueulasse, c'est-à-dire plantée sur le gros cul de Gary Cooper, lors d'un plan hautement symbolique où nous le voyons déambuler, avec sa démarche inimitable, dans la rue principale, désespéré et seul au monde, alors que l'arrivée du train approche. C'est un pur moment de cinéma que l'on a traîné dans le ridicule ! Et comment cet acteur mythique a-t-il pu ne pas s'en rendre compte ? Connu pour son perfectionnisme et son souci du détail exaspérant, le grand Gary Cooper devait être totalement impuissant face à la détermination des capitalistes forcenés qui avaient pour seul but de gâcher ce film. L'Histoire a heureusement démontré leur échec, même si ce film divise encore les cinéphiles. Certains fustigent sa simplicité. D'autres, que je rejoins sans toutefois crier au chef d’œuvre, trouvent son statut tout à fait justifié, mettent en avant sa valeur historique et ses belles qualités, notamment son intensité allant crescendo. Enfin, je terminerai mon modeste billet par cette question que j'adresse à vous tous, cinéphiles de tous poils : comment parvenez-vous à lire les sous-titres des dialogues de Grace Kelly ? J'en suis tout bonnement incapable. Il m'est impossible de quitter des yeux son si gracieux visage quand il apparaît à l'écran.


Le Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann avec Gary Cooper, Grace Kelly, Katy Jurado, Thomas Mitchell, Lloyd Bridges et Lon Chaney Jr. (1952)

25 commentaires:

  1. Ouaip, grâce à Grace Kelly, on devient tous bilingues. D'ailleurs j'ai pas remarqué l'étoile sur le cul de Gary, Grace Kelly devait être dans le plan...

    http://tepepa.blogspot.fr/2011/11/le-train-sifflera-trois-fois.html?m=1

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  2. Super western, d'une simplicité biblique et d'une efficacité redoutable, avec une montée de pression sans pareille (il paraît que "High noon", titre original du film, est devenu une expression courante aux États-Unis, "to be high noon" c'est être dans le pétrin et pressé par le temps).

    Dommage quand même que Grace Kelly ne soit pas plus présente et que le grand méchant, Frank Miller (dont tous les autres personnages n'arrêtent pas de dire que c'est un malade prêt à tout et effrayant) ne soit pas joué par Lee Van Cleef, qui se contente d'un rôle très secondaire mais dont le physique correspondait bien plus à cette soi-disant folie dangereuse que celui du très lisse Ian MacDonald.

    Excellent film malgré tout, avec une dernière séquence magnifique, quand tous les villageois sans couilles sortent d'un seul coup de leurs foyers pour rejoindre le shérif après la bataille.

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    1. Lee Van Cleef se contentait toujours d'un rôle secondaire à l'époque, mais c'est vrai que le méchant manque un peu de folie furieuse...

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    2. D'accord avec cette remarque sur le vilain.

      A propos de western ayant engendré une expression apparemment passée dans le langage courant outre-atlantique, il y a aussi 3h10 To Yuma de Delmer Daves, qui partage en outre pas mal d'autres points communs avec le film de Zinneman (et c'est d'ailleurs en réponse à 3:10 to Yuma et High Noon que Hawks réalisa son Rio Bravo). Ceci dit, j'ai trouvé le film de Daves supérieur. Et pour boucler la boucle, Glenn Ford incarne un personnage de vilain (même si c'est pas si simple que ça, heureusement) autrement plus mémorable. Mais High Noon est chouette hein !

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  3. N'hésitez pas à cliquer sur la première image pour apercevoir le goof dont parle Félix. On voit bien l'étoile sur le cul de Cooper...

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  4. Lisa Frais-Menthe6 février 2013 à 23:59

    Hawks a en effet tourné Rio Bravo en réaction contre High Noon.
    Meuh non, non, non, jamais entendu dire qu'il y avait 3h10 pour Yuma dans le coup ! ttt ttt ttt, jamais jamais jamais!
    Franchement, les potes, Le Train sifflera 3 fois, c'est super à 13 ans. Mais c'est inregardable dès 13 ans 3/4 !
    Sérieux, il ne vous a pas gonflés ?
    Et la môme Kelly, vous la trouvez pas tête à claques , minaudeuse et reniflante?
    Et puis cette rengaine, lancinante, pataclop pataclop pataclop... Insupportable au bout de la 2e fois!
    Nan mais vos goofs, nan mais alors là, Gary avec son étoile sur le fondement, nan mais je vais rigoler pendant une semaine !!!!!!!!

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    1. Pour Hawks et Yuma, j'ai lu ça plusieurs fois et mes source m'ont l'air crédible.
      Ah et j'adore la chanson lancinante et répétitive de High Noon ! :D

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    2. J'ai lu aussi plusieurs fois pour Rio Bravo en réaction à High Noon, mais pas Yuma.

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    3. http://www.imdb.com/title/tt0050086/trivia?ref_=tt_trv_trv

      http://www.tcm.com/this-month/article/1069|0/Rio-Bravo.html

      http://tcmcinema.fr/2012/09/25/zoom-sur-3h10-pour-yuma/

      etc...

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  5. Tffiou!... Qu'il me siffle une fois cet air-là, l'ami Cooper, et moi aussi je l'abandonne ! et je ne le forsake sûrement pas.

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    1. La chanson de 3:10 to Yuma est fameuse aussi ! :D

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    2. Frousse Miton-Lisette7 février 2013 à 14:10

      On la chante ?

      Tou Ze Three-Ten Tou Yoummmaaa.....

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    3. Frisette Lapomme7 février 2013 à 16:52

      Tepepa : Je le sens mal moi aussi le truc de Hawks versus Daves, vu que les 2 ont une philosophie assez fraternelle du récit et du filmage. Daves et Hawks sont plus proches l'un de l'autre que d'un Zinnemann, y a pas le moindre doute.
      Disons, pour faire vite, que Zinnemann c'est un Mann qui ne réussirait pas.... aussi bien.

      Sinon, dans le genre chanson de western, celles que je préfère c'est "L'Homme qui n'a pas d'étoile" de Vidor . Et aussi "Rawhide", la série avec Clitiswood (Dans les deux: Frankie Laine aux amygdales. Comme pour Three-Ten To Yuuuuma")

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    4. Les deux chansons de Rio Bravo c'est grandiose aussi, surtout "Mon fusil, mon poney et moi".

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    5. Ah yesss !!! Purple light, in ze caaaa-nyon..... My rifle, my pony aa-and me...

      Et l'autre c'est : Get in hi ho Cindy-cindy (ter) I'll marry you sometiiiiimes !!

      Mais je parlais des génériques.

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  6. Peut-être que c'est parce qu'il avait les morpions au boule et qu'à ce moment-là il avait rien d'autre pour se gratter.

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  7. Tu me donnes envie de mater ce film mon vieux salop ! Tu me donnes envie de mater 3:10 en direction de Yuma l'original (sachant que le remake est un tâche de deux heures dans ma vie que je devrais très probablement justifier lorsque je procèderai à ma dernière confession...

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    1. Je pense qu'ils te plairaient beaucoup, surtout 3:10 to Yuma !

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    2. File-le moi! (à la manière de Deschamps à la mi-temps du match du 12/07/98)

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  8. j'ai grandi en regardant ce western qui m'a fait aimer le cinéma ...
    très beau film ...
    votre article m'a fait rire

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  9. Je ne comprends pas bien le titre français de ce film mais c'est un bon film.

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    1. On attend l'arrivée du train amenant le vilain en gare de La Ciotat pendant tout le film !

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    2. Oui mais pourquoi trois fois ? Y'a bien trois méchants qui attendent leur patron mais à part ça je vois pas.

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