8 juin 2008

JCVD

Gare à vous, on tient là une perle de cette année 2008. Comme le laissaient présager les extraits du film qui nous arrivaient depuis un certain temps ou les merveilleuses interviews promotionnelles de Jean-Claude Van Damme, fort d'un charisme éblouissant et d'une pléiade de clins d'œil ravageurs à des journalistes tétanisés, ce JCVD tant attendu est un grand film.

L'acteur karatéka Belge aux mille facéties interprète son propre rôle, celui d'un homme parti à Hollywood, devenu une grande star mondiale, et aujourd'hui réduit à enchaîner les petits rôles minables dans de sombres productions Bulgares pour joindre les deux bouts et assumer un divorce difficile qui va lui coûter sa fille, lasse qu'on se foute d'elle à l'école à la moindre rediffusion télévisuelle des joutes verbales insensées que son paternel accumulait généreusement alors qu'il était drogué jusqu'à l'os devant des journalistes sans scrupule.



Mais ne vous détrompez-pas, si Van Damme joue Van Damme, ou Jean-Claude Van Varenberg de son vrai nom, nous avons néanmoins affaire à une fiction. En effet, par le biais d'une construction très fluide et largement profitable au récit, et à travers divers chapitres, différents points de vue ou plusieurs changements de lieu et de temps, nous est contée l'histoire d'un Van Damme revenu à la source, en Belgique, pour remettre les pendules à l'heure, et qui va être pris dans un braquage malheureux. Après un tournage difficile sous les ordres d'un réalisateur abruti et indifférent aux problèmes de la star sur le déclin (séquence "film dans le film" qui n'est autre que l'époustouflante ouverture de JCVD, dans laquelle on voit l'acteur dans son registre, massacrant à toute allure toute une armée de malfrats dans un plan séquence du tonnerre), après avoir vu un rôle à sa portée lui passer sous le nez au profit de Steven Seagal, après s'être résolu à l'idée que John Woo l'a définitivement oublié, lui à qui il a permis de venir travailler aux États-Unis et qui y a rencontré grâce à lui un immense succès, après avoir entendu sa petite fille déclarer à un juge qu'elle ne voulait pas rester avec son père, après bien d'autres embuches encore, Van Damme rentre au pays. Il vient d'accepter un rôle miteux que son agent lui a proposé sans même avoir lu le scénario en question. Il a besoin de cash, de liquidités. Et c'est pour ça qu'il va entrer dans une poste, en Belgique, après s'être excusé auprès d'une chauffeuse de taxi énervée, et après avoir fait des photos avec deux fans dans un vidéo-club, toujours serviable et modeste. Mais dans cette poste a lieu un braquage dans lequel Van Damme va se jeter tête la première, pour finalement non seulement faire partie des otages, mais devenir aux yeux du pays et au service des braqueurs le supposé preneur d'otages.

Tel est le point de départ du film. Or, laissez-moi vous le dire, il s'agit d'un grand film. Et c'est d'abord parce que nous avons là un grand acteur. Van Damme a vieilli, il porte sur lui-même un regard absolument lucide et intelligent, il a un regard sagace sur sa carrière, pleinement conscient de ce qu'il est, de ce qu'il a été, et donc de ce qu'il est devenu. Il a 47 ans et il est à son sommet. Première des choses, il est devenu extrêmement beau. Il a toujours eu une certaine présence mais ici elle est plus irradiante que jamais. Van Damme crève l'écran, qu'il parle ou non, qu'il se batte ou reste assis, son charisme est fulgurant. Force est de constater qu'il s'agit bien là d'un immense acteur. Dans ce film, impossible d'affirmer le contraire, même en faisant preuve d'une mauvaise foi sans borne, il déploie un talent d'acteur, un "acting" comme il dit, totalement sidérant. Il joue tout, il incarne tout, et sans la moindre difficulté apparente. C'est un grand, un très grand acteur que nous découvrons grâce à ce film.



Mais ça n'est pas tout. Ce film, contrairement à ce que présuppose son titre, n'est pas qu'un acteur. Dans le sens où l'acteur n'est pas seul impliqué dans la réussite de l'œuvre. Et dans ce sens-là uniquement. Car il faut bien le dire, sorti de ces considérations, le film est, ni plus ni moins, l'acteur. Il est bâti à son image, et c'est un mérite ô combien vertueux. C'est en effet une œuvre brillant, qui alterne un humour très efficace et une langueur émotionnelle poignante. Comme son acteur, ce film sait parfaitement ce qu'il est, signe d'une grande intelligence. On jongle entre cette biographie fascinante et une fiction dont la cocasserie est clairement assumée et revendiquée. C'est un va et vient permanent entre grandeur et décadence, de l'action pure et dure, brutale et saisissante, à une réflexion soutenue et interminable, ardue et passionnante, un questionnement sans relâche quant au métier d'acteur, au jeu des apparences, à l'existentialisme. La photographie du film, très à la mode (à base d'atténuation des couleurs vives, d'augmentation des gris et du marron, de saturation éblouissante des blancs) chez Spielberg notamment, qui en fait son cheval de bataille depuis près de 5 films, trouve ici tout son sens: c'est toute une imagerie à la mode au service d'un minable petit braquage au fin fond de la Belgique. Qui plus est ce style donne un côté vieillot, délavé, au film, typique de ces mornes villes pauvres telles que les cinéastes Belges se tuent à nous les dépeindre depuis des années. Cet aspect de morne banlieue qu'affichaient bien des films indépendants américains dans les années 70. On pense bien entendu à Un après-midi de chien de Sidney Lumet, qui racontait si brillamment un braquage foiré, et que JCVD pastiche d'une certaine façon, avec un Zinédine Soualem grimé, perruque à l'appui, en John Cazale. Le personnage de Soualem est d'ailleurs l'antithèse, l'autre pendant, de celui de Van Damme. Là où notre héros joue pleinement son propre rôle, Soualem, à force de peau blanchie, de perruque aux cheveux raides, et de méchanceté pure et dure, presque invraisemblable, est l'emblème du pur personnage de fiction, de la pleine création, du parfait imaginaire. À la réalité répond la fiction. Et à la fiction répond la réalité quand à la fin du film, Van Damme, utilisé comme bouclier humain par un des braqueurs, avec une balle dans le bras, se défait de son ravisseur d'un sublime coup de pied retourné avant de lever les bras au ciel acclamé par la foule, pour se réveiller soudain de cette rêverie insensée, toujours braqué par le dernier des preneurs d'otages, dont il se défait d'un banal coup de coude dans le ventre avant de voir les forces de police maîtriser le criminel.

Et puis l'histoire est finie, Van Damme va quand même aller en prison, condamné pour extorsion de fonds, lui qui avait demandé au commissaire (interprété par François Damiens, formidable acteur belge déjà croisé dans Dikkenek ou Cowboy), qui le prenait pour le braqueur de la poste un virement d'un million d'euros sur le compte de son agent, histoire de rendre plus crédible l'idée selon laquelle l'acteur Van Damme, au bout du rouleau, aurait pu commettre cette sombre prise d'otages. Mais après ce purgatoire, et c'est le dernier plan du film, Van Damme voit sa fille, au parloir, prête à le pardonner ou plutôt à se faire pardonner. Il s'est racheté une réputation et une autorité, en même temps qu'il a remis les pendules à l'heure.



C'est un très grand film auquel nous avons droit. Un film d'une rare et si précieuse intelligence, et surtout d'une prodigieuse liberté. Un film qui a su très intelligemment se façonner à l'image de l'acteur qu'il raconte. À mi-chemin entre le rire et la détresse, l'action et la réflexion, la fiction et la réalité. Un film superbement inspiré, qui va du plan séquence brutal sans concession où l'acteur fait son métier, bastonnant majestueusement des armées entières comme il sait encore le faire à 47 ans, à un autre plan séquence de huit minutes, où l'acteur fait son métier, et en plein film, s'élève soudain bien au-dessus des bassesses du plateau pour se percher parmi les projecteurs et analyser son parcours, sa situation, sa condition, dans un monologue aussi déconcertant que palpitant où le bel et puissant athlète se laisse aller à pleurer pour mieux dire sa vérité. Film d'action drôle et efficace aussi bien que méditation, distanciation Godardienne, et émotion pure. Voila ce qu'est JCVD, c'est un grand film.


JCVD de Mabrouk el Mechri avec Jean-Claude Van Damme, Zinédine Soualem et François Damiens (2008)

3 juin 2008

Deux sœurs pour un roi

Titre original : The Other Boleyn Girl. Je vous vois vous ramener d'ici. N'allez pas chercher la signification de "Boleyn" dans votre dico franglais/spanish, ne vous faîtes pas avoir comme je me suis fait avoir. Boleyn c'est le nom des deux sœurs dont l'histoire nous est contée ici, et qui ont fait partie des 8 femmes - si mes souvenirs sont exacts - qu'Henry VIII a décapitées parce qu'elles ne savaient pas jouer à Fifa 8 ni lui faire un héritier pour la couronne d'Angleterre. Alors je ne suis plus tout à fait certain du déroulement exact des décapitations orchestrées par ce Roi un peu nerveux qu'était Henry VIII (Eric Bana), mais peu importe. Dans le film, la première femme du Roi, Catherine, est écartée faute de savoir torcher un centre correct vers le point de pénalty avec la touche carré ni pondre un mâle. Quand il apprend ça, un certain Thomas Boleyn décide de se faire adorer du Roi et pour cela de lui offrir sa cadette, Anne (Natalie Portman), une fille de caractère qui semble lutter pour la cause des femmes mais qui ne rechigne apparemment pas à l'idée d'être offerte à son souverain, lequel va malheureusement lui préférer sa sœur aînée, pourtant déjà mariée à un noble : Mary (Scarlett Johansson). Faut dire qu'il n'est pas tout à fait con sur ce coup-là étant donné que lors d'une ballade à cheval, la jeune Anne (Natalie Portman, je récapitule) a un peu bêtement entraîné le Roi à sa suite le long d'un chemin sinueux que le canasson royal n'aura pas bien appréhendé, se ruinant dans le fossé, et propulsant le Roi, un bras déjà dans le plâtre et un pied coincé dans l'étrier, par-dessus bord, sur un talus rocailleux. Six mois de rééducation et sans pouvoir performer à Fifa. A son réveil, défiguré, quand il voit la jeune Mary (Scarlett Johansson), déjà mariée mais un peu moins passionnée par les hippodromes que sa sœur lui apporter son casse-dalle au pieu, Henry VIII (Eric Banane) ne se laisse pas abattre et annonce que c'est finalement la sœur aînée qu'il veut pour femme. 
 
 
 
C'est là le point de départ de ce film en jupons, intolérablement larmoyant. Eric Bana, plus proche que jamais physiquement de Pascal Elbé, n'est que l'ombre de lui-même, en supposant qu'il ait déjà incarné son propre corps à l'écran dans un autre film. Cet acteur est un candélabre, il tient les bougies et s'en contente. C'est une prouesse en un sens que d'être de tous les plans sans n'être jamais cité au générique du film. Du reste il n'est pas le seul comédien qui fasse pâlir de détresse dans cette œuvre. Scarlett Johansson est à la limite d'être hors-champs dans toutes ses scènes tant le cinéaste aimerait qu'elle n'y soit pas. Elle joue avec une épaule bord cadre. Même Natalie Portman (qui enchaîne inéluctablement les films de merde) en vient à nous épuiser à force de tirades lues au prompteur et de grandes eaux sans fin (quand elle pleure et que son visage subit les ravages des chutes du Niagara l'actrice devient irritante). 
 
 
 
Voici la description d'une scène importante du film, pour vous en toucher deux mots plus précisément et vous donner le sentiment de sa qualité : Mary (Scarlett Johansson) n'ayant à son tour su donner qu'une fille au Roi d'Angleterre et ne parvenant pas à réaliser un une-deux avec son mari, celui-ci se retourne vers Anne (Natalie Portman), celle que le père des deux sœurs lui avait d'abord destinée, au détriment d'une mère (Kristin Scott Thomas) qui seule avait vu dans ces manigances se tramer une merde noire sans pareille pour la famille Bowling tout entière. Ainsi, après moult querelles, et prenant les choses en main, le Roi se décide à sodomiser Anne (véridique et c'est dit tel quel !). Résulte de ce coït la gestation d'un enfant... Pas pigé. Lequel enfant naîtra prématuré, ou plutôt ne naîtra pas, il est en effet mort-né. De là à savoir s'il est vraiment mort-né ou si c'est Anne elle-même qui l'a étouffé sous son coude jusqu'à ce que mort s'en suive, je n'en sais trop rien, n'ayant rien compris à la scène en question, filmée par-dessus la jambe (littéralement). Mais mon bon sens me pousse à croire en la bonne nature de cette jeune femme, me condamne à placer des espoirs bienfondés dans l'humanité en général, me force à espérer que ce personnage sain d'esprit n'en est pas venu par je ne saurais trop quel dénouement psychologique abscons à décider de buter son gosse dès après les premières minutes de sa nouvelle vie d'être humain. Bref, il semble donc que l'enfant soit né prématurément et qu'il en soit mort. La jeune femme décide donc de faire un autre enfant, en cachant la naissance ET la mort du premier à son époux le Roi (de peur qu'il ne la décapuche comme il en a décalotté quelques unes avant elle), de sorte que ce dernier n'y verrait que du feu, faisant admettons peu de cas d'une gestation étonnamment longue de 18 mois. Or la jeune Anne, faute de mieux, décide que c'est à son frère de la mettre en cloque pour la tirer de cette panade. Mais non, sachez que le grand frère n'en fera rien. Pas dans ce film. À la place, l'épouse du frère d'Anne, ayant surpris les machinations de son mari et de sa belle-sœur, s'en va tout raconter au Roi qui décapite tout le monde et retourne prestement chercher une gameuse capable de lui pondre un prince. 
 
 
 
Pour terminer, un mot sur Justin Chadwick (à tes souhaits mec), qui a réalisé ce film. Ce type-là, non content d'avoir filmé des costumes criants de fausseté, tout droit sortis du pressing, avec les moyens d'un président et sans les mains, ce type-là s'est privé des filtres habituels pour donner à son film cette couleur jaune qu'il briguait tant, au lieu de ça il s'est contenté de longuement pisser sur ses milliers de mètres de pellicule pour leur conférer ce hâle jaunâtre immonde. Si vous n'aimez pas le jaune et ses différentes teintes les plus rances, passez votre route, ce film pisseux aura votre peau. 
 
 
Deux sœurs pour un Roi (The Other Boleyn Girl) de Justin Chadwick avec Natalie Portman, Scarlett Johansson et Eric Bana (2008)

29 mai 2008

Ce soir, je dors chez toi

Ce soir tu viens peut-être dormir chez moi, mais en ce qui me concerne ce soir je vais pas au bout de ton film. J'ai dû mater à tout casser la moitié du film en vitesse x1, normale, et c'était déjà aller trop loin. Je me suis même senti obligé de venir fusiller sans sommation ce pied-d'œuvre atroce pour pouvoir passer à autre chose et ne pas être totalement dégoûté du 7ème art. Olivier Baroux, "acteur derrière la caméra" tel que t'a taggué Allociné, ton film ne vaut pas tripette. Avec une vanne par phrase et une phrase à la seconde t'es pas foutu de réussir ton coup une seule fois, chaque blague tombe inévitablement à l'eau et on se surprend à chialer devant ta comédie. Et puis mettre l'adagio pour cordes de Barber dans une scène de cul aquatique fallait oser, ou plutôt fallait pas ! Ré-évalue ta passion. Oh oui cette phrase est étonnante, mais j'applique les procédés de l'écriture automatique comme tu appliques les procédés du pilotage automatique, imposteur ! Ta mise en scène vaut que dalle, désolé de te le signaler, à l'instar de J-P Rouve dans ton film, infoutu de jouer à peu près juste, décidément complètement égaré depuis qu'il a abandonné sa troupe des Robin des bois. Faut dire qu'il a cessé de voler aux riches pour donner aux pauvres, maintenant il vole directement aux pauvres pour s'en foutre plein la gueule.




Et en l'occurrence les pauvres c'est moi, et il m'a chourave 45 minutes de mon précieux temps que j'aurais pu passer à me renseigner pour savoir dans quelle salle est censé se dérouler mon partiel de demain matin à 8h30. Dans ce naufrage, je ne sauve rien.


Ce soir, je dors chez toi d'Olivier Baroux avec Jean-Paul Rouve, Mélanie Doutey et Kad Mérad (2007)

28 mai 2008

Coffee and Cigarettes

Il était temps, voici venir l'article tant attendu, celui pour lequel vous avez voté en masse dans le premier sondage : "Lequel de ces films aimeriez-vous voir chroniqué dans ces pages ?" de notre blog.
 
Il faut savoir que pour Jim, Coffee and Cigarettes c'est le projet de toute une vie. Dès 1986 il tournait le sketch avec Roberto Benigni pour la télévision, puis il relançait la machine sans trop savoir où il foutait les pieds avec Steve Buscemi en 1989, et en 93 il repartait de plus belle sur l'épisode réunissant Iggy Pop et Tom Waits. Il ne savait pas encore que ces sketchs, augmentés d'une poignée d'autres, allaient un jour être réunis dans un seul et même film. On pouvait bien se douter que quelque chose se tramait doucement, qu'il se passait probablement un truc louche avec ces histoires toutes tournées en noir et blanc, Jim lui-même devait bien imaginer qu'il allait arriver quelque chose à tous ces petits sketchs totalement indépendamment les uns des autres et pourtant tous très naïvement axés littéralement sur le café et les clopes.



Que Jarmusch daigne l'avouer ou non, ce film est l'œuvre de toute une vie. C'est aussi bien une œuvre de jeunesse, un premier film en somme, qu'un film-testament, un opus posthume. Mais le résultat, sans mériter la cour d'assise, une geôle et des chaînes, n'est pas l’œuvre phare de son auteur. Jarmusch réunit des gens tous plus cool les uns que les autres dans des hangars délabrés, les filme en noir et blanc, met une table au milieu avec clopes et cafetières en vrac, trois dialogues et emballé c'est pesé. Le vétéran Bill Murray, qui joue son propre rôle grimé en serveur au milieu de trois gars du bronx qui l'ont adoré dans Groundhog Day, même sans la moindre vanne, c'est cool, vu que Bill Murray est l'incarnation vivante du cool, d'autant qu'ils évoquent un film effectivement génial qu'on a tous vu et beaucoup aimé. C'est le sempiternel écueil consistant à se satisfaire à bon compte sur le dos de références communes et autres affinités de goûts que l'on croit follement originales et qui nous donnent le sentiment de faire partie d'une communauté avisée. Tendance largement répandue au début des années 2000 dans mille et une comédies dites indépendantes et produites par la Warner, la Fox, Tristar et la Columbia réunies, pour caricaturer. Le pire demeure qu'on se surprend à préférer ces sketchs plutôt faibles réunissant des têtes d'affiches à d'autres, a priori plus audacieux, comme celui où Cate Blanchett joue deux rôles à la fois (deux sœurs, une brune et une blonde, aux caractères diamétralement opposés : performance) grâce à de subtils effets de montage.



A noter cependant que si le scénario n'est pas fantastique, les dialogues quant à eux sont une mine d'or. chaque sketch fourmille de répliques qui sont autant de références bien senties au titre du film, et on ne sait que faire face à ces dizaines de réparties étonnantes dont je vous laisse, pour finir, un petit aperçu :

- T'aurais pas une clope ?
- Non mais j'ai du café.

- Quoi de meilleur qu'un bon café ?
- Rien. Ou alors une clope.

- Ah j'ai envie de quelque chose avec mon café mais je sais pas quoi...
- Une cigarette ?

- J'adore fumer une clopinette avec mon café.
- Moi pareil mais l'inverse.

- Toi tu dis "un" clope ou "une" clope ?
- J'sais pas mais je dis "du" café, alors laisse moi boire mon café.

- T'as pas ton froc qu'a brûlé ?
- Si mon pantalon-cigarette a pris feu la dernière fois que j'ai renversé du café brûlant dessus.

- Toi tu mets du sugar dans ton café ?
- Non je trempe directement mon cigare dans mon café.

- T'as pas un âne qui s'appelle Coffee ?
- Si, Garreth.

- Y'aura qui à la réunion de l'ONU ce soir ?
- Si Garreth est là y'aura forcément Coffee Annan.

- T'es plutôt clope ou cafetard toi ?
- Je suis plutôt cametard.

- Tu vois le type là-bas avec sa clope au bec ?
- Celui qui boit son café ?

- Putain tu te rends compte que si on pouvait acheter du café au tabac-presse du coin, on appellerait ça Coffee & Cigarettes ?
- On appelle ça un bar-tabac.

- Toi je vais te passer à tabac.
- Mec laisse moi d'abord finir mon café.

- Tu connais cette chanson de Stéphane Eicher, "Petit déjeuner en paix" ?
- Celle où le parolier soutient mordicus qu'il veut petit-déjeuner tranquille à base de marlboro light et de ristretto ?

- Fume, fume, fume cette cigarette !
- Tu peux préparer l'café noir, tes nuits blanches et même ton mouchoi-a-ar.

- Hé vieux tu viens de rater la toute dernière pub Nescafé !
- Ah désolé j'étais sur le balcon, je fumais ma clope.

- T'es allé m'acheter mes cigarettes chéri ?
- Ah non je suis resté scotché devant Bagdad Café.

- Oh ! Mot compte triple : "Café" !
- Merci, tu m'enlèves une épine du pied, il ne me manquait plus que le C pour écrire "Cigarette", mot compte simple mais je te passe devant à deux longueurs.

- Hé t'as entendu causer de la nouvelle interdiction sur les cigarettes ?
- Ouais manquerait plus qu'ils interdisent le café et je serai bien dans la merde.

- Fumer tue, la caféine tient éveillé. Vu que je vais clamser tôt à force de cloper je bois à balle de café histoire de ne pas pioncer. L'un dans l'autre je perds autant de temps que j'en gagne.
- Pas con.
 
- C'est quoi ton Jarmusch préféré ?
- J'aurais tendance à dire Coffee and Cigarettes.


Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch avec Bill Murray, Tom Waits, Iggy Pop et Cate Blanchett (2004)

Les Deux Mondes

Restaurateur d’œuvres d’art parisien sans histoire, Rémy Bassano n’a décidément pas de chance : le jour où il découvre son atelier de travail complètement inondé et que son assureur lui fait comprendre que les dégâts ne seront pas couverts, sa femme lui annonce brutalement qu’elle le quitte pour un autre homme. Jusqu’alors effacé, ignoré de tous et souffrant d’un cruel manque de confiance en lui, Rémy Bassano va voir sa personnalité enfin s’épanouir lorsqu’il se retrouvera régulièrement projeté dans un monde parallèle exotique, où il sera considéré par ses habitants comme le Sauveur tant espéré ! Voici le pitch, simple et efficace, du film Les Deux Mondes de Daniel Cohen. Malgré cette idée de départ somme toute très sympathique et attirante, je ne pouvais m’empêcher de craindre une énième comédie française rarement drôle et débordante d’effets spéciaux, auquel on a trop souvent droit depuis maintenant quelques années. Contre toute attente, ce film injustement passé inaperçu à sa sortie a été une sacrée bonne surprise !




Bien heureusement, les effets spéciaux ne sont ici pas du tout envahissants, ils sont d’ailleurs très réussis, car ils ne sont jamais tape à l’œil. En outre, ils sont entièrement mis au service d’un film intelligent, qui ravira tout particulièrement les enfants, puisqu’il parvient à joliment mettre en image l’un des plus grands fantasmes humains, celui d’être doté de pouvoirs divins. Car le héros du film, sous les traits et l’allure attachante d’un Benoît Poelvoorde impeccable, aura dans ce Deuxième Monde, en retard sur le nôtre, quasiment le rôle d’un Dieu : il y apportera ses innovations, il mènera son peuple au doigt et à l’œil, lui ordonnant de mettre en application tous ses désirs de construction et il deviendra aussi un véritable maître de guerre. Un fantasme dont les jeux vidéos étaient déjà brillamment parvenus à tirer partie et auxquels Daniel Cohen adresse un bel hommage à travers ce film. Doté de ses pouvoirs tout puissants, Benoît Poelvoorde nous fait en effet souvent penser à quelqu’un prenant du plaisir à jouer à l’un de ces jeux du type Populous ou Age of Empire, notamment lors d’une scène fameuse où, face à son paysage, il montre du doigt les choses qu’il compte construire ici ou là, et que ces choses apparaissent instantanément sous nos yeux.




Tour à tour drôle, émouvant, burlesque et touchant, Benoît Poelvoorde trouve dans ce film un très joli rôle. Il parvient avec un grand talent à rendre l’évolution de son personnage subtile et crédible, celle-ci s’effectue très progressivement, au cours des allers-retours successifs entre les « deux mondes ». Le film met un certain temps à démarrer, mais une fois lancé, il se regarde avec un réel plaisir et il est ponctué par quelques scènes très drôles, qui doivent évidemment beaucoup à l’acteur principal. Les Deux Mondes apparaît donc comme une vraie réussite et, à l’instar de School of Rock, comme un de ces rares films récents de qualité qui devraient énormément plaire aux plus jeunes.


Les Deux Mondes de Daniel Cohen avec Benoît Poelvoorde, Augustin Legrand et Florence Loiret-Caille (2007)

27 mai 2008

Indiana Jones et Le Royaume du Crâne de Cristal

Que deviens-tu Steven Spielberg ? Que deviens-tu Tonton Spielby ? Que deviens-tu oncle Steven ? Que deviens-tu toi que je prenais vraiment pour le frère de ma mère ? Que deviens-tu toi que je m'étonnais de ne jamais voir aux repas familiaux et autres réunions de famille ? Toi à qui je pensais que Jacques Tati avait consacré un film : Mon oncle. Toi que je prenais pour le plus grand producteur et exportateur de riz du monde, toi que j'appelais Oncle Ben's.

J'ai ma réponse : tu deviens un vieux con. C'était déjà mal parti avec The Terminal, où j'attendais enfin une suite à Terminator, ça sentait le gaz avec La Guerre des Mondes, où j'attendais une adaptation d'Aldous Huxley, ça puait le sapin avec Munchen, où j'attendais un film historique sur le club de football Allemand Bayern Munchen Gladbach, je te réservais la place du mort dans ma bagnole après avoir maté le making of promotionnel Shooting Indiana Jones 4 sur TPS Star. Et j'avais pas tort.



Je ne m'attaque pas de façon exhaustive à ton film vu que chaque plan me coûterait dix minutes d'insultes. Ta passion pour les animaux animés par Pixar a eu raison de toi. Toi qui t'es cru épaulé par ton nouveau scénariste fétiche David Koepp, tu as signé ton arrêt de mort en réunissant essais nucléaires en Zone 51, surprise party chez des Péruviens endiablés, lignes de Nazca, temples Incas, voyages interdimensionnels et extra-terrestres extra-lucides. Tu t'es complètement foutu dans la merde. Tu t'es laissé empester par les effets spéciaux les moins chers sur le marché. Tu t'es laissé emboucaner par une Cate Blanchett en fin de course à l'apogée de sa carrière. Qui peut encore être fan d'une telle femme, en dehors de pathétiques vieillardes féministes qui enseignent l'anglais en lycée et vénèrent ce vieux mec efféminé prêt à donner ses traits ingrats à la Reine Elizabeth. Il suffirait de mettre la perruque de Blanchett sur le crane du grand soldat Russe aux épaules pare-chocs qui l'accompagne pour échanger les rôles sans choquer personne. D'ailleurs ta vision des communistes russes bêtes et méchants et des villageois Péruviens réduits à l'état de clébards monstrueux est un peu limite. Sans parler des dizaines de goofs qui polluent ton film, de la fainéantise d'un John Williams qui s'est résolument contenté de ressortir ses anciennes soundtracks pour y insérer quelques partitions "d'action" bruyantes et bas de gamme comme il en a désormais le secret, sans s'étendre sur tes scènes de dialogues insipides et soporifiques longues comme le bras et sans consacrer un chapitre à ton histoire sans queue ni tête dont on voit bien qu'elle n'est qu'un patchwork des supposées meilleures scènes tirées des mille scénarios pondus pour le film.



Quid de la disparition de ce qui faisait peut-être l'originalité majeure d'Indiana Jones dans le bain des serials du même genre (outre la qualité intrinsèque de la série due à l'époque à ton grand talent), à savoir l'humanité du héros, qui finissait chaque épreuve épuisé, minable, couvert de boue et de bleus, ruiné, et qui ici conclut ses péripéties propre comme un sou neuf, en pleine bourre, prêt à remettre le couvert sur demande alors qu'il est censé avoir pris un coup de vieux terrible. Quid des dizaines de minutes de dialogues sans le moindre intérêt qui pèsent lourd dans la balance face au silence absolu quand il s'agirait d'expliquer la résolution du film qu'une pluie d'effets spéciaux suffit à établir sans qu'on ne comprenne rien à ce qui se passe sur l'écran, résolution jamais évoquée plus largement que par deux ou trois termes lâchés à la dérobée, comme l'éloquent : "C'est l'espace entre les espaces" ou encore l'inoubliable : "Le trésor c'était la connaissance". Quid du sempiternel fils caché venu sonner l'heure de la retraite. Quid des clichés exaspérants typiques du genre, des blagues foireuses et des running gags affligeants. Rappeler la belle bien que désormais fripée Karen Allen sous les drapeaux ne te sauve pas mon vieux.



Inutile de revenir là-dessus. Inutile d'énumérer les ingrédients du massacre. Je te prenais pour mon oncle. Je t'appelais tonton. Je te pardonnais ton irrémédiable absence que j'attribuais à un légitime train de vie de star soucieuse de mener à bien et à terme sa carrière. Je ne m'étonnais plus de ne jamais recevoir le moindre cadeau de ta part pour Noël ou pour Pâques. Je me faisais une raison en constatant que tu ne répondais jamais à la moindre des millions de lettres que je t'écrivais à ton adresse postale dévoilée dans la rubrique "Écrivez-leur, ils ne répondront jamais" de TéléPoche. Je ne m'étais pas formalisé en remarquant que tu ne faisais jamais l'effort de prendre un billet d'avion pour nous rendre visite dans les circonstances les plus graves, comme l'enterrement de quatre de tes frères suite à un accident de Bobsleigh dans le Val d'Isère, ou la naissance de celui que ma famille, bienveillante et complaisante, m'avait dit être ton fiston. Je parlais sans arrêt de toi en ces termes : "Mon tonton Spielby", et voilà que tu t'avères être une tête de con. Tu files un sale coton, comme ta poularde aux œufs d'or Bob Zemeckis ou celui qui se réclame de toi et que certains considèrent comme ton chiard, j'ai nommé Manoj Nelliyattu Shyamalan.


Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal de Steven Spielberg avec Harrison Ford, Karen Allen et Cate Blanchett (2008)

16 mai 2008

School of Rock

Pour moi Jack Black c'était King Kong. Pour moi Jack Black c'était High Fidelity. Pour moi c'était Soyez sympas, rembobinez, steupl. Pour moi Jack Black c'était Kung-Fu Panda. Pour moi Jack Black c'était un gros lard hideux pas foutu de me faire marrer. Jusqu'à ce soir. J'attendais rien de ce film, j'attendais qu'il me fasse chier. Et c'est une bonne surprise, une très bonne surprise. Je ne savais rien du script et m'attendais à un genre d'Almost Famous faussement drôle réservé aux groupies "indés" en attente de blindtest "indé". Finalement c'est presque une comédie pour enfants suffisamment bien faite pour ravir tous les publics. Disons en tout cas, si ça n'est pas précisément un film pour enfants, qu'il est fait de telle sorte qu'il ne peut que leur plaire.




Jack Black joue le rôle d'un jeune type, éternel adolescent, passionné par le rock, les solos de 20 minutes et rien d'autre, incapable de travailler et d'abandonner son rêve. Il en fait tellement qu'il se retrouve viré par les membres du groupe qu'il a lui-même fondé. Et comme son meilleur ami le presse de trouver un job pour enfin aider à payer le loyer il finit par se faire passer pour cet ami et accepte un job de professeur des écoles remplaçant. Il passe d'abord ses journées à ne rien foutre et à exhorter les gosses à en faire aussi peu, puis quand il s'aperçoit durant leur cours de musique qu'ils sont tous plutôt doués, il décide de créer un groupe de rock avec eux en leur apprenant la base : Deep Purple, Black Sabbath, AC/DC, Led Zep, Pink Floyd, Motörhead, The Who et consorts (que du bon, que du vrai rock).




Il faut rendre à César ce qui lui appartient, Jack Black est pour beaucoup dans la qualité de cette comédie. Il fait des siennes tout au long du film et à un très haut niveau (qui rappelle quelques fois Jim Carrey, décidément la source principale d'inspiration de tous les bons comiques américains actuels). Il colle très bien à son personnage et parvient plus d'une fois à nous faire éclater de rire. Le film dans son ensemble est une comédie infantile assez commune et très académique, mais une comédie réussie, qui a le mérite de nous épargner les clichés habituels épuisants quand il s'agit de réunir une masse d'enfants à l'écran et qui, forte d'un acteur principal inspiré et bien servi, s'en tire avec les honneurs.




P.S. Un grand bras d'honneur aux distributeurs français de ce film qui l'ont intitulé Rock Academy, titre piteux et tout à fait inadéquat qui évoquait non seulement la Star Academy mais aussi l'idée d'un film d'adolescents plutôt que d'enfants, et donc rien de bien ragoutant pour nous autres qui préférons les.


School of Rock (Rock Academy) de Richard Linklater avec Jack Black (2004)