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31 octobre 2022

Xtro

Xtro, c'est d'abord un titre du tonnerre. Jamais expliqué, nul besoin, il claque et c'est bien suffisant pour le justifier. Sur un fond de ciel étoilé, il apparaît soudainement, déchirant l'écran d'une lumière blanche agressive et aveuglante. On peut penser à The Thing, sorti juste avant, sans compter la musique signée par le réalisateur lui-même, Harry Bromley Davenport, constituée à 100% de synthétiseurs hurlants, malmenés, martyrisés : elle nous explose aux oreilles d'entrée et peut évoquer un Carpenter sous acide. Le thème tapageur, que l'on entend lors de ce générique d'introduction, est une vraie pépite. Le cinéaste-musicien composait sans doute là son petit chef-d'œuvre musical personnel, parfait pour accompagner son magnum opus cinématographique. Il réalisera par la suite deux autres Xtro, des films non connectés directement au premier mais essayant de surfer sur son modeste succès et dépeignant eux aussi de très mauvaises rencontres extraterrestres. Notons aussi que celui qui commença sa carrière en tant qu'assistant de Nicholas Ray avait également participé, deux ans auparavant, au scénario de ce film de fantôme poignant avec Mia Farrow qu'est Le Cercle infernal, et nous aurons fait le tour de l'œuvre connue de cet homme-là. Un artiste maudit et torturé, à n'en pas douter, qui, du seul fait qu'il ait commis Xtro, occupera à jamais une place à part dans mon cœur de cinéphage. 



 
 
Xtro comme extraterrestre peut-être, il y a au moins trois lettres en commun, non ? Ce titre râpeux s'oppose au phonétiquement plus mignon et doux E.T., à l'instar de l'affiche et de sa tagline, "Some Extra-Terrestrials AREN'T friendly !". Plus que le récit d'une succession d'entrevues sanglantes avec un alien belliqueux appelé à éliminer le casting méthodiquement, Xtro est d'abord le récit d'un enlèvement tragique. Le petit Tony joue tranquillement avec son papa dans le jardin de leur cottage quand le bâton balancé au chien ralentit sa course en tournoyant anormalement dans les airs (sympathique clin d'œil au 2001 de Kubrick) puis fend le ciel en deux dans un feu d'artifice soudain. Une lumière blanche envahit alors le cadre, les éléments se déchaînent, le gosse s'agrippe au mur et se tient en retrait tandis que son père disparaît, dans un flash assourdissant. Puis le garçon se réveille en sursaut, trois ans plus tard. Il habite désormais dans un immeuble de Londres aux côtés de sa mère, de son beau-père et d'une jeune fille au pair française. L'enfant est encore traumatisé par l'événement auquel nous venons juste d'assister et qu'il revit en cauchemar. Ses nuits sont agitées, des phénomènes inexplicables se produisent : il se réveille dans une mare de sang, qui n'est pas le sien, ce qui n'inquiète donc pas le docteur flegmatique venu à domicile. Au même moment, dans la campagne anglaise, à quelques kilomètres de là, un objet non identifié s'écrase et son sordide occupant s'en extirpe. La créature, ignoble, s'en prend à un couple qui passait par-là en voiture avant de s'inviter chez une habitante isolée : elle l'agresse par surprise puis la féconde par la bouche. La jeune femme violée finit par se relever, ensanglantée, sous le choc, puis son ventre se déforme, gonfle au point de crever, s'en extrait alors le père disparu du petit garçon... Bien sûr, ces scènes-là ont dû être assez salissantes, vous imaginez bien.



 
 
Pendant ces premières minutes, où nous sommes encore dans l'expectative mais déjà plutôt séduit par le caractère écœurant des scènes où la créature immonde s'affiche, on craint un peu d'avoir affaire à un énième avorton d'Alien dont le budget riquiqui serait brillamment éclipsé par les choix crasseux et le sens de la débrouille des techniciens. On se doute que le carnage va continuer ainsi, mettant à l'honneur ces effets spéciaux artisanaux et particulièrement crados, conçus avec application par une équipe de dangereux maniaques. Mais plus le film avance, plus il devient bizarre, glauque, imprévisible et singulier. Son intérêt redouble au moment du retour du père dans sa petite famille. L'acteur qui incarne le daron-alien, Philip Sayer, est franchement excellent, très difficile à cerner, peut-être parce qu'il ne savait pas non plus où le menait ce scénario malade, allez savoir. Il incarne tantôt une sorte de menace froide et subtile tantôt une figure paternelle retrouvée et bienveillante. On comprend qu'il veut remettre la main sur son fils, très vraisemblablement pour l'emporter avec lui vers un ailleurs inconnu  – il pourrait aussi bien revenir d'une planète lointaine que d'une autre dimension, l'apparition lumineuse aux contours indéfinis ne nous éclaire en rien, s'agirait-il d'une brèche vers un autre espace-temps ?... Les réactions des uns et des autres au retour du papa sont d'une amusante simplicité, Harry Bromley Davenport fait dans la psychologie minimaliste, il permet au spectateur de jouer un rôle actif, l'invite à combler les manques. La maman est plutôt confuse, son nouveau compagnon passablement agacé, le gosse tout simplement heureux de retrouver son papounet, et la jolie blonde au pair s'en fiche pas mal car tout ce qu'elle veut, c'est pouvoir continuer de folâtrer en douce avec son boyfriend. L'au pair est jouée par Maryam d'Abo, vague sosie de Nastassja Kinski, pour sa première apparition à l'écran, quatre ans avant de réaliser son rêve, incarner une James Bond Girl : elle se montre ici assez peu pudique et apporte quelque chose de pétillant à ce personnage terriblement accessoire de jeune fille oisive, à l'insolence discrète, dont la langue maternelle refait ponctuellement surface quand il s'agit de se plaindre, de répugner à la tâche. 



 
 
Le retour du doppelgänger paternel, et les réactions pour le moins circonspectes qu'il suscite, installe une ambiance délétère et atone totalement inattendue dans l'appartement londonien. Seul le gamin se réjouit donc de la nouvelle situation et se contente de regarder son père bouche bée quand il le surprend dans sa piaule en train de gober les œufs de son serpent domestique (quelle idée aussi !). Le film monte d'un cran dans l'étrangeté répugnante et presque loufoque à partir du moment où le père transmet, par succion, à son cher fils des pouvoirs surnaturels dont nous n'avions eu jusque-là qu'un incompréhensible aperçu (des objets fondus ou en surchauffe au contact du papa, comme ce téléphone public devenu réglisse pendouillant). Le réalisateur et scénariste atteste d'alors d'une inventivité farfelue, sans limite, pour notre plus grand plaisir d'amateurs d'objets filmiques non identifiés et d'extravagances en tout genre. Fort de ses nouveaux dons, le gosse, plus tout à fait lui-même, s'amuse dans sa chambre avant l'heure du dodo et parvient, depuis son lit mezzanine, à donner vie à ses jouets, par la seule force de sa pensée, lors d'une scène troublante où la simplicité du montage et des effets de lumière ont de quoi fasciner, tout en nous ménageant quelques surprises pour la suite. Ces quelques jouets, désormais animés et agrandis, seront autant d'alliés du petit garçon, à présent du même bord que son père, dans l'accomplissement de leurs sombres projets... Harry Bromley Davenport, qui a peut-être écrit le scénar sous influence ou en tout cas dans un état second, comme touché par une grâce morbide, convoque ainsi : un GI-Joe à l'échelle humaine, un clown râblais particulièrement flippant, une panthère noire féroce, un tank qui tire dorénavant à balles réelles et une toupie particulièrement affutée guère plus soumise à la gravité... Voir ensuite ce drôle de bestiaire en action est un petit régal de cinéphile déviant, croyez-moi.



 
 
Pour que vous ayez une idée du niveau de bizarrerie atteint ici, dites-vous que le papa possédé se shoote au gaz de ville, peut-être par nostalgie, pour renouer avec l'atmosphère de sa planète ou de sa dimension d'origine ; sachez aussi que le serpent de compagnie du garçon finit par s'échapper et par atterrir dans la salade composée de la voisine du dessous, une vieille bique acariâtre qui s'acharne tellement sur l'aventureux reptile qu'il termine à l'état liquide, ce qui est toutefois bien pratique pour le transvaser avec soin dans une poche plastique, le ramener à son jeune propriétaire et ainsi entretenir de bonnes relations de voisinage... Le GI-Joe grandeur nature vengera la bestiole comme il se doit lors d'une des meilleures scènes du film, notamment en raison de la crédibilité étonnante du soldat : probablement animé par un expert du mime aux gestes robotiques qui, associés au costume militaire et au masque de plastique qu'il porte, font parfaitement illusion et font de lui la vedette potentielle d'une interminable série de slashers (à quand le spin off ?). Une fois qu'on a vu ça, on n'est peu étonné de constater l'usage qui est fait du réfrigérateur de la cuisine par l'enfant et son clown complice : après une préparation aussi méticuleuse qu'incompréhensible pour nous autres, étrangers à l'univers xtro, le frigo sert de réceptacle à une demi douzaine d'œufs xtroterrestres fraîchement pondus par la fille au pair, transformée en une espèce de hôte-zombie répugnante dans la baignoire de la salle de bain (l'aspect de la pitoyable chose évoque L'Invasion des profanateurs de sépultures, version Kaufman, en plus abject encore ; on peut aussi penser à ce que découvrent Ripley et sa bande lors de la visite du terrier des aliens dans l'opus de James Cameron...).



 
 
La diablerie d'Xtro réside aussi dans d'infimes détails. Des détails visuels qui intriguent, placés là sans raison, comme ce portrait de Staline accroché au mur de la loge du concierge de l'immeuble, ou le ridicule décomplexé des poses prises en arrière-plan par les modèles du beau-père, photographe de profession. Autant de touches de cet humour insaisissable, disséminé ici et là, qui participe pour beaucoup à la singularité du film, par ailleurs très premier degré, et de son ambiance malaisante, inconfortable, dur à définir autrement que par cette expression anglaise devenue courante dans la bouche des plus jeunes. "What the fuck ?!". Une chose est sûre : le britannique Harry Bromley Davenport est un cinéphile aux goûts raffinés, j'en veux pour preuve les affiches françaises de quelques classiques d'avant-guerre qui décorent l'entrée de l'appartement. Son film d'horreur malsain et sans frein, qui tape dans l'exploitation pure, contient par ailleurs de nombreuses références. Mais celles-ci sont introduites dans un contexte si insolite et l'ensemble est truffé de détails si curieux que Xtro se dégage sans souci de toute pesante parenté, il existe pour lui-même, brillant d'un sombre éclat, porté par une rare conviction. A ce titre, vu la tonne de trouvailles qu'il y a là-dedans, le potentiel parfois inexploité de certaines d'entre elles (peut-être en raison du manque de moyen), et le caractère confus ou nébuleux du scénario pour de nombreux aspects, on se dit presque qu'il y aurait un remake à faire d'Xtro, quelque chose de plus cadré, maîtrisé, qui pourrait développer des pistes laissées en suspens grâce à un budget plus conséquent. Et à la fois, Xtro est une œuvre unique, un one shot inespéré, à la magie miraculeuse, dont le charme fétide réside aussi et surtout dans sa difformité fascinante, dans sa fragilité suintante. Impossible à reproduire, à l'évidence.



 
 
Difficile d'aborder le cas Xtro sans dire quelques mots sur ses fins alternatives. Deux conclusions différentes ont été tournés, elles sont disponibles dans les bonnes éditions DVD et même facilement visibles sur Youtube. J'ai une nette préférence pour celle initialement désirée par le cinéaste, qui nous quitte sur une note plus ambiguë, incertaine et conforte l'appréciable étrangeté du film, l'éloignant du gore et de l'effet choc assez facile de l'autre version, moins conforme à l'esprit et l'atmosphère finement développée jusque-là. Je serais curieux de connaître les positions des fans sur ce sujet, mais la mienne est convaincue. Il y a donc de quoi s'amuser, sourire, frémir et être révulsé devant Xtro, petite pelloche chelou faite avec amour et entrain, pourtant très vivement critiquée à sa sortie, stabilotée parmi les videos nasties au Royaume-Uni et devenue culte bien plus récemment, comme par la force des choses, l'évidence, son originalité absurde et sa monstruosité débridée ayant fait de ce film, remis à l'honneur dans différents festivals spécialisés ces dernières années, un titre particulièrement apprécié au fil du temps. Une sacrée curiosité, le joyau de Harry Bromley Davenport, un artiste détraqué : on peut presque regretter que cet homme-là ait choisi le cinéma, un business à l'évidence trop cruel pour lui et la pleine expression de son talent. Réjouissons-nous, au moins, que ce film existe, que ce flot d'images cauchemardesques et de situations aberrantes soit bel et bien visible dans notre dimension, sur notre planète, dans cet espace-temps ; nous sommes contemporains d'Xtro, terrifiante fissure en zigzag de notre rassurante réalité.


Xtro de Harry Bromley Davenport avec Philip Sayer, Bernice Stegers, Simon Nash et Maryam d'Abo (1982)

29 février 2020

Maria's Lovers

En 1985, Andreï Konchalovsky a réalisé un véritable chef-d’œuvre du cinéma d'action dont je vous ai déjà parlé ici : Runaway Train. Toujours en Amérique, il a également signé, un an plus tôt, un film plus méconnu et d'un tout autre genre mais tout aussi remarquable, Maria's Lovers. Maria, c'est Nastassja Kinski, alors au faîte de sa beauté. On comprend donc aisément que le titre soit au pluriel... Le film d'Andreï Konchalovsky s'intéresse au retour au pays d'un soldat (John Savage), traumatisé par sa longue captivité dans un camp japonais pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Une fois revenu en Pennsylvanie, son rêve est d'épouser Maria, son amie d'enfance devenue la fille la plus convoitée de la ville, mais leur histoire d'amour sera contrariée par son impuissance sexuelle.




De prime abord, Maria's Lovers rappelle étonnamment Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino. L'action se déroule à la fin des années 40 et non autour de la guerre du Vietnam, mais le cadre de l'histoire se situe également dans une petite ville ouvrière de Pennsylvanie, et plus précisément dans une communauté d'immigrés venus de Yougoslavie dont nous assistons aux rites orthodoxes. La présence de John Savage, en vétéran qui doit gérer son choc post-traumatique, renforce évidemment l'étrange parenté des deux films. Comme on pourrait légitiment le redouter étant donné la grandeur du film de Cimino, ce rapprochement ne porte pas préjudice à Maria's Lovers, le style ample et raffiné d'Andrei Konchalovsky et son casting impeccable supportent sans souci cette si flatteuse association.




Maria's Lovers est en effet un mélodrame bouleversant qui montre parfaitement l'attrait que peut exercer sur les hommes, quel que soit leur âge, une femme à la beauté exceptionnelle. Nastassja Kinski, au charme et à l'élégance sidérantes, ne laisse ici personne indifférent. Du père du soldat, incarné par un excellent et très touchant Robert Mitchum (pour une de ses dernières apparitions au cinéma), au crooner charmeur de passage en ville campé par Keith Carradine, en passant par le collègue de travail qui ne fait pourtant que croiser très brièvement la dame, tous n'ont d'yeux que pour Nastassja Kinski dont la sensualité fascinante et l'immense beauté sont parfaitement saisies par la caméra délicate d'Andrei Konchalovsky.




Le cinéaste russe traite aussi de façon très habile du traumatisme de son personnage principal, offrant sans doute l'un de ses plus beaux rôles à John Savage, impressionnant de fragilité et de sensibilité. Konchalovsky aborde le sujet rarement traité si frontalement de l'impuissance sexuelle en le plaçant au cœur d'une histoire d'amour réellement émouvante. Il montre le sentiment amoureux dans tout ce qu'il peut avoir de violent et d'absolu, un amour si fort qu'il ne peut être concrétisé, consommé. Ce soldat de retour de la guerre n'a fait que penser à Maria pour tenir le coup et survivre, se réfugiant dans ses pensées et ses rêves avec elle pour échapper à l'horreur qu'il vivait chaque jour. En associant si intimement son amour à son terrible trauma, il a malheureusement condamné le premier et fait perdurer le second.




Cinéaste talentueux à la carrière assez bizarre partagée entre la Russie et l'Amérique, Andreï Konchalovsky s'avère aussi doué et inspiré pour mettre en scène un pur film d'action qui vous scotche à votre fauteuil que pour filmer une histoire d'amour qui vous terrasse par sa déchirante beauté. Il est amusant de remarquer quelques motifs récurrents entre les deux films successifs du réalisateur, par exemple lorsque John Savage fuit la ville en montant sur les wagons d'un train de marchandise de passage et reste debout, filant dans l'horizon à la manière de John Voight dans Runaway Train. Traversé par quelques scènes et des images magnifiques et illuminé par la sensualité hors norme de la radieuse Nastassja Kinski, Maria's Lovers est un film rare qui ne laisse guère indifférent. 


Maria's Lovers d'Andreï Konchalovsky avec John Savage, Nastassja Kinski, Keith Carradine et Robert Mitchum (1984)

8 décembre 2011

Tess

Comme vous pouvez le constater depuis le début de notre dossier spécial consacré à Roman Polanski, c'est mon acolyte Rémi qui s'est attelé à la plupart des articles, non sans brio. Il faut aussi préciser qu'il s'est emparé des meilleurs films, ne me laissant plus que les miettes. Les miettes nauséabondes de la filmographie du maître Polanski... "King in the castle, king in the castle !" Alors histoire de l'aider un peu, j'ai proposé des idées sur ce que pourraient être mes contributions... La haute opinion que je me fais de mon talent transparaît dans les lignes suivantes, elle est à votre disposition ci-dessous.

Mes parents, éleveurs de brebis, ont une chienne qui s'appelle Tess, en référence au film éponyme de Roman Polanski. C'est un bon chien de travail, un fidèle chien de berger, limité mais dévoué, doté d'un pelage roux unique en son genre qui le fait passer pour un renard aux yeux des plus miros d'entre nous. Si c'était un être humain, elle ressemblerait très probablement à Elizabeth Tchoungui mais sûrement pas à Nastassja Kinski aka Tess dans le film Tess. Un film tourné par Polanski pour définitivement clore dix années de marasme et rendre un vibrant hommage posthume à la regrettée Sharon Tate, l'amour de sa vie (love life), dont Tess d'Urberville était le roman préféré. Un réalisateur qui, deux années plus tôt, avait perdu la notion du bien et du mal et douloureusement franchi la ligne jaune (the thin red line) avec une adolescente de 13 ans. On s'était promis de ne pas en parler.


La Tess de Roman Polanski.

Bref, j'ai un chien qui porte le nom d'un film de Polanski. Bref, ce chien est roux et un peu con. Bref, c'est pas le premier nom à la con que je donne à l'un de mes pléthoriques animaux domestiques. Bref, la série Bref me rend fou ! Retour du côté des clébards. La chienne Tess prend progressivement la relève de Clint, elle-même nommée ainsi en hommage à l'illustre maire de Carmel, Californie, et plus précisément à cause du film La Relève avec Charlie Sheen. Car Clint, qui est une femelle malgré son nom, était déjà la relève d'un clébard débile mais particulièrement affectueux nommé Graham du fait de la comptine "Ams Tram Gram Pic et Pic et Colégram", ces chiens étant tous de la race Border Collie (prononcer "colé", d'où le jeu de mots récurrent). Graham était lui-même la relève de Hopterre 2, rendu fou par le petit Poulpard aka Brain Damage, qui lui lançait des cailloux sur la tronche en éloignant sa gamelle. Conseil parental : quand votre gosse, à peine âgé de 4 ans et haut comme trois pommes, s'en prend de façon effroyablement méthodique et sournoise à des animaux sans défense, ce n'est pas bon signe du tout et cela laisse présager du pire. Conseil de berger : ne jamais donner le même nom à deux chiens, même quand ils ne sont pas contemporains. Hopterre, premier du nom, (1974-1981 - mort auto-empoisonné, "Curiosity killed the dog" en l'occurrence), était probablement le meilleur chien de troupeau du monde. Il était donc certain qu'Hopterre 2 (1982-1996 - il est mort comme il est né : aveugle et incontinent) allait décevoir. Mes parents, qui avaient de vains espoirs de ressusciter le talent de leur défunt compagnon, ont commis là leur plus grande erreur professionnelle. Si on ne prend pas en compte la fois où mon paternel a accidentellement, se défend-il, tué net un agneau en lui administrant un coup du lapin latéral avec une barrière en bois ; et si on passe l'éponge sur l'épisode scabreux survenu en été 85, célèbre dans la famille pour ce que l'on appelle "l'expérience interdite" qui a condamné quinze valeureux agneaux bons pour l'abattoir ou, comme disait ma mère, "15 fois 500 balles !" ("500 balles" étant le nom qu'elle donne indistinctement à tout agneau, tandis que "congélo" est plutôt le nom du veau. On ne juge pas la famille.)


Clint, le 23 avril 2006, au top de sa forme.

Revenons à notre Clint, LE chien qui m'a marqué et qui aujourd'hui va péniblement vers ses 13 ans. Nous préférons l'appeler Clintou et nous avons pris l'habitude de lui réinterpréter toutes les chansons du répertoire musical mondial en son honneur, en remplaçant toutes les paroles par des "tout" ou encore "tout pour ma Clintou". A la base de cette folie créatrice, le tube de Michel Polnareff, Tout pour ma chérie, qui devient : "Tout tout, pour ma Clintou, ma Clintou / Tout tout, pour ma Clintou, ma Clintou / ad vitam eternam". Quand on lui chante ce refrain diabolique en se tapant les mains sur les cuisses, ma Clintou, mon toutou si doux, devient tout fou ! Seule chanson qui résiste à ce chamboulement parolier, la célébrissime ballade Only you, qui met Clintou en position "offerte", à la Sasha Grey, tout en la faisant couiner, à la Kyla Cole, au rythme langoureux de cette chanson qui a mis des millions de femmes en cloque mode d'emploi. Bref.


Kyla Cole, dans son bleu de travail.

Bref, on a aussi des chats. Ils ont, eux aussi, été les victimes de notre cinéphilie d'adolescents à peine influencés par notre père fan number one d'Hitchcock et de Vin Diesel. Nous n'avons pas appelé nos chats Vanille, Canelle, Grisette, Horny Housewives, Minette, Toupac Shakur, Mistigri, Félix ou encore Ciboulette. Non, nous avons choisi de leur donner des noms de films d'horreur histoire de les blinder face à une vie difficile dès la naissance : mise bas du haut d'une botte de foin ronde et mort prématurée en tous genres (flaque d'eau trop profonde, poules belliqueuses, renards aux aguets, facteur pressé, mère indigne et bergère malthusienne). Ainsi, nous avons eu la chance et la joie d'accueillir Critters, Gremlins, Freddy, Alien, Alien 2, Alien 3, Leviathan (surnommé "Leviathos le chat portos" - no offence), Panic, Toxic, Copycat, Se7en, Piranhas 3D, Prince des Ténèbres, Jack Nicholson. On voulait appeler un chat Les Diaboliques, mais le problème c'est que c'était au pluriel. Plusieurs chats se sont appelés Koukol en référence à l'inoubliable personnage de vampire trisomique du film de Polanski ! Cette tradition était moins originale et brillante qu'on le pensait quand on a appris avec stupéfaction que nos voisins en faisaient autant. On a découvert ça quand on s'est rendu compte que notre matou Alien allait régulièrement casser la gueule de l'efflanqué Predator, le chat jamaïcain du voisin, dans un crossover avant l'heure qui ne ménageait pas nos tympans. Récemment, nous avons décidé de passer au foot. Notre mâle dominant s'appelle Yohan Demont (le footeux lensois dont on est tous persuadé d'avoir croisé la teub glabre sang et or chez Marc Dorcel) et son principal rival, constamment en alerte, n'est autre qu'Alou Diarra, chat sentinelle dont les stats personnelles restent de haute volée malgré un début de saison en demi teinte.

Pour en revenir à Tess, c'est quand même un chouette chien et ma maman m'assure que ça deviendra un "très bon chien".


Tess de Roman Polanski avec Natassja Kinski (1979)