14 juin 2015

Phone Game

L'affiche de ce film ne nous évoque rien de bien agréable, à cause de sa tagline : "Raccroche et tu es mort". C'est ce que nous disent nos compagnes à chaque fois qu'on les a au bout du fil... Pourtant, ce poster symbolise une heure et quart de pur bonheur. Une heure et quart en compagnie de Colin Farrell in a glass case of emotion. L'acteur est pris au piège d'une cabine téléphonique. La caméra est coincée entre ses sourcils de dingue et le combiné. A l'autre bout de la ligne, pointant sans relâche le canon scié de son fusil à lunette sur Farrell, un acteur dont la voix commençait à peine à être reconnaissable, alors qu'elle est aujourd'hui une signature, au point que quiconque découvre le film de nos jours saura dès le départ qui incarne le vilain : Jack Bauer. Mais ça n'a finalement que peu d'importance tant le suspense et la tension instaurés par Joel Schumacher reposent sur un pitch minimaliste dont on mesure aujourd'hui toute l'importance dans l'histoire des scripts à Hollywood. 


Le regard du type qui se dit : "Putain il vise pas trop maaaaal..."

Combien de films découlent en droite lignée de Phone Game ? On peut penser à Buried, à Locke, à Frozen, à Wrecked et tant d'autres, qui s'appuient tous sur une unité de lieu, de temps et d'action réduite au maximum pour un suspense d'autant plus grand et des rebondissements forcément percutants. Combien d'acteurs s'inspirent par ailleurs du jeu de sourcils de Colin Farrell ? En 2002, à l'aube d'internet, alors que minitels et fax se disputent encore le bureau de papa, Joel Schumacher a déjà flairé tous les changements à venir dans le domaine des communications, actant tout simplement la mort de la cabine téléphonique en tant que telle et de tout ce qui est filaire en général. Une anecdote assez connue raconte que durant la promotion de ce film, à un journaliste malicieux et encore sous le choc de la projection qui lui demandait : "Comment voyez-vous le futur Monsieur Schumacher ?", le cinéaste répondit en pointant tous les recoins de la pièce du bout d'un index giratoire : "Tu vois tous ces fils qui traînassent par terre ? Bientôt y'en aura plus". 


Le visionnaire, entre deux éclairs de génie.

Artiste visionnaire, Schumacher n'en est pas moins un bras cassé, un facho affirmé et depuis peu un taulard dont on attend la sortie de coma après une chute en rollers lors d'un séjour de villégiature dans le sud de la France, plus précisément à Rouffiac-d'Aude, où nous avons nous-mêmes de la famille. Toujours dans les bons coups, notre clébard, Baltasar Kormákur, au volant de son pick-up, pris dans son élan, n'a pas freiné à temps et a heurté Joel (avec ce bruit que fait un bouchon de champagne qui saute) tandis que le cinéaste sortait chercher son journal. On est donc aux premières loges de ce drame, pour lequel nous éprouvons tout de même une once de culpabilité. Ne laissez pas conduire vos clebs, même quand ils semblent savoir piloter. Rassurez-vous, notre Baltasar fait ses nuits, pas troublé le moins du monde.


Phone Game de Joel Schumacher avec Colin Farrell, Kathie Holmes, Rada Mitchell et Kiefer Sutherland (2002)

8 commentaires:

  1. Brave Baltasar...

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  2. En bon investigateur (façon John Paul Lepers), je note que Kormakur est le vernaculaire abstrait de Schumacher. Notez comme le K se dit CH en français, et le OR est passé au OU. CHOUMAKER, KORMAKEUR. Je crois bien que Baltasar s'est vengé d'une dette familiale ancienne ou d'une transaction héritologique non réglée. Espérons que Joël se montre plus "famille" à son réveil. On sait que les kormakuri rôdent en bande et il est bien probable qu'il y aura un kormak planqué dans chaque bol de riz qu'essaiera de s'envoyer à l'avenir ledit génie.

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  3. Par ailleurs, Joel Schumacher est l'un des pires cinéastes que la terre ait porté ! Je ne parle même pas de ses contributions à la franchise 'Batman', mais j'ai regardé dernièrement 'Génération perdue' après avoir lu sur un site consacré aux films de vampires que c'était le meilleur du genre : j'avoue que j'étais a priori pour le moins dubitatif, mais après avoir vu la chose mes doutes se sont transformés en stupéfaction rétrospective à l'égard du classement en question. Et quiconque a vu 'La femme qui rétrécit" (1981, avec la pourtant excellente Lily Tomlin dans le rôle-titre), énorme insulte jetée à la face du si beau film de Jack Arnold, sait que l'enfer cinématographique existe. Schumacher est le type même du réalisateur qui fait mine de reprendre les caractéristiques les plus accablantes d'une certaine laideur et d'une certaines bêtise contemporaines sous prétexte d'en faire la critique, et qui ne réussit qu'à véhiculer un peu plus lesdites bêtise et laideur. Décidément, il faut croire que tous les Schumacher sont des brutes (cf. aussi celui de la Coupe du monde de foot 1982, et celui de 'La Règle du jeu' — Choumachaire, comme prononce Carette dans le film de Renoir !).

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  4. Franchement Signes et Sixième Sens n'étaient pas mal...

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  5. Tu veux dire : par rapport aux films de Joel Cordonnier ?


    (Ou alors c'est une forme d'humour particulièrement retorse !)

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  6. Il faut regarder de plus près la première image citée par Félix : dans l'impact sur la vitre de la cabine téléphonique visible derrière Colin Farrel, on reconnaît un symbole graphique de l'idée de spirale infernale. C'est cela, la subtilité, c'est cela, le génie !

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  7. On surnomme Shyamalan "Schumi", d'où peut-être une petite confusion chez nos lecteurs parfois... :D

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  8. Je vais en rajouter une petite couche en te
    disant merci pour ce blog à la fois ludique et intelligent. C’est un vrai
    plaisir que de venir y naviguer.

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