10 mars 2014

Un Jour sans fin

Nous avons l'immense plaisir aujourd'hui d'accueillir ce cher Hamsterjovial, qui nous a déjà régalés, à maintes reprises, de ses commentaires enjoués (son nom l'indique) et toujours éclairés, et qui désormais nous fait carrément l'honneur d'un article entier, et pas des moindres, vous le verrez, sur Un Jour sans fin, le meilleur film du regretté Harold Ramis, acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain décédé le 24 février dernier. Nous ne sommes pas prêts d'oublier le visage d'Harold, éternellement fixé parmi ceux de Bill Murray, Dan Ayrkoyd, Ernie Hudson, Sigourney Weaver et Rick Moranis, en tête d'affiche du génial S.O.S. Fantômes. En tant que cinéaste, l'homme n'a certes pas toujours brillé (on n'en dira pas plus sur L'an 1 : des débuts difficiles, comédie de sinistre mémoire), mais a donc aussi su tourner un film aussi remarquable que celui auquel notre invité du jour s'apprête à rendre hommage : 




Rémi et Félix m'ont invité à écrire à propos de Un jour sans fin, et je les en remercie vivement. D'emblée, pourtant, le doute m'assaille : que dire de plus au sujet d'un film dont les vertiges narratifs, temporels, existentiels, moraux et spirituels ont déjà été décortiqués en tous sens ? J'encours le ridicule de répéter ce qui, cent fois, fut énoncé ailleurs. En accord avec le titre de ce blog, osons toutefois le comique de répétition ! Un jour sans fin y invite, puisque lui-­même l'érige en principe de film. C'est d'ailleurs là, peut-être, sa force première : prendre un des lieux communs du territoire comique, et l'étendre aux dimensions d'un film entier. Cette répétition généralisée situe Un jour sans fin à l'intersection de la comédie et du tragique, celui d'un quotidien humain conçu comme éternel retour, et évite ainsi la complaisance cafardeuse à laquelle une telle vision de l'existence pourrait donner lieu. En témoigne cet extrait du dialogue entre Phil Connors, l'infatué présentateur météo condamné à revivre indéfiniment la même journée dans une bourgade de Pennsylvanie au nom impossible (Punxsutawney), et l'un des habitants de celle-­ci : « Vous feriez quoi si vous étiez coincé quelque part et si chaque jour était exactement le même, quoi que vous fassiez ? — Ça résume bien les choses, en ce qui me concerne. » (Apparemment, ce croisement entre comédie et tragique existentiel aurait entraîné la rupture définitive entre le réalisateur de Un jour sans fin, Harold Ramis, et Bill Murray, l'interprète du personnage de Phil Connors, pourtant complices de longue date. Leur désaccord serait dû au fait que le premier voulait accentuer le côté comique du film, et le second son côté « fable philosophique ».)


La classe américaine selon Phil Connors. 
(Remarque : Bill Murray ressemble furieusement à Yves Calvi.)

Le sentiment accablant de la répétition quotidienne est sans doute une des sources d'une maladie devenue tristement banale : la dépression. Un jour sans fin est, à ma connaissance, un des rares films qui offre une description convaincante de celle-­ci ; à ce titre, je ne trouve à lui comparer que certains moments de Jean Grémillon, de Visconti, de Cassavetes et de Hitchcock — celui du Faux coupable et de Vertigo. La force de Ramis (comme de Blake Edwards, quelquefois), c'est d'avoir su lui trouver une expression comique. Deux autres de ses films, Mafia Blues et Multiplicity, évoquent également la dépression, ou le burning out, de façon singulière et parfois hilarante. Qui n'a vu Phil Connors affalé en pyjama dans le salon de son bed and breakfast propret, saladier de pop-corn et bouteille de Jack Daniel's sous la main, épatant une assemblée de vieillards en répondant aux questions d'une émission de Jeopardy qu'il a dû visionner quelques centaines de fois, qui n'a pas vu cette scène, dis-je, ne saurait parler que légèrement de la détresse humaine. Bill Murray est d'ailleurs tellement bon en dépressif que, par la suite, il s'est un peu enfermé dans cet emploi, chez des cinéastes moins inspirés (Sofia Coppola, Wes Anderson, Jim Jarmusch).


Dans la série des suicides de Phil, l'irruption devant un camion : souvenir tragi-comique de La Mort aux trousses.

Dans Un jour sans fin, il n'y a qu'un pas de la dépression atmosphérique à la dépression morale, de même qu'entre le temps qu'il fait (Phil est coincé à Punxsutawney à cause d'une tempête de neige que, bien que météorologue, il n'avait pas prévue) et le temps qui passe. L'évidence et la simplicité avec lesquelles ces analogies s'imposent à l'esprit du spectateur participent pour beaucoup du plaisir que le film suscite. L'équivalence que Un jour sans fin établit entre le fait d'être bloqué dans le temps (revivre la même journée, encore et encore) et celui d'être bloqué dans l'espace (ne pas pouvoir quitter un patelin de province) force également le respect, et en fait l'un des films les plus tranquillement théoriques que je connaisse : qui d'autre que Ramis a su, sans cuistrerie aucune, donner corps à l'idée du cinéma comme assemblage de blocs d'espace-­temps ? (Réponse : Buster Keaton.) Au regard d'une telle réussite, le reproche qu'on pourrait faire à Un jour sans fin, à savoir son manque de « style visuel » notable, a autant d'importance qu'un pet sur une toile cirée. Et quand on voit ce que devient, dans le cinéma américain, le « style visuel » — Malick, Tarantino, Del Toro, Wes Anderson, Nolan, Winding Refn, Cuaron —, on sait gré à Un jour sans fin de sa salutaire modestie.


Bill Murray vient d'apprendre que Tarantino ne tiendra pas sa promesse d'arrêter de tourner après son dixième film.

A l'intention des obsédés de « spécificité cinématographique », il faut ajouter que Un jour sans fin intègre à sa fiction la part non négligeable, et pourtant occultée dans la plupart des films, qu'occupe la répétition dans le processus cinématographique : répétition des acteurs, des prises des vues ratées et recommencées. C'est surtout évident dans la séquence où Phil et Rita, sa productrice, dînent au restaurant. Appliquant la méthode d'apprentissage par « essai et échec », Phil profite de la boucle temporelle dans laquelle il est pris pour glaner toujours plus d'informations à propos de Rita (son apéritif préféré, ses centres d'intérêt, etc.), à seule fin de la séduire en lui faisant croire qu'ils ont tout en commun. À mesure que se répètent les mêmes phases de la même soirée, un soupçon amusé point chez le spectateur : serait-­il en train d'assister au bout-­à-­bout de l'ensemble des prises effectuées lors du tournage de cette séquence ? Ce n'est bien sûr qu'une impression (à y réfléchir, on devine que chacun des fragments de montage qui, à l'écran, passe pour une prise parmi d'autres d'un même plan a dû en réalité être lui-­même l'objet de plusieurs prises au tournage, jusqu'à atteindre l'illusion de perfection dans la répétition), mais cette allusion à une dimension habituellement cachée contribue à la singularité de l'expérience que propose Un jour sans fin. Je ne connais qu'un autre film qui intègre structurellement cette répétition constitutive du cinéma : le diptyque indien de Fritz Lang, Le Tigre du Bengale / Le Tombeau hindou, dont le second volet est une répétition quasi systématique (et fascinante) des situations, des lieux et des trajectoires du premier.


Séraphin Lampion existe, je l'ai rencontré à Punxsutawney.

Un jour sans fin relève de ce que les américains appellent le what if film. Le plus célèbre des films de ce type, c'est La vie est belle, de Frank Capra : et si il vous était donné de voir le monde tel qu'il serait si vous n'aviez jamais existé ? L'éventualité qu'explore le what if film est en général inexplicable rationnellement, et l'une des qualités de Un jour sans fin tient à la paisible autorité avec laquelle il amène le spectateur à accepter d'emblée le déclenchement de la boucle temporelle dont Phil Connors devient le prisonnier. De même qu'on ne sait pas pourquoi les oiseaux attaquent les hommes dans le film de Hitchcock, la raison pour laquelle Phil se met à revivre la même journée ne nous est pas donnée (même si, dans les deux cas, on peut se faire une opinion). Sorti cinq ans après Un jour sans fin, la faiblesse de Pleasantville réside à ce niveau : l'arbitraire du transfert de deux adolescents de 1998 dans une série télévisée des années 1950 y est à la fois trop et pas assez justifié.


Un jour sans fin est un festival de micro-­grimaces de la part de Bill Murray, qu'il s'agit de ne pas rater. 
Micro-­grimace n°1 : « Je voudrais être n'importe où ailleurs. »

Le film de Ramis lorgne sans doute consciemment vers celui de Capra : on y retrouve le drame existentiel d'être coincé dans un patelin aux horizons restreints, l'ambiance neigeuse, le « monde alternatif », l'aspiration à une autre vie moins monotone, etc. Mais plus encore qu'à La vie est belle, Un jour sans fin peut faire penser au Brigadoon de Vincente Minnelli, bien que ce dernier film soit pour sa part un sommet de flamboyance visuelle. Je me souviens du ravissement qui fut le mien (le genre de réaction qui fait passer le cinéphile pour un fêlé) lorsque le parallèle entre ces deux films me fut confirmé par la présence, au générique final de Un jour sans fin, de la chanson-­phare du film de Minnelli : Almost Like Being in Love, dans sa reprise par Nat King Cole. Heureusement, Un jour sans fin ne tombe pas dans la référence musicale gratuitement exhibée (là aussi, on est à des années-lumière de Scorsese, de Tarantino ou de Wes Anderson), car ce morceau a alors une autre fonction. En cette fin d'un film qui, comme son titre français l'indique, était virtuellement sans fin, il constitue l'envers, à occurrence unique, d'une chanson répétée jusqu'à la nausée : I Got You Babe de Sonny and Cher, dont le retour à chaque réveil de Phil Connors résume efficacement l'idée d'enfer sur terre.


Micro-­grimace n°2 : « Qu'est-­ce que c'est que ces bouseux ?! »

Dans Brigadoon, deux New-­Yorkais de 1954 tombent par hasard, lors d'une partie de chasse en Écosse, sur un village qui vit comme au XVIIIe siècle. Trois cents ans plus tôt, l'endroit s'est placé sous un charme qui lui a permis d'échapper à la marche du temps. Depuis lors, Brigadoon et ses habitants disparaissent de la surface du monde, plongés dans un sommeil dont ils ne sortent qu'une fois par siècle et pour une seule journée, avant de s'évanouir de nouveau pour cent ans dans les limbes. Entre Brigadoon et Un jour sans fin, le piétinement temporel s'avère finalement similaire : revivre à l'infini le même jour ou ne vivre qu'un jour tous les cent ans, cela revient à peu près au même. De plus, les deux films rappellent que tout idéal de confinement villageois, loin des foules déchaînées, s'exerce au détriment d'une minorité d'exclus de cet idéal, qui en sont aussi prisonniers. Chez Minnelli, il s'agit du jeune homme qui voudrait fuir Brigadoon et qui est sacrifié sur l'autel du rêve de ses concitoyens (si un seul d'entre eux quitte le village, celui-­ci disparaît à jamais). Chez Ramis, le rebut de la communauté douillette de Punxsutawney est le vieux mendiant que Phil Connors croise chaque matin, qui semble n'être au départ qu'une silhouette comique mais dont on découvre tardivement le tragique destin quotidien, jusqu'alors resté hors champ.


Micro-­grimace n°3 : « Faisons mine d'apprécier cet apéritif infect. »

A l'occasion de la mort récente, à cinq jours d'intervalles, de Harold Ramis puis d'Alain Resnais, sans doute a-­t-­on rappelé (j'ai la flemme de vérifier) que Un jour sans fin est sorti la même année que le diptyque Smoking / No Smoking, et que les deux films ont pas mal de choses en commun. Je doute en revanche (mais peut-­être me trompé-­je) qu'on ait relevé la proximité de ces deux films avec un troisième, également sorti en 1993 : L'Arbre, le maire et la médiathèque, d'Éric Rohmer. Un jour sans fin obéit au principe du what if film, Smoking / No Smoking à celui de l'alternative (ou bien... ou bien...), et L'Arbre, le maire et la médiathèque s'organise selon « sept hasards », dont le premier est ainsi formulé : « Si, à la veille des élections régionales de mars 92, la majorité présidentielle n'était pas devenue une minorité...» Ce sont des variations sur le binaire et le divers, le hasard et le programmé, le libre arbitre et la prédestination, le tout dans un contexte villageois. Hypothèse : lorsque des films comme La vie est belle et Brigadoon associaient incertitude existentielle, peur de la modernité et esprit de clocher, ils exprimaient le doute qui pesait sur l'organisation villageoise au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que l'Amérique devenait le leader d'une mondialisation économique qui ne disait pas encore son nom. En 1993, il ne peut plus s'agir de la même inquiétude. On est alors à l'aube de l'avènement communicationnel de ce fameux « village global » que Serge Daney, avant sa mort un an plus tôt, commenta sur son versant médiatique. Les réseaux informatiques et téléphoniques pointent le bout de leur nez auprès du grand public, telle la marmotte de Punxsutawney émergeant de son terrier. Dans les fables des trois R (Ramis, Resnais, Rohmer) sorties cette même année, il est possible de percevoir, a posteriori, le pressentiment d'un monde où les communautés réelles et partielles, avec leur cortège de petites horreurs et d'émouvantes beautés, seront supplantées par des communautés virtuelles et globales ; d'un monde où le binaire et la programmation prendront force de loi (mais où les « marges » seront susceptibles d'avoir plus de pouvoir — fût-­il soft — qu'au village des anciens temps) ; d'un monde, enfin, où le cinéma, déjà passablement affaibli, aura de moins en moins d'importance dans la vie quotidienne. Mais ceci est une autre histoire, la nôtre, celle du meilleur des mondes dans lequel nous évoluons chaque jour, au regard duquel l'enfer quotidien que subit Phil Connors a quelque chose de — oui, rafraîchissant


Un jour sans fin (Groundhog Day) de Harold Ramis avec Bill Murray, Andie MacDowell, Chris Elliott et Stephen Tobolowsky (1993)

34 commentaires:

  1. Super article pour un super film !

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  2. Sacré article. Moi j'avais juste vu le film comme une comédie, et très bonne dans ce genre. Tu l'as transcendée là jovial!

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  3. Les mises en relation avec le génial Brigadoon, ainsi qu'avec les non moins géniaux Smoking-No Smoking et L'Arbre, le maire et la médiathèque, sont aussi pertinentes que réjouissantes. Et l'article donne farouchement envie de revoir le film !

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  4. Pas mieux, très bel article. Le dernier paragraphe est particulièrement inspiré !

    J'ai vu le film une bonne dizaine de fois, mais la dernière fois il y a plus de 10 ans. Je vais réparer ça très vite.

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    1. Merci les gars (et/ou les filles : avec les pseudonymes, on ne sait jamais !). Comme disait l'autre, je ne sais jamais comment réagir aux compliments, mais ils me font rudement plaisir... Et s'il y a une chose qui me contente particulièrement, c'est de donner envie de voir, ou de revoir, un de mes films de chevet.

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    2. Alors tu peux être content oui, car tu y arrives sacrément bien ! Un film que j'ai pourtant dû voir une bonne dizaine de fois, je pense.
      Superbe article !

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    3. Rhââ lovely... :D

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    4. Trivia : l'un de mes frères est le sosie du caméraman d'Un Jour sans fin (en plus beau gosse quand même !). :)

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    5. Il a déjà été acheté par une vieille dame à une mise aux enchères ?

      'Un jour sans fin' est donc un film avec Yves Calvi et ton frère. Quel casting !

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    6. Et pour que nul n'en ignore, voici donc ton frangin en pleine drague :

      http://www.gonemovies.com/WWW/Drama/Drama/GroundDans1.jpg

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  5. L'évocation de Brigadoon m'évoque à son tour Le Village de Shyamalan.

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    1. Oui, j'y ai pensé in extremis, quand je mettais la dernière main à ce texte. Le problème, c'est que j'aime bien certains films de Shyamalan (surtout 'Incassable', quand même), mais que 'Le Village', quand je l'ai vu à sa sortie, m'a carrément glissé sur les yeux (peut-être à tort). Du coup, au-delà de son principe de base, je n'en ai strictement aucun souvenir...

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  6. Je suis scotché par ce texte qui relève nettement le niveau de ce blog (qui, entendons nous bien, est irrésistible quand il s'agit de descendre un film, mais beaucoup plus convenu quand il s'agit de l'encenser). Dommage que les légendes des images ne cadrent pas avec le ton du texte.

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    1. Dis donc t'as l'art du compliment ! Ça doit être sympa d'être pote avec toi !

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    2. Je me dois de préciser que je suis également responsable des légendes des images. La plupart d'entre elles, bien que sur un ton léger et, en effet, volontairement un peu décalé par rapport à celui du texte, disent des choses que je pense réellement à propos du film. Seules celles faisant mention d'Yves Calvi et de Tarantino sont « gratuites », mais je crois que c'est (entre autres choses) en mêlant esprit de sérieux et blague potache, sérénité et coups de gueule, analyse et dérision, didactique et récréatif qu'on inventera, peut-être, de nouvelles façons de parler du cinéma, qui soient plus enthousiasmantes que celle de la critique traditionnelle — laquelle à mon avis, du moins en France, est à bout de souffle. (L'important étant par ailleurs de conserver une cohérence dans les goûts comme dans les dégoûts.) Il me semble que, consciemment ou non, c'est là l'horizon, le projet non dit, d'un site comme « Il a osé », et de quelques autres consacrés au cinéma. Cela ne peut qu'aller avec quelques faux pas, impasses et outrances ponctuelles, mais c'est un projet légitime. Serge Daney, quasi panthéonisé de nos jours, avait d'ailleurs donné l'exemple (cf. les textes où il parlait à la première personne avec des films, ou encore la dédicace de 'La Rampe' : « Pour Chose et Machin »).

      Ceci étant posé, je suis heureux que ce texte vous ait intéressé !

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    3. Je suis d'accord que la critique à besoin d'un peu de dépoussiérage, et effectivement le ton plus libre des blogs y contribue. Cependant je pense que la dérision, les bons mots, les remarques affectives matinées de souvenirs personnels trouveront vite leurs limites. Les critiques de telerama par exemple se décredibilisent en essayant de prendre un ton plus détaché. Je pense par contre qu'un texte comme celui-ci, ou ceux de Vincent sur Inisfree, offrent une agréable synthèse...

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  7. Je viens de revoir un bout de 'On connaît la chanson', et j'avais oublié que le film est lui aussi traversé par la dépression (on a l'impression que, en fin de compte, la plupart des personnages y sont sujets), ce qui me rappelle qu'elle était aussi très présente dans 'Smoking' / 'No Smoking' (à travers un des avatars d'Arditi qui s'enferme des jours durant dans une remise de jardin, entre autres). Lien supplémentaire avec 'Un jour sans fin' — au risque de diluer un peu mon propos ? C'est vrai qu'établir entre des films des corrélations pas forcément évidentes a priori, c'est mon péché mignon, au risque de l'arbitraire et du systématisme, voire de l'insignifiance. En même temps, cela ne blesse personne, alors allons-y gaiement : en revoyant la fin de 'On connaît la chanson' (que, je l'avoue, je n'arrive à aimer qu'en partie), il m'est revenu que le film de Resnais est quasiment contemporain de 'Bulworth', un film de Warren Beatty que pour le coup, bien que mal fagoté, je prise fort, et dont le principe consiste aussi à mettre dans la bouche d'un personnage une forme d'oralité inattendue (amis des double sens graveleux, donnez-vous-en à cœur joie). Or, au début du film, le personnage-titre de 'Bulworth' est en pleine... dépression.

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    1. Tiens, amusant, quand j'ai lu ton article j'ai failli dire que, parmi les cinéastes ayant filmé et bien filmé la dépression, j'aurais bien rajouté Resnais, mais je pensais plus à un film comme "Cœurs" qu'à "On connaît la chanson", qui ceci dit fait aussi l'affaire. Quid aussi de "Je t'aime, je t'aime" ?

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    2. Damned ! C'est là que je dois avouer ne pas avoir vu 'Cœurs' (j'espère ne pas te le fendre pour autant... là, ça devient du Pagnol). Quant à 'Je t'aime, je t'aime', je l'ai vu il y a une demi-éternité — pas à sa sortie, quand même, j'étais pas né, mais il y a trop longtemps pour pouvoir en parler. De toute façon, je dois t'avouer que si je porte une grande admiration à Resnais (ne serait-ce que pour 'Nuit et brouillard', on ne saurait le négliger, et un film comme 'Smoking' / 'No Smoking' m'avait soufflé), ce n'est pas pour moi un « cinéaste de chevet », pour reprendre une expression dont j'use un peu trop souvent. Pas de réelle affinité avec, comme disait l'autre, et là encore j'espère ne pas te fendre le cœur étant donné l'amour que tu lui portes, y compris à certains de ses derniers films les moins appréciés. Peut-être est-ce pour cette raison que je n'ai pas pensé à lui de prime abord quand j'ai parlé des cinéastes qui, à mes yeux, ont le mieux évoqué la dépression en cinéma. Parmi ceux que j'ai cités, je dois d'ailleurs dire que si je ne devais en retenir qu'un, ce serait le Hitchcock de 'Vertigo' : la scène où l'on retrouve James Stewart à l'hôpital, catatonique, après la chute de qui-tu-sais, avec Barbara Bel Geddes auprès de lui qui tente vainement de le dérider — cette scène est inoubliable, en quelques instants elle dit tout du néant affectif et perceptif dans lequel le dépressif profond a le sentiment d'être plongé. Deux ans plus tard, Billy Wilder dans 'La Garçonnière' essaiera à son tour de décrire, dans les scènes entre Jack Lemmon et Shirley MacLaine après que celle-ci a tenté de se suicider, cette impuissance du non dépressif à distraire le dépressif de sa dépression (depuis que j'ai écrit sur 'Un jour sans fin', je suis un tenant de la répétition !), mais ce sera quand même beaucoup moins fort (très différent aussi, pourra-t-on me rétorquer).

      Bon, Rémi, « no hard feeling » en ce qui concerne Resnais, j'espère ?

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    3. Je pensais que tu étais fan de Resnais et, te sentant plus au courant que moi quant à la notion de dépression, j'imaginais que tu pourrais confirmer ou infirmer mes tentatives de rapprochements entre l'un et l'autre. Mais du coup tant pis, je me lâche, et je lance, sans conviction, car je suis loin de suffisamment connaître la question dépressive, et sans citer de scène particulière, que des films comme "La Vie est un roman", voire "L'amour à mort", voire "I Want to go home", voire "Les Herbes folles", voire "L'année dernière à Marienbad", pourraient, je dis bien pourraient, de près ou de loin, avoir un vague, je dis bien un vague rapport à la dépression.

      Mais ça me semble un peu plus sûr pour "Cœurs" et peut-être pour "Je t'aime, je t'aime".

      Pas de hard feeling dans tous les cas !

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    4. C'est plus que possible ! Plutôt qu'un état ponctuel de certains personnages, on pourrait supposer que ce soit l'un des fils rouges de l'œuvre de Resnais, ce qui expliquerait que même ceux de ses films de la fin qui tendent délibérément vers la comédie ont un côté dépressif... Pour ajouter aux titres que tu cites, Emmanuelle Riva dans 'Hiroshima mon amour' semble aussi en être affectée, même au cœur de son histoire d'amour avec le Japonais.

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    5. Pour le fil rouge, très certainement.

      Pour Emmanuelle Riva, pourquoi pas.

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  8. En parlant de Murray. Je sors à l'instant de Monument Men. C'est pas joli-joli. Même, trop facilement démontable. Si jamais l'idée vous prend d'aller voir la moustache de Clounez (grosse blague), Murray qui se fait chier et Dujardin qui se fait buter (je spoil et je m'en branle), allez-y, mais laissez donc bourgeonner vos larfeuilles ! 3 balles 50 au printemps du cinoch' ! Le film ne mérite pas franchement mieux..

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    1. Je viens d'en lire ça sur internet :

      "Le retour du film de guerre de carte postale : d'une paresse affligeante, accumulant les clichés et les ellipses aussi sereinement qu'un roman photo chez mémé le dimanche après-midi, le tout porté par une musique à la fois pompeuse et guillerette.

      Ou comme le dit Jérôme Momcilovic : « On n'a pas vu depuis longtemps film hollywoodien aussi amorphe et mal branlé que cet involontaire remake yankee de La septième compagnie. »"

      ça fait froid dans le dos !

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    2. Et bien mon cher, disons que ces hurluberlus ont très bien définis la chose ! En même temps, avec un casting comme ça, la recette du film était déjà bien envoyée ( quoique. ) .. Donc pas réellement besoin de scénario. C'est mou du genou, sans aucune profondeur. Ah, si. La morale ! Les américains sont gentils, les Russes sont des voleurs, les Nazis sont très moche et très méchant (comme d'hab') et c'est pas bien de tremper sa bite ailleur en temps de guerre ( Matt Damon est un bon père de famille bien ricain qui refuse poliment de ne pas faire coulisser l'andouillette avec les petites Parisienne, alors qu'il a le zboub en feu.)

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  9. Bon papier. Mais qui ne réussit pas pour autant à faire passer le film pour un chef d'œuvre. Certes c'est très rafraîchissant "Un jour sans fin". Pourtant au final ça ne vaut que pour une boutade du genre "Une fin sans jour"... Bref "Je trouve ce film" .... pas mal. Sans plus.

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    1. J'ai d'autant moins cherché à faire passer 'Un jour sans fin' pour un chef d'œuvre que je n'emploie jamais l'expression « chef d'œuvre », même pour les films que je porte au plus haut !

      Par ailleurs, j'avoue que je ne vois pas bien quelle est la boutade dont vous parlez, qui constituerait l'unique intérêt du film...

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    2. Liseth Fremount16 mars 2014 à 04:09

      Ben alors ça, Hamsterjo, mon doux coco... Respect.
      Mâtin ! Quel papier !
      Jamais vu ce film, mais je vais m'empresser de m'empresser !
      Surtout si tu dis qu' y a des clins de l'œil à Brigadoon (alors, moi, j'hésite pas : Chef d'Œuvre, je clame !!! Avec double maj.).
      En revanche, bâââh à çui ki dit qu'évoquer "Brigadoon" ça lui rappelle "Le Village" !
      Comment c'est possible, Vertubleu...?!
      Nan, mais, c'est vrai...? Il est bien ce film ? Vraiment ?
      Moi qui le mettais dans le même sac que "Me, Myself and I"...
      Si. Si. Genre.
      Bon, ben, d'acc', j'te crois Hamsterjo... Un gars qui cause de Vertigo comme tu causes peut pas avoir complètement mauvais goût (j'dis "pas complètement" rapport à not' p'tit contentieux sur Michael Powell, kill va falloir qu'on s'essplik sur le bonhomme un de ces 4)

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    3. En six mot comme en cent : merci Lisette, ça fait rudement plaisir !

      Maintenant, j'ai le réflexe idiot d'avoir envie de te dire, comme quand on espère vraiment que son amour pour une œuvre soit partagé : ah oui mais attends, oublie tout ce que je t'ai dit, dis-toi en fait que ce n'est pas si terrible, il ne faut justement pas l'aborder comme un « chef d'œuvre » parce que... parce que... etc. Ce genre de bêtise. Au lieu de cela, je te souhaite un excellent « Jour de la marmotte » !

      En ce qui concerne 'Le Village', pour ce que je m'en souviens il n'est pas impossible, du strict point de vue de certains aspects de l'histoire racontée — le village archaïque aux frontières a priori infranchissables —, de le mettre en rapport avec 'Brigadoon', et ayant moi-même excessivement tendance à « connecter » les films entre eux, je n'irai pas le reprocher à Gui/Billy. On peut même supposer que cette connection avec 'Brigadoon', Shyamalan l'ait eue en tête quand il a écrit 'Le Village' d'autant qu'il me revient (grâce à la page Ouiquipédale du film, je l'avoue) que deux couleurs très minnelliennes — le jaune et le rouge — y ont une importance particulière... Après, c'est vrai que les deux films sont aux antipodes l'un de l'autre en termes de spectacle, de récit, de morale, d'à peu près tout.

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    4. « SERA partagé » !

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    5. Correction itou : je parlais de "Mes doubles, ma femme et moi" (et non de "Me, Myself and I"). Sais pas pourquoi, mon cerveau mi-cuit l'a toujours confondu avec "Un jour sans fin".
      La présence d'Andie Mc Dowell..?
      T'inquiète, j'aborderai pas l'objet comme un chef-d'œuf Fabergé du tsar. Mon mauvais esprit suspicio-sceptico-méfiant est un vrai gilet pare-balles...

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  10. À propos de Bill Murray, on peut lire le deuxième paragraphe ici :

    http://www.franceculture.fr/emission-revue-de-presse-culturelle-d-antoine-guillot-etranges-rencontres-2014-03-18

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  11. Lisotte Frémotte26 mars 2014 à 19:07

    Je viens de voir ta Marmotte, Hamster... Ben c'est vrai que son absence de "style visuel" est bien réconfortant, et pas qu'un peu, quand tout le monde se mêle d'en avoir à tout crin ! Et rarement pour le meilleur.
    Mais mine de rien, scénario super habile néanmoins à répéter ce qu'il faut , quand il faut , et à ne pas le faire quand il faut; à prendre le spectateur pour un pas-trop-blaireau qui peut remplir les cases manquantes. J'en connais beaucoup qui se répètent avant même d'avoir dit (Tarentello, Wes Machin, etc).
    Alors, oui, la modestie adroite, le retors sans avoir l'air d'y toucher , j'admire !
    Merci La Marmotte, euh, Le Hamster .
    J'ai bien noté que la Sté des Animos jurait qu'aucune marmotte n'avait été ni mijotée ni frite. Et là , je dis encore bravo.

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    1. Très heureux que cela t'ait plu, Lisette ! En fait, à bien y regarder (et on le perçoit ne serait-ce que dans les photogrammes qui accompagnent le texte ci-dessus), le film n'est pas dénué d'une dominante visuelle en demi-teinte, à la fois hivernale et sourdement dépressive, mais jamais cela ne semble le résultat d'un « production designing », ce cancer des productions américaines contemporaines qui affecte jusqu'aux films de Eastwood depuis les années 1990, alors qu'il est censé être le champion de la modestie formelle...
      Par ailleurs, je m'étonnais que personne n'ait relevé l'enthousiasme du Hamster pour un film de marmottes. Heureusement, tu en as eu la sagacité !

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