Affichage des articles dont le libellé est Jocelin Donahue. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jocelin Donahue. Afficher tous les articles

11 septembre 2024

The Last Stop in Yuma County

Très bon premier film signé Francis Galluppi, qui marche dignement ici dans les pas des frères Coen et de Quentin Tarantino, quand ces derniers choisissent de marcher à l'ombre, plutôt droits et, surtout, avec humilité. Comprenne qui pourra. On y retrouve Jim Cummings, que l'on considère comme un ami depuis son speech d'ouverture de Thunder Road. Ce dernier joue un vendeur de couteaux itinérant contraint à faire une halte dans un diner perdu en plein désert de l'Arizona, le comté de Yuma. Tous dans l'attente que le camion-citerne vienne enfin ravitailler la station-service du coin, de nouveaux clients forcés le rejoignent progressivement, formant une galerie d'énergumènes plaisants à découvrir petit à petit. Comme l'on sait déjà, par la radio entendue dans le véhicule du repré de commerce, qu'un braquage s'est déroulé le matin même et que les deux truands, à sec, finissent par s'attabler aussi au diner, on se doute bien que la situation va dégénérer à un moment ou à un autre. 




C'est donc avec une certaine délectation que l'on suit tout ça, le réalisateur et scénariste prend son temps pour planter le décor et installer les différentes forces en présence. Il s'appuie sur un casting aux petits oignons, avec une galerie de tronches choisies avec le plus grand soin et deux acteurs déjà dans nos cœurs pour ouvrir le défilé. J'ai déjà évoqué Jim Cummings, preuve que j'aurais pu mieux organiser mon papier et que j'écris celui-ci d'un seul jet, mais je n'ai pas encore mentionné Jocelin Donahue, ancien crush entré au panthéon des scream queens depuis le terrible House of the Devil de Ti West, qui incarne ici la tenancière du diner (je vous recommande également le compte instagram de l'actrice où elle partage notamment d'excellentes recettes de cheesecakes entre autres photos révélant son charme toute simple et naturel). Notons par ailleurs que Francis Galluppi doit connaître ses classiques et aimer les égéries de séries B puisque l'on retrouve également Barbara Crampton dans un petit rôle savoureux. Très référencé, sans que cela ne nuise jamais au film, The Last Stop in Yuma County se déroule dans la deuxième moitié des années 70. Aucun portable ne pourra donc venir en aide aux personnages, cernés par des calibres en tout genre et, évidemment, par les couteaux japonais du vendeur. Soit dit en passant, on peut toutefois douter de la crédibilité d'un guignol d'Amérique profonde qui prétendrait, à cette période, s'inspirer du tandem du Badlands de Terrence Malick (la tentation du jeune cinéaste d'adresser un clin d’œil au seul chef d’œuvre de l'auteur de Tree of Life devait être trop grande). 
 
 
 
 
On tient donc là un quasi huis clos dont chaque élément est patiemment mis en place, si patiemment que l'on en vient à se demander à partir de quel moment le film va s'énerver et basculer pour de bon. Nous sommes pleinement récompensés, puisqu'un dernier acte jusqu’au-boutiste et à la hauteur de l'attente pare ce divertissement de belle facture d'un propos lourd de sens sur l'Amérique, son rapport aux armes et l'appât du gain. La dernière demi-heure est si bien menée et haletante que l'on aimerait presque que le film continue encore, mais Francis Galluppi a déjà cette précieuse maturité qui lui permet de savoir s'arrêter au bon moment, nous quittant sur une dernière note cynique qui ne fait qu'appuyer la bonne impression que nous laisse sa première œuvre. Cinéaste à suivre !
 
 
The Last Stop in Yuma County de Francis Galluppi avec Jim Cummings et Jocelin Donahue (2024)

30 janvier 2012

The Innkeepers

Comme beaucoup d'amateurs de films d'horreur, j'attendais avec une certaine impatience et beaucoup d'espoir le nouveau film de Ti West. Vous n'êtes pas sans savoir que j'avais grandement apprécié son précédent long métrage, le très remarqué The House of the Devil, film avec lequel Ti West s'était imposé comme l'un des jeunes cinéastes à suivre dans le domaine du cinéma d'horreur. Certes, la concurrence n'est pas très relevée, mais cela n'enlève rien à son mérite, bien au contraire. Ti West, dont le prénom reste pour moi une énigme, est aujourd'hui l'un des rares réalisateurs à proposer des films de genre animés d'une saine et simple ambition et visant de nobles objectifs : faire peur à son audience sans user d'outils faciles, en prenant notamment son temps pour installer une ambiance propice à cela, et divertir les amateurs en jouant avec leurs références sans pour autant tomber dans le clin d’œil lourdaud à la Grindhouse, loin de là. The House of the Devil réussissait assez habilement et plutôt brillamment à atteindre tous ces objectifs, tout en étant un hommage appuyé mais sincère aux films d'horreur des années 70 et 80 ainsi qu'à certains cinéastes aux influences forcément positives (Roman Polanski, John Carpenter et j'en passe). Alors qu'en est-il de son nouveau rejeton qu'il réalisa dans la foulée ?



On sent bien les mêmes envies et les mêmes intentions dès les premières minutes de The Innkeepers et son générique sympathique accompagné d'une musique orchestrale, grandiloquente juste ce qu'il faut, qui nous promet un film de trouille de qualité et qui par la même occasion vient renouer avec le charme vieillot de son précédent film. Seulement voilà, assez vite, le film patine et il nous ennuierait carrément si Ti West n'avait pas choisi une comédienne au physique et au jeu assez originaux dans le premier rôle (Sara Paxton, sans doute la fille de Bill, agréable mais toutefois bien moins charmante que la petite brune de l'autre film, Jocelin Donahue) et s'il ne conservait pas un certain talent pour faire ponctuellement grimper la tension. Mais là est aussi le problème, car sur une petite heure et demie de film, Ti West passe encore la plupart de son temps à installer une ambiance se voulant lourde et effrayante, avec beaucoup moins de réussite que dans son précédent film, quand il ne se contente pas de filmer des scènes tendues retombant comment un soufflé pour mieux déjouer les attentes des spectateurs mais qui, à force d'être répétées, finissent par lasser un brin.



The House of the Devil était doté d'une intrigue très basique, un simple prétexte pour enfermer une jeune femme vêtue d'un jean taille haute du plus bel effet dans une maison particulièrement flippante. C'est aussi le cas de The Innkeepers où Ti West choisit de dévoiler au compte-goutte et avec une même économie de moyens l'histoire sinistre que renferme ce vieil hôtel sur le point de fermer et dont deux jeunes geeks doivent assurer l'intendance pendant tout un week-end. Cette fois-ci, le manque d'originalité du scénario est assez gênant car le peu que Ti West nous raconte nous laisse seulement penser qu'on a affaire à une somme toute très banale histoire de fantômes chinois. Le fait que le film soit divisé en plusieurs chapitres ne rend son scénario que plus mince, comme si l'auteur surestimait la qualité et l'originalité de l'histoire qu'il est en train de nous narrer. Quitte à si peu en dire, le mieux aurait peut-être été de ne donner aucune piste, de strictement tout nous cacher, pour mieux nous laisser croire que tous les phénomènes paranormaux se manifestant à l'hôtel sont simplement issus de l'imagination débordante des protagonistes, ces deux jeunes réceptionnistes en manque de sensations fortes et qui sont bien décidés à prouver l'existence de fantômes via leur site web consacré au paranormal. Deux personnages que Ti West parvient intelligemment à nous rendre sympathiques, en les éloignant suffisamment des stéréotypes.



Très tôt dans le film, Ti West prend un petit risque en se moquant assez ouvertement de ces vidéos et de ces sites qui polluent internet, basés sur des effets chocs très faciles et bêtement efficaces, parfois repris dans les plus mauvais films de genre. Ti West les tourne en dérision et s'en amuse, ce qui lui permet de rapidement trouver une certaine complicité avec le spectateur, dans la même attente de se foutre les j'tons mais cette fois-ci devant un film de qualité. Le cinéaste prend donc un risque dans le sens où il a dès lors tout intérêt à se démarquer de cette peur sotte et à produire un film d'un certain niveau. Parvient-il seulement à s'en démarquer clairement ? C'est hélas la question que l'on se pose parfois, lors de certaines scènes de trouille un peu ratées dont le climax trop grossier survient trop tard ou trop tôt, la faute à un sens du timing pas toujours au rendez-vous, à une attente souvent poussée trop loin. Le plan final, qui a d'abord la chic idée de s'annoncer comme un clin d’œil adressé au Shining de Kubrick avant de s'en détourner littéralement, ressemble à s'y méprendre à ces vidéos-spams et nous laisse donc sur une petite fausse note.



Une fois terminé, cela ne fait plus aucun doute : ce nouveau film de Ti West est une déception. Un petit film d'horreur pas du tout honteux et plus intéressant que la plupart de ceux qui sortent ces temps-ci, certes, mais que l'on aura tôt fait d'oublier et qui, surtout, ne s'avère pas vraiment à la hauteur des attentes suscitées par l’œuvre précédente du jeune cinéaste, autrement plus maîtrisée et terrifiante. Ceci dit, les intentions encore tout à fait louables de Ti West et le savoir-faire ingénieux et rare dont il sait toujours faire preuve ici ou là suffisent amplement à maintenir l'espoir et nous invitent à lui donner bien volontiers une nouvelle chance très bientôt, quand sortira son prochain film, où il faudra nécessairement que le cinéaste montre qu'il sait se renouveler un minimum, surprendre et faire peur autrement, tout en conservant cette patte personnelle qui le rend si précieux.


The Innkeepers de Ti West avec Sara Paxton, Kelly McGillis et Pat Healy (2011)

20 décembre 2010

The House of the Devil

The House of the Devil est tout à fait à l'image de ses affiches, qui reproduisent le style visuel des posters des films de genre des années 70-80, mais joliment, sans lourdeur ni trop d'exagération, à la différence, par exemple, de celles des Grindhouse du duo maléfique Tarantino & Rodriguez. La comparaison, en faveur de The House of the Devil, pourrait évidemment ne pas s'arrêter aux affiches. Vous n'y trouverez pas d'effets idiots ajoutés à l'image ou d'autres éléments de ce style issus du pire du cinéma bis (par exemple : du gore à deux balles, des pouffiasses vulgaires, de l'humour lourdingue, des acteurs qui en font des caisses, etc). A la différence des titres Grindhouse, le film de Ti West veut ressembler aux grands classiques horrifiques de la période, et non aux petites série b souvent pourries mais qu'il est désormais "trop cool" d'adorer.  




The House of the Devil ne cherche pas à "faire vieux" en dehors peut-être de son générique d'ouverture et de fin (mais ça n'est pas un mal vu qu'ils étaient plus classes que ceux d'aujourd'hui). L'action étant située dans les années 80, la BO (quand il s'agit de chansons, toujours écoutées par les personnages eux-mêmes, et non disséminées par le réalisateur qui veut prouver qu'il a une belle collection de vinyles) coule également de source et n'a pas l'air d'être là pour flatter le mélomane nostalgique. Ce film réalisé par un jeune cinéaste indé prometteur veut donc assez modestement s'inscrire dans la lignée des plus mémorables œuvres horrifiques de ces années, tout en étant un bel hommage, discret bien que parfois un peu maladroit, qui nous amène inévitablement à penser à Carpenter et Polanski (et surement à d'autres, mais ce sont les références les plus évidentes, surtout le second, pour Rosemary's Baby). L'action du film se déroule elle-même dans les seventies.




L'histoire est aussi simple qu'efficace, et moi qui n'en savais rien, je préfère ne rien vous dire ; l'actrice principale, une jolie brune qui a l'air échappée d'un film d'Argento (aka le "crystal skull", qui avait surtout bon goût en matière d'actrice avant d'être un cinéaste doué) fait un peu penser à Margot Kidder, est parfaitement choisie ; le film est réellement stressant et parvient facilement à faire peur, la tension montant crescendo, malgré un léger flottement avant le quart d'heure final, où l'horreur explose enfin véritablement à l'écran. Car jusqu'à ce dernier quart d'heure, on peut presque dire qu'il ne se passe rien, mais là n'est pas l'essentiel, tant Ti West parvient avec succès à instaurer une ambiance aussi pesante que captivante.




Le film n'est bien sûr pas exempt de défauts, j'en ai d'ailleurs évoqué quelques-uns, et je citerai également sa toute fin, avec ce cliffhanger un peu inutile qui est surtout un dernier clin d'œil un peu trop appuyé aux films des seventies. Mais The House of the Devil est tout de même une vraie réussite, et peut-être bien le meilleur film d'horreur sorti depuis un sacré bout de temps. On a réellement l'impression de découvrir un "petit classique" oublié des années 70, un très bon film d'horreur en tant que tel, avant d'être un simple hommage, visant à cajoler la mémoire cinéphile de ses spectateurs.


The House of the Devil de Ti West avec Jocelin Donahue, Tom Noonan, Greta Gerwig et Mary Woronov (2009)