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7 avril 2022

Mountain

Mountain, de Jennifer Peedom, me plonge dans un océan de perplexité. D'accord, le film est visuellement magnifique. Vraiment. C'est un régal pour les mirettes, de la première à la dernière seconde. Des drones ont sans doute été utilisés en nombre pour capturer de telles images et ces engins portaient en eux des caméras dernier cri. Il devait y avoir de véritables maîtres aux commandes, des techniciens hors pair, capables de les diriger avec une fluidité et une délicatesse impressionnantes, pour des trajectoires époustouflantes et des angles ahurissants. Il y a quelques passages proprement vertigineux, qui feraient peut-être pâlir des gars comme Fulvio Mariani ou Gerhard Baur, bref, tous ces types vaillants et courageux qui, jadis, n'hésitaient pas à chausser les crampons pour torcher des plans impossibles en très haute altitude et sur les pics les plus dangereux de la planète. L'australienne Jennifer Peedom a notamment collaboré avec le photographe et grimpeur turco-américain Renan Ozturk pour aboutir à un tel résultat. Mountain est rempli à ras bord d'images saisissantes qui nous scotchent à notre fauteuil et nous laissent bouche bée. C'est en pleine cohérence avec le sujet même de ce documentaire qui veut interroger le pouvoir de fascination des montagnes et se montre ainsi capable de provoquer cette fascination chez le spectateur, médusé.



 
 
A la vue de ce spectacle sensationnel, on se sent comme un peu moins confinés, quand nous sommes contraints à l'être, et nous avons envie de partir aux quatre coins du globe, dès que ce sera de nouveau permis. Pour les écoutilles aussi, le film est un délice, grâce à sa bande-son aux petits oignons que l'on doit à l'Orchestre Philharmonique de Sydney, sous la direction de Richard Tognetti (qui avait participé à la musique du chef d'œuvre de Peter Weir, Master & Commander). Les musiciens, que les premières secondes nous montrent s'installer ensemble derrière leurs chevalets et leurs instruments, paraissent jouer en direct, collant de plus près à chaque mouvement d'appareil, épousant le rythme des images choisies par la réalisatrice. Du travail d'orfèvre. La voix d'un Willem Dafoe également très appliqué ne gâche rien à l'affaire : en off, l'acteur déclame un texte parfois assez inspiré et beau que l'on doit en partie à l'écrivain britannique Robert Macfarlane (de larges extraits sont issus de son propre bouquin intitulé Mountains of the Mind : A History of a Fascination). Bref, Jennifer Peedom a su s'entourer et nous a effectivement concocté un film de toute beauté. Si je devais choisir une paire de films en guise d'écran de veille, Mountain en ferait forcément partie.



 
 
Quelques bémols tout de même, y compris sur le plan formel, pourtant si étourdissant de prime abord. Il y a, au milieu de toute cette belle symphonie montagnarde qui procure un plaisir visuel et auditif indéniable, un passage que j'ai trouvé fort déplaisant et laid. De mauvais goût, disons-le tout net. Dans sa volonté de démontrer la supériorité de la Nature en général et des montagnes en particulier, Jennifer Peedom tombe dans le sensationnalisme de bas étage en nous proposant une triste succession de chutes et d'accidents en haute ou moyenne altitude, parfois capturés à la GoPro, ce qui jure cruellement avec l'esthétique si soignée de l'ensemble. On doit ainsi supporter quelques plans en supercontreplongée hideux où des tocards dont la caméra est riftée à la glotte apparaissent tout déformés, encore plus moches qu'ils ne le sont au naturel, et en très grande difficulté après avoir osé un mouvement audacieux ou tout simplement fait preuve d'une maladresse qui aurait pu leur être fatale... "Qui aurait pu" seulement car, bien sûr, aucun mort n'est à déplorer (même si j'ai de gros doutes pour l'un d'entre eux qui, s'il est encore parmi nous, est un véritable miraculé !). Tout cela reste bien sage et calibré. Quitte à nous livrer une parenthèse enchantée de ce genre-là, autant y aller à fond et nous montrer des horreurs, de terribles tragédies. Bref, cette séquence pitoyable n'apporte rien de bon et ne satisfera même pas les aficionados de snuff movies. C'est moche et inutile.



 
 
Plus gênant encore, Mountain a le cul entre plusieurs chaises. Essai ? Documentaire ? Sur le sport de montagne ? Sur la montagne tout court ? A mesure que le film avance, on ne sait plus trop ce à quoi nous avons affaire. Cela pourrait ne poser aucun problème si l'ensemble se tenait mieux que ça, mais ce n'est pas tout à fait le cas ici. Mountain est déjà bien entamé quand nous est proposé une petite parenthèse sur l'histoire de l'alpinisme, avec quelques jolies images d'archive sans doute restaurées pour l'occasion. Mais malgré cette façon de retourner dans le passé et d'aller chercher des documents rares, la cinéaste n'adopte jamais une vraie démarche documentaire et a tôt fait de délaisser certains thèmes abordés, au profit d'un message global somme toute assez sommaire (le texte débité par Willem Dafoe est de qualité, certes, mais il y a quand même deux ou trois phrases qui font tiquer et foutent la rage). Dans le même esprit, on ne sait jamais où l'on se trouve, ce qui est filmé, quel massif, quel sommet, etc, comme s'il ne fallait surtout pas gâcher la magnificence des images souveraines avec quelques informations jugées superflues à l'écran. Ce choix a priori anodin s'avère très révélateur : il nous rappelle que ce sont effectivement les images qui sont ici portées aux nues et, à travers elle, la technologie qui a permis de les obtenir, et non la montagne, les paysages ou la nature...  



 
 
On nous sert aussi quelques digressions sur certains sports de montagne (snowboard, VTT, marche à pieds...) qui raviront peut-être les amateurs et pratiquants desdits sports (que je salue au passage tout en désapprouvant certaines de leurs pratiques, qui mettent parfois en danger des écosystèmes fragiles) mais qu'un critique impitoyable de mon acabit de ne peut que trouver hors sujet. Oui, ce type en VTT est ultra doué et n'a pas froid aux yeux ; oui, ce snowboarder a un talent fou et des genoux incroyablement flexibles, mais bats les pattes, on s'en tape ! Ejectons-les du métrage, eux et les autres imbéciles malavisés évoqués précédemment, et on atteindra une durée qui nous permettra encore mieux d'apprécier tout le reste. Avec ses pourtant modestes 74 minutes au compteur, Mountain est un poil trop long et la cause est toute trouvée, il aurait été aisé de tailler dans le vif !



 
 
Ainsi, contrairement à ce que laisse supposer la simplicité de son titre, Mountain aurait peut-être gagné à être plus focalisé sur son sujet, la montagne. La montagne, bordel. On s'attarde parfois sur de simples dunes. Alors certes, ça donne encore de belles images à la clé, mais faut pas pousser, une dune n'est pas une montagne. Demandez à un alpiniste s'il a déjà gravi la Dune du Pilat, il va voir rouge... Jennifer Peebom aurait pu trier plus sévèrement la quantité de rushs à sa disposition et se consacrer encore plus pleinement à un étalage d'une maestria technique incontestable. Ma conclusion sera donc ambivalente. Car si Mountain, qui aurait plutôt dû s'intituler Relief, ne va finalement pas très loin et a quelques pénibles défauts, il n'en reste pas moins un must see pour les amateurs du genre, ne serait-ce que pour le caractère très impressionnant de certaines séquences bluffantes qui caressent nos rétines avec brio et nous donnent l'impression de tutoyer les sommets.


Mountain de Jennifer Peedom avec la voix de Willem Dafoe (2017)

3 novembre 2021

Cerro Torre, le cri de la roche

Fan de Werner Herzog et friand de films de montagnes, je n'avais pourtant jamais entendu parler de Cerro Torre, le cri de la roche : je me doutais donc bien qu'il y avait anguille sous roche. Je savais aussi que le début des années 90 n'est pas considéré comme un temps fort de la si longue et riche carrière du plus aventureux des cinéastes allemands. C'est ma découverte récente du sublime Cerro Torre Cumbre de Fulvio Mariani qui m'a logiquement mené devant ce film plutôt méconnu dont le sommet mythique de Patagonie est aussi la vedette. Le scénario s'appuie sur une idée de l'alpiniste Reinhold Messner, avec lequel Werner Herzog avait travaillé lors du tournage de son très beau documentaire Gasherbrum, la montagne lumineuse. Il est simple comme bonjour : deux hommes aux personnalités opposées, un jeune champion du monde d'escalade (Martin) et un alpiniste chevronné (Roccia), se lancent le défi de venir à bout du Cerro Torre, présenté dans le film comme n'ayant encore jamais été gravi. Sous la houlette d'un éminent journaliste sportif désireux de couvrir l'événement, ils s'envolent donc pour la Patagonie, en compagnie d'un partenaire fidèle de l'escaladeur (à la présence des plus accessoires) et de la compagne et assistante de l'alpiniste (leur relation est pour le moins ambiguë...). Impatient d'en découdre avec la montagne, l'ambitieux Martin devancera son rival, trop soucieux de la météo, et prétendra avoir atteint le sommet en solo suite à la mort accidentelle de son acolyte, sans aucune preuve pour conforter ses dires. Mis en doute par les spécialistes dès son retour en Europe, Martin propose donc d'escalader de nouveau le Cerro Torre sous les objectifs des caméras de télévision. De son côté, Roccia, lâché par sa compagne/assistante, est resté vivre en ermite en Patagonie, dans l'attente du moment idoine pour se frotter enfin au redoutable pic glacé... 


 
 
Il est bien naturel que Werner Herzog, passionné d'alpinisme, attiré par les territoires inexplorés et les défis cinématographiques, ait un beau jour atterri avec sa caméra au pied du terrible Cerro Torre. Mais force est de reconnaître qu'il semble avoir cette fois-ci fait face à un mur insurmontable dont il est loin d'avoir su tirer une œuvre mémorable. Il est même parfois difficile de croire que c'est bel et bien le réalisateur d'Aguirre, de Grizzly Man et de tant d'autres titres marquants qui a pu commettre cette petite chose-là, aux allures presque télévisuelles par moments. La page wikipédia consacré à ce Cri de la roche indique que Werner Herzog renie ce film, lui reprochant surtout la pauvreté de son scénario. Cela peut se comprendre... Mais là n'est malheureusement pas le seul problème. Les comédiens, de tous horizons, ont toutes les peines du monde à faire exister cette histoire fragile, en particulier les deux acteurs principaux, dont la rivalité existe davantage sur le papier qu'à l'écran.
 

 
 
Dans le rôle du jeune escaladeur prétentieux et sûr de lui, Stefan Glowacz est très faiblard. Ce bavarois au corps affûté est vraisemblablement bien meilleur grimpeur qu'acteur et le souci est qu'il joue tout le long et ne doit grimper qu'un gros quart d'heure (ce qui est déjà pas mal, me direz-vous, pour un film d'1h30). Face à lui, l'italien Vittorio Mezzogiorno est très peu crédible en alpiniste à la renommée internationale ayant déjà conquis les plus hauts sommets. Il fait encore plus pâle figure quand on se souvient des autres grands « héros » du cinéma d'Herzog... Journaliste dans l'attente de l'exploit sportif à révéler au monde entier, Donald Sutherland a l'air de ne pas savoir où se mettre du début à la fin, arborant tout le long un immense imper noir qui accomplit la prouesse de voler la vedette à sa fantastique moustache. Son omniprésent imper est la seconde attraction du film, derrière cette formidable aiguille de granit et de glace qu'est le Cerro Torre, il est d'ailleurs l'objet d'une boutade que lui adresse Mezzogiorno ("T'as pas autre chose à porter que ce foutu imper ?!"). Mathilda May, dans un rôle terriblement ingrat (l'assistante, c'est elle), est toujours fraîche comme la rosée du matin, la permanente impeccable, même au levé du lit (de camp). La belle brune, dont le cœur finit par balancer entre les deux grimpeurs, apparaît forcément à poil, et de manière assez gratuite, c'est à se demander si cela ne devait pas à l'époque figurer dans ses contrats... Enfin, notons les apparitions toujours grotesques d'un Brad Dourif plus lunaire que jamais, peu aidé, il est vrai, par les dialogues qu'il a à dire. Dourif incarne un drôle de type difficile à cerner que la montagne mythique a rendu à moitié cinglé et l'on peut affirmer sans problème qu'il est en fin de compte le plus herzogien de la troupe. 


 
 
On sait qu'il y a des hauts et des bas dans la très longue carrière de notre ami Werner ; là, nous sommes dans une crevasse. Cerro Torre, c'est Herzog dans le creux de la vague. Un Herzog mineur, comme on dit. Un film très bizarre, très silencieux, au rythme déconcertant et à l'humour étrange. On se demande d'ailleurs parfois si cet humour est volontaire ou non, ce qui participe paradoxalement à son charme. On sent notre Herzog hésitant, pas totalement investi, ou par intermittence, qui ne sait pas trop quoi faire d'un scénario qui le branche peu et aurait plutôt appelé à verser dans le film d'action pur et dur. Dans les deux premiers tiers du film, les inspirations du cinéastes sont bien rares : elles surviennent seulement lorsqu'il se contente de filmer le paysage, lentement, en insistant sur les crêtes des montagnes, à demi cachées dans les nuages, et patiemment, comme pour mieux nous laisser nous rendre compte de leur immensité, de leur grandeur écrasante. Pour le reste, on pige immédiatement où veut en venir Herzog : il fustige le cynisme du sport spectacle, soutenu et dénaturé par la télé et les médias, pour mieux glorifier les vraies valeurs de l'alpinisme, portées par des hommes intègres, attentifs et respectueux de la nature, bien qu'obnubilés par une obsession dévorante qui les amènent à aller défier les limites du possible, dans une attitude quasi autodestructrice qui vient faire écho à la démarche connue de l'auteur de Fitzcarraldo. Cela aurait pu alimenter une œuvre solide, si celle-ci avait été conçue avec la flamme, avec le cœur, avec la rage ou que sais-je, ce dont on doute clairement ici... Le film manque cruellement d'allant et de tenue ; les réflexions introspectives prononcées en voix off par Donald Sutherland essaient de donner du liant à l'ensemble, en vain.


 
 
Conséquence peut-être du scénario maigrelet et de l'humour insolite d'Herzog, les deux seules femmes du film sont réduites à des rôles de faire-valoir, de pots de fleur ambulants. Ce Cri de la roche ne passerait pas les toutes premières questions du fameux test de Bechdel. Recalé illico ! Ainsi, l'apparition de la secrétaire personnelle du producteur américain, personnage grotesque qui finit par s'intéresser au défi des deux alpinistes, constitue un moment assez cocasse. Une jolie blonde descend mollement un escalier ajouré en colimaçon puis se déhanche jusqu'au bureau de son supérieur dans une courte robe noire moulante. L'actrice minaude et surjoue un air cruche, Werner Herzog filme ses pas chaloupés en laissant libre cours à sa libido. Il semble critiquer ironiquement le rôle attribué aux femmes dans ce milieu, en forçant encore davantage le trait, de manière un peu maladroite. Soit dit en passant, le producteur américain est lui aussi une caricature bien gratinée qui nous réserve quelques bons petits moments dans le dernier tiers du film, où l'on relève nettement la tête. Car malgré tout, un Herzog raté demeure un film digne d'intérêt. Et le grand cinéaste allemand réussit presque à sauver les meubles lors d'une dernière séquence formidable. D'ultimes minutes de toute beauté qui nous montrent l'ascension finale du sommet par les deux hommes, l'un tentant d'escalader le champignon de glace qui recouvre la cime tandis que l'autre se faufile par une autre voie légèrement en contrebas mais tout aussi dangereuse. Magnifiquement filmé à l'aide d'un hélicoptère éloigné survolant les lieux, ce passage vertigineux nous fait ressentir, sur un air d'opéra, toute la difficulté ressentie par les alpinistes, réduits à deux points noirs sur une immense aberration de la nature souveraine. 
 
 
Cerro Torre, le cri de la roche de Werner Herzog avec Stefan Glowacz, Vittorio Mezzogiorno, Donald Sutherland, Mathilda May et Brad Dourif (1991)

12 octobre 2021

Nanga Parbat, la montagne tueuse

Déjà, le titre. "Nanga Parbat, la montagne tueuse". Il annonce la couleur, ce titre, non ? Elle n'y est pour rien cette foutue montagne, ils n'avaient qu'à pas s'y frotter ! Et c'est assez racoleur, pour un documentaire, vous ne trouvez pas ? En revanche, j'apprécie tout particulièrement la tagline. "Freine ! Freine !" Bien sûr, il n'en fallait pas plus pour que je me laisse tenter, je reste un zonard de base... Mais plus que le titre et la tagline, ce sont les quelques prix glanés dans des festivals spécialisés, bien mis en évidence sur la jaquette, qui ont titillé ma curiosité ! J'espérais qu'ils avaient visé aussi juste que pour Cerro Torre Cumbre, que je considère comme un chef-d’œuvre dépassant aisément sa petite catégorie de films de montagne. Mais non, ce documentaire signé Gerhard Baur n'arrive pas à la cheville de la petite merveille de Fulvio Mariani et les deux hommes, qui ont tous deux travaillés avec Werner Herzog pour les prises de vue en haute altitude de Cerro Torre, le cri de la roche (on y reviendra !), n'évoluent pas dans la même division. A l'évidence, ils ne pratiquent pas tout à fait le même art. 


 
 
Si l'on se fie au ratio du nombre de décès par tentatives d'ascension, le Nanga Parbat serait la troisième montagne la plus dangereuse au monde. Notons toutefois que ces chiffres sont susceptibles de varier du tout au tout d'un instant à l'autre en cas de chute collective, d'avalanche mortelle ou autre funeste imprévu ; c'est déjà arrivé. Le pic du Gradail (465m), modeste promontoire du Razès situé dans les confins occidentaux du département audois, entre Limoux et Mirepoix, avait réussi à se hisser en sixième position de ce sinistre classement suite à un règlement de comptes particulièrement sanglant entre chasseurs remontés qui s'étaient retrouvés au sommet avec quelques vieilles affaires à traiter. Mais passons... Le fait est que le Nanga Parbat, 8 125 mètres d'altitude et neuvième plus haut sommet de la planète (ça, c'est indiscutable), n'est pas à la portée de n'importe quel guignol et que pas mal d'alpinistes y ont hélas laissé leur vie (le célèbre Reinhold Messner y a notamment perdu son frère en 1970). Les chutes de pierre y sont fréquentes, les couloirs d'avalanche nombreux et les pentes particulièrement escarpées, ce qui en fait l'un des 8 000 les plus redoutés. 


 
 
Le documentaire de Gerhard Baur revient sur la tentative d'ascension d'un petit groupe d'alpinistes d'origines autrichiennes et allemandes en juillet 2004. Après une très rapide présentation des particularités du Nanga Parbat et de sa sordide réputation, Baur se consacre à la reconstitution de l'ascension, régulièrement entrecoupée par les témoignages des quelques survivants, dont les visages attestent des épreuves terribles qu'ils ont dû traverser. Lèvres blanches striées de profondes gerçures, extrémités des oreilles noirâtres attaquées par les engelures, peau du visage ravagée et brûlée par le soleil, regard fatigué et dans le vague... les bonhommes, que l'on jurerait interrogés au pied de la montagne après leur descente, font vraiment peine à voir et leurs tronches en disent plus long que leurs mots. A leur façon d'insister sur la personnalité rayonnante de leur collègue Günter, on comprend bien vite que celui-ci n'a pas dû faire le chemin du retour. Günter, que l'on voit sur des photos et vidéos prises avant l'ascension, est le portrait craché de Benoît Poelvoorde en phase ascendante de dépression, un type jovial, plein de charme, au sourire irrésistible. Nous le voyons évoquer son obsession pour cette montagne si difficile à gravir, obsession qui lui sera malheureusement fatale. RIP Günter.


 
 
On est d'abord bluffé par la qualité et le sérieux de la reconstitution, qui nous amène même à douter de la présence ou non d'une caméra pendant la fameuse épopée ! On est dedans, plutôt pris par la tension mise en place par Baur. Bien que le film affiche des ambitions assez sommaires, on a ce que l'on était venu chercher : un documentaire efficace qui nous fait passer un sale moment dans la zone de la mort. Hélas, cela ne dure pas. Nanga Parbat, la montagne tueuse perd beaucoup de son allant et de son intérêt à partir du moment où la randonnée dégénère pour de bon et prend une tournure meurtrière. La reconstitution, qui en devient alors clairement une, pêche et frôle le ridicule lorsqu'il est question de nous montrer l'un des alpinistes en proie à de terribles hallucinations, premiers signes d'œdème cérébral, un phénomène très courant dans un tel contexte. Nous assistons alors au spectacle pathétique d'un type en combinaison bleue faisant des roulés-boulés dans la neige pour exprimer son mal-être, se prenant la tête entre les mains comme pour chasser les démons qui l'assaillent. La scène se déroule de nuit, le gars est supposé être seul, dans le dur, à quelques pas du rencard avec la Grande Faucheuse, mais le tout est assez mal filmé et éclairé par la lampe torche d'un observateur passif que l'on ne devrait pas pouvoir deviner et que l'on imagine se fendre la gueule. Le pauvre mec est en plein délire et va sans doute y rester, mais on voit les jambes du caméraman ! Cela a pour effet de nous sortir du film et même de nous faire dès lors adopter un regard critique, presque moqueur, sur ces pauvres alpinistes qui jouent leurs vies pour des exploits bien inutiles... Ne pouvaient-ils pas opter pour un hobby plus tranquille ? Un vrai bon film de montagne ne doit pas inspirer ce type de réflexions au spectateur. Le verdict tombe, sans appel, si Nanga Parbat, la montagne tueuse pourra en contenter quelques uns, les moins regardants, il n'est pas une grande réussite d'un genre qu'il ne participe pas à élever. 


Nanga Parbat, la montagne tueuse de Gerhard Baur (2005)

9 octobre 2021

Gasherbrum – La Montagne lumineuse

Gasherbum (La Montagne lumineuse en français) est moins un film de montagnes qu'un film qui parle de montagnes. C'est avant tout un film qui parle, sur un homme qui parle. Il ne fait pas que parler, il escalade aussi, et c'est le célèbre Reinhold Messner qui, accompagné de l'alpiniste Hans Kammerlander, entreprend ici l'ascension consécutive de deux sommets de l'Himalaya culminant à 8000 mètres qu'il a déjà escaladés, l'un et l'autre, mais cette fois d'une seule traite, sans camp fixe, sans radio et sans oxygène. Or Werner Herzog ne filme pas l'ascension (ou très brièvement, départ et retour, d'en bas et de loin). Pas de sensation de vertige pour nous autres spectateurs, comme on pouvait l'éprouver (et diable comme ce fut mon cas, moi qui ne suis pourtant pas sujet) devant le Cerro Torre Cumbre de Fulvio Mariani, dont mon acolyte vous parlait il y a quatre jours. Ici le vertige est autre, il touche au langage, aux idées et aux sentiments.
 
 

Le langage parce qu'il s'agit donc d'un film d'entretiens. Herzog interroge Reinhold Messner sur la question essentielle que l'on se pose face à tout alpiniste : pourquoi ? Pourquoi escalader des montagnes ? Pourquoi le faire plusieurs fois ? Pourquoi risquer sa vie ? Et Reinhold Messner répond, autant qu'il peut répondre, récusant le soupçon de pulsion suicidaire (d'après lui on ne se sent jamais plus vivant qu'une fois en haut, et quelqu'un qui projetterait d'escalader une montagne pour se jeter dans le vide une fois grimpé ne pourrait plus le faire parvenu au sommet), sans nier la probable part de folie mélancolique que cette idée induit. 

 


Messner, qui plus tard a écrit de nombreux livres sur sa passion, répond clairement, parle bien. Le film repose sur sa réflexion, que l'on sent longue et profonde, sur la clarté de son expression et sur son envie manifeste de partager sa pensée, ses idées. Et elles sont nombreuses. Film d’émotions et de sentiments aussi, comme souvent chez Herzog, qui très tôt dans le film, avant le début de l'ascension, demande aux deux alpinistes qui s'apprêtent à tenter l'impossible s'ils sont amis. Les deux hommes sont alors plongés, côte à côte, peut-être en slips, peut-être nus, mais ils semblent nus tels que Herzog les filme et ce n'est pas anodin, dans un bain naturel d'eau chaude au beau milieu de l'Himalaya. C'est Messner qui répond. La parole, c'est lui. Et contre toute attente, avec une grande simplicité, il répond que non. Il a choisi Kammerlander pour ses compétences et parce qu'il sent que ce type-là, même au plus dur de la montée, ne craquera pas. C'est tout ce qui compte. Ne pas craquer. Mais ils ne sont pas amis pour autant. Il faut simplement être deux et tenir. 

 


On sent là, dans cette absence d'amitié, un vide, que Werner Herzog s'empresse d'aller combler en questionnant plusieurs fois Messner sur son frère, mort lors d'une ascension à ses côtés. Et, de façon très brutale, Messner craque soudain, lui qui semblait un roc cerné par les murailles de sa pensée et de son langage, et se met à pleurer comme un gosse en repensant à son frère disparu et à l'émotion de leur mère quand il a dû lui annoncer (c'est en tirant sur cette corde sensible que Herzog fait fondre l'iceberg). Cet instant où l'alpiniste se répand en larmes, au cœur du film, peut passer pour son temps fort, son climax, son sommet. Mais je ne le vois pas comme ça. C'est même une scène qui m'a plutôt gêné. Je crois percevoir l'envie d'Herzog qu'elle arrive (pas forcément les grandes eaux, mais l'émotion), et l'homme qu'on voit à l'écran me semble dresser si clairement de lourdes barrières contre ses propres émotions que je me sens mal à l'aise en les voyant rompre.

 


Néanmoins, je ne sais pas si le film aurait la même force sans cette séquence. Il faudrait tenter de le remonter sans elle. Je ne l'ai pas fait et ne souhaiterais pas le faire. Et en tout état de cause, cette scène contribue probablement à l'émotion du film, non pas parce qu'elle serait le lieu de l'émotion dans Gasherbrum, mais en ce qu'elle creuse un vide qui relie le début du film (la question sur l'amitié entre Messner et Kammerlander) et la fin, où, de retour des deux sommets, victorieux, Messner se confie à Herzog sur ce qu'il aimerait faire ensuite : arrêter l'escalade et se consacrer au trail, aux très longues marches dans des zones impossibles. Il explique, et c'est l'une des plus belles idées exprimées dans le documentaire, que pour lui, escalader une paroi, c'est y laisser une trace, c'est écrire à même le paysage, écrire à même le monde, et que ces lignes tracées sur tous les plus grands sommets du monde sont invisibles pour le reste de l'humanité mais sont bien là, il les voit. Où tout le film se cristallise : pourquoi escalader ? pour écrire, tracer des lignes, faire de ces surfaces de pierre des pages blanches et y laisser son empreinte. Montagne et langage.

 


Et donc Messner ne veut plus faire d'ascensions (il faut dire qu'il a déjà tout accompli en la matière). Il veut marcher. Écrire, sur la peau du monde, mais sans s'arrêter. Le problème de la montagne, c'est qu'elle a une fin, un sommet, et qu'arrivé en haut il ne reste plus qu'à redescendre. Messner ne veut plus redescendre, ni arriver en haut. Il veut marcher, toujours, sans cesse, écrire un livre sans fin, parler sans s'arrêter. C'est ce qu'il fit d'ailleurs. Reinhold Messner devint un grand marcheur et accomplit des trails impressionnants. Or quand il exprime cette idée de marcher sans fin sur la surface du monde, Herzog intervient, non pour poser une nouvelle question, mais pour dire que c'est son rêve à lui aussi*. Messner sourit, conclut qu'ils pourraient le faire à deux, pourquoi pas ? Et l'amitié, qui n'existait pas au début du film entre les deux alpinistes, la fraternité perdue qui fait craquer la carapace de Messner au milieu du film, réapparaît à la fin de Gasherbrum, comme une promesse, un rêve partagé par l'alpiniste et le cinéaste, même si ce ne sont que des mots.

 

 * On notera qu'en novembre 74, dix ans plus tôt, Herzog, apprenant que son amie Lotte Eisner, critique et historienne du cinéma allemand, venait de tomber très malade et que ses jours étaient comptés, entreprit de se rendre à son chevet, à pied, de Munich à Paris. Mu par une sorte de pensée magique (Lotte Eisner ne pouvait pas mourir tant qu'il marcherait, pas avant qu'il arrive et, mieux, elle serait forcément guérie quand il la rejoindrait enfin), celle de l’amitié, Herzog marcha durant presque un mois, se glissant chaque soir par effraction dans des maisons vides pour passer la nuit, et tint un bref carnet de voyage qui fut publié en 1988 chez P.O.L. sous le titre Sur le chemin des glaces, que nous avons lu, et qui, moins par l'intérêt des scènes vues et contées que par l'alliance naïve et puissante qu'il noue entre la marche et l'amitié, mérite de l'être.
 
 
Gasherbrum – La Montagne lumineuse de Werner Herzog avec Reinhold Messner et Hans Kammerlander (1984)

5 octobre 2021

Cerro Torre Cumbre

Je vous ai déjà parlé de mon goût inexplicable pour les films de montagne. C'était il y a près de dix ans, ce qui ne me rajeunit pas, dans mon article consacré à K2, l'ultime défi que mon imagination cinéphile déviante attribuait à James Cameron (j'en suis un peu moins convaincu aujourd'hui, n'ayant strictement jamais lu le moindre rapport entre ce film obscur et l'auteur de Terminator, en dehors de mes propres racontars disséminés un peu partout sur la toile). J'étais alors un véritable guignol, un triste charlot, un sacré ignare, puisque le nom de Fulvio Mariani m'était encore tout à fait inconnu. Fulvio Mariani est peut-être le plus grand réalisateur de films de montagne. Je dis "peut-être" mais, après avoir découvert, émerveillé de bout en bout, son Cerro Torre Cumbre, j'en suis désormais convaincu : il est le meilleur dans ce domaine. Car en plus d'être un alpiniste hors pair, le seul capable de réussir des plans magnifiques dans des positions impossibles à parfois plus de 8 000 mètres d'altitude, l'italien Fulvio Mariani est un véritable esthète, amoureux de la nature, un cinéaste délicat, aventurier du bout du monde (il a entre autres tourné en Himalaya, en Antactique, en Sibérie et en Arctique), et un artiste de tout premier plan, ce qui gagne à être dit et redit.




Cerro Torre Cumbre est un grand classique incontournable du film de montagne, une pépite de documentaire, un délice de moyen métrage, 39 minutes de bonheur, à l'importance indéniable pour son genre et au-delà. Il faut l'avoir vu. Comment ai-je moi-même pu attendre aussi longtemps et vivre dans l'ignorance tout en me prétendant amateur de films de montagne ? Je ris de ma propre inconscience, je renie toute cette période noire de mon existence, je désavoue avec fermeté mon moi passé, ignorant et imbécile, fort de ma toute récente découverte de ce film immense datant de 1985 et qui fut à l'époque récompensé de tous les prix possibles dans sa catégorie. Jugez du peu : Grand Prix au Festival International du Film de Montagne Graz-Autriche ; Diable d’Or et Grain d’Or au Festival du Film Alpin Les Diablerets-Suisse ; Prix Spécial du jury au International Filmfestival de Wistler Mountain-Canada ; Gentiane d'Or, Prix U.I.A.A, et Prix Mario Bello au Festival International de Trento ; Sir Edmund Hilary Prize au Mountain Filmfestival de Auckland, Nouvelle-Zélande ; Grand Prix au Festival du film de Torellò, Espagne ; Prix du Meilleur Film d’Alpinisme au Film festival d’Antilles ; Prix du Jury au Mountain filmfestival de Denver, USA. Non, je n'ai glissé aucune récompense farfelue par malice au beau milieu de cette interminable liste, vous pouvez vérifier, voici là le véritable palmarès, complètement mérité, de Cerro Torre Cumbre, auquel seule la Palme d'Or a su échapper (Thierry Frémaux s'en mord encore les doigts).




Fulvio Mariani accompagne le jeune alpiniste suisse Marco Pedrini dans sa tentative de première ascension en solo du Cerro Torre, alors considéré comme la montagne la plus difficile à gravir de la planète. Les indiens fuégiens l'auraient appelé "le hurlement pétrifié" : ce sommet, perdu aux confins du continent sud-américain dans un océan de glace, est d'une altitude relativement modeste (3 128 mètres) mais consiste en une paroi verticale granitique de plus de 800 mètres, lisse et recouverte d'un givre spongieux, sur laquelle repose fragilement une calotte glaciaire instable, portée et entretenue là par un microclimat épouvantable. Après nous avoir montré Pedrini dans l'attente de la fenêtre de beau temps tant espérée qui lui permettra de partir à l'assaut du sommet, Mariani suit le grimpeur dans sa progression aussi sereine que spectaculaire. Nous assistons ainsi à l'une des plus belles pages de l'histoire de l'alpinisme, mais l'intérêt n'est pas seulement là : cet exploit est presque rendu secondaire tant c'est la nature entière qui est magnifiée par la caméra inspirée du cinéaste italien, ce à quoi s'ajoute sa façon si subtile et humaine de capter l'esprit rebelle, facétieux et audacieux du jeune alpiniste, prêt à prendre tous les risques, le plus naturellement du monde, obnubilé par son objectif. Cerro Torre Cumbre est donc aussi le beau portrait d'un jeune homme intrépide et plein de vie, un portrait d'autant plus émouvant quand on sait que Marco Pedrini trouvera la mort quelques mois plus tard, au pied de la face ouest des Drus.
 
 
 

A l'opposé d'un documentaire bas de plafond visant le sensationnalisme à tout prix comme le récent Free Solo, qui nous rabâche sans cesse le caractère impressionnant et unique du film lui-même et de la performance « d'extraterrestre » qu'il immortalise, Cerro Torre Cumbre est d'une toute autre nature puisqu'il dégage une très belle et précieuse humilité. La double prouesse technique, celle de l'escaladeur et du cinéaste, n'est pas particulièrement mise en avant. Il n'y a aucune insistance sur la dangerosité particulière de la montagne ni sur le courage ou le talent hors norme du grimpeur. La narration, très peu envahissante, prononcée en voix off par Marco Pedrini, est à la fois claire, didactique et précise quand il décrit l'ascension entreprise. Le texte, que l'on doit à l'alpiniste himself, est aussi empreint d'une certaine poésie quand il évoque, dès les premières minutes, la montagne, la vie de grimpeur et la nature de Patagonie. Mais à vrai dire, et bien qu'ils soient très joliment choisis, les mots importent peu tant les images se suffisent presque à elles-mêmes. Il faut d'abord voir ces premiers plans illustratifs sublimes puis apprécier les angles trouvés par la caméra de Mariani afin d'éprouver les sensations à la fois vertigineuses et exaltantes qu'elles convoquent. Il y a également quelque chose de très apaisant, contre toute attente, à la vue de l'aisance et de l'assurance presque insolente avec laquelle Marco Pedrini grimpe jusque tout là-haut, sans jamais abandonner son sourire juvénile et son regard canaille. Nous avons l'impression de nous élever avec lui, nous partageons son sentiment de plénitude une fois parvenus au point culminant, et nous ressentons toute sa joie lors de sa descente rapide pleine d'allégresse.



 
Les choix musicaux, parfois assez audacieux, ne gâchent rien à cet admirable édifice : nous avons notamment droit à un passage crépusculaire aux sonorités électroniques surannées tout à fait à propos qui n'est pas sans rappeler l'école de Berlin, et plus précisément Tangerine Dream. Cette parenté germanique par la musique participe d'ailleurs à établir un lien facile et évident avec un autre cinéaste cher à mon cœur, Werner Herzog, qui collaborera quelques années plus tard avec Fulvio Mariani pour un film de fiction consacré au terrible sommet, Cerro Torre, le cri de la roche (dont nous vous parlerons bientôt). Les deux hommes ont des points communs indéniables, ils partagent une même sensibilité, un même goût pour l'aventure et l'impossible, le regard toujours attentif et humain, tourné vers leur prochain qu'ils replacent au milieu de la nature défiée, alimentant ainsi leur obsession. Les rapprocher est un beau compliment, pour l'un comme pour l'autre, et je ferme ici cette parenthèse maladroite pour revenir à la musique du film. Celle-ci surprend même par sa beauté quand, à la toute fin, l'interprétation d'une chanson italienne à la guitare sèche par une jeune femme restée au camp, dans la forêt de hêtres chétifs en contrebas du massif, vient accompagner des ultimes secondes pleine de grâce. Un travail d'orfèvre, je vous dis. 




Tout est beau dans Cerro Torre Cumbre, de la première à la dernière image, c'est un ravissement de chaque instant. Tout est doux, agréable au cœur, aux yeux et aux oreilles. Par son lyrisme admirable, Fulvio Mariani redonne ses lettres de noblesse à un sommet magnifique, longtemps sali par une sombre polémique d'alpinistes à peine évoquée ici. Il lui rend toute sa majesté et sa singularité en filmant son ascension comme un acte poétique, sublime, et non un simple exploit sportif. Il signe le film de montagne parfait. J'en fais trop ? J'en ai beaucoup trop dit ? J'y suis allé un peu fort dans les superlatifs ? Oui, je sais, j'en suis désolé. Je n'aimerais pas vous en dégoûter. C'est trop tard ? Tant pis pour vous, vous ne savez pas à côté de quoi vous passez. Cerro Torre Cumbre est plus qu'une simple référence indispensable dans sa catégorie, c'est un pur chef d’œuvre du 7ème art. Je peux désormais me présenter comme un amateur, au plus noble sens du terme, de films de montagne. Et je me sens à présent bien mieux dans mes baskets. Ces mêmes baskets qui n'ont jamais dépassé les 2 452 mètres car je souffre du vertige et de migraines dès que l'air se raréfie et que je prends trop d'altitude... 
 
 


Cerro Torre Cumbre de Fulvio Mariani avec Marco Pedrini (1985)