9 avril 2019

Free Solo

Réalisé par l'alpiniste amateur Jimmy Chin et sa compagne Elizabeth Chai Vasarhelyi, Free Solo fait le buzz et jouit d'une visibilité exceptionnelle pour un documentaire après avoir obtenu une douzaine de récompenses, parmi lesquelles l'Oscar et le BAFTA du meilleur docu. Il nous propose de suivre le grimpeur Alex Honnold dans l'accomplissement de sa grande idée fixe : escalader El Capitan en solo intégral, c'est-à-dire sans corde ni aucune sorte de sécurité. Pour information, El Capitan est une impressionnante paroi verticale rocheuse de plus de 900 mètres située dans la vallée de Yosemite, en Californie, et bien connue dans le petit monde de l'escalade. Il faut donc être un sacré timbré pour avoir la lubie de gravir ce gros rocher à mains nues, en solitaire, au risque d'y laisser sa vie. En bon amateur de films de montagne et de sensations fortes, j'ai lancé ce film avec une certaine excitation. Et je suis encore une fois tombé de bien haut...




Ce documentaire à la noix est d'une vacuité atterrante et dure bien une heure de trop (pour 1h40 au total). On se serait bien passé de tous ces moments pénibles où l'on voit Alex Honnold bouffer à même la casserole et à la spatule ses plats vegans chelous dans son van pourri, converser avec sa petite-amie débile pour essayer de comprendre ses états d'âme pathétiques, éructer des banalités face à un par-terre de collégiens au moins aussi abrutis que lui ou encore s'émerveiller, avec ses compères, de ce si grand caillou californien. Soit dit en passant, El Capitan est forcément "la plus grande paroi du monde" dans "la plus belle vallée du monde" pour tous ces américains ignares et méprisables qui l'affirment sur un ton péremptoire, persuadés que leur territoire renferme toutes les merveilles de notre galaxie...




Le portrait psychologique qui nous est proposé ici est d'une affligeante pauvreté. En gros, Alex Honnold a toujours manqué d'affection, sa mère acariâtre ne lui a jamais dit "I love U" et son père disparu prématurément était autiste Asperger (il l'est sans doute lui aussi). Il est donc bien naturel qu'il aille jouer sa vie au quotidien, en faisant peu de cas de son entourage, à commencer par sa blonde au sourire colgate qui s'étonne de ne pas être plus importante qu'une falaise. Alex Honnold est un drôle de mec, certes, il n'y a qu'à voir son regard de psychotique et ses paluches gigantesques, mais le duo de réalisateurs ne parvient jamais à le rendre un tant soit peu intéressant. On en vient à penser que ce type-là est désespérément à la recherche de reconnaissance, d'admiration, et qu'il a choisi l'une des façons les plus absurdes qui soient pour y parvenir. Il finira bien un jour par tomber et ses quelques fans pourront alors revoir ce documentaire les larmes aux yeux, en se disant "On va pas se mentir, ça lui pendait au nez quand même". Une fort belle histoire en somme...




Rythmé comme un vulgaire programme télé propice aux coupures pubs, ce documentaire est en outre beaucoup trop platement filmé. Derrière la soi-disant prouesse technique, régulièrement invoquée, qu'impliquait le tournage, Free Solo est dénué de vraie idée de mise en scène. Pour nous faire piger la hauteur vertigineuse d'El Capitan, Chai Vasarhelyi et Chin n'ont rien trouvé de mieux que d'avoir recours à des petites animations pourries qui nous indiquent les distances ou l'altitude, avec un tracé des voies possibles. Des collégiens devant préparer un exposé powerpoint sur cette particularité géologique auraient la même idée. On repense alors à la façon si simple et pourtant si belle qu'avait Werner Herzog de filmer la montagne dans son sublime Gasherbrum... Inutile de préciser que le couple de vidéastes se montre ici incapable de saisir la beauté des paysages qui s'offrent à eux. El Capitan est à n'en pas douter un site exceptionnel, mais ne comptez pas sur Jimmy Chin pour vous donner l'impression d'y être. Ainsi, en plus d'échouer à nous rendre intéressante la personnalité de ce grimpeur suicidaire, ce documentaire ne parvient pas vraiment, par son indigence formelle déguisée, à nous faire réaliser l'extraordinaire difficulté de sa tâche.




Seule la petite partie où nous voyons (enfin !) Alex Honnold réaliser son exploit s'avère plutôt efficace et captivante. Et encore, cela aurait été fichtrement mieux sans la musique lourdingue de Marco Beltrami et ces foutus va-et-vient vers l'équipe de tournage restée en contrebas qui suit l'avancée du grimpeur depuis des moniteurs et se chie littéralement dessus. Ils en font des caisses, surjouant leurs tics d'anxiété, se couvrant les yeux dans la crainte d'assister à une chute mortelle que le spectateur espère vainement, et nous gratifiant de quelques commentaires fatigants pendant que l'autre couillon assure les doigts dans le nez et fait passer Spider-Man pour un guignol. A quoi bon essayer d'entretenir le suspense de cette manière ? Si le film est sorti, on se doute bien qu'ils n'ont aucune mort sur la conscience et qu'Alex Honnold a réussi son coup... Alors oui, ce type est un extra-terrestre, l'un des meilleurs grimpeurs en solo intégral du monde (encore en vie en tout cas), et on lui souhaite que ça lui soit vraiment utile un jour. Mais il ne faut pas confondre l'énormité de l'exploit relaté ici avec la qualité somme toute très relative de ce documentaire de merde qui, en fin de compte, se loupe dans les grandes largeurs. On aurait dû remettre un César au reportage putride de TF1 sur l'épopée des Bleus en Russie, cela n'aurait pas été beaucoup plus ridicule. 


Free Solo de Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi avec Alex Honnold et une falaise (2018)

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