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4 avril 2020

The Hunt

On ne compte plus les films basés sur cette idée de départ forcément dérangeante où des hommes sont réduits à l'état de gibier par d'autres, plus puissants ou fortunés, qui les traquent le plus souvent pour le plaisir. Des Chasses du Comte Zaroff à Bacurau, cela a donné une paire de grands films, d'autres beaucoup plus anecdotiques, et enfin quelques pures pertes de temps. The Hunt s'inscrit sans grande surprise dans la troisième catégorie. Il faut dire qu'avec Craig Zobel à la réalisation et Damon Lindelof au scénario, je ne m'attendais pas non plus à prendre mon pied... Le premier semble vouloir persévérer dans les petits thrillers légèrement provocateurs condamnés à faire un mini buzz à leur sortie puis à être oubliés aussitôt. On lui doit déjà Compliance. Mais si, rappelez-vous, c'est ce film basé sur un fait divers où la directrice d'un fast-food martyrisait une de ses employées soupçonnées de vol en suivant à la lettre les consignes que lui donnait un soi-disant flic par téléphone. Vous ne vous en souvenez plus ? Normal. Il a aussi réalisé Z for Zachariah mais celui-ci, on s'en tape encore plus, bien que nous gardons un souvenir plus amusé du triangle amoureux cocasse qu'y constituaient Margot Robbie, Chris Pine et Chiwetel Ejiofor. Quant à Damon Lindelof, il peut peut-être compter sur une petite chapelle de fans convaincus grâce aux séries auxquelles il a participé plus (The Leftovers) ou moins (Lost) activement, mais si l'on se penche sur ce qu'il a fait au cinéma, il y a vraiment de quoi chialer, de quoi lui interdire d'intervenir de nouveau dans le secteur (Star Trek, Prometheus). Son idée de génie, pour The Hunt, est d'avoir fait des gibiers des rednecks, des républicains, des conservateurs, bref des électeurs de Trump grosso mierdo, tandis que les chasseurs ne sont autres que des démocrates, des personnes aux idées a priori plus éclairées et progressistes. C'est ce qui explique ces commentaires que l'on peut lire en gros sur l'affiche hideuse et ridicule du film. 




L'autre idée présentée comme brillante par ces quelques spectateurs que le film a réussi à foutre sur le cul, c'est de choisir de désintégrer dès les premières minutes 90% du casting, star comprise (enfin, quand la « star » s'appelle Emma Roberts, il n'y a pas de quoi non plus être traumatisé par la chose). The Hunt prend donc vite la forme d'un survival satirique aux sabots énormes dont l'héroïne est une femme assez difficile à cerner, une sorte de croisement entre Terminator et... un autiste, campée par Betty Gilpin, que beaucoup ont désigné comme la grande révélation du film ou en tout cas l'un de ses principaux atouts, ce que je ne ferai pas, même s'il est certain que l'espèce de bizarrerie de ce personnage est peut-être ce qu'il y a de plus intrigant dans tout ce cirque. Ainsi, le film se veut une allégorie fun et maligne de l'Amérique d'aujourd'hui, profondément divisée, où chaque camp se montrerait incapable de comprendre l'autre, cultiverait le mépris pour l'adversaire en le caricaturant systématiquement à outrance. Cela pourrait être bien vu si, par ailleurs, on tenait là autre chose qu'un petit truc de rien du tout, une farce de mauvais goût, où l'humour, fait de bons mots faciles, tombe le plus souvent à plat et s'accompagne d'effets gores pénibles, comme c'est désormais la règle dans ce genre de comédies horrifiques, toujours plus sanguinolentes et gerbantes. Ce jeu de massacre n'a pas grand chose d'amusant. La mise en scène de Zobel ne lui confère aucune énergie particulière et elle échoue à rendre mémorables des confrontations qui cherchent pourtant très très fort à l'être : je pense tout particulièrement au long face à face final entre notre héroïne blonde et la grande instigatrice de tout ça, jouée par la revenante Hilary Swank (qui, en réalité, n'est jamais vraiment partie, elle aligne juste les daubasses en cachette). Nous saluons les efforts des actrices, qui ont sans doute passé plus de temps en salle de sport que Craig Zobel à penser la chorégraphie et réfléchir à sa direction. En fin de compte, le film n'a pour lui que son rythme très soutenu et sa courte durée, qui permettent d'en venir à bout facilement et presque malgré soi. Car si ça avait duré un quart d'heure de plus, je n'aurai très vraisemblablement pas survécu à cette traque lourdingue. Pas de quoi regretter que cette chasse ait autant joué de malchance dans sa distribution en salles : sa sortie a d'abord été repoussée aux States suite aux fusillades de Dayton et d'El Paso avant d'être mise ici en suspend par le confinement. A la prochaine, Craig !


The Hunt de Craig Zobel avec Betty Gilpin et Hilary Swank (2020)

27 avril 2016

Z for Zachariah

Craig Zobel avait réussi à faire parler de lui avec son second long métrage, Compliance, remarqué au festival de Sundance en 2012. Ce huis clos était la très plate mise en image d'un fait divers mettant en scène une gérante de McDo qui appliquait à la lettre les consignes données au téléphone par un soi-disant flic pour interroger l'une de ses employées suspectées de vol. Le film parvenait facilement à captiver mais ne laissait aucune trace. S'estimant peut-être attendu au tournant, Craig Zobel avait envie de surprendre son monde et souhaitait se faire définitivement un nom en adaptant cette fois-ci un roman de science-fiction post-apocalyptique, Z for Zachariah*. Autant le dire tout de suite : l'anonymat tend désormais les bras à notre ami Craig Zobel car cet énième "post-nuke" n'a aucune sorte d'intérêt.




Rien ne nous est dévoilé sur l'origine du désastre qui a éliminé toute la population, Z for Zachariah faisant partie des mille films de ce genre qui croient original de ne rien dévoiler. En effet, il vaut toujours mieux ça qu'une explication bidon racontée par une voix off affreuse en introduction... L'action se situe dans un très joli petit coin de terre à l'abri des radiations et Margot Robbie est convaincue d'être la dernière survivante avant qu'elle ne rencontre Chiwetel Ejiofor. Ce dernier, agréablement surpris par le physique de la dame (on choisit rarement Yolande Moreau pour ce genre de rôle) et pas tout à fait remis des coups de fouets administrés par Steve McQueen, se laisse volontiers soigner et héberger. Progressivement, une petite vie de couple se met en place entre les deux personnages, ce qui nous vaut quelques dialogues passionnants sur les croyances de chacun et deux ou trois bonnes scènes de gueuleton en tête à tête. Malgré les avances assez claires de Margot Robbie, en recherche de contact humain rapproché après avoir passé l'hiver collée à son clebs pour se réchauffer, Chiwetel Ejiofor choisit, tel un véritable gentleman, de ne pas consommer cet amour naissant, de faire durer le plaisir. Il le regrettera amèrement lorsque Chris Pine, élément perturbateur de ce si triste scénario, débarquera de nulle part et honorera son nom de famille en se montrant bien moins timide envers la jeune femme, profitant d'une porte de salle de bains laissée entrouverte pour s'introduire. S'instaure alors un climat plutôt malsain entre les deux hommes, le premier reprochant au second d'être allé un peu vite en besogne avec celle qu'il avait choisie pour repeupler la planète et comptait féconder au moment le plus opportun. Il ne reste plus qu'un quart d'heure de film.




Si mon article ne vous a guère passionné, dites-vous que ce triangle amoureux soporifique vous fera le même effet puissance mille. Z for Zachariah est d'un ennui mortel, il m'a donné l'impression que je simulais un voyage vers Mars en solo ! Je dis tout ça en essayant d'être le plus objectif possible, statut de blogueur ciné oblige, parce qu'au fond, sachez que cela m'embête un peu de dire du mal de Craig Zobel. Ce réalisateur, qu'il m'arrive de fréquenter, est un type très sympa, chaleureux, simple et accessible. Un soir, il m'a gentiment invité à dîner chez son père Roger. Il m'a annoncé d'emblée "Tiens, je vais te faire goûter un truc sensass' que j'ai inventé pas plus tard qu'hier soir". J'étais très curieux, alors je lui ai demandé plus de précision. "C'est tout con, tu fais cuire un steak haché façon bouchère et tu le manges entre deux tranches de pain ! Un putain de pied mec, surtout si tu rajoutes du ketchup et de la moutarde !". C'était pas une vanne, j'étais sur le cul !




* Si le titre vous tape déjà sur le système, sachez qu'il s'agit d'une référence à un bouquin peu laïque que l'héroïne feuilletait quand elle était gamine pour apprendre à lire. "A pour Adam," premier mec sur Terre, "Z pour Zachariah", le dernier.


Z for Zachariah (Les Survivants) de Craig Zobel avec Margot Robbie, Chiwetel Ejiofor et Chris Pine (2015)