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22 février 2013

Open Range

Scission dans les bureaux de la rédac' d'Il a osé ! D'un côté, une admiration sans borne pour le travail formel réalisé et interprété par Kevin "Counterbass" Costner ; de l'autre, une aversion viscérale envers un film trop long, trop chiant, trop pluvieux. D'un côté, on est allé voir le film au cinoche dans des conditions idéales (l'oeuvre de Costner ne supportant pas la miniaturisation) : écran géant, pop-corn à la sortie, fauteuils moelleux, personnes âgées conscientes d'une mort proche et qui avaient donc décidé "d'en profiter". De l'autre côté, un canapé en bois, une main forcée, une tête rivée devant un écran face aux supplications de son colocataire pour regarder "das masterpiece" sur un écran 4/3 de 35cm de diagonale devant lequel il est bien difficile d'appréhender les grands espaces sublimés par Costner et d'imaginer des bisons galopant sur ce petite tube cathodique. Bref, une partie d'entre nous est peut-être passée à côté du film de Costner tandis qu'une autre a vraisemblablement surestimé les qualités de ce western sans prétention.


 
Quand on s'appelle Kevin Costner, il suffit de mettre un chapeau pour incarner un cowboy avec classe et déférence (cf. image du haut). Même lorsqu'on doit jouer une dramatique scène de constipation suite à une trop grande ingestion de haricots plats (cf. image du bas). Et même lorsqu'on porte un prénom aussi scabreux que "Kévin".

Quid de Diego Luna et de Larry Koubiak et de l'amitié qu'ils ont développé pendant le tournage avec Ménélik (surnommé "MNLK" par Costner), le fox-terrier à poils ras sauvé des eaux par le cinéaste et jouant un rôle central dans le film ? Cette simple anecdote suffirait à nous rendre sympathique l'oeuvre de KFC. Rappelez-vous de ce moment crucial où la bestiole aboie pour prévenir ses maîtres d'un danger imminent, souvenez-vous de cette autre scène où elle donne la patte à Robert Duvall en signe de reconnaissance. Ménélik disparaît hélas trop tôt, victime d'un scénario bien cruel, mais il aurait mérité autant de louanges et la même couverture médiatique que Uggie, le chien de The Artist. Le talent de Kevin Costner est tel qu'il arrive à nous faire verser notre petite larme au moment du trépas tragique de Ménélik.


MNLK ici en présence de ses plus fidèles compagnons, qui ont à peu près autant d'importance et de lignes de dialogue que lui. Vous remarquerez avec quel professionnalisme il se laisse flatter le flanc.

Un petit mot sur Warren Beatty, le mari d'Annette Benning, qui s'est incrusté durant le tournage, donnant des conseils directoriaux à un Kevin Costner à bout de nerfs. "Moi dans Reds, j'avais décidé de faire un plan américain au moment où je rentre en scène". Si vous êtes bien attentif devant Open Range, vous pourrez voir le reflet de Warren Beatty dans toutes les scènes impliquant des fenêtres et des miroirs, mais surtout dans les yeux mouillés d'Annette Benning. La vedette de Shampoo a accepté que sa femme joue dans le film de Costner pour une somme dérisoire à condition qu'il soit présent du matin au soir et réalise les scènes dans lesquelles elle était impliquée. La conséquence malheureuse est une dichotomie évidente de la réalisation, visible même par le spectateur le plus novice en matière de technique cinématographique. Warren Beatty a pour particularité d'user et d'abuser du plan dit américain, ce qui n'est pas très heureux dans les scènes intimes, où les comédiens sont cadrés au ras de leurs parties génitales. Une plus forte concentration de plans moyens est à signaler du côté des scènes tournées par Costner, c'est-à-dire celles sans Annette Benning, soit 78% du film. Sur le commentaire audio disponible dans l'édition Zone 2 du DVD, Kevin Costner avouera son grand regret de n'avoir jamais pu filmer lui-même celle qui soufflait sa 71ème bougie lors du tournage et qui était alors au faîte de sa beauté. Depuis, à part dans The Kids Are All Right, Annette Benning n'a plus refoutu les pieds devant une caméra, sauf la JVC à bande magnétique perso de Warren Beatty, qui la filme même chez elle en plan américain.


Un exemple de scène filmée consciencieusement en plan américain par un Warren Beatty intransigeant.

Il est important de vous faire remarquer que ce film est aussi le tout dernier rôle d'un grand acteur dont on ne se souviendra pas : Michael Jeter, qui campe ici un débile léger gardien d'étable, accro à la picole, un homme avec le coeur sur la main et à la gâchette facile, ce qu'il était aussi dans la vraie vie. Jeter était en liberté conditionnelle durant le tournage et passa la fin de ses jours dans le couloir de la mort, en raison d'une erreur judiciaire. Il a quand même bénéficié d'une gloire posthume grâce aux nombreux cadavres retrouvés dans son jardin, qui ont fait croire aux enquêteurs du FBI qu'ils étaient tombés sur un cimetière indien digne d'un roman de gare du King himself. Dans Open Range, Jeter est bras-dessus bras-dessous avec la Grande Faucheuse et son interprétation habitée d'un rôle pourtant très secondaire fait littéralement froid dans le dos.


Toujours Warren Beatty derrière la caméra, toujours un scrupuleux plan américain.

Robert Duvall est le moteur octogénaire de ce western humide. Le "prédicateur" est ici en pleine possession de ses moyens, au top de sa forme, dans un rôle que Kevin Costner a écrit spécifiquement pour lui, après le refus sec de Chris Rock, mordu par Ménélik. Robert Duvall est arrivé dans le projet la bouche en coeur et les bras en croix, avec la certitude d'avoir carte blanche, ce qui a pour conséquence quelques scènes cocasses que Kevin Costner a dû garder sous la menace. Les improvisations de Robert Duvall dans ce film sont légion. On ne compte pas toutes les fois où il savate son cheval en arrière-plan. Ménélik ne lui a jamais pardonné le coup de talon dans le flanc lors de la fameuse scène du troupeau de bisons affolés. Kevin Costner se souviendra toujours de la balle qui a sifflé au-dessus de son oreille droite et qui lui a valu le surnom d'Evander Holyfield durant le reste du tournage. Mais plus mémorable encore est ce monologue de 5 minutes où Robert Duvall raconte son arrestation pour DUI à un Ménélik médusé (si vous allez sur le site mugshot.com, vous pourrez admirer la tronche de la star lors de son arrestation). Les spectateurs les plus sensibles apprécieront quant à eux ce moment particulièrement émouvant où l'acteur constate que ses pouces sont tellement grossiers qu'ils ne peuvent passer dans la anse de la tasse en porcelaine du service à thé du docteur. Le personnage est alors rappelé à sa condition de cowboy bourru, d'homme rustre dormant le plus souvent au clair de lune, avec pour seuls compagnons son cheval et Ménélik, condamné à boire son eau dans le creux de sa main. Nous n'avions pas vu scène si délicate dans un western depuis L'Homme qui tua Liberty Valance au moment où John Wayne plante sa fourchette dans son steack hâché en adressant un regard oblique au personnage éponyme. 

On a beaucoup reproché à Open Range la façon dont sont filmés les gunfights. Mais revoyez-le ! Revoyez-le à la lumière des évènements récents (Syrie, Mali, tuerie de Woodstock...). 


Open Range de Kevin Costner avec Robert Duvall, Kevin Costner, Annette Benning et Diego Luna (2003)

1 mars 2011

Tout va bien ! The Kids Are All Right

Ce film insipide a eu droit à sa petite nomination à l'Oscar du meilleur film. Chaque année ou presque, c'est la même chose, un ou deux petits films typiquement "indés" sont nommés pour la récompense suprême de ce cinéma américain en perdition mais qu'il est visiblement de bon ton d'aduler et de regarder avec envie dans les médias français. Les exemples de ces films indés dont on se souvient le mieux sont Juno et Little Miss Sunshine. Mêmes ingrédients, même recette, même succès. Ces films doivent également avoir pour modèle ultime le sinistre American Beauty de Sam Mendes, un véritable Academy Award Winner de bien triste mémoire qui nous a tous, un jour ou l'autre, pourri deux heures de notre vie, et que nous avions déjà bien épinglé dans nos pages. Mais revenons donc à ce film de Lisa Cholodenko, une cinéaste qui ne ressemble aucunement au mannequin slave que son patronyme nous laisse espérer et qu'on imagine aisément homosexuelle. Cholodenko s'intéresse effectivement dans son dernier rejeton à une petite famille recomposée de lezbdos des suburbs californiens.


Lisa Cholodenko nous montre fièrement le nombre d'idées qu'elle a déjà eues

Au début du film, alors que notre patience et notre espoir sont encore gonflés à bloc, on se dit que cette histoire de père biologique (Ruffalo) dont l'arrivée bouleverse la vie d'une petite famille homoparentale (Julianne Moore, Annette Bening et leurs deux ados) va peut-être donner quelque chose de drôle, de surprenant, d'original, d'amusant. Que nenni que diable ! Tout est cousu de fil blanc, et il ne se passe jamais rien ! Rien ! Nenni ! Alors certes, le couple de lesbiennes est assez crédible, ce qui est déjà pas mal dans un film ricain merdeux et ce qui a également valu une nomination à l'Oscar pour Annette Bening cette année. Certes (en trivia de tous les diables), la propre fille de Steven Spielberg a un petit rôle dans ce film. Mais à part ça... A part ça ! On retrouve évidemment beaucoup des tics habituels des films "indés", dont bien entendu de la musique omniprésente avec, en tête, David Bowie, décidément très en vogue dans ce genre de films, mais aussi des choses plus récentes comme Deerhoof, Fever Ray ou Tame Impala. Quiconque peut donc, comme d'habitude, s'amuser à prendre ce film pour un blind-test long d'une heure et demie. Là où cela devient moins amusant, c'est lorsque ces références se font plus directes, avec notamment une scène de repas tétanisante où Annette Bening et Mark Ruffalo reprennent en chœur Joni Mitchell. "Ow no how pinkeuzoïde, if you some gafftasste some grododendron, yé". Si vous vous êtes envoyé cette scène, vous pouvez tranquillement considérer que vous avez survécu à ce qui doit être l'un pires moments de cinéma de l'an passé. At ease !


Petit aperçu d'une de ces interminables "scènes de bouffe" dans lesquelles rien ne nous est épargné, ni même le "moment cure-dent"

D'ailleurs, à propos de scène "de repas", il faut aussi savoir que ce film en est tout particulièrement farci. Ça doit être un record. Du jamais vu ! On voit sans arrêt les protagonistes bouffer leurs plats dégueulasses tout en échangeant des banalités confondantes. Doit bien y avoir six scènes "de repas" et Dieu sait que c'est insupportable d'admirer tous ces acteurs qui font semblant de mastiquer et de retourner leurs langues dans leurs bouches de la même façon. C'est vraiment à se demander s'ils ont déjà bouffé un jour pour se rendre compte que ça ne se passe pas comme ça et qu'on ne ressemble certainement pas à ça quand on mange... Et merde, on ne mange pas la bouche ouverte ! Mes cousins me le font encore, et c'est une tragédie de bouffer face à eux depuis tout ce temps. Voir ça dans ce film me rappelle ces moments terribles. Il y a aussi dans ce terrible film deux ou trois scènes dites de "brossage de dents" et, comme d'habitude, sans dentifrice, mais les personnages font tout de même semblant de cracher leurs glaires dans le lavabo à la fin. Je ne sais pas vous, mais moi, face à ce triste spectacle, je vois en infra-rouge ! Évidemment, on ne ferait pas attention à ces détails s'il se passait par ailleurs des choses intéressantes à l'écran. Mais comme il ne se passe quasiment rien, on se surprend à se mettre en boule pour des atrocités qu'on a déjà vues et subies mille fois ailleurs. Ce film, qui se veut très profond, ne vaut pas mieux qu'un épisode quelconque de Desperate Housewives qu'on aurait rallongé d'une heure.


L'acteur de gauche a l'air de mater son assiette en se disant "Ras-le-bol de ces plats bio végétalo-lezbdos, quid de ma virilité ?"

Non content d'être un bon gros tas de fumier, The Kids are All Right se termine aussi de façon assez hideuse en prônant une morale tristement douteuse. En gros : une famille se doit nécessairement de rester recroquevillée sur elle-même pour survivre. Mark Ruffalo est donc bien gentiment prié d'aller voir ailleurs, alors que tout le monde s'est pourtant véritablement attaché à lui, au point que chacun a pu goûter à son mastodonte d'irrésistible latino du middle-west. Enfin, comment parler de ce film sans évoquer ce terrible plan sur les gambas flétries de Julianne Moore ? La plus célèbre des actrices rouquines hollywoodienne perd ici le peu de sex-appeal qui lui restait à l'orée de ses 70 balais, et elle va sans doute traîner comme un boulet cette image effroyable tout le reste de sa carrière. Une image qui n'est pas près de me quitter. Si vous m'avez bien suivi jusque-là, vous avez pu deviner que Julianne Moore incarne une lesbienne. Or, c'est bien connu : les lesbiennes ne font pas gaffe à leurs corps, se négligent totalement, s'habillent comme des loques et ne s'épilent pas. CQFD Josée Dayan ! Cela semble être un fait mais c'est tout de même étonnant qu'une lesbienne (Cholodenko) dresse un tel portrait de son propre camp. Elle se tire une balle dans le pied, soit. Pour Lisa "2 de QI" Chodolenko, lorsqu'on ne s'épile pas, nos jambes se putréfient littéralement et deviennent immanquablement d'une couleur violacée, tout en se recouvrant d'abjects poils noirs, chose d'autant plus étonnante chez une pure redhead comme Roger Moore. Très franchement, c'est un des trucs les plus laids que j'ai vus de ma vie.


Argh !!!

Film indé oblige, on a aussi droit à quelques scènes de baise assez explicites entre Marco Ruffalo et Michael Moore, où les deux acteurs semblent littéralement "prendre leurs pieds", violacés pour Julianne, couvert de poils crépus pour Marco. Au tout début du film, on devine aussi Moore administrer ce que l'on appelle communément un "cuni lingus" à une Annette Bening qui n'en demandait pas tant et qui semblait encore ignorer être une "femme fontaine" de premier ordre. Après plus de 20 ans de vie commune, ça laisse pantois quant à l'amour que se portent ces deux personnages incapables de savoir que l'une a des mollets violets et que l'autre fait du "glorious rain" dès qu'on la titille un peu. Face à tout ça, on se réjouit forcément d'être dans un film "indé" ricain. C'est dingue ce qu'ils osent faire, montrer, suggérer. Moi qui suis abonné à BangBros, ForcedBabySitters et SpankWire, je n'en croyais pas mes mirettes. Tu parles... Crève Lisa Cholololenko, retourne jouer au tennis ! Toi et tes deux idées, vous pourrez même pas faire un double !


Vraisemblablement surpris par son propre cobra et l'intensité du plaisir ressenti, Mark Ruffalo "descend du train en marche" afin de ne pas indisposer l'actrice pas tout à fait ménopausée par un jet malencontreux

Je terminerai ma critique par une petite trivia de derrière les fagots, en constatant qu'il est plutôt paradoxal qu'Annette Bening joue une lezbdo, elle qui est en réalité mariée au plus gros "serial queutard" du tout Hollywood en la personne de Warren Beatty. Warren Beatty, cet acteur redoutable qui affirme à longueur d'interviews qu'il a dégommé plus de 3000 femmes et enfants tout au long de sa vie, and counting. Glaçant...


Tout va bien, The Kids Are All Right de Lisa Cholodenko avec Annette Bening, Julianne Moore et Mark Ruffalo (2010)