2 août 2013

La Fille du puisatier

Je me souviens que quelques semaines avant la sortie de ce film, un journal sur une chaîne de télévision hertzienne diffusait un mini-reportage intitulé "Daniel Auteuil, metteur en scène". Pour sa première réalisation, Daniel Fauteuil a choisi de tout miser sur l'audace et la fraîcheur en adaptant un roman de Pagnol déjà adapté au cinéma par Pagnol lui-même en 1940. C'est un peu salop de ma part de l'attaquer sur l'aspect pas méga original voire légèrement rance et totalement casse-gueule de sa première réalisation, car au fond je l'aime beaucoup Daniel Auteuil, et je comprends bien qu'il ait voulu laisser parler son désir ancré de vieille Galinette en s'investissant dans un projet qui lui tenait à cœur, même si ledit projet lorgnait d'avance vers le téléfilm sans intérêt atrocement mal interprété qu'il s'est bel et bien révélé être... Pagnol est l'auteur par lequel Auteuil a débuté sa grande carrière, dans Jean de Florette puis Manon des sources. C'est l'auteur, quand même, qui lui a permis de devenir une star hexagonale ("hexagonale" parce qu'il est Français et parce qu'il a une tronche à angles droits et à six côtés). Pagnol lui a donné l'opportunité d'être l'époux d'un temps d'une Emmanuelle Béart au faîte de sa beauté. Danny Auteuil revient donc à Marcel Pagnol en adaptant La Fille du puisatier pour sa première expérience derrière la caméra et sa millionième expérience devant, aux côtés d'un Kad Merad benêt prêt à faire étalage de l'étendue de son immense absence de talent pour remplacer Fernandel, tandis qu'Auteuil himself, au four et au moulin, remplace Raimu au pied levé.


"Oh pute vierge que c'est beau vé !"

Grâce à ce reportage, on pouvait avoir un aperçu du tournage de ce film. C'était le jour où Auteuil s'apprêtait à tourner cette scène où le héros du film, Kad Merad, affublé d'un uniforme de poilu et d'un accent marseillais piteusement surjoué, prend le train des conscrits pour partir à la guerre. Kad Merad n'est pas encore sur le front mais le massacre a déjà commencé quand on le voit coucher les oreilles et les yeux (sa ganache d'une élasticité horrible permet de jouer ça sans forcer), une gambas dans le train, l'autre hors du wagon et à deux doigts d'y rester à tout jamais quand le train démarre en trombe. Sur le quai, les familles éplorées chialent devant le train, monument aux morts sur rails. Double monument aux morts d'ailleurs, qui enterre aussi le cinéma avec lui, et toute la famille Lumière d'un coup. Car on a pu voir Daniel Auteuil aux manettes ! Assis derrière son combo, dirigeant du bout du nez (dans son cas on parle quand même de deux mètres de blair) ses acteurs et ses techniciens, assurant avec une concentration maximale la direction d'un plan dit "de coupe". Un plan coupé à la serpe. A l'image, on découvrait alors ce fameux plan mitonné par notre acteur chéri, ce plan qu'on a tous vu au bas mot un milliard et demi de fois, ce cliché visuel éternel, le plan serré qui balaye les mains des soldats tendues hors du train et touchant presque celles, dressées en l'air, des gens restés sur le quai. Les bras sont coupés aux épaules (façon de parler, la guerre n'a pas encore commencé), la caméra est à côté du train qui défile et filme sur fond de ciel gris toutes ces mains qui s'effleurent. C'est beau ma parole. Et Daniel Auteuil, notre idole, de frapper dans ses mains en hurlant : "Coupez… coupez… coupez… ÇA ! ÇA, c'est magnifique…". C'était apparemment le premier jour de tournage et on savait déjà que Daniel Auteuil, acteur cher à nos cœurs, s'apprêtait à devenir un réalisateur de merde. Depuis le film est sorti, je l'ai vu, car j'aime à ce point Daniel Auteuil, et j'en reste convaincu.


La Fille du puisatier de Daniel Auteuil avec Daniel Auteuil, Kad Merad, Jean-Pierre Darroussin, Sabine Azéma et Nicolas Duvauchelle (2011)

6 commentaires:

  1. Très costaud de ta part d'avoir tout de même vu le film. T'as une putain d'éthique de blogueur ciné.

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  2. Joe Luc Godard2 août 2013 à 12:03

    C'est le problème de ces gens qui ont goût au cinéma, qui croient aimer le cinéma, mais qui n'ont goût qu'à ce que les grands films qu'ils aiment ont de plus vulgaire. Ou bien qui aiment le "cinéma des personnages" avant d'aimer le cinéma.

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  3. Il est AUCH ce film ! Et je ne parle pas du chef-lieu de département du Gers :(

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    1. J'imagine que vous l'avez subi à la téloche tout récemment ? Pauvre de vous...

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    2. Effectivement oui, hier au soir sur la 1 cette chaine-coroner, et j'en suis encore traumatisé !
      Je ne dirais que 4 mots pour décrire les plus grandes horreurs de ce film : Kad Mérad Nicolas Duvauchelle.
      La seule chose positive que je retiens, c'est les monologues "à la Ugolin" de Auteuil, où on voit qu'il y a un truc, qu'il nous refout dans l'arrière-pays qu'il l'a fait découvrir aux côtés du Papé, qu'il s'imagine effectivement puisatier d'origine transalpine. Il y est horrible et fascinant. Il nous enterre au fond du trou qu'il creuse tout le long de son film tout en nous disant des mots doux !

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