30 mars 2010

The Road

On l'attendait depuis si longtemps, depuis toujours en fait. Je ne me souviens pas d'un moment de ma vie où je ne l'ai pas attendu. Et plus le temps passait, plus je l'attendais, et plus je désespérais de le voir un jour. Ce film, c'était un rêve de gosse pour moi. Une utopie. Je me disais prêt à embrasser les pieds de celui qui daignerait le réaliser. Et enfin ça y est, nous y voilà, il y a quelques semaines j'entends dire que quelqu'un l'a fait, que quelqu'un l'a finalement réalisé, il existerait... Le biopic filmé officiel de The Toad, le champignon de Mario Kart. Eh bien non. Détrompez-moi, détrompez-vous. Il n'en est rien. À une lettre près, c'est un tout autre film que nous avons sous les yeux. Faut dire que c'est un collègue à moi qui avait mal lu l'annonce avant de me prévenir de la surprenante sortie au cinéma d'une adaptation ciné de la vie de l'étonnant champignon de Paris roi des circuits. Un triste collègue qui se fait surnommer "Papa", comme Ernest Hemingway, et Dieu sait qu'il faut se méfier des hommes qui se font surnommer "Papa".



À quand ? À quand le film premier et définitif sur Toad (prononcez "To-had"), le noble personnage du plus mémorable jeu de kart indémodable au monde ? On a eu droit aux tristes biopics de Mario et Luigi, plombiers Siciliens à moustaches et sans saveur. Notamment dans pléiade de films pornos dits "classiques" de la période faste de Marc Dorcel, le producteur trash surnommé "Médusa" du fait de ses mille yeux et de son chibre supposé ressembler à un serpent de mer, le magna du porno franchouillard que ces deux nains vivant chaque jour la queue dans la main, anti-héros idéaux, fascineront et hanteront jusque dans sa tombe. Tombe dont il soulèvera peut-être le couvercle avec son nœud, comme le célèbre Bali Balo. On a aussi subi la biographie filmée de l'odieux Yoshi, le dernier dinosaure, certainement passé "au travers" de l'extinction de sa race par les grâces d'une petitesse notoire et d'une ressemblance troublante avec Orson Welles. Mais rien sur Toad, l'amant illégitime de la Princesse Daisy, le protagoniste le plus sombre et le plus torturé de Mario Kart à égalité, à la limite, avec Koopas Troopas. Rien, rien, rien sur Toad, le champion des champignons, le plus vermoulu des myco-nimbus frais émoulus, le cèpe humain, le gland du volant, mycosique comme pas deux. Je n'ai appris la supercherie qu'une fois devant le film, que je brûlais d'impatience de découvrir au point de tout de suite le télécharger en dvd.rip quelques semaines après sa sortie en BlueDiscRay.



Quelle ne fut pas ma déception en découvrant l'ouverture insipide du film de John Hillcoat, accablé devant mon poste de télé où je m'étais préparé à voir le chef-d'œuvre de l'année, entouré d'une entrée, d'un plat et d'un dessert unanimement concoctés à base de chanterelles, avec l'idée derrière la tête de fumer les champignons qui fleurissent entre mes doigts et dans la raie de mon énorme cul. Au final je n'ai pas touché aux superbes mets que je m'étais préparés mais j'ai tout de même humé mes propres corps étrangers, minutieusement râpés au préalable, pour supporter l'un des films les plus déprimants de l'année qui a cru m'apprendre qu'un cataclysme plane au-dessus de nos têtes et que dans l'apocalypse l'homme serait un loup pour l'homme, et auquel j'ai répondu par une pluie de pets-de-nonnes farcis et extraordinairement fumeux. Avec tout de même une pointe de regret à l'égard de l'acteur Viggo Mortensen, qui n'a jamais aussi bien porté son nom : Viggo Mort-en-scène. Admirez le jeu de mot. On a de la peine et presque du respect pour lui, pour une seule raison: c'est le seul comédien qui a accepté de paumer 10 kilos et de s'émacier sa propre tronche d'ange avec un marteau et un burin pour un triste rôle sans en sortir avec l'Oscar du meilleur acteur sur sa cheminée. Il m'a fait d'autant plus de chagrin qu'il m'a rappelé mon propre frère, Joséba, qui a récemment subi le même traitement morbide pour ressembler aujourd'hui à un cadavéreux, mais lui c'est juste parce qu'en ce moment ça va pas.
 
 
Quoiqu'il en soit et pour en revenir à La Route (véritable chemin de traverse, ou bourbier, me concernant), la mise en scène du film s'est avérée aussi plate que mon esprit s'est révélé créatif et putride, enfumé par les champignons hallucinogènes que j'ai dénichés entre mes orteils des pieds. En revanche j'ai largement pu m'identifier à un personnage principal au moins aussi con que moi et parce qu'en dépit d'une aprèm passée au macdo du coin j'avais presque plus les crocs que le héros et son idiot de fils réunis. En définitive le seul effet que le film aura eu sur moi aura été de me filer l'envie de faire des croques-en-pattes à ma femme dès qu'elle est rentrée d'une soirée pyjus passée toute seule enfermée par mes soins dans notre chambre à coucher, pourtant je suis un gentleman, sage comme une image, doux comme un charme, un vrai clebs de garde, mais j'étais légèrement à fleur de peau après avoir subi l'influence d'un film qui érige la mère de famille en chienne urbaine et après la déception terrible de n'avoir pas encore vu le long métrage de mes rêves, le spin-off tant attendu de Mario Kart qui fera la part belle à Toad le champ'.


The Road de John Hillcoat avec Viggo Mortensen et Robert Duvall (2009)

28 mars 2010

Last Chance for Love

Pour commencer, il faut partir de l'origine, il faut partir du titre. Il faut une titrographie. Le film s'intitule en VO: "Last Chance Harvey". Impossible à traduire en Français, à part peut-être par le téméraire: "Dernière chance d'Hervé". Pas très vendeur, de fait. Alors les exploitants Français ont décidé de ne pas le traduire. Seulement, ils ont jugé que le public Français, pas suffisamment familier des patronymes anglo-saxons, n'aurait pas pu comprendre le mot "Harvey". Étonnant, l'un des plus grands commentateurs Français de football s'appelant Harvey Matoux, l'un de nos plus grands chanteurs s'appelant Harvey Villard, il y a aussi le père fascisant de Tintin, et puis quand même un acteur comme Hervé Keitel a fait causer de lui dans l'hexagone. Il ne restait donc plus que trois options : soit "Last Chance Hervé", soit "Last Action Hero", soit "Last Chance for love". C'est ce dernier titre qui l'a emporté à pile ou face.



On pourrait penser que ce film m'aurait attiré grâce à l'empreinte au casting de Dustin Hoffman, le fameux comédien de Danse avec les loups, Dogday Afternoon, Sam je suis Sam, Jerry McGuire, EdTV, ou encore Kung-Fiat Panda dans le rôle de la voix inoubliable de Shifu. Mais pas du tout. Ce qui m'a attiré dans ce merdier, c'est Emma Thomson. Cette actrice boxe dans la même catégorie que Mirren Helen. Voilà deux femmes, du troisième, voire du quatrième âge, pour qui le débat sur l'euthanasie est une discussion quotidienne, qui s'assument dans leur décadence physique et qui, clairement, envoient du gros bois vert ! Dans la catégorie Grand'ma's a bitch de GangBros, j'aimerais voir officier ces deux aristocrates Anglaises du siècle des Lumières. Je les range dans mon dossier caché: "OPILFD" (Old Pricks I'd Like to Fuck To Death), aux côtés de Meryl Streepé et Ségolène Royal. Pour retourner dans le soft-core qui avait cours dans l'incipit de cet article, disons que j'aime bien ces deux vieilles actrices et qu'elles ont légèrement tendance à me faire gauler. Faut dire qu'en ce moment je suis assez branché vieillardes. Aussi, sur l'affiche, Dustin Hoffman ne m'a pas longtemps accaparé, complètement eclipsé par une Jenna Elfman au faîte de son âge et de sa beauté. Cependant, une fois retirés les effets de flou photoshopés d'une affiche abracadabrante, désormais placardée dans mon salon, ma déception fut grande face au film et à la tronche décrépie d'une Jenna Jameson qui n'est plus que l'ombre de la pornstar qu'elle a été.



En tout cas "Last Chance for Hervé" m'a refait penser à une triste anecdote de mon enfance. Une cicatrice que je porte encore en moi. Je devais avoir autour de neuf ans, et mon frère aîné, qu'on appelle "Freak Mind", alors âgé de 13 ou 14 ans, et déjà grand consommateur de pornos devant l'éternel, unique abonné Canal+ avec une formule restreinte "Premiers Samedis du Mois", pour éviter que je le dénonce aux flics et que je dévoile son petit manège de commerce triangulaire de VHS embaumées, devait faire de moi son complice pornophage. J'ai donc bouffé le plus crado des pornos en guise de passage en CM2, et quand je dis le plus crado des pornos il faudrait que vous puissiez me regarder dans le fond des yeux pour piger le sens réel du mot "crado". Il s'agissait d'un film au script assez maigre : une palanquée de scènes "homme/mec" autour de diverses piscines couvertes. Je ne pouvais plus m'empêcher de repenser encore et encore à ces séquences traumatisantes lorsque ma maman se baissait pour ranger des assiettes dans le lave-linge et tandis que j'imaginais mon maudit frère prenant la place de mon père fouettard en vadrouille derrière la gare, occupé à pousser des wagons, c'est en tout cas ce qu'il nous annonçait à chaque fois qu'il quittait la maison, accompagné d'un rot terrible.

Malgré tout cet épisode glacial de mon enfance reste, en tant que tel, un souvenir unique, et en cela, précieux. D'où une certaine nostalgie à l'égard d'Emma Thomson et une profonde déception devant le dernier film de celle qu'on appelait chez moi "La femme aux mille doigts".

Une seule conclusion est sûre : c'est ballot de voir un porno trop tôt.


Last Chance for Love de Joel Hopkins, avec Dustin Hoffman et Emma Thomson (2009)

L'Auberge Espagnole

En 1982 Cédric Klapish réalisait son film matrice. De celui-ci nous n'aurons retenu qu'une seule chose : la blancheur de la peau, le regard innocent, les gambas galbées de Judith Godrèche. En voyant ce film en très mauvaise compagnie j'ai été poussé à échafauder les principes d'une expérience maléfique. Une expérience qui consiste à enfermer (pas forcément à clé, tout dépend des goûts), avec son consentement, on n'est pas des barbares, une femme saine et vaccinée, propre sur elle, sans casier, pudibonde et sans reproche, en compagnie de dix gros blacks fraîchement échappés de taule qui n'ont pas vu le moindre bout de peau depuis plusieurs dizaines de piges. Vous aurez certainement déjà pu lire un ou deux articles ici faisant le vœu atroce de voir cette expérience un poil glauque se réaliser avec le concours de différentes comédiennes et autres présentatrices de journaux télé un poil plus curieuses que la moyenne. C'est un truc qui me dégoûte et qui néanmoins me trotte dans la tête depuis un fameux bail, précisément depuis que j'ai vu L'Auberge Espagnole pour la première fois au cinéma avec notre collaborateur "Brain Damage". C'est lui, lui le thésard en science naturelle, c'est lui qui m'a chuchoté cette idée pendant la séance. Maudit "Poulpe" ! Et en 82 j'étais pas grand, alors forcément ça m'a marqué au fer rouge cette anecdote putride.




En voyant Godrèche déambuler innocemment dans une auberge, zieutée de toutes parts par tous les triquards Erasmus des facultés du monde entier, j'ai non seulement décidé de faire de longues études à l'université en m'inscrivant au SED (Service d'Enseignement à Distance) tout en restant calfeutré chez moi, mais j'ai aussi glané là une idée fixe et envahissante, l'idée de cette expérience dite "des dix petits nègres pleins de convoitise". D'ailleurs il faudrait lui donner un nom à cette expérience. J'ai pas tellement d'idée... Ou alors si, peut-être "L'expérience des dix blacks récemment échappés de cabane". Désormais quand je vois sur un écran une femme un peu trop sûre d'elle, qui roule des mécaniques et qui en appelle fiévreusement au désir des mâles alentour, il m'arrive d'avoir une envie méprisable de lui suggérer cette expérience. Juste histoire de jauger la réaction. Rassurez-vous, ça n'irait pas plus loin. Ça s'arrêterait tout de suite, juste le temps de voir comment elle le vit, comment elle le gère, comment elle l'appréhende.




Par exemple, quand je vois Ariane Massenet dévoiler ses trois seins à cœur ouvert devant un Will Smith débarquant fier comme Artaban sur le plateau de Denisot, après avoir cassé la baraque dans Hitch expert en séduction et après s'être difficilement extirpé de son harem quotidien, lui qui a semé une quarantaine d'enfants illégitimes dans tout le continent Nord-Américain, je me pose la question de savoir, sans aller jusqu'à la fameuse expérience, comment elle réagirait face aux mêmes Will Smith démultipliés par dix, dans une pièce close éclairée par le directeur photo porté sur la pisse de Jean-Pierre Jeunet, seule face à ses démons. Assumerait-elle ? Assurerait-elle, la reine du PAF, à la suite de tant de regards libidineux, mise au pied du mur, d'un mur de queues peut-être moins convoitées dans entre quat' z'yeux que devant des caméras somme toute confortables ? Quid de sa vertu et de sa sérénité une fois plongée dans le noir le plus complet ? Comment réagit-on à l'annonce d'un enfer kafkaïen de queues ? N'allez pas croire que le choix de "blacks" serait un choix raciste, une volonté de convoquer des noirs parce qu'ils composeraient la population carcérale type ou pour faire appel aux instincts les plus animaux de l'homme. Au large ces horreurs racistes. Non c'est simplement qu'ils possèdent pour certains ce qui se fait de plus recommandable dans le domaine du vié (racisme encore, mais ultra positif).




Quelques affiches m'ont convaincu qu'il s'agissait là d'un désir étrange, tapi en quelques hommes, et sans doute alimenté voire créé de toute pièce par une imagerie qu'on nous sert et qu'on nous ressert en permanence, du pire film hard aux clips les plus anodins en passant par la publicité ou le cinéma : voir la femme lubrique dans son plus simple appareil et confrontée aux mieux appareillés. Le fantasme de posséder une femme concupiscente, c'est le lot de beaucoup, même s'il est de bon ton de se taire là-dessus. Mais quand c'est moi qui développe ce genre de théories fumantes sur mon blog, c'est pas si grave. En revanche, le bât blesse quand les afficheurs d'Hollywood ou de Paris s'en mêlent. Et c'est là que cette chronique de société se transforme en véritable affichographie. Vous avez tous croisé la nouvelle campagne d'affichage anti-tabac, où il est en gros question d'une fellation contrainte, et qui fait naturellement scandale. Mais que dire, puisqu'ici on ne cause que cinoche, de ces affiches de films d'horreur minables qui reprennent fréquemment le vieux thème de la femme-meublier, de la femme-tabouret, sur laquelle on s'assoit. Sur l'affiche de La Maison de cire, comme sur celle de La Colline a des yeux, et de tant d'autres longs métrages destinés à l'adolescence dorée américaine et mondiale, c'est tout un pan du cinéma porno qui est revisité. On a tous vu une scène, ou deux, qu'on se repasse à longueur de journée, où un acteur porno peu commode s'attaque à une actrice trop naïve, penchée en avant sur une table ou un canapé, coincée là entre un pied posé sur sa joue et une verge, souvent proportionnelle au pied, qui tutoie impoliment son for intérieur. Ces scènes sont parmi les plus accablantes du cinéma hard dit "gonzo", et pourtant c'est aussi celles qui marchent le mieux. Comment se l'expliquer ? Mais quand cette imagerie envahit les rues de nos villes, comment s'en plaindre et comment ne pas être contaminé par ce qu'elle véhicule. Et quand, trop jeune, on l'associe à nos proches, à nos mères et sœurs, comment s'en débarrasser ? Peut-être en écrivant cette horreur.

Mettons que je n'aie rien dit.


L'Auberge Espagnole de Cédric Klapisch avec Judith Godrèche (2002)