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7 novembre 2010

Mammuth

Assez curieusement, Mammuth est venu confirmer toutes les sales idées que je m'étais faites du cinéma du duo Kervern/Delépine à partir des quelques extraits que j'avais déjà pu voir de leurs films précédents. Jusqu'à hier, j'avais en effet toujours été incapable de mater un de leurs films en entier. Il faut dire que j'avais rarement tenté le coup, le dvd maudit d'Avida a ainsi traîné quelques mois dans notre ancien appart' sans que j'y fasse attention une seconde, à part quand il fallait caler des meubles ou empêcher des courants d'air... Mais j’avais bien lancé Aaltra, une fois, y’a un bail, en le stoppant net au bout d’un quart d’heure, le moral en berne. Par curiosité pour ce film assez unanimement salué par la critique, je voulais donc voir Mammuth, avec aussi l’espoir de me marrer quelques fois grâce à un Depardieu que la bande-annonce laissait présager en roues libres. On suit ici sa grosse carcasse retournant sur les traces de son passé, en pleine quête initiatique de derrière les fagots, et, plus concrètement, partie sur sa moto à la recherche de ces "papelards" qui lui permettront, peut-être, de toucher sa retraite à taux plein.



Depardieu est plus gros et laid que jamais, avec sa tronche ravagée, ses longs cheveux blonds crados et sa dégaine si lourde, on pense inévitablement au Mickey Rourke de The Wrestler ; mais il faut reconnaître que Depardieu permet à lui tout seul au film… d’être vu (j’avoue tout de même que je m’y suis peu à peu désintéressé presque totalement). Il croise une galerie de freaks tout droits sortis de « l’univers » Groland, avec quelques guest stars qui font leurs petits numéros ici ou là (une très vulgaire Anna Mouglalis et un Benoît Poelvoorde assez éteint, notamment).



L’humour du film, s’il y en a bien un, n’a pas fonctionné une seule seconde avec moi. Mammuth est d’un glauque bien trop forcené et le duo Kervern/Delépine dépeint des personnages bien trop misérables et cons pour qu’on puisse en rire. Et en plus, ils ne font pas ça à moitié, avec cette image ultra crade, aux couleurs dégueulasses, et ces plans souvent excessivement laids qu’ils nous servent jusqu’à l’overdose, et qui nous amènent à penser qu’ils filment tout simplement fort mal. Au sommet de la laideur culmine ce long plan hideusement cadré, où l’on voit Depardieu et son vieux cousin, qu’il vient de retrouver après des années d’absence, allongés nus sur un lit, s’entre-masturber mécaniquement et sans succès, le tout accompagné de bruits à gerber. C’est vraiment très, très laid. Yolande Moreau est plutôt insupportable et cette scène, déjà vue dans la bande-annonce, où elle ne parvient pas à se faire comprendre par un répondeur téléphonique, est une vraie souffrance à revoir. Ces deux passages dont je viens de causer pourraient tout à fait me faire sortir de mes gonds. Y’a quelques idées, pas toutes mauvaises, parfois même un peu jolies, disséminées ici ou là, mais ça reste très pauvre, et ça n’est pas du tout ça que l’on retient une fois le film terminé. Un film pourtant pas long, mais qui traîne à se finir qui plus est. Kervern et Delépine doivent pourtant ressentir de la sympathie pour les parias décalés et miséreux qu’ils inventent et dont ils nous racontent les vies cabossées, mais personnellement, ils me font simplement les mépriser. Pour faire bref : je n'ai pas aimé ce film du tout.


Mammuth de Gustave Kervern et Benoît Delépine avec Gérard Depardieu et Yolande Moreau (2010)

11 mai 2009

Séraphine

Il ne s'agit pas d'un remake de Seraphim Falls, ni d'un biopic de Marat Saphin. Pas de court, pas de filet, pas de "let", pas de smash, pas d'ace, pas de 40-A ni de tie-break en perspective. Par contre un gros silence de rigueur, comme à Roland-Garros pendant chaque balle. Sauf que la balle de match dure 2 heures. Deux plombes pour raconter la vie d'une peintre, Séraphine. Elle est peintre, pauvre, femme de ménage, elle en chie pas mal, elle est laide, elle est farfelue, solitaire, malaimée, taciturne, illuminée, simple, naïve, inspirée, bref range ta caméra Yolande, ton film je l'ai déjà vu et il me fait déjà chier.

On sent bien que Yolande Moreau a voulu faire un truc dans un certain genre. Son film c'est un peu la rencontre entre Lady Chatterley et Van Gogh. Normalement ça finirait en 69, mais là c'est juste un film. On sent bien que Moreau a été touchée et inspirée par la façon qu'avait Pascale Ferran de filmer la nature et ses petites merveilles. Sauf que dans Lady Chatterley il s'agissait d'une découverte permanente, et de l'éclosion d'une nature de femme. Là, la femme, parlons-en. Comment parler d'éclosion quand on parle de Yolande Moreau. La semaine dernière chez mes parents j'ai bouffé une grosse fondue suédoise (Munster, Gorgonzola, et Cottage), et à un moment j'ai sorti de l'appareil à fondue un gros truc qui franco ressemblait comme deux morceaux de fromage à Yolande Moreau.



C'est un film fait par des gros citadins abonnés aux palaces et aux paillettes, rois du Fouquets et si habitués aux limos qu'ils ignorent qu'il y a un métropolitain à Paris. Ces gens qui vont 7 jours dans l'année se frotter à la campagne dans un Sofitel high-tec et qui se barrent en courant sans payer au bout de 3 jours, pris du "mal du pays" et du manque de wifi. Ces gens-là qui ne supportent pas la pluie. Ces gens-là qui une fois tous les trois mois vont au parc Monceau et voient un rai de soleil percer à travers la cime d'un arbre bercée par une brise légère, et qui alors se rappellent ce que c'est que le printemps, l'herbe, la terre. Et alors on les voit, ces gens-là, tout émerveillés, pour un rien. Et tout émus. Avant de vite retourner se faire foutre dans leurs paradis bétonnés. Ces gens-là filment volontiers une table en bois sur laquelle se battent en duel les aliments idéaux d'une nature morte plus vraie que nature, une grosse miche de pain, un gros brie fondant, un pichet de rouge taché et un panier de légumes rassis qu'on garde de mois en mois pour torcher une recette de grand-mère à base de légumes cramés par le temps, à savourer avec du kéfir. Moi c'est mon putain de quotidien cette tablée là. Pour moi ce plan-là, ce plan de décorateur à la manque, il n'est pas "beau". Il est plutôt méga laid. C'est ma vie sur cette table. C'est mes dimanches après-midi passés entre quat'zieux avec ma mémé aveugle et mon pépé facho. Je la hais cette table-là fabriquée par mon oncle menuisier qu'on appelle Edgard aux mains de plomb. Je la gerbe tous les soirs. Mais pour ces gens-là elle est belle, parce qu'ils n'ont jamais eu à se la farcir tous les jours en priant le Bon Dieu pour un simple Bic Mac. Si je devais tourner un film y'aurait de "beaux" plans sur des tables ikéa couvertes de Big Mac et de sauce Deluxe.



A un moment dans le film on voit Yolande Moreau (qui elle au moins ne promet rien avec son nom, suffit d'entendre son blaze pour savoir qu'on aura un truc face à soi) qui va pisser dehors, debout, tout sourire, jambonneaux écartés, s'en foutant la moitié sur le tablier, regardant en l'air les rayons du soleil qui transpercent les feuilles d'un grand chêne centenaire. C'est le résumé le plus net et précis jamais porté à l'écran de ma chienne de vie. Chaque jour je vais pisser dehors, sous un grand peuplier. Et croyez-moi même en levant la tête aux cieux vers les feuillages ou les nuages, c'est loin de me faire marrer. J'hume l'air de la nature et il pue la pisse que j'ai retenu en moi toute la journée pour pas interrompre mon labeur de merde. Je fais une sale allergie au pollen et je m'arracherais bien les mains qui tiennent mon vit pendant que j'urine pour me gratter le haut de la raie de mon énorme cul enflammé par les floraisons printanières. Y'a rien de beau dans ce tableau-là. Cet arbre qui me fout le nez comme une pastèque, je chie dessous depuis tout jeune, et ce sont mes selles séchées par le soleil, fumier hors-pair fascinant Yolande Moreau, qui l'ont fait pousser cet enfoiré de peuplier. Ce film est idéal pour tous les cons qui aiment la nature au point de la garder sur dvd rangée dans leur meuble en tec. C'est aussi le seul biopic de peintre fait pour tous les allergiques de la gouache. Faut attendre une heure et demi pour voir Moreau tremper ses doigts dans son propre cul pour gicler sa merde sur la toile façon Ed Harris dans Pollux.


Séraphine de Martin Provost avec Yolande Moreau (2008)