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12 mai 2018

Black Panther

En 2017, l'industrie cinématographique hollywoodienne était bouleversée par le succès retentissant de Wonder Woman, le premier film de super-héros consacré à une femme et réalisé par une femme, à savoir Gad Galot et Patrick Jenkins. Tout le monde était sur le cul ! Les stars les plus progressistes d'Hollywood, avec à leur tête Jessica Chastain, soutenaient aveuglément le film et en assuraient une promotion d'enfer sur les réseaux sociaux. Un an plus tard rebelote avec Black Panther, une nouvelle révolution : le dix-huitième film de l'univers cinématographique Marvel s'intéresse à un super-héros noir ! Il défraie la chronique en amassant plus d'un milliard de dollars de recette à travers le monde en un temps record. Un phénomène... Là encore, le gratin hollywoodien est mobilisé, des places sont achetées pour être redistribuées aux plus défavorisés et ainsi permettre à tous d'aller voir le blockbuster de Ryan Coogler. Tu parles d'un cadeau !




A l'image de Wonder Woman, Black Panther est une merde comme les autres, un symptôme supplémentaire du stade terminal du cinéma de divertissement américain, tout juste capable d'enchaîner les films de super-héros et d'entasser les super-héros dans les films, pour faire du blé. Ces succès viennent régulièrement relancer une machine qui n'est hélas pas près de s'arrêter. Le pire, c'est que la critique s'y met parfois aussi, en saluant tel ou tel film qui ne vaut pourtant pas mieux que les autres. Black Panther a été salué pour son scénario shakespearien, parce qu'il est écrit dans la langue de Shakespeare et parce qu'il essaie péniblement de nous narrer une histoire de famille, de pouvoir. Je n'y ai pas compris grand chose, ou peut-être n'y avait-il justement rien à comprendre. J'ai toujours l'impression de voir exactement la même saloperie que d'habitude, avec des tocards en collants qui se tapent dessus, qui passent à travers les balles des pauvres humains se mettant sur leur chemin et tombant comme des mouches. En voici tout de même les grandes lignes pour que vous soyez, vous aussi, dans le coup : il existerait donc un pays en Afrique nommé le Wakanda qui détiendrait une matière magique, le vibranium, issue d'une météorite ancestrale. Pour ne pas avoir d'emmerde, le Wakanda a choisi de cacher ce vibraminum et de se faire passer pour aussi peu développé que ses voisins. Mais cette matière attire les convoitises de gens mal intentionnés auxquels devra barrer la route le prince T'Challa aka La Panthère Noire, un super-héros qui, une fois son costume en vibranium enfilé, est doté des pouvoirs suivants : sens aiguisés, faible appétit, force et agilité accrues, acrobate et gymnaste d'exception, intelligence proche du génie civil, sans parler de ses bottes supersoniques, de sa combinaison d'invincibilité et de ses griffes acérées... Voilà, c'est à peu près tout ce que j'ai pigé.




Le film est construit de petites scènes et de plans brefs qui s'enchaînent toujours très vite, pour ne pas ennuyer le spectateur. Parmi les scènes un peu plus longues, et donc plus importantes peut-être, notons celle où, afin de prouver qu'il peut reprendre le trône de son pays, notre héros doit affronter un gars très costaud lors d'une cérémonie débile. De nombreux spectateurs juchés sur une colline les regardent se battre dans un fleuve, près d'une cascade. L'ambiance est d'abord des plus festives, tout le monde danse, applaudit et tape sur des tam-tams dans un délire abominable. Mais, progressivement, l'atmosphère s'assombrit, car le combat se fait plus indécis et l'on se met à craindre pour la Panthère Noire, ici sans son costard. Le public jusque-là très excité se calme peu à peu, chacun pose les mains sur les hanches, l'air dubitatif ou grimaçant, visiblement inquiet de la tournure des événements. Ça dure 15 bonnes minutes, soit plus de 10% de la durée totale de ce si long métrage, et c'est filmé avec les pieds, comme toutes les autres scènes d'action, un vrai supplice. Black Panther finit par prendre le dessus sur son adversaire gras et poilu grâce à cette prise d'immobilisation que m'administrait parfois mon frère Glue 3, trop influencé par l'émission Les SuperStars du Catch qui passait jadis sur Canal. T'challa peut donc être roi et nous sommes franchement ravis pour lui.




Black Panther est visuellement si laid que je n'ai pas réussi à saisir toutes les subtilités scénaristiques, trop obnubilé par les images qui m'agressaient les yeux. L'action se déroulant pour une bonne partie au Wakanda, ce pays imaginaire d'Afrique, des éléments archaïques sont mêlés à des ustensiles et autres véhicules futuristes. Des couleurs flashys, très kitschs, ainsi que des détails tribaux sont introduits par petites touches bien visibles dans le décor habituel des films de ce genre. Le résultat à l'écran est une bouillie indigeste qui atteint presque un niveau de comique involontaire étonnant. C'est à pleurer... D'autres détails sont assez amusants. Pour se prouver les uns aux autres qu'ils sont bel et bien originaires du pays magique, les personnages se montrent tour à tour l'intérieur de la bouche, en tirant sur leur lèvre inférieur où apparaît une sorte de code-barres bleuté et fluorescent... Imaginez les moins chanceux qui ont des vieux chicots jaunes et tordus... Bien heureusement, même le vilain a une dentition impeccable. C'est d'un ridicule ! Déjà ringard et hideux à sa sortie, Black Panther ne risque pas de s'améliorer avec l'âge, comme tous ces films-là...




Les acteurs sont d'un sérieux assommant, à commencer par Daniel Kaluuya, déjà vu dans Get Out. Son truc, c'est de jouer sans cligner des yeux. Peut-être espère-t-il ainsi nous faire saisir l'importance de ce qui se joue sous nos yeux, la gravité des différentes situations et le sérieux des dialogues que l'on doit se farcir. En fait, chaque acteur black un peu à la mode a eu son petit rôle, on retrouve ainsi la jolie Lupita Nyong'o et le navrant Michael B. Jordan. Un mot sur ce dernier : si cet acteur a le même nom que His Airness, il n'a rien de son talent, à part si le fait de jouer constipé est considéré comme tel. Il était déjà l'acteur principal du film breakthrough de Ryan Coogler, le très mauvais et particulièrement racoleur Fruitvale Station, Grand Prix à Sundance en 2013 (lol). Michael B. Jordan incarne ici le super-vilain, Erik Killmonger. A en croire les observateurs les plus avertis, la grande intelligence de ce film est d'avoir fait de l'antagoniste un noir également, mais un noir qui a été abandonné par ses parents et qui a dû grandir seul dans un quartier défavorisé, ce qui l'a donc rendu méchant. Le héros a quant à lui pu grandir auprès des siens, dans son pays, il est resté bon. Black Panther nous apprend que la méchanceté n'est pas innée, elle peut être le fruit du milieu dans lequel on a grandi. 200 ans de recherche en biologie évolutive sont ainsi résumés en un film. On applaudit des deux pieds Ryan Coogler et toute son équipe.




Bientôt au programme : des suites en pagaille, des spin-off à tire-larigot, des crossovers en guise de cerise sur le gâteau, des prequels pour essayer de relancer le bousin, et des reboots quand le filon sera définitivement épuisé... Et ça sera sans nous ! Les revues spécialisées dans le 7ème Art qui se respectent ne devraient pas parler de tout ça. Nous non plus, mais c'est trop tard, tant pis. Je finirai tout de même par un conseil utile : je vous recommande les céréales "Ka'ré fourrés chocolat noisette" de la marque Grillon d'or. Et je vous suggère de les manger immédiatement après les avoir mis dans le lait, sans trop attendre qu'ils ramollissent. Ils sont délicieux... 


Black Panther de Ryan Coogler avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Andy Serkis et Lupita Nyong'o (2018)

14 mai 2017

Get Out

Un carton inattendu au box office, des critiques dithyrambiques à la pelle, saluant combien le film tombe à pic et résonne dans l'actualité de l'Amérique de Donald Trump, je ne pouvais pas rester très longtemps sans avoir vu Get Out, le nouveau phénomène du cinéma d'horreur indé US. Il s'agit du premier long métrage de Jordan Peele, un comique américain apprécié qui s'essaie donc au genre en abordant de manière très frontale la question du racisme, à travers le récit glaçant de la première venue en belle famille wasp d'un jeune photographe noir. J'étais très curieux de découvrir comment les choses allaient tourner mais il faut avouer que j'étais également un peu méfiant à l'égard d'un tel buzz... Et ma méfiance a hélas été confortée.




Get Out a des qualités indéniables, mais toutes relatives : celles du rythme et de l'efficacité. Mais à l'exception de quelques bonnes idées qui se comptent sur les doigts de la main, Jordan Peele s'avère bien incapable de faire réellement naître la tension et sa mise en scène apparaît vite très limitée. On a un peu l'impression d'être devant une série tv un peu soignée, les acteurs n'aidant pas. C'est ici le talent de scénariste de Jordan Peele qui lui permet de tenir la longueur, car Get Out a cette capacité qu'il faut bien lui reconnaître : il parvient à nous captiver du début à la fin, à nous laisser toujours dans l'expectative, désireux de connaître la suite des événements. Tout s'enchaîne à un bon rythme, et le cinéaste tient la cadence, malgré des incohérences qui nous agacerons seulement plus tard. 




Le temps du film, nous sommes donc dedans, bien scotché devant, et il n'est pas question d'en sortir, malgré la lourdeur du message asséné que l'on doit supporter dès les premières minutes et en dépit d'un côté prévisible, inéluctable, fataliste, des événements racontés. Une fois que le générique final se met à défiler sous nos yeux, nous nous rendons compte de la vacuité et de la facilité de l'ensemble. Et quelques heures plus tard, il n'en reste plus rien. Get Out, c'est 100 minutes que l'on trouvera plus ou moins divertissantes, à passer de préférence entre amis ou dans une salle réceptive, avec l'envie de rire ensemble, mais 100 minutes qui ne laissent finalement aucune trace, si ce n'est un léger agacement... 




A posteriori, on s'interroge même sur l'intérêt de certaines directions choisies par l'auteur et je recommande ici à ceux qui n'ont pas encore vu le film de fermer les yeux sur les lignes suivantes. Quel intérêt, par exemple, d'effectuer le "transfert des esprits" par des opérations chirurgicales, alors que le scénario met d'abord en avant la manipulation psychologique via l'hypnose, si ce n'est de nous offrir quelques timides images gores ? Et, malgré l'efficacité démontrée de ce transfert, pourquoi le comportement des domestiques est alors si clairement ambigu, si ce n'est par commodité scénaristique, pour instiller le doute dans l'esprit du personnage principal et des spectateurs ? En réalité, Jordan Peele fait donc un peu ce qui l'arrange pour alimenter l'efficacité de sa vaine entreprise. 




En outre, le cinéaste ne réussit pas tout à fait son mélange des genres. Get Out a le séant entre plusieurs chaises et échoue pratiquement dans tous les domaines. L'aspect comique du film ne paraît pas poussé assez loin pour pouvoir pleinement fonctionner. Les personnages sont trop antipathiques, à commencer par l'ignoble beau-frère (le hideux Caleb Landry Jones) et sa sœur (la très télévisuelle Allison Williams), totalement invraisemblable. Même le héros, incarné par Daniel Kaluuya, paraît bien fade et on se fiche un peu, au fond, de ce que sa belle-famille lui réserve. Son ami douanier (Lil Rel Howery), seul rôle ouvertement comique, est presque drôle. J'ai bien dit presque. On rigole à peine quand, après le carnage, il dit très simplement à son pote "Je t'avais bien dit de ne pas y aller".




Get Out aurait aussi pu s'inscrire à point nommé dans cette vague de peur sectaire, très productive ces dernières années (qui a donné lieu à quelques réussites comme Kill List, Faults ou Sound of My Voice, et quelques autres tentatives plus ou moins ratées telles Red State, Martha Marcy May MarleneThe Sacrament ou, tout récemment, The Invitation), en nous dépeignant une grande famille wasp aux pratiques et aux idées bien étonnantes. Mais là encore, c'est très pauvre et un peut trop benêt. Nous ne ressentons aucune espèce de paranoïa au milieu de tout ce beau monde, cet aspect-là étant totalement survolé. Le film a aussi bien du mal à se faire une place au sein de ses aînés. On pense d'ailleurs beaucoup à The Stepford Wives, le thriller satirique de Bryan Forbes, adapté d'un livre d'Ira Levin, où ce sont les femmes qui étaient vidées de leur humanité ; mais cette référence en dit également assez long, car on était déjà bien loin du chef d'oeuvre en 1975... 

Get Out est donc simplement un joli coup. Un film intelligemment opportuniste et en réalité assez bête que l'on aura tôt fait d'oublier. Une déception.


Get Out de Jordan Peele avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener et Bradley Whitford (2017)