Affichage des articles dont le libellé est Bruno Podalydès. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bruno Podalydès. Afficher tous les articles

27 juillet 2011

Liberté-Oléron

Avant de devenir l'adaptateur attitré des romans policiers de Gaston Leroux narrant les aventures de Rouletabille (Le Parfum de la dame en noir et Le Mystère de la chambre jaune), Bruno Podalydès a réalisé deux films plus minimalistes et tendancieusement comiques sur la vanité du français moyen contemporain, invariablement incarné par le frère du réalisateur, le très connu Denis Podalydès, sociétaire de la comédie française, second couteau fatiguant dans une multitude de films depuis quinze ans et récemment imitateur de Nicolas Sarkozy dans La Conquête. Denis Podalydès est le premier rôle inévitable de tous les films de Podalydès Bruno. C'est d'ailleurs grâce à Versailles rive gauche, le premier film réalisé par son frère en 1991, que l'acteur a percé véritablement. Dix ans plus tard, en 2001, les deux frérots, loin des frères Lumière et loin d'être de pures lanternes, remettaient le couvert en duo avec Liberté-Oléron.



Jacques (Denis Podalydès donc), 38 ans, est en vacances à l'Île d'Oléron avec sa femme et ses quatre garçons. Lassé des jeux de plage, le personnage n'a de cesse de ruminer et de marmonner dans sa barbe : "Je me fais chier". Pour tromper son ennui, il décide de tirer un trait sur ses économies en s'achetant le voilier dont il a toujours rêvé afin de rallier l'île d'Aix, distante de cinq kilomètres. Faute de moyens et victime d'un vendeur escroc (interprété par Bruno Podalydès lui-même), Jacques met finalement la main sur un pauvre dériveur lesté dont il est au demeurant très fier et qu'il baptise pompeusement "Liberté-Oléron". Bien que totalement incompétent en voile et ignare en vocabulaire marin, Jacques déclare à sa famille qu'il est le seul maître à bord. S'ensuit une avalanche de déconvenues et d'emmerdes qui pousseront le personnage au bord de la crise de nerf. Le film nous raconte par le menu les vacances typiques d'une famille lambda. Tout y passe : le plus petit qui chiale parce que son père lui a offert un sous-marin téléguidé capable de plonger mais qui ne refait jamais surface. Le plus grand, timoré et transi, tombe amoureux d'une jolie brune logée dans une grande demeure en bord de plage et convoitée par toute une bande de surfeurs débiles. L'épouse (incarnée par une excellente Guilaine Londez, déjà aperçue entre autres dans Le Bonheur est dans le pré), régulièrement bâchée par son mari, décide d'assumer elle aussi ses loisirs et sa passion pour le jardinage avant de tomber sur un paysagiste zélé, charmant, plein aux as mais un peu fêlé et outrancièrement nudiste. Et bien sûr le personnage principal, le père de famille raté, loser invétéré, qui veut jouer les riches alors qu'il n'a pas le sou.



Rapidement installé dans un faux rythme, le film n'est pas une totale réussite. Il pèche même par un certain manque d'efficacité et par quelques lenteurs notoires. Mais on ne retiendra que les bons moments : des instants comiques assez réussis où Podalydès est poussé à bout et gueule sur tout ce qui bouge, insultant franchement ses proches : "Mais qu'elle est con... Mais qu'elle est con !", lance-t-il sans discontinuer à sa femme qui vient de tomber à l'eau. Ce pétage de plomb en règle sort des frontières du comique à la fin du film, où le rire se transforme presque en gêne devant ce père qui en vient aux mains avec ses enfants sur le bateau tombé en rade au large et en pleine nuit. L'Île d'Oléron était le véritable lieu de pèlerinage vacancier de la famille Podalydès, comme on le pressent tout au long du film, et ce portrait vitriolé mais affectueux de la figure du père tangue entre une tonalité nostalgique et une autre plus amère, rappelant d'autres portraits touchants de pères ratés, comme dans Les Convoyeurs attendent de Benoît Mariage avec Benoît Poelvoorde, ou dans l'excellent Mort d'un commis voyageur adapté de la pièce d'Arthur Miller par Volker Schlöndorff en 1985, avec un Dustin Hoffman survolté dans le rôle principal. Entre humour et rancœur, Liberté-Oléron suit sa route sans totalement convaincre mais sans déplaire, grâce à ses quelques moments drôles qui lui redonnent régulièrement de l'intérêt.


Liberté-Oléron de Bruno Podalydès avec Denis Podalydès, Guilaine Londez et Éric Elmosnino (2001)

15 août 2009

Le Crime est notre affaire

Je n'ai pas compris de quoi parlait ce film. Je crois que c'est une resucée des histoires "façon" Agatha Christie et autres Mystère de la jambe jaune, un film plus ou moins sur la gangrène ou le choléra adapté récemment par Bruno Podalydès au cinéma. Dédé Ducolbac et Catherine-Alain Frot sont un couple bourgeois qui chie dans la soie en se disant "vous" et qui écrit à quatre moignons des polars de gare minables, comme précisément celui qu'on est en train de zieuter, nous spectateurs, pour une mise en abîme qui fout froid dans le dos. Leur vieille tante, Annie Cordy, assiste à un meurtre dans un train qui croise le sien, et elle s'empresse de le raconter à ses neveux affamés. Lui, Dussoliard, s'en fout. Elle, Frot, décide d'élucider ce mystère pour enfin mettre dans sa vie le piquant qu'elle ne sait plus mettre dans ses livres et surtout dans son lit. Alors elle va profiter du départ de son fumeux de mari vers l’Écosse, où il s'en va participer à une drôle de manifestation dont j'ai rigoureusement oublié chaque détail, pour s'en aller quant à elle vers un drôle de manoir où tout lui indique qu'elle mettra la patte sur la clé de l'énigme qui l'obsède. Là-bas, elle croisera tout un tas de gueules brisées du cinéma Français, mais aussi quelques visages sympathiques attirés là par un chèque juteux et la réjouissante perspective de passer quelques mois de tournage en Auvergne aux frais de la princesse, princesse qui n'est autre qu'un réalisateur adulescent et un poil réac sur les bords, Pascal Thomas, le gros rat qui se cache derrière tout ça.



Mais vraiment, rien à foutre. Non ce qui compte c'est cette scène, au tiers du film, quand Dudule Dissolvant part en kilt à son colloque Ecossais, lâché à la gare par une épouse pressée de l'y laisser pour compenser le néant de sa vie érotique en cherchant du côté des cadavres - c'est bien la seule raison plausible pour que quelqu'un s'intéresse avec euphorie à des morts, et ça, Pascal Thomas, qui a le nom de scène le plus pourri du monde (quid de son prénom, quid de son nom de famille ?), l'a bien compris.



A ce moment là, Andy Duchovny, notre plus grand acteur Français, peut-être le plus grand de tous les Français, coince son pépin dans une bouche d'égout qui se transforme en bouche d'aération métropolitaine pour les besoins de la scène et au mépris d'un goof évident. Son kilt est alors soulevé par l'aération et on est à deux doigts d'apercevoir les grosses couilles d'André D. Deerhunter qui s'efforce de rabaisser les volants de sa jupe sous le regard malicieux des passantes, une poignée de vieillardes ahuries, dans un hommage suffoquant et chargé en testostérone aux Sept ans de réflexion de Marilyn Monroe. Cette scène dure au bas mot, sans mentir, et sans exagérer, quelques six minutes. Au bout de trois minutes Andrzej du Cellier se dégage, mais il se refout les pattes dans le tapis aussi sec et on en reprend pour trois plombes. C'est officiellement et scientifiquement la scène la plus longue de l'histoire du cinéma. C'est un jalon essentiel pour tout fan de Dada Düsseldorf, à voir !


Le Crime est Notre Affaire de Pascal Thomas avec André Dussolier, Catherine Frot, Chiara Mastroianni, Claude Rich, Melvil Poupaud et Hyppolite Girardot (2008)