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19 juin 2014

Les Rayures du zèbre

Eh bien, on a connu Benoît Mariage un peu plus inspiré que ça... Les Rayures du zèbre est son premier film depuis sept ans, il y retrouve son acteur fétiche, Benoît Poelvoorde, et s'attaque à un sujet rarement abordé au cinéma : le petit monde du ballon rond ou, plutôt, l'envers de ce petit monde, en nous proposant de suivre les déboires d'un recruteur belge parti en Côte d'Ivoire à la recherche de nouveaux talents. Voir Benoît Poelvoorde dans la peau d'un recruteur forcément volubile était une belle promesse pour tous ceux qui, comme moi, sont nostalgiques des inoubliables saillies du comédien dans ses sketchs en Monsieur Manatane. Mais très vite, nous sommes fixés : le film de Benoît Mariage n'est pas destiné à faire rire ou, si c'est le cas, se plante totalement. En réalité, nous ne savons pas vraiment ce que cherche à faire le réalisateur et nous sommes mal à l'aise pendant les 88 petites minutes que dure un film qui paraît infiniment plus long. 




On devine que le cinéaste wallon souhaite nous parler des rapports malsains de domination Nord/Sud à travers son histoire qui relègue le foot en simple toile de fond, mais son discours est si convenu et si mochement édicté que nous aurions largement préféré qu'il revoie ses ambitions à la baisse et qu'il se contente de mettre son acteur vedette dans les meilleures dispositions. Benoît Poelvoorde est irréprochable, il joue parfaitement ce qu'on lui demande de jouer, réussissant parfois miraculeusement à faire poindre une certaine émotion dans ses interactions avec le jeune ivoirien qu'il embarque en Belgique, mais quelle tristesse de voir l'acteur cantonner à ce rôle et, surtout, quelle cruauté de nous priver de son pouvoir comique ! C'est bien la première fois que Benoît Mariage exploite si peu et si mal le potentiel de sa star. Pour cela, il aurait déjà fallu allonger les scènes, lui laisser le temps de s'y installer et nous avec lui, et donner ainsi au film un tout autre rythme, car le réalisateur nous propose ici un interminable enchaînement de scènes très brèves tout à fait indigeste et incompréhensible. C'est presque insupportable, vraiment.




Les Rayures du zèbre est donc un film franchement raté, à déconseiller aux footeux comme aux fans de Poelvoorde. Un film qui pourra même provoquer votre colère par le traitement méprisant et méprisable qui est réservé au personnage du jeune espoir africain. Après nous avoir fait suivre ses laborieuses mésaventures, échouant à nous le rendre sympathique mais réussissant pleinement à nous le faire prendre en pitié, Benoît Mariage fait mourir son personnage tout à fait gratuitement dans une scène ô combien ridicule. Le film touche alors le fond, comme le bolide flambant neuf du jeune attaquant, nouveau riche et surdoué du ballon mais ne sachant pas se servir d'un levier de vitesse : cette scène minable nous le montre en effet chuter dans un lac en faisant une marche arrière en trombe vers le précipice. Faut-il mépriser son personnage pour lui réserver un tel sort ? Mais ça n'est pas tout ! Cherchant peut-être à se racheter, Mariage nous croque un ultime plan, d'une laideur inouïe, à la mémoire du disparu : il filme une vieille bouteille d'eau en plastique contenant les cendres du footballeur et on découvre que celle-ci fait office de poteau pour les buts d'une partie de foot improvisée entre les gamins de son village natal (visité en héros par un Poelvoorde enfin rattrapé par un petit sentiment de culpabilité légitime). C'est peut-être supposé être touchant, c'est simplement honteux. Cette conclusion morbide a le seul mérite d'achever un film qui était à l'agonie dès son coup d'envoi. 


Les Rayures du zèbre de Benoît Mariage avec Benoît Poelvoorde et Marc Zinga (2014)

27 juillet 2011

Liberté-Oléron

Avant de devenir l'adaptateur attitré des romans policiers de Gaston Leroux narrant les aventures de Rouletabille (Le Parfum de la dame en noir et Le Mystère de la chambre jaune), Bruno Podalydès a réalisé deux films plus minimalistes et tendancieusement comiques sur la vanité du français moyen contemporain, invariablement incarné par le frère du réalisateur, le très connu Denis Podalydès, sociétaire de la comédie française, second couteau fatiguant dans une multitude de films depuis quinze ans et récemment imitateur de Nicolas Sarkozy dans La Conquête. Denis Podalydès est le premier rôle inévitable de tous les films de Podalydès Bruno. C'est d'ailleurs grâce à Versailles rive gauche, le premier film réalisé par son frère en 1991, que l'acteur a percé véritablement. Dix ans plus tard, en 2001, les deux frérots, loin des frères Lumière et loin d'être de pures lanternes, remettaient le couvert en duo avec Liberté-Oléron.



Jacques (Denis Podalydès donc), 38 ans, est en vacances à l'Île d'Oléron avec sa femme et ses quatre garçons. Lassé des jeux de plage, le personnage n'a de cesse de ruminer et de marmonner dans sa barbe : "Je me fais chier". Pour tromper son ennui, il décide de tirer un trait sur ses économies en s'achetant le voilier dont il a toujours rêvé afin de rallier l'île d'Aix, distante de cinq kilomètres. Faute de moyens et victime d'un vendeur escroc (interprété par Bruno Podalydès lui-même), Jacques met finalement la main sur un pauvre dériveur lesté dont il est au demeurant très fier et qu'il baptise pompeusement "Liberté-Oléron". Bien que totalement incompétent en voile et ignare en vocabulaire marin, Jacques déclare à sa famille qu'il est le seul maître à bord. S'ensuit une avalanche de déconvenues et d'emmerdes qui pousseront le personnage au bord de la crise de nerf. Le film nous raconte par le menu les vacances typiques d'une famille lambda. Tout y passe : le plus petit qui chiale parce que son père lui a offert un sous-marin téléguidé capable de plonger mais qui ne refait jamais surface. Le plus grand, timoré et transi, tombe amoureux d'une jolie brune logée dans une grande demeure en bord de plage et convoitée par toute une bande de surfeurs débiles. L'épouse (incarnée par une excellente Guilaine Londez, déjà aperçue entre autres dans Le Bonheur est dans le pré), régulièrement bâchée par son mari, décide d'assumer elle aussi ses loisirs et sa passion pour le jardinage avant de tomber sur un paysagiste zélé, charmant, plein aux as mais un peu fêlé et outrancièrement nudiste. Et bien sûr le personnage principal, le père de famille raté, loser invétéré, qui veut jouer les riches alors qu'il n'a pas le sou.



Rapidement installé dans un faux rythme, le film n'est pas une totale réussite. Il pèche même par un certain manque d'efficacité et par quelques lenteurs notoires. Mais on ne retiendra que les bons moments : des instants comiques assez réussis où Podalydès est poussé à bout et gueule sur tout ce qui bouge, insultant franchement ses proches : "Mais qu'elle est con... Mais qu'elle est con !", lance-t-il sans discontinuer à sa femme qui vient de tomber à l'eau. Ce pétage de plomb en règle sort des frontières du comique à la fin du film, où le rire se transforme presque en gêne devant ce père qui en vient aux mains avec ses enfants sur le bateau tombé en rade au large et en pleine nuit. L'Île d'Oléron était le véritable lieu de pèlerinage vacancier de la famille Podalydès, comme on le pressent tout au long du film, et ce portrait vitriolé mais affectueux de la figure du père tangue entre une tonalité nostalgique et une autre plus amère, rappelant d'autres portraits touchants de pères ratés, comme dans Les Convoyeurs attendent de Benoît Mariage avec Benoît Poelvoorde, ou dans l'excellent Mort d'un commis voyageur adapté de la pièce d'Arthur Miller par Volker Schlöndorff en 1985, avec un Dustin Hoffman survolté dans le rôle principal. Entre humour et rancœur, Liberté-Oléron suit sa route sans totalement convaincre mais sans déplaire, grâce à ses quelques moments drôles qui lui redonnent régulièrement de l'intérêt.


Liberté-Oléron de Bruno Podalydès avec Denis Podalydès, Guilaine Londez et Éric Elmosnino (2001)